COTEY3 T3 - CHAPITRE 1
Lever de rideau. Exam spécial de survie
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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Nous étions tôt le matin, en fin juin.
Un immense paquebot transportant des élèves de toutes les années fendait la haute mer en direction d’une certaine petite île déserte. Les élèves de seconde ne parvenaient pas à dissimuler leur désarroi face à l’ampleur de la situation alors que ceux de première affichaient des expressions tendues, tout en conservant une certaine assurance.
Étrangement, pour nous, les terminale, il s’agissait de la troisième année consécutive passée à nous affronter sur une île déserte. Il ne faisait aucun doute que l’île se dressait bien devant nos yeux, mais un point avait toutefois pris tout le monde de court. Le théâtre de notre affrontement était exactement la même île que l’année précédente.
Pourtant, en y réfléchissant calmement, cela paraissait parfaitement logique.
On disait qu’il existait au Japon plus de dix mille îles désertes, grandes ou petites, mais si l’on se limitait à celles sur lesquelles il était réellement possible d’accoster, leur nombre chutait considérablement. De plus, si l’on recherchait une île inhabitée dont le relief puisse convenir à un examen et pour laquelle il soit possible d’obtenir l’autorisation du propriétaire, il n’en resterait sans doute qu’une poignée.
Le soleil éclatant brillait avec une intensité aveuglante, sans pour autant être écrasant. Baigné par la brise marine, l’air était même légèrement frais. Le fait que le calendrier ait été avancé d’environ un mois par rapport à l’année précédente et à celle d’avant semblait produire un effet étonnamment marqué.
Le gigantesque paquebot poursuivit sa route en douceur, fendant les vagues, avant de ralentir progressivement pour venir se rapprocher des rivages de l’île.
Il était un peu plus de huit heures du matin.
Hashimoto — On dirait qu’on arrive enfin.
Nous disposions encore de temps libre avant que le bateau n’accoste sur l’île inhabitée, et Hashimoto, qui m’avait accompagné jusqu’au café du paquebot, marmonna ces mots en s’étirant et en bâillant.
Hashimoto — Ah~, j’ai sommeil. J’aurais dû me coucher plus tôt hier.
Il semblait avoir veillé tard dans la nuit et manquait légèrement de sommeil.
Hashimoto — Bon… je me demande quel genre d’examen relou, non, carrément casse-couille, nous attend cette année.
Tout en marmonnant ces mots à la suite, Hashimoto pinça le col avant de sa chemise neuve à manches courtes du bout des doigts et la souleva.
Hashimoto — Il doit bien y avoir une raison pour laquelle ils se sont donné la peine de nous distribuer de nouveaux vêtements de sport.
Au moment de monter à bord depuis l’école, tous les élèves de terminale avaient reçu de nouveaux survêtements, hauts et bas, ainsi que des t-shirts à porter en dessous. Nous étions tenus de nous changer avant de débarquer. À première vue, ils étaient presque identiques aux habituels, mais comparés à nos tenues de sport ordinaires, le tissu semblait légèrement plus épais. Il était donc certain qu’il y avait une différence quelconque.
Hashimoto — Mais ce n’est pas insupportable pour les élèves qui préparent les concours d’entrée à la fac ? Être kidnappés à cette période de l’année, c’est pas fou. Y’a pas eu de plaintes dans notre promo ?
Ces paroles échappèrent à Hashimoto, qui, pour le moment, n’avait absolument aucune intention de passer des examens d’entrée.
Moi — Je ne sais pas. Mais j’ai vu Shimazaki apporter de quoi réviser sur le bateau.
Hashimoto — Même là, il choisit de se la donner, hein ?
Je l’avais aussi vu être frappé par un terrible mal de mer et abandonner en cours de route.
Moi — Dans tous les cas, ils compenseront sûrement plus tard avec des séances de révision en plus.
Hashimoto — Ils vont quand même pas caser ça sur nos vacances d’été ? Si c’est le cas, ce sera sans moi.
Quelles contre-mesures comptaient-ils prendre ? Ou peut-être n’en prévoyaient-ils aucune. En tant qu’élève de terminale, cette question éveillait en moi une légère curiosité, mais, comme par hasard, au moment précis où les protestations de Hashimoto se faisaient entendre, une annonce retentit à bord.
— Nous arriverons sous peu sur l’île déserte. Comme indiqué précédemment, les élèves de terminale doivent laisser tous leurs effets personnels, y compris les téléphones portables, dans leurs cabines et ne rien emporter. Veuillez vous changer et mettre la tenue de sport désignée afin de vous préparer au débarquement.
C’était simplement une annonce de ce que l’on savait déjà. Comme Hashimoto et moi avions déjà terminé de nous changer et que nous n’avions rien sur nous, il ne nous restait plus qu’à attendre que le bateau s’arrête, sans avoir à nous rendre à un endroit précis.
Hashimoto — Le fait que les seconde et les première n’aient pas encore été appelés… ça veut dire, qu’ils ne vont pas débarquer tout de suite ?
Hashimoto, qui s’était imaginé un examen sur une île avec toutes les promos mélangées dès le départ, regarda autour de lui avec une expression perplexe.
Moi — Peut-être. Mais spéculer maintenant ne nous apprendra rien.
Hashimoto — Pas faux.
Peu après, lorsque le bateau accosta et qu’une annonce indiqua qu’il était complètement à l’arrêt, je me levai de mon siège avec Hashimoto et me dirigeai vers l’extérieur depuis le pont.
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Je ne pouvais pas m’en rendre compte depuis l’intérieur du bateau, mais ce que je réalisai immédiatement en débarquant, c’était que l’aménagement de l’île avait considérablement progressé par rapport à l’année précédente. Même concernant le temps de déplacement, mes souvenirs de l’an dernier risquaient de ne plus être fiables.
L’une des personnes présentes à proximité, probablement un membre du personnel, désigna la plage du doigt.
— Vos professeurs principaux se trouvent là-bas, veuillez-vous y rendre immédiatement et vous aligner par classe.
Comme les terminale affluaient les uns après les autres derrière moi, j’accélérai le pas. En m’approchant de la plage, j’aperçus une énorme quantité de cartons empilés.
Beaucoup de souvenirs remontaient, me faisant ressentir de la nostalgie.
Lors de l’examen de survie sur l’île de l’an dernier, chacun s’était creusé la tête, faisant face aux cartes, se déplaçant sans cesse dans toutes les directions, au nord, au sud, à l’est et à l’ouest. C’est pour cette raison que, malgré la courte durée, cette scène et ce paysage avaient sans doute été profondément gravés dans nos mémoires.
Je me dirigeai vers l’endroit où notre professeur principal de la classe C, Mashima-sensei, nous attendait, puis patientai jusqu’à ce que tous les terminale soient rassemblés.
Comme prévu, aucun élève de première ou de deuxième année ne semblait débarquer. Allions-nous commencer l’examen seuls, en avance, ou bien les autres promos n’étaient-elles tout simplement pas concernées ?
Cela restait incertain, mais l’ensemble de la situation ne tarderait sûrement pas à s’éclaircir avec les explications à venir.
La réunion globale se fit en quelque minute, mais avant même que l’examen ne soit expliqué, Mashima-sensei, qui s’était avancé au centre de la plage, annonça l’absence de Nakanishi, en terminale D, en raison d’une forte fièvre.
M. Mashima — C’est regrettable d’avoir un absent, mais un problème de santé est inévitable. La classe concernée commencera ainsi avec un élève en moins. À présent, je vais vous expliquer les règles concernant le début de cet examen spécial de survie.
L’absence de Nakanishi ne fut évoquée que brièvement et ne semblait pas entraîner de sanction particulièrement lourde. Bien sûr, commencer avec un élève en moins constituait un désavantage, mais puisque cela concernait la classe d’Ichinose qui avait conservé ses quarante élèves d’origine, et que ses résultats n’avaient rien de remarquables, l’impact serait probablement limité.
Un livret de règles détaillant le contenu de l’examen spécial me fut transmis depuis le premier rang. Il semblait que nous devions écouter les explications tout en consultant ce manuel. Sur la couverture, des lignes de quadrillage étaient superposées à une photographie de l’île qui était exactement la même que l’année précédente. Je remarquai cependant immédiatement une différence. La dernière fois, les zones étaient marquées par des lettres allant de A à J et des chiffres de 1 à 10. Cette fois-ci, les secteurs semblaient bien plus subdivisés, s’étendant de A à O et de 1 à 15.
Décidant d’examiner la carte plus attentivement plus tard, j’ouvris aussitôt le livret afin d’en vérifier la vue d’ensemble.
Examen spécial de survie
Durée
Maximum de trois nuits et quatre jours. L’examen prendra fin immédiatement dès qu’un résultat décisif sera atteint.
Les horaires de l’examen sont de 9h à 18h (jusqu’à 16h uniquement le dernier jour).
Aperçu
Les classes s’affrontent en utilisant des armes de paintball afin d’éliminer les VIP et les gardes des autres classes.
Préparation
Pour mener cet examen, chaque classe doit d’abord assigner chaque élève à l’un des cinq rôles.
La plupart des rôles comportent une limite de personnes, et des privilèges différents sont accordés selon le rôle.
Commandant × 1 élève (obligatoire)
Peut suivre la position de tous les élèves via GPS à l’aide d’une tablette dédiée.
La classe A est affichée en rouge, la classe B en bleu, la classe C en jaune et la classe D en vert.
Les positions GPS sont mises à jour toutes les cinq minutes, uniquement durant les heures de l’examen, de 9h à 18h.
Peut déployer des « tactiques » (détaillées ultérieurement).
Peut communiquer avec les VIP via un émetteur-récepteur.
Peut connaître les informations (nom, rôle) des élèves éliminés.
Le commandant ne peut pas être éliminé et ne dispose d’aucun moyen d’attaque.
Ne peut pas quitter la zone du quartier général (F14).
Un remplaçant peut être désigné uniquement avec l’approbation de l’école, par exemple lorsque la poursuite est impossible en raison d’un problème de santé ou d’une blessure.
VIP × 3 élèves (obligatoire)
Peuvent communiquer directement avec le commandant par radio.
Ne disposent d’aucun moyen d’attaque.
Accordent 100 points par VIP ayant survécu jusqu’à la fin de l’examen.
Au moment où les trois VIP sont éliminés, la classe est considérée comme anéantie et son classement est alors déterminé.
Garde × Nombre illimité d’élèves
Dispose du seul moyen d’attaquer les adversaires, en utilisant une arme de paintball pour les éliminer.
Les élèves éliminés sont disqualifiés, retirés de l’île et doivent attendre sur le bateau jusqu’à la fin de l’examen.
Les gardes doivent rapporter au moins une arme principale au quartier général lorsqu’ils sont éliminés.
Toute arme perdue durant l’examen doit être immédiatement signalée à l’école.
Accorde 1 point pour chaque garde survivant à la conclusion de l’examen.
Analyste × 2 élèves (max)
Peut utiliser une tablette pour identifier les lieux d’événements, les noms des ravitaillements et obtenir des mots de passe.
En cas de poste vacant, un nouvel analyste peut être nommé parmi les gardes restants, mais il ne pourra pas redevenir garde.
*Pour procéder à la nomination, le VIP doit contacter le commandant, et l’e rôle d’analyste n’est accordé qu’après approbation.
Éclaireur × 1 élève (max)
Peut détecter la présence d’élèves des autres classes dans la zone où se trouve l’éclaireur ainsi que dans les 8 zones adjacentes, soit 9 zones au total.
Si un élève d’une autre classe entre dans la même zone, sa direction par rapport à l’éclaireur peut également être détectée.
Toutefois, si le GPS est désactivé par des « tactiques », toute détection devient impossible, aussi bien dans les 8 zones adjacentes que dans la zone occupée par l’éclaireur.
En cas de vacance du poste, un nouvel éclaireur peut être désigné parmi les gardes restants, mais il ne pourra pas redevenir garde par la suite.
*Pour procéder à cette nomination, le VIP doit contacter le commandant, et le rôle d’éclaireur n’est accordé qu’après approbation.
Aucune capacité offensive.
Conditions de victoire
Classement établi selon le total de points :
VIP survivants × 100 points + gardes survivants × 1 point.
En cas d’égalité, un élève est sélectionné aléatoirement dans chaque classe pour disputer un match à mort subite de courte durée.
Récompenses et pénalités
1re place : +150 pc
2e place : +100 pc
3e place : −100 pc
4e place : −150 pc
Pénalité d’anéantissement total
La première classe décimée avant la fin de l’examen devra désigner un élève à expulser.
Les règles de l’examen spécial furent expliquées par Mashima-sensei pendant que nous parcourions le livret. Pour résumer simplement, cet examen spécial consistait à vaincre les adversaires dans un jeu de survie sur cette vaste île, dans une partie de paintball. Ma première impression fut que c’était plus indulgent que je ne l’avais imaginé. Il semblait inévitable qu’une expulsion survienne dans l’une des classes, mais c’était tout. Peu importe l’angle sous lequel on examinait les règles, il apparaissait clairement qu’une seule personne serait expulsée.
Bien sûr, c’était une nouvelle accueillie favorablement par la majorité des élèves. L’examen en lui-même ne paraissait pas aussi complexe que la masse d’explications contenues dans le livret pouvait le laisser penser. La difficulté se situait ailleurs. Elle résidait dans le fait que la plupart des élèves n’avaient probablement jamais touché à ce genre de « jouets » auparavant, qu’il s’agisse de pistolets de paintball, d’airsoft ou d’autres modèles à propulsion au gaz. Je vis le désarroi se répandre lourdement sur les visages de chacun.
Hashimoto — Quelqu’un ici a déjà fait un truc de ce genre ? Ou s’y connaît un peu ?
Hashimoto lança la question à voix basse à plusieurs garçons se tenant à proximité, mais pas un seul ne hocha la tête. Malheureusement, il semblait que très peu d’élèves de la classe C, à laquelle j’appartenais, accueillaient favorablement cet examen spécial.
En revanche, en regardant du côté de la classe A, je pus distinguer des élèves comme Onizuka et Ijuuin en train de discuter joyeusement, manifestement excités. À en juger par leur attitude, ils devaient soit posséder des connaissances sur les jeux de survie, soit en avoir déjà fait l’expérience. Rien qu’à leurs expressions, je pouvais deviner leur confiance.
M. Mashima — En plus des éléments classiques du jeu de survie, la manière dont vous gérerez vos rôles sera également d’une importance capitale. Bien que les tactiques du commandant soient soumises à des restrictions d’utilisation, certaines peuvent influer considérablement sur le cours de la bataille. Les « événements » déclenchés périodiquement auront eux aussi un impact sur la situation. Lisez attentivement le livret et vérifiez par vous-mêmes les détails.
En poursuivant ma lecture des pages, comme Mashima-sensei nous y invitait, je découvris des informations détaillées concernant les tactiques du commandant ainsi que les événements.
Tactiques (utilisables par le commandant à tout moment)
Brouillage global du GPS
Désactive le GPS de tous les élèves d’une classe spécifiée pendant 30 min.
Limite d’utilisation : 1 fois.
Brouillage individuel du GPS
Désactive le GPS d’une personne désignée pendant 30 min.
Limite d’utilisation : 3 fois.
Identification
Révèle le nom et le rôle d’un élève présent à une position GPS spécifiée.
Limite d’utilisation : 5 fois.
*Même pendant l’utilisation de l’arrêt global du GPS ou de l’arrêt individuel du GPS, le commandant de la classe ayant activé la tactique peut continuer à vérifier les positions toutes les cinq minutes sur sa tablette.
Les tactiques accordées exclusivement au commandant semblaient, comme l’avait dit Mashima-sensei, capables de renverser véritablement le cours de la bataille si elles étaient utilisées efficacement, mais elles exigeaient aussi un jugement minutieux, car un mauvais timing pouvait les rendre totalement inutiles.
L’arrêt global du GPS, en particulier, paraissait destiné à devenir une carte maîtresse aux usages très variés, que ce soit pour lancer une attaque surprise ou pour assurer une fuite face à des poursuivants.
Alors que je réfléchissais à tout cela, des membres du personnel commencèrent à se rassembler, transportant à la hâte des cartons dont ils sortirent des montres-bracelets que j’avais déjà vues l’année précédente.
Elles furent distribuées à chaque élève et, une fois attachées à nos poignets, chacun procéda à la configuration initiale.
M. Mashima — Le retrait de cette montre est strictement interdit. Vous êtes tenus de la porter vingt-quatre heures sur vingt-quatre pendant toute la durée de l’examen spécial, et toute personne qui l’enlèvera en cours d’épreuve s’exposera à une disqualification. Dans l’éventualité peu probable d’un dysfonctionnement ou d’une erreur, signalez-le immédiatement à votre commandant ou rendez-vous au quartier général. Comme l’an dernier, la montre affiche votre tension artérielle, votre rythme cardiaque, et ainsi de suite. Vous pouvez également vérifier la zone dans laquelle vous vous trouvez actuellement, ainsi que votre direction. De plus, un mécanisme est intégré : lorsqu’une bille de paintball touche vos vêtements, un capteur s’active, la montre le détecte et un « Out » est émis. Autrement dit, au moment où la montre affiche « Out », vous êtes disqualifiés. Par ailleurs, les élèves désignés comme éclaireurs verront déverrouillée une fonction GPS dédiée permettant de suivre les autres classes. La montre dispose encore de nombreuses fonctions. Veuillez-vous référer au livret pour plus d’informations.
Il restait encore des pages dans le livret. À partir de là, il détaillait les fonctions de la montre, leur utilisation et d’autres règles à respecter. Je pourrais lire le reste plus tard. J’avais déjà compris l’essentiel de l’examen.
Hashimoto — Il suffit donc que les trois VIP soient éliminés. Ouais, je me doutais qu’ils nous sortiraient un truc comme ça.
Hashimoto marmonna ces mots en retournant le poignet pour observer la montre fixée à son bras gauche.
Hashimoto — C’est ce à quoi tu t’attendais ?
Moi — Eh bien, à peu près…
En observant la relation entre les positions, les élèves se déplaçant et s’affrontant sur l’île ne pouvaient pas connaître leur emplacement exact à travers une vue aérienne fournie par un appareil. Il en allait de même pour le suivi des positions actuelles des autres classes. Le fait que leur seul moyen d’obtenir des renseignements soit la radio du commandant au quartier général, transmise par l’intermédiaire d’un VIP, constituait une difficulté de taille.
Le danger ne provenait pas seulement de simples erreurs de communication, mais aussi des décalages pouvant survenir dans les échanges verbaux. De plus, les élèves qui se retrouvaient séparés de leur VIP devaient rechercher leurs camarades en se fiant uniquement à leur montre, ce qui les rendait d’autant plus vulnérables aux attaques surprises et autres situations similaires.
M. Mashima — Vous avez désormais dû parcourir le livret dans ses grandes lignes. La durée de l’examen spécial est de trois nuits et quatre jours au maximum. Vous attaquerez les autres classes à l’aide des fournitures initiales distribuées à chaque classe ou des billes de paintball obtenues dans les caisses de ravitaillement des événements, et la victoire ou défaite d’une classe sera décidée par cette confrontation.
Tout en écoutant ces paroles, je jetai un dernier regard aux détails concernant les événements.
Événements
Les événements s’activent automatiquement à 11h (10h uniquement pour la première activation), puis à 13h, 15h et 17h.
(1) Une caisse de ravitaillement apparaît dans une zone spécifique pendant une durée limitée à une heure, et son contenu peut être récupéré. Il existe trois types de caisses : nourriture, produits de nécessité et billes de paintball. Les détails et les quantités restent inconnus jusqu’à leur acquisition. Les caisses de ravitaillement peuvent être ouvertes en saisissant un mot de passe commun. Le mot de passe commun change chaque heure (le transport de la caisse est interdit).
(2) À partir du deuxième jour, un événement se déclenche au cours duquel des zones interdites sont ajoutées progressivement. Les zones désignées comme interdites deviennent inutilisables une heure après l’annonce. Toute personne restant dans une zone interdite plus de cinq minutes sera automatiquement déclarée « Out » et disqualifiée.
C’étaient sans doute les règles essentielles que je devais impérativement graver dans ma mémoire. En particulier, l’augmentation progressive des zones interdites constituait un facteur crucial. À partir du deuxième jour, lors des quatre événements quotidiens, des zones seraient successivement désignées comme interdites, et il deviendrait impossible d’y pénétrer une heure après l’annonce. Selon l’emplacement concerné, cela pouvait forcer des affrontements avec d’autres classes ou conduire à tomber dans des embuscades.
Il ne fallait pas non plus oublier que la tranche horaire allant de 18h à 9h se situait en dehors des heures de l’examen. Le signal GPS ne serait plus mis à jour, mais les déplacements restaient globalement libres durant cette période. Toutefois, il semblait que chacun devait reprendre à 9h depuis la zone où il se trouvait à 18h la veille. Des actions telles que parcourir une longue distance pendant la nuit afin de surprendre l’ennemi dès 9h le lendemain matin n’étaient donc pas possibles.
Compte tenu de l’immensité de l’île, j’essayai de construire mentalement plusieurs cartes hypothétiques de ce à quoi pourrait ressembler la phase finale. Cette fois-ci, l’école avait explicitement annoncé une sanction impliquant un risque d’expulsion. Un élève à expulser devait être désigné dans la classe entièrement anéantie.
En apparence, il s’agissait d’une victime inévitable. Cependant, on pouvait dire qu’une méthode relativement simple permettant de limiter les dégâts avait été prévue à l’avance pour de nombreuses classes. Lorsque le risque d’expulsion avait été annoncé pour la première fois, ce que chacun avait imaginé, c’était soit de « sacrifier » un élève disposant de points de protection, soit qu’un leader puissant impose de force la désignation de quelqu’un.
Le seul point positif était qu’il s’agissait d’une sélection, laissant la décision à chaque classe. Si un élève possédant des points de protection était choisi, l’expulsion pouvait être évitée en les consommant, mais rien ne garantissait que quelqu’un accepterait d’utiliser ses propres points de protection.
Être dernier et subir la pénalité d’anéantissement étaient, en un sens, les deux faces d’une même pièce. C’était une issue que chaque classe voulait absolument éviter.
Cependant, si des combats trop passifs se poursuivaient par crainte du risque d’expulsion, le danger d’un match nul finirait par émerger. Étant donné que la détermination du vainqueur en cas d’égalité reposait entièrement sur la chance, aucune classe ne serait autorisée à continuer de fuir indéfiniment et toutes seraient contraintes d’engager le combat quelque part, qu’elles le veuillent ou non.
Aucune tension marquée ne transparaissait sur le visage de Mashima-sensei ni sur celui des autres enseignants. Je n’en retirais pas une impression pesante. Une porte de sortie bien plus indulgente et compréhensible que je ne l’avais imaginé. En ce sens, on pouvait dire qu’ils faisaient encore preuve de clémence à notre égard.
M. Mashima — À présent, je vais vous expliquer les armes que les gardes sont autorisés à utiliser.
Sur ces mots, Mashima-sensei sortit d’un carton posé à proximité un fusil d’assaut unique, dont la silhouette ressemblait fortement à celle d’un M16. Il prit ensuite un fusil à pompe dans son autre main, tandis que Sakagami-sensei, qui se tenait non loin, sortit et présenta des pistolets-mitrailleurs ainsi que des pistolets.
— C’est quoi, ça ? Je n’ai jamais vu un pistolet de paintball de ce genre.
La voix provenait du côté de la classe A, mêlée de surprise.
M. Mashima — Il s’agirait d’une arme prototype qui n’est pas encore commercialisée. Pour les détails… Kishinami-san, je vous en prie.
Lorsque Mashima-sensei tourna le regard, un adulte que je voyais pour la première fois, qui attendait à proximité, s’inclina légèrement.
M. Kishinami — Enchanté de faire votre connaissance. Je me nomme Kishinami et je suis représentant commercial de Kanto Shooter Co. Ltd., une entreprise spécialisée dans la fabrication et la vente de pistolets-jouets, notamment d’airsoft et de modèles factices. Cette fois-ci, en coopération avec le personnel et les élèves du Lycée d’excellence Kôdô Ikusei, nous avons convenu d’une collaboration mutuelle afin de tester une nouvelle arme de paintball compétitive que notre société prévoit de commercialiser prochainement.
Il poursuivit :
M. Kishinami — Tout en conservant une forme se rapprochant davantage d’une arme réelle, il est capable de tirer des billes de paintball. Par ailleurs, les tenues de sport que vous avez enfilées à l’avance intègrent la toute dernière technologie propriétaire de notre entreprise, combinant capteurs thermosensibles, réactions chromatiques et capteurs d’impact. Le système est conçu de telle sorte que, lorsqu’une bille frappe fortement l’abdomen ou le dos et éclate, il se synchronise avec la montre-bracelet pour émettre un « Out ». Il existe des cas où vous ne serez pas immédiatement disqualifiés même en étant touchés, mais veuillez considérer qu’un impact sur la poitrine ou le dos entraîne presque toujours une élimination en un seul coup. En revanche, si seule une infime quantité de peinture adhère au bord de votre tenue de sport, le système peut ne pas s’activer, auquel cas cela sera considéré comme sans danger. Toutefois, étant donné qu’il s’agit encore d’un prototype, il peut arriver, dans de très rares cas, qu’un « Out » ne soit pas enregistré malgré un impact direct. Dans une telle situation, n’en concluez pas que vous êtes indemnes. Cessez toute action offensive en partant du principe que vous êtes éliminés et veillez à le signaler vous-mêmes.
Il expliqua le produit d’une voix fluide, digne d’un véritable commercial.
Mashima-sensei acquiesça, comme pour appuyer ces explications, puis tourna son regard vers les élèves.
M. Mashima — Si un « Safe » est jugé « Out » en raison d’un dysfonctionnement, cela sera traité comme une mesure de correction d’urgence. Si, à l’inverse, un « Out » est jugé « Safe », un auto-signalement immédiat garantira l’absence de sanction. En revanche, si vous continuez en sachant que vous êtes éliminés, cela sera considéré comme une infraction grave et pourra entraîner la défaite de toute la classe. Soyez donc vigilants. Si vous pensez qu’un dysfonctionnement s’est produit, votre montre-bracelet dispose d’une fonction d’appel permettant de signaler un retrait ou un problème de condition physique. Utilisez-la pour nous communiquer les détails.
Cela signifiait probablement que, si l’école vérifiait la situation et concluait qu’il s’agissait bien d’un « Safe », un retour serait autorisé.
Il fut également précisé que le fait de s’emparer par quelque moyen que ce soit de l’arme d’une autre classe, de l’utiliser ou de la rendre inutilisable, ainsi que de blesser le corps de l’adversaire par des coups de poing ou de pied, ou encore de l’entraver pour l’empêcher de tirer, était strictement interdit. Si de tels faits étaient confirmés, cela entraînerait une disqualification immédiate, une déduction immédiate de cent points de classe et, en cas de malveillance, pourrait faire l’objet d’une délibération en vue d’une expulsion.
M. Mashima — Puisqu’il s’agit d’un point important, je vais poursuivre l’explication même si certaines choses se recoupent. Lorsqu’une bille de paintball touche sa cible, la montre-bracelet liée émet un « Out » et un signal sonore de deux secondes. Si l’élève éliminé est un garde, cessez immédiatement toute attaque avant que ce signal ne s’arrête. Continuer à attaquer après un « Out » entraînera une sanction. Cela ne signifie pas non plus que vous pouvez continuer à tirer pendant ces deux secondes après avoir été éliminés. Si vous poursuivez une attaque, opposez une résistance ou interférez en ayant clairement conscience d’être « Out », nous considérerons cela comme intentionnel et appliquerons une sanction. Les attaques en dehors des heures de l’examen sont passibles de la même pénalité. Par ailleurs, chacun doit bien comprendre que les actes illégaux portant atteinte aux fondements mêmes des règles de l’examen spécial ne seront absolument pas tolérés.
Si de la peinture nous éclaboussait en frappant un arbre ou un objet similaire adhérait à peine aux vêtements sans activer le capteur, on pouvait probablement considérer qu’il ne s’agissait pas d’un « Out », mais dans les cas ambigus, il valait de toute façon mieux vérifier auprès des responsables.
M. Kishinami — Les armes de paintball utilisées ici diffèrent non seulement par leur apparence, mais aussi par leurs performances. Ce fusil d’assaut inspiré du M16 possède la portée la plus longue et un chargeur de cinquante billes. Le fusil à pompe a une portée environ deux fois plus courte et une capacité limitée à trente billes, mais il permet de tirer cinq projectiles simultanément.
Il poursuivit :
M. Kishinami — Le pistolet-mitrailleur offre la même portée que le fusil d’assaut, mais avec une capacité réduite à trente billes. En contrepartie, il est léger et facile à manier d’une seule main. L’utilisation simultanée de deux de ces armes principales est interdite. En revanche, en ce qui concerne les pistolets, bien que seuls deux soient attribués à chaque classe, ce sont les seules armes dont l’utilisation simultanée est autorisée. Toutefois, l’utilisateur doit porter un holster visible sur la cuisse. Par ailleurs, toutes les armes sont équipées de batteries intégrées et peuvent tirer environ mille billes, mais dans le cas peu probable où la batterie serait épuisée, il n’existe aucun moyen de la recharger autrement qu’en se ravitaillant via une caisse prévue à cet effet. Enfin, bien qu’elles disposent d’un certain niveau d’étanchéité, veuillez rester vigilants, car une exposition prolongée à de fortes pluies ou une immersion dans la mer ou une rivière pourrait les endommager et les rendre inutilisables.
Le commercial marqua une pause, puis, semblant se rendre compte qu’il avait omis un point, ajouta avec une certaine hâte :
M. Kishinami — Toutes les billes de paintball sont conçues pour retourner à la nature. Peu importe où et en quelle quantité vous tirez, cela ne provoquera aucune destruction de l’environnement. J’espère donc que vous pourrez en profiter pleinement.
Il aurait évidemment été problématique que la peinture des billes cause des dommages environnementaux, mais s’il n’y avait aucun impact négatif de ce côté-là, il n’y avait alors aucune raison d’hésiter à tirer.
M. Kishinami — Le nombre d’armes attribuées initialement à chaque classe correspond au nombre de gardes, mais il existe une limite supérieure pour chaque type d’arme possédé. Tout le monde ne pourra pas choisir un fusil d’assaut ou un pistolet-mitrailleur, soyez donc attentifs à ce point.
Il semblait que l’intention de l’entreprise partenaire était de nous faire utiliser plusieurs types de pistolets de paintball, plutôt que de nous cantonner à un seul modèle.
M. Kishinami — De plus, la quantité de billes fournie est loin d’être abondante. Les armes sont livrées chargées, et chaque personne ne reçoit qu’un seul chargeur de rechange entièrement rempli. Une consommation excessive pourrait donc vous laisser à court en un clin d’œil. Dans ce cas, il vous faudra obtenir des billes supplémentaires via les caisses de ravitaillement des événements.
Ou plutôt, l’examen avait probablement été conçu en tenant compte de cette contrainte.
M. Mashima — L’examen spécial se déroule chaque jour de 9h à 18h. Les signaux de début et de fin seront annoncés par le sifflet du bateau. Le premier événement aura lieu à 10h, et non à 11h. Par la suite, les événements se dérouleront aux horaires indiqués dans le règlement, et tout combat en dehors des heures de l’examen est strictement interdit. Si vous engagez un combat hors de ces horaires et éliminez un autre élève, la personne ayant enfreint les règles sera considérée comme éliminée à sa place. De plus, si des actes frauduleux visant à dissimuler de telles infractions sont découverts, un nombre important de points de classe sera déduit de la classe de l’élève fautif. En cas de malveillance, une expulsion immédiate pourra être prononcée.
Le livret distribué contenait une multitude de prescriptions détaillées, de règles devant être strictement respectées, de règlements et de consignes. Si quelqu’un était touché par une bille de paintball en dehors des heures de l’examen, cela ne comptait pas comme une élimination officielle.
Des mesures de secours étaient également prévues : en cas de tir accidentel sur un camarade, il était possible de le signaler au commandant, après quoi l’école vérifiait la situation et fournissait des vêtements de rechange. De même, dans certains cas où un jugement « Out » était prononcé à cause d’un dysfonctionnement de l’appareil alors qu’aucune bille de paintball n’avait touché l’élève pendant l’examen, un signalement pouvait permettre un retour dans l’épreuve.
Bien entendu, cela nécessitait une preuve absolue de l’absence d’impact. Si une bille de paintball frappait après qu’un dysfonctionnement avait enregistré un « Out », aucune mesure de secours ne pouvait être espérée. Sur l’île, toute personne en mauvaise condition physique était immédiatement disqualifiée. De plus, endommager volontairement la montre-bracelet entraînait une disqualification. Si un défaut était détecté, les enregistrements audios avant et après l’incident étaient conservés.
Pour toutes ces raisons, il était judicieux de vérifier attentivement le livret de règles, au cas où des problèmes imprévus surviendraient durant l’examen.
Ce que je compris en le lisant, c’était que si l’école fermait quelque peu les yeux sur des incidents mineurs, elle ne tolérerait absolument pas les fraudes s’écartant des règles et sapant les fondements mêmes de l’examen spécial. Par exemple, retirer la tenue de sport qui servait de support aux capteurs afin d’éviter d’être touché, ou continuer à tirer après avoir été éliminé. Étant donné qu’en plus de l’expulsion, une lourde perte de points de classe était infligée, le coût était incommensurable. Il était raisonnable de considérer que, peu importe jusqu’où Ryuuen tenterait d’aller, il ne pourrait pas faire fi des règles. Cela valait également pour moi. Le risque était tout simplement trop élevé.
La seule situation où l’on aurait pu être tenté de forcer un peu l’absurde concernait l’état de santé d’un VIP qui se dégraderait, mais une sanction sévère, la perte du double des points, avait été annoncée si une participation forcée était découverte. Dans le pire des cas, se retirer honnêtement entraînait donc moins de dégâts.
Il y avait aussi les montres-bracelets distribuées à chaque élève, comme l’année précédente. Leur port était obligatoire vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et elles surveillaient en permanence le rythme cardiaque et la pression artérielle. Un signal était immédiatement envoyé au quartier général en cas de retrait ou de dysfonctionnement.
En outre, en plus de la fonction boussole, la montre était désormais équipée d’un bouton permettant de déclarer volontairement un retrait si l’on estimait qu’il était difficile de continuer en raison d’un mauvais état de santé ou d’une blessure grave. Se forcer à poursuivre alors qu’un examen médical était nécessaire ne ferait qu’accumuler les souffrances sans aucun bénéfice.
M. Mashima — Bien. À partir de maintenant, je vais demander à un représentant de chaque classe, n’importe qui fera l’affaire, de tirer au sort. Cela déterminera la position de départ pour le début à 9h. Les quatre positions initiales possibles sont C12, E12, G12 et I12. Vous commencerez probablement depuis des points séparés d’environ quinze minutes de marche.
Quinze minutes me semblaient une estimation assez rapide. Même si la zone avait été réduite, était-ce l’effet des travaux d’aménagement ?
Même en parlant d’une certaine distance, cela restait à portée de jet de pierre. Selon la position de départ, même avec un terrain peu praticable, un contact pouvait avoir lieu en moins de cinq minutes en sprintant de toutes ses forces le long de la plage de sable.
Cependant, ce n’était pas réaliste. Si des élèves se précipitaient sur la plage pour engager le combat à la hâte, les autres classes s’en apercevraient et les prendraient pour cibles à distance. Le risque était élevé pour un gain dérisoire.
Le C12 à l’ouest, où l’on évitait d’être pris en tenaille, ou le I12 à l’est, d’où il était facile de se replier, semblaient être de bons choix.
Bien qu’il s’agisse d’un tirage au sort pour déterminer une position de départ aussi cruciale, le résultat serait le même, quel que soit celui qui s’en chargerait. Je décidai donc de demander à Sanada, qui se tenait à proximité. Il accepta sans hésiter et alla tirer le lot.
Les explications de Mashima-sensei et des autres enseignants à l’ensemble du groupe prirent fin. Chaque classe reçut l’instruction de s’éloigner et de former un cercle autour de son professeur principal. C’est alors que Hashimoto s’approcha de moi et m’interpella.
Hashimoto — Il y a eu pas mal d’explications brouillonnes, mais en gros, ça veut dire qu’on doit juste gagner un jeu de survie classe contre classe, c’est ça ?
Moi — En gros.
Hashimoto — Pour l’instant, on garde nos distances avec les autres classes et on attend que ça passe, hein ? Autant les laisser s’écraser entre elles.
Bien sûr, ce serait l’issue la plus élégante, mais je ne pensais pas que cela se déroulerait de façon aussi commode.
C’était parce que les règles et les mécanismes avaient été conçus de telle sorte que n’importe qui serait tenté de tirer profit du chaos.
2
Les positions de départ furent décidées par tirage au sort, et nous commencerions depuis la zone E12. La classe B de Ryuuen fut assignée à C12, la classe A de Horikita à G12, et la classe D d’Ichinose à I12.
Sanada s’excusa de ne pas avoir réussi à obtenir une zone plus avantageuse, mais je lui dis de ne pas s’en faire, puisque ce n’était pas de son ressort.
Puis, passant à l’étape suivante, on nous conduisit devant plusieurs cartons, où débuta une explication concernant les fournitures propres à chaque classe.
M. Mashima — Ce que vous voyez ici correspond aux fournitures initiales remises à chaque classe. Leur contenu est identique pour toutes. En ce qui concerne ces objets, vous pouvez tous les emporter ou laisser ceux que vous jugez inutiles. Toutefois, une fois l’examen commencé, toute fourniture laissée sur place sera récupérée, et il ne sera plus possible d’en ajouter par la suite. En gardant cela à l’esprit, décidez entre vous de ce qui est nécessaire.
Un maximum de trois nuits et quatre jours. Il nous faudrait réfléchir soigneusement à ce que nous emporterions.
Pour l’instant, puisqu’aucune discussion n’était possible sans connaître le contenu, nous décidions de vérifier directement l’intérieur des cartons. Ce qui attira immédiatement mon regard fut une réalité peu réjouissante. La quantité de nourriture était dérisoire, manifestement insuffisante pour quiconque.
— Il n’y a presque rien à manger… Ce n’est pas moins d’une journée de provisions, ça ?
La seule nourriture fournie se composait de blocs de suppléments nutritionnels et d’eau minérale.
Après comptage, il n’y en avait que deux par personne pour toute la classe, et il n’y avait absolument rien d’autre de comestible.
Il semblait qu’ils n’aient préparé que de quoi tenir jusqu’au déjeuner à venir.
Hashimoto — Si on veut manger, il va falloir absolument se procurer de la nourriture via les fournitures des événements, hein… Ils ne font vraiment rien à moitié.
Si les fournitures des événements devenaient indispensables pour obtenir de la nourriture, alors participer aux événements deviendrait une nécessité, que cela nous plaise ou non. Naturellement, le risque de se retrouver face aux autres classes augmenterait considérablement.
Nous pouvions ignorer les événements, mais, d’un point de vue pratique, il semblait évident que les matériaux fournis au départ, à eux seuls, seraient insuffisants. Pour provoquer des affrontements, des mesures aussi coercitives avaient sans doute été nécessaires.
Shiraishi — En regardant les règles, tant que nous parvenons à continuer à fuir, nous ne perdrons pas et les billes ne seront pas consommées tant que nous ne combattons. Le problème de la nourriture est inévitable.
Shiraishi ramassa une boîte de blocs de suppléments nutritionnels en disant cela. C’était un fait indéniable. Les classes qui échoueraient à se procurer de la nourriture verraient l’éventail de leurs stratégies se réduire, deviendraient impatientes, provoqueraient les autres dans des combats inconsidérés et finiraient par être éliminées. Prendre des risques pour récupérer des provisions, ou éviter les risques et endurer le manque de ressources. Ou bien adopter une stratégie équilibrée, cherchant un juste milieu.
Déjà, la discussion au sein de la classe s’échauffait. Les opinions commençaient à diverger.
Sugio — Je pense franchement que viser les événements proches est dangereux. Si c’est pour assumer le risque de se battre dans de mauvaises conditions et de sortir de l’examen, pourquoi ne pas éviter la classe A dès le départ et traverser la montagne ? De cette façon, il nous serait plus facile de monopoliser les événements dans la zone nord-est. Les autres classes ne prendraient pas la peine d’aller aussi loin pour nous affronter, non ?
Sugio, qui avait écouté la conversation tout en fixant la maigre quantité de nourriture, proposa cela. Shimazaki exprima immédiatement son opposition.
Shimazaki — Je suis contre. Les autres classes peuvent très bien penser la même chose. Et puis, même si nous nous forçons à traverser la montagne, rien ne garantit que des événements auront effectivement lieu dans le nord-est, n’est-ce pas ?
Nous étions partis du principe que tout allait être distribué de manière uniforme. Mais il fallait attendre que l’examen débute réellement pour être fixé.
Shimazaki — Dans ce cas, je pense qu’il vaut mieux ne pas trop s’éloigner du point de départ tant que le premier événement n’a pas commencé.
Si nous avions suivi le plan proposé initialement par Sugio, nous aurions peut-être pu éviter les combats, mais cela comportait de nombreux risques.
En plus de l’épuisement physique lié à la traversée des montagnes, il y avait l’incertitude quant à l’apparition des événements, ainsi que les mouvements de nos rivaux.
Aucun de ces facteurs ne pouvait être pris à la légère. À ce stade, il était impossible de parvenir à une réponse correcte, même pour moi.
Pour se diriger vers le nord de cette île par l’itinéraire le plus court et le plus sûr, il fallait passer par l’étroite zone fluviale de G8.
Il était envisageable que, si nous poursuivions la classe A, dont la position de départ était la plus proche de la nôtre, elle y arrive avant nous. Cela pourrait nous plonger directement dans un affrontement, ou quelque chose de ce genre.
Sugio — Ne pas bouger, hein ? Je n’ai pas l’intention de rejeter cette idée, mais dans ce cas, cela signifie que nous nous préparons à un échange de tirs dès le départ, n’est-ce pas ? Et si, par malchance, trois VIP se faisaient éliminer à cause de ça…
Sans même attendre trois nuits, le résultat pourrait être décidé en l’espace d’une heure après le début de l’examen.
Sugio imagina ce scénario catastrophe et l’exprima à voix haute.
Hashimoto — D’accord, d’accord. J’ai compris ce que tu veux dire, Sugio, mais pour l’instant, regardons les autres fournitures avant de nous disputer là-dessus. Notre leader finira bien par nous trouver une bonne idée entre-temps.
Hashimoto s’interposa entre leurs regards et les exhorta à avancer.
Tout le monde pouvait donner son avis. Cependant, imposer cet avis impliquait naturellement d’en assumer la responsabilité. Ni Sugio ni Shimazaki ne possédaient la détermination nécessaire pour porter un tel fardeau.
Sugio — …C’est vrai.
Ainsi, la discussion fut interrompue et le jugement laissé au leader. La ligne stratégique fut mise en suspens, mais cela ne signifiait pas pour autant que l’atmosphère tendue s’était dissipée.
Dans cet examen où les combats et les déplacements seraient fréquents, il était inévitable que la majorité de la classe devienne nerveuse. Précisément parce que les élèves de la classe C avaient des aptitudes largement orientées vers l’académique, cela témoignait du désir puissant, quoique inconscient, d’éviter à tout prix de faire un mauvais choix.
Mettant momentanément de côté les manœuvres initiales et la question de la nourriture, je vérifiai le carton suivant. De petits objets en sortirent, tels que des cartes en papier, des stylos à bille, des brosses à dents et des produits sanitaires. D’après l’explication complémentaire de Mashima-sensei, il semblait que ces articles pouvaient être utilisés librement durant la période de l’examen, à condition de ne pas être jetés et d’être récupérés par la suite.
Ils n’étaient pas encombrants, et en avoir quelques-uns sur soi, y compris des rechanges, serait à la fois pratique et utile.
Ensuite, j’ouvris le grand carton. Des tentes, nécessaires et commodes pour dormir, apparurent, manifestement préparées en grand nombre selon les tailles.
Hashimoto — Des tentes, hein ? Il faut réfléchir tout de suite à ce que nous prenons et en quelle quantité. La question est de savoir jusqu’où nous devons faire peser cette réflexion sur Ayanokôji…
Hashimoto tourna le regard vers moi, comme pour solliciter mon avis. Je fis un hochement de tête en réponse.
Moi — Je fournirai une ligne directrice concernant les fournitures nécessaires et les quantités à emporter. S’il y a des objections, exprimez-les à ce moment-là, avec vos arguments.
Je commencerais par établir un cadre, puis j’intégrerais les opinions de mes camarades si nécessaire.
C’était sans doute la méthode optimale pour éviter de perdre du temps.
Concernant les tentes, l’idéal aurait été que chacun dispose de la sienne. Cependant, cela deviendrait encombrant et exigeant physiquement, réduisant la mobilité si chacun en avait une. À la place, nous devions réduire les quantités dès le départ et nous concentrer sur les tentes pour deux personnes et celles de plus grande capacité. De cette manière, il serait plus facile d’alterner leur transport.
Plus important encore était le nombre total de personnes pour lesquelles nous devions nous préparer. Avec le temps, des élèves seraient inévitablement éliminés. Autrement dit, au milieu de la partie, ou, si les choses tournaient mal, même dès le début, les grandes tentes deviendraient superflues, et la situation s’inverserait au point que les petites tentes d’une ou deux personnes deviendraient plus pratiques. Comme les petites tentes étaient conçues pour être montées facilement, elles étaient aussi plus simples à préparer et à ranger.
Tout en réfléchissant à l’équilibre entre les types de tentes et leur nombre, je portai mon regard sur le dernier groupe de cartons encore intact.
À l’intérieur se trouvaient les éléments essentiels. Des armes destinées au combat.
Hashimoto — De près, elles ont l’air vraies. C’est la première fois que je touche quelque chose comme ça.
Hashimoto tendit aussitôt la main et saisit un fusil d’assaut. En les comptant, il semblait qu’un total de quarante armes principales ait été préparé. Vingt fusils d’assaut, dix pistolets-mitrailleurs et dix fusils à pompe. Il y avait également deux pistolets comme armes secondaires. Puisque chaque Garde pouvait porter une arme principale, il était possible que tout le monde en soit équipé.
Hashimoto — Franchement, les fusils à pompe ont l’air difficiles à utiliser. Et ils sont lourds.
Je pris les trois types d’armes principales l’une après l’autre et les examinai brièvement. Je ne connaîtrais leur véritable valeur qu’en les utilisant réellement, mais au vu des quantités initiales, le fusil d’assaut semblait être l’arme la plus maniable et la plus équilibrée. Ainsi, les pistolets-mitrailleurs et les fusils à pompe serviraient sans doute uniquement à compenser le manque pour équiper les Gardes.
Morishita — Si nous commençons sans analystes, il semble que nous puissions emporter deux armes supplémentaires. Qu’est-ce que tu comptes faire ?
Après avoir vérifié le nombre d’armes, Morishita s’approcha de moi et posa la question.
Moi — Avoir un peu plus de billes est certes un avantage, mais nous aurons forcément besoin d’analystes à un moment donné. Quand nous les nommerons plus tard, il faudra gérer le problème des armes devenues excédentaires. Difficile de dire si le bénéfice en vaudra réellement la peine.
Il était certain que les armes ne pouvaient pas être abandonnées sur place comme de simples nécessités quotidiennes. Il était obligatoire de les transporter et de les rapporter.
Si un Garde avait pu manier deux armes simultanément, il aurait peut-être existé des usages atypiques, mais cela allait à l’encontre des règles et était impossible. Tout surplus finirait donc inévitablement entre les mains de quelqu’un.
Chaque fois qu’un analyste ou un éclaireