Free! NOVELIZE - CHAPITRE 2
La sirène de Nagisa
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Traduction : Lustella
Harmonisation : Raitei
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Nagisa
La première fois que j’ai vu Haru-chan nager, j’étais encore dans les premières années de l’école primaire. Et la première chose que j’ai pensée, c’était : « Il y a une sirène au club de natation ! »
La nage de Haru-chan était vraiment magnifique. À tel point que même l’enfant que j’étais pouvait immédiatement s’en rendre compte. On aurait dit une sirène sortie d’un dessin animé étranger, nageant librement au milieu de l’océan. Ce jour-là, j’étais tellement enthousiaste qu’à peine rentré, je courus raconter ma découverte à ma sœur.
— Il y a un garçon au club de natation qui nage comme une sirène !
Ma sœur me regarda de haut avec un air sévère.
— Nagisa, tu es vraiment idiot. Une sirène, c’est une créature féminine.
Elle avait déclaré cela avec une fierté impressionnante.
— Alors comment on appelle un garçon-sirène ?
Ma sœur resta muette. Elle ne connaissait pas la réponse.
— Tu vois ? Même toi, tu sais pas, grande sœur…
Je lui rendis fièrement son regard supérieur. Cela dut la vexer, parce que dès le lendemain elle alla chercher la réponse dans un dictionnaire. Puis elle revint vers moi, très satisfaite d’elle-même.
— Le mâle d’une sirène, ça s’appelle un triton.
Mais je trouvais « triton » bizarre. Haru-chan ressemblait beaucoup plus à une sirène. Et puis, au fond, qu’il soit un garçon ou une fille n’avait aucune importance.
Haru-chan était Haru-chan. Garçon ou fille, il aurait toujours été une sirène. Et cette sirène se trouvait maintenant juste devant moi. Un couteau à sculpter à la main, Haru-chan taillait silencieusement un Iwatobi-chan, la mascotte de la ville.
Dans le conte, la sirène avait dû sacrifier sa voix pour obtenir des jambes et pouvoir marcher sur terre. Haru-chan n’avait jamais été très bavard. Mais depuis son entrée au lycée, on aurait presque dit qu’il avait complètement renoncé à parler. Sa personnalité avait peut-être un peu changé elle aussi. Il était devenu…
Comment dire ? Un peu plus bizarre.
Je ne pense pas que le Haru-chan de l’école primaire aurait passé des heures à sculpter des dizaines de petites figurines d’Iwatobi-chan censées servir de cadeaux aux nouveaux membres du club.
Enfin, ce n’était pas important. Ce genre de différence restait minuscule. Haru-chan était Haru-chan. À l’intérieur, rien n’avait changé. J’aimais autant celui d’autrefois que celui d’aujourd’hui. Je le regardais travailler avec le sourire lorsque Mako-chan arriva en retard.
— Désolé, désolé ! Vous êtes déjà là tous les deux ?
Mako-chan avait énormément grandi depuis l’école primaire.
Un corps solide. Un torse large. Mais toujours les mêmes sourcils légèrement inclinés qui lui donnaient cet air perpétuellement inquiet.
Haru-chan. Mako-chan. Et moi.
C’était un peu triste que Rin-chan ne soit pas là. Mais pouvoir recommencer à nager tous ensemble serait vraiment génial. Seulement, pour ça…
— Il nous faut encore au moins un membre. Mais personne ne veut rejoindre un club de natation qui n’existe même pas encore.
Mako-chan soupira avec une expression préoccupée.
Nous nous trouvions dans les vestiaires de l’ancienne piscine inutilisée du lycée d’Iwatobi. Si nous réussissions réellement à créer le club de natation, cet endroit deviendrait notre local. Mais avant cela, il fallait recruter. Nous passions donc nos journées à courir partout dans l’établissement, à organiser des opérations de recrutement et à coller des affiches.
Les Iwatobi-chan que Haru-chan sculptait devaient eux aussi servir à attirer de nouveaux membres. Personne, à part Haru-chan, ne comprenait vraiment pourquoi cela devait fonctionner.
Nous commençâmes notre nouvelle réunion de recrutement dans ce qui deviendrait, avec un peu de chance, notre futur local.
— Bon, commençons. Vous avez trouvé de nouvelles idées pour attirer des membres ?
Mako-chan se tourna vers Haru-chan.
— Ah, bon sang… Haru, écoute au moins ! Laisse Iwatobi-chan tranquille deux minutes.
À contrecœur, Haru-chan immobilisa le ciseau qu’il tenait. Puis, avec son habituelle voix calme et sans qu’on puisse vraiment savoir s’il plaisantait, il proposa :
— Comme cadeau d’inscription, je pourrais fabriquer une version de chacun transformée entièrement en Iwatobi-chan.
— D’accord. Alors première décision : on oublie Iwatobi-chan.
Mako-chan lui répondit avec un sourire. Dehors, on entendait les autres clubs s’entraîner. C’était le printemps. Les cerisiers avaient déjà perdu presque toutes leurs fleurs. Il faisait beau. J’étais enfin lycéen. Dire que l’avenir s’ouvrait devant nous sans aucune limite était peut-être un peu exagéré. Mais discuter ainsi après les cours, dans notre futur local…
Cela me rendait vraiment heureux.
— Et toi, Nagisa ? Tu as trouvé quelque chose ?
Mako-chan se tourna vers moi.
— Oui ! Et cette fois, c’est parfait. Une idée géniale !
Je répondis avec assurance.
Évidemment, Mako-chan eut immédiatement l’air inquiet.
— D’accord… C’est quoi ?
Il s’attendait sûrement à une nouvelle idée complètement absurde. Mais cette fois, j’étais sérieux. J’avais vraiment trouvé quelque chose.
— Hé hé… Alors…
Je levai un doigt, histoire de faire durer le suspense.
— J’ai commencé par me demander ce qui m’avait donné envie de nager. Et là, la réponse m’est venue toute seule !
— Arrête de faire durer, Nagisa. Alors, c’est quoi ton idée ?
— Hé hé… À ton avis ?
— Un Iwatobi-chan géant.
— Je t’ai dit d’oublier ça !
Haru-chan jouait parfaitement le rôle du comique. Et Mako-chan celui qui devait lui répondre sérieusement. J’éclatai de rire.
Haru-chan, lui, ne plaisantait probablement même pas. Mako-chan et moi le savions très bien. Parler sérieusement le mettait mal à l’aise. Au fond, Haru-chan était timide.
— La première fois que je suis allé au club de natation… La première fois que je me suis dit que je voulais essayer de nager… c’est parce que je t’avais vu nager, Haru-chan.
Je lui souris. Haru-chan me regarda droit dans les yeux.
— …
Puis détourna le regard.
Il était probablement gêné. Mako-chan répondit à sa place.
— C’est vrai que ta nage est probablement assez impressionnante pour provoquer ce genre de réaction, mais…
— Justement ! Si les autres te voient nager, Haru-chan, on va recevoir une avalanche d’inscriptions !
— Je ne fais que de la nage libre.
— Évidemment ! C’est là que ta nage est la plus belle.
— Mais la piscine n’est toujours pas réparée. Et il fait encore beaucoup trop froid pour nager dehors. Même si on voulait montrer Haru aux autres, comment on ferait ?
Je dévoilai enfin la deuxième partie de mon plan.
— Hé hé ! On filme Haru-chan dans une piscine couverte avec une caméra sous-marine ! Ensuite, on organise dans la salle audiovisuelle une grande « projection de la nage de Haru-chan » !
— Une caméra sous-marine ?! Mais comment on trouve ça ? Et qui va filmer ?
— Un ami de ma sœur travaille là-dedans ! Elle m’a dit que si on lui parlait de Haru-chan, elle pourrait sûrement le convaincre de nous faire un prix !
— C’est pas un peu excessif ? Et même avec un prix… Haru, t’en penses quoi ? C’est toi qu’on va filmer.
— Si je peux nager, ça me va.
— Il paraît qu’il peut même nous trouver un studio avec piscine.
— Allons-y.
Les yeux de Haru-chan s’illuminèrent et il se leva immédiatement.
— Attends, Haru ! Pas maintenant !
Mako-chan dut le faire rasseoir. J’éclatai de rire.
Dehors, les autres clubs continuaient à s’entraîner. Le printemps était agréable. Tout semblait possible.
L’avenir paraissait immense.
Le lendemain, après les cours…
Nous prîmes d’abord le train, puis un bus, jusqu’au studio. Mako-chan avait toujours l’air inquiet. Haru-chan, lui, avait les yeux qui brillaient. Le mot « studio » était d’ailleurs assez trompeur.
Il s’agissait en réalité d’une immense demeure à la périphérie de la ville, apparemment construite autrefois pour une personnalité célèbre. Plusieurs chambres. Pas moins de cinq salles de bains. Une salle de billard. Un bar. Et surtout…
Une piscine intérieure.
Le lieu servait maintenant de décor pour des émissions de télévision, des films et même des séances photo de gravure idols.
— Merci de vous occuper de nous !
Nous saluâmes ma sœur et son ami Kagenuma-san, arrivés avant nous.
Kagenuma-san était un peu plus âgé qu’elle. Il portait au menton une petite barbe qui me faisait penser à celle d’une chèvre et avait un style plutôt soigné. Ma sœur répétait qu’ils n’étaient que des amis. Personnellement, j’étais presque certain qu’elle avait un faible pour lui.
Un faible malheureusement très à sens unique. Cela faisait vraiment longtemps qu’elle n’avait pas vu Haru-chan. Probablement depuis la compétition du club de natation où elle était venue nous encourager.
— Alors comme ça, tu es devenu plutôt beau, la sirène.
Elle taquinait Haru-chan.
Mais seulement à moitié.
— …La sirène ?
Kagenuma-san sourit doucement.
— Tu es Nanase-kun, c’est ça ? On m’a parlé de toi. Apparemment, ta nage est tellement belle qu’on dirait une sirène.
Tout en installant son matériel, il poursuivit :
— Tu as apporté un maillot ? Tu peux te changer dans la pièce là-bas.
— Ah, pas besoin…
Mako-chan n’avait même pas terminé sa phrase que Haru-chan retirait déjà son uniforme. Il portait son maillot de compétition en dessous. Moi, je n’aurais pas été capable de distinguer ce modèle de tous ceux qu’il possédait. Mais connaissant Haru-chan, celui-là devait probablement être son préféré.
Kagenuma-san l’observa un instant. Son regard ressemblait à celui d’un artiste étudiant son modèle.
— Très bien. Dans ce cas, entre directement dans la…
Haru-chan avait déjà plongé. Mako-chan eut un sourire embarrassé. Kagenuma-san aussi. Ma sœur, elle, resta bouche bée. Mais très rapidement…
Tout le monde fut absorbé par la nage de Haru-chan. Elle était vraiment aussi belle que ça. Quelques jours plus tôt, à la piscine de l’Académie Samezuka, je l’avais vu nager pour la première fois depuis des années. Son corps avait grandi. Il s’était beaucoup musclé depuis l’école primaire.
Et sa nage était devenue encore plus impressionnante. Sa peau lisse repoussait l’eau comme celle d’un dauphin. Lorsqu’il adoptait sa position profilée et fendait l’eau, sa silhouette était si belle qu’elle me donnait des frissons. Je n’utilisais pas souvent le mot « magnifique ». Mais là, il n’y en avait pas de meilleur.
Kagenuma-san resta lui aussi fasciné quelques instants.
Puis il retrouva rapidement son professionnalisme, saisit sa caméra sous-marine et entra dans la piscine. Haru-chan ne semblait même pas remarquer l’objectif. Il ne se préoccupait pas d’être filmé. Il nageait simplement.
Innocemment.
Dans un monde où il n’existait plus que lui et l’eau.
Ma sœur aussi était captivée. Et parallèlement, elle semblait un peu contrariée de voir Kagenuma-san aussi absorbé par Haru-chan. Mako-chan observait la scène avec son air inquiet habituel.
Moi ? Je fis semblant de ne rien remarquer. Le tournage dura environ une heure. Lorsqu’il prit fin, Mako-chan se plaça comme autrefois au bord de la piscine et tendit la main.
— Bien nagé, Haru-chan.
Il avait sûrement ajouté le « chan » exprès. Mako-chan tira Haru-chan hors de l’eau. On aurait dit un prince ramenant sur terre une princesse-sirène sortie d’un conte. La sirène redevint humaine.
— Je vous le rendrai dès que j’aurai terminé le montage.
Kagenuma-san semblait presque regretter que le tournage soit déjà fini. Ma sœur dut pratiquement l’emmener avec elle. Haru-chan venait de recevoir l’approbation d’un véritable caméraman sous-marin professionnel. J’en étais étrangement fier. Dès le lendemain, ma sœur vint me trouver.
— Tiens. C’est terminé.
Elle me tendit le DVD monté par Kagenuma-san. J’appelai aussitôt Mako-chan. Nous décidâmes de le regarder tous ensemble. Le soir même, nous nous réunîmes dans sa chambre. Le DVD entra dans le lecteur. Nous appuyâmes sur lecture. L’écran devint bleu. De fines bulles s’élevèrent dans une eau parfaitement limpide.
Puis Haru-chan apparut. Il nageait paisiblement. Comme une véritable sirène.
Élégant. Puissant. Presque sauvage. Et pourtant, étrangement séduisant.
Mako-chan et moi restâmes hypnotisés devant l’écran. Haru-chan, lui, demanda d’un ton dubitatif :
— Vous croyez vraiment que ça va attirer des membres ?
Il ne se rendait décidément pas compte de l’effet qu’il produisait.
Lorsque les parents de Mako-chan, Ran-chan et Ren-chan entrèrent à leur tour, nous recommençâmes la vidéo avec eux.
— C’est incroyable…
— C’est magnifique.
Les parents de Mako-chan ne quittaient pas l’écran des yeux.
Haru-chan, lui, grignotait des chips avec un air de plus en plus mal à l’aise. Il n’avait absolument pas conscience de la beauté de sa nage. Pour lui, c’était seulement sa manière naturelle d’exister. Comme dîner avec nous. Marcher avec nous. Rire. Vivre normalement.
Il ne devait pas faire de différence entre tout cela et sa manière de nager. Lorsque la vidéo se termina, je m’exclamai :
— C’est parfait ! Avec ça, on va forcément attirer plein de gens ! On va recevoir une avalanche de demandes !
— Oui… sûrement.
Mako-chan avait l’air nettement moins convaincu. Ran-chan et Ren-chan, eux, refusèrent de se laisser voler la vedette.
— Maintenant, on regarde ma fête du sport !
— Et la mienne après !
— Oui, oui, d’accord. Une à la fois.
Makoto rit nerveusement. Notre séance de visionnage se transforma ainsi en soirée vidéos de famille chez les Tachibana. Nous regardâmes des enregistrements des fêtes du sport de Ran et Ren, des vacances en famille…
Puis une vidéo datant de l’époque où Mako-chan était encore à la maternelle.
Et soudain, Haru-chan apparut à côté de lui, portant lui aussi son uniforme de maternelle. Cela me rendit un peu jaloux.
Mako-chan avait connu Haru-chan bien avant moi.
Le lendemain après les cours, nous préparâmes immédiatement notre grande projection de recrutement dans la salle audiovisuelle. Évidemment, une projection ne servait à rien si personne ne venait. Nous avions donc volontairement choisi un titre particulièrement racoleur : « La Sirène de Nagisa[1] — Une silhouette envoûtante ! »
C’était assez sournois. Mais cela fonctionna. Beaucoup de garçons vinrent. Et puis ce titre n’était même pas mensonger. Haru-chan était vraiment une sirène. Et sa silhouette était vraiment envoûtante.
Dès que la vidéo commencerait, tout le monde tomberait forcément sous le charme de sa nage. À l’approche de l’heure prévue, la salle audiovisuelle se remplit d’élèves.
— Très bien, nous allons commencer ! Regardez bien, et ensuite, vous n’aurez plus qu’à rejoindre le club de nata…
— ATTENDEZ !
Ama-chan-sensei surgit dans la pièce, complètement essoufflée.
— Qu’est-ce que vous comptez montrer comme vidéo ?! Ce ne serait quand même pas…
Elle était livide.
Je ne comprenais absolument pas pourquoi Ama-chan-sensei cherchait avec autant de panique à empêcher la projection. Mais à cet instant précis… Le doigt de Mako-chan appuya sur lecture.
— Aaaah !
Ama-chan-sensei poussa un cri de désespoir.
— Ne regardez pas ! Surtout, ne regardez pas !
Elle se plaça devant l’écran pour le cacher de tout son corps. Elle avait probablement été attirée par notre titre un peu douteux, comme tous les garçons présents. Mais sa réaction était quand même excessive.
— Je comprends pas… C’est juste un DVD de Haru-chan en train de nager.
Ama-chan-sensei me fixa avec stupeur.
— B-bien sûr ! J’avais entendu « sirène », alors j’ai simplement pensé que…
— Pensé quoi ?
— Rien ! Absolument rien !
Elle rit nerveusement et s’écarta enfin. Et derrière elle…
L’écran montrait Mako-chan, souriant, à l’époque où il était encore à la maternelle.
— …Hein ?
Un brouhaha parcourut la salle. C’était la vidéo où Mako-chan et Haru-chan, encore enfants, jouaient sur la plage. Une de celles que nous avions regardées la veille chez les Tachibana. Mako-chan avait dû se tromper de DVD et apporter une ancienne vidéo familiale transférée sur disque.
Tous les garçons présents se mirent à protester. Notre projection fut un échec complet. Mais alors…
Où était passé le DVD de Haru-chan ?
Après les cours, Mako-chan et moi retournâmes chez lui pour le chercher. Malheureusement, ses parents avaient manifestement passé leur vie à filmer leurs enfants. Le DVD avait dû se perdre au milieu de dizaines d’autres.
Nous ne le retrouvâmes jamais. Quel dommage.
— Bon, on n’y peut rien. On trouvera sûrement une autre façon d’attirer des membres que de montrer Haru en train de nager.
Mako-chan souriait. Mais j’eus l’impression qu’il était un peu soulagé. Peut-être que, finalement, il n’aimait pas beaucoup l’idée d’exhiber ainsi la nage de Haru-chan devant tout le lycée. Haru-chan, lui, s’en fichait complètement.
Ce qui semblait vraiment le contrarier, c’était que nous ayons distribué aux spectateurs les éditions spéciales d’Iwatobi-chan qu’il avait passé tant de temps à sculpter. Une fois rentré chez moi, je demandai à ma sœur s’il était possible d’obtenir une nouvelle copie auprès de Kagenuma-san.
— Impossible. Absolument impossible.
Elle avait l’air furieuse. En insistant un peu, je finis par comprendre. Elle lui avait avoué ses sentiments. Et il l’avait rejetée. Comme si cela ne suffisait pas, Kagenuma-san était parti travailler dans un pays dont je n’avais jamais entendu parler et ne reviendrait pas avant six mois.
Dans ces conditions, inutile d’insister. Et puis Mako-chan semblait plutôt content que les choses en restent là. Nous dûmes donc repartir d’urgence à la recherche de nouveaux membres. Mais je ne m’inquiétais pas vraiment. Nous finirions bien par trouver une solution. En réalité…
La disparition du précieux DVD de Haru-chan m’enthousiasmait presque. Parce qu’il suffisait d’imaginer. Dans quelques dizaines d’années…
Chez les Tachibana. Ran-chan et Ren-chan seront adultes. Ils se seront mariés. Ils auront des enfants. Et un jour, ils leur diront : « Ah oui ! On a encore des DVD de quand papa et maman étaient petits ! »
Ils fouilleront dans les vieux enregistrements.
Ils en choisiront un. Et au lieu d’une vidéo de famille… Ils tomberont sur Haru-chan nageant comme une sirène. Rien que d’y penser, c’était génial. Je suis certain que leurs enfants regarderont l’écran avec des étoiles dans les yeux.
— Waouh ! Une sirène !
Je ne sais pas du tout où nous en serons, nous, à cette époque. Mais peut-être que cette vidéo donnera envie aux enfants de Ran-chan et Ren-chan d’apprendre à nager. Et au club de natation qu’ils fréquenteront…
Ils rencontreront peut-être un enfant comme Haru-chan.
Puis ils formeront une équipe.
Et ils nageront un relais ensemble.
Imaginer qu’une chose pareille puisse arriver un jour…
Cela me rend vraiment heureux et enthousiaste.
[1] Le prénom Nagisa peut également évoquer le rivage ou le bord de l’eau. Le titre pouvait donc aussi se comprendre comme « La Sirène du rivage — Une silhouette envoûtante ! ». Dans les deux cas, le résultat évoquait volontairement le titre d’une œuvre un peu osée.