Hole in my heart t1 - CHAPITRE 2 PARTIE 4
Telnerica (4)
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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— …Tout de même, heureusement que cela s’est terminé rapidement.
Tournant le dos au ciel violet, Konoe retourna au château, achevant les monstres survivants et marmonnant pour lui-même. Il poussa un soupir de soulagement en constatant que les chefs n’étaient que des rangs Désastre ordinaires.
S’ils avaient été de rang Calamité, une classe au-dessus, ou bien même de de rangs Désastre avec une magie unique ou de capacités spéciales, cela n’aurait pas été aussi simple.
Face à un mauvais type d’adversaire, même un adepte aurait dû livrer un combat à mort. Et même dans un affrontement favorable, impossible de savoir combien de temps il aurait fallu pour en venir à bout.
Bien sûr, de telles monstres étaient rares. À l’échelle du monde, en voir apparaître ne serait-ce qu’un seul au cours d’une année était déjà exceptionnel. Mais cet emballement de donjon était réputé être un phénomène décennal, si bien qu’une telle possibilité ne pouvait être totalement écartée.
Konoe en conclut qu’il avait eu de la chance, ou plutôt, qu’il n’avait simplement pas été malchanceux.
— …Telnerica.
— …Maître Konoe.
Après avoir terminé la purge, il rejoignit Telnerica. Elle pleurait auprès d’une femme chevalier tombée près du portail, mais lorsqu’elle apprit que les monstres avaient été éliminés, l’état de la salle d’audience, le nombre de survivants et que les soins allaient commencer, elle essuya ses larmes et se leva. Ses yeux étaient rouges et gonflés, emplis de chagrin, et pourtant…
— Les chevaliers ont vraiment accompli leur devoir, n’est-ce pas ?
Elle sourit avec fierté, la poitrine redressée.
— …
Konoe resta sans voix devant son expression. Et tandis qu’il hésitait…
— Allons-y ! Je vous aiderai autant que possible !
Telnerica se mit en marche. Konoe la suivit jusqu’à la salle d’audience.
◆
Là-bas, un autre champ de bataille les attendait.
Lorsque Konoe et Telnerica atteignirent le dernier étage, les portes étaient déjà grandes ouvertes. Les préparatifs avaient commencé. Près de l’entrée, des tables de soins étaient en train d’être installées, et des chevaliers traînaient leurs corps pour prêter main-forte.
Tous deux passèrent devant eux, se hâtant vers la salle d’audience.
— Ah.
Un petit cri échappa à Telnerica, presque un souffle brisé.
Devant eux s’étendait une vision insoutenable. D’innombrables personnes gisaient à même le sol. La grande salle, autrefois sans doute splendide, était désormais envahie par ceux que la maladie mortelle avait frappés.
Un cercle de magie sacrée avait été déployé pour ralentir la progression du mal. Mais, à l’intérieur, presque personne ne bougeait.
Les malades restaient étendus, incapables de se lever, les yeux vides fixés vers le plafond. Ici et là s’élevaient des gémissements étouffés. Des cris de douleur. Des voix tremblantes appelant leur père ou leur mère.
Un bruit semblable au souffle d’une brise parcourait la salle, mais ce n’était rien d’autre que les sanglots muets de ceux qui n’avaient même plus la force de parler. Même lorsque la porte s’ouvrit et qu’un Adepte entra aux côtés de Telnerica, la plupart ne tournèrent pas la tête.
Beaucoup ne remarquèrent même pas leur présence.
Combien de leur ouïe subsistait encore ? Combien de leurs sens fonctionnaient encore ?
À y regarder de plus près, parmi les rangées de corps se trouvaient des cadavres, non morts de la maladie, mais marqués d’entailles à la gorge. Certains avaient un couteau à leurs côtés, sans doute incapables d’endurer la souffrance.
— …Comment peut-on…
Telnerica resta sans voix, de nouvelles larmes montant à ses yeux.
Mais c’était là la maladie mortelle.
Le miasme envahissait le corps, le corrompant en même temps que l’âme. Le corps en décomposition subissait une douleur incessante, sans le moindre répit. Le mouvement n’était possible qu’aux premiers stades. Après quinze jours, comme c’était le cas ici, la plupart ne pouvaient même plus bouger.
… Après cela, ils ne pouvaient qu’endurer la douleur, attendant la mort.
Les gens ici étaient dans cet état.
— …
Konoe expira doucement et fit un pas vers eux.
Il canalisa son mana, tissant une magie de vie.
La cité de Sylmenia… plus de trois mille survivants.
Pour un Adepte, ce n’était qu’une routine. Après avoir combattu les monstres, la véritable épreuve commençait : sauver les hommes.
◆
La première tâche de Konoe fut de soigner les chevaliers qui pouvaient encore bouger. Leur état était moins grave, avec le risque le plus faible de mort soudaine. Mais il les priorisa parce qu’il avait besoin d’aide.
Gérer seul l’état et le transport de plus de trois mille personnes était une épreuve redoutable. Ainsi, Konoe soigna d’abord ceux qui pouvaient devenir ses mains et ses pieds.
Après les chevaliers, il passa aux enfants, aux personnes âgées et à ceux dont l’endurance était faible, tout en soignant simultanément ceux qui possédaient des compétences particulières, des infirmières pour s’occuper des malades, des utilisateurs de magie curative, des gardiens pour les enfants, et des mages capables de produire de l’eau ou du feu.
Il disposa des lits en cercle autour de lui, soignant plusieurs personnes à la fois. Lorsqu’un groupe était terminé, il passait au suivant, répétant sans fin. Les infirmières triaient les patients, les mages guérisseurs prolongeaient les vies, et Konoe soignait rapidement ceux dont l’état était critique.
Les mages produisaient de l’eau, utilisaient le feu pour préparer une nourriture liquide, et même des personnes âgées en convalescence furent mobilisées pour distribuer eau et nourriture aux alités. Alors que cela se poursuivait, le soleil se coucha, et l’obscurité enveloppa l’extérieur du château.
Des hurlements de bêtes résonnaient au loin, et quelques chevaliers partirent monter la garde. Konoe soigna certains individus robustes, les enrôlant pour assister aux soins.
La nuit passa, le matin vint, puis la nuit revint. Ceux qui tenaient encore debout continuaient de bouger. La fin était encore lointaine, la voie incertaine.
…Mais vers le deuxième jour, la cité commença à s’animer.
À mesure que le nombre de guéris augmentait, les gens commencèrent à faire ce qu’ils pouvaient. Ceux qui pouvaient combattre rejoignirent les chevaliers. Les plus robustes s’aventurèrent en ville pour chercher des provisions exploitables. Ceux qui savaient cuisiner préparèrent des repas. Les enfants aidèrent à la lessive et au nettoyage.
Le troisième jour arriva, puis le quatrième.
Aux alentours de ce moment, une bête de tout premier rang s’approcha, provoquant une agitation. Konoe lança sa lance de la Sainte Croix depuis une fenêtre, puis revint immédiatement aux soins.
Konoe ne se reposa pas une seule fois durant ce temps. Il continua de soigner sans dormir, traitant ceux qui se trouvaient devant lui.
— Maître Konoe, s’il vous plaît, prenez une pause…
— …Ce n’est pas nécessaire.
Telnerica s’inquiétait pour lui, mais Konoe secoua la tête. Il savait qu’il n’avait pas besoin de repos. Il pouvait continuer indéfiniment.
Non parce qu’il était un Adepte. Même un Adepte ne pourrait pas faire cela. Aussi compétent fût-il, un Adepte accomplissant ce que Konoe faisait aurait épuisé son mana en moins d’une journée.
Soigner la maladie mortelle consommait d’immenses quantités de mana. C’était pour cela que c’était si coûteux. Normalement, travailler sans repos était impossible. Mais Konoe pouvait le faire parce que…
La divinité.
Ce monde avait une divinité.
Une divinité véritablement présente, avec qui l’on pouvait parler. La distance entre le divin et l’humain était proche.
Tout comme la divinité avait préparé du thé pour Konoe d’innombrables fois. Tout comme elle l’avait aidé à se relever.
La divinité chérissait toujours les hommes et demeurait à leurs côtés.
Ainsi, lorsque l’acte était juste, lorsque le cœur ne nourrissait aucune honte devant elle, nul doute qu’elle observait.
Elle observait… et accordait sa force.
Oui. Depuis le début des soins, la présence de la divinité se tenait derrière Konoe.
Invisible, imperceptible pour tous les autres. Pourtant, pour lui, cette présence bienveillante était évidente. Elle l’encourageait silencieusement, lui offrant un vaste flot de mana.
« Continue… continue ».
Les mains jointes devant la poitrine, battant doucement ses ailes blanches, la divinité semblait lui murmurer : « Tu peux le faire ».
Sa présence douce le soutenait, toujours à ses côtés.
Konoe, se sentant légèrement apaisé par ses encouragements, continua de se mouvoir jusqu’au bout.
— …
Ce jour-là, Konoe termina de soigner tout le monde.
Trois mille deux cent trente personnes guéries. Sept jours et sept nuits s’étaient écoulés depuis qu’il avait commencé.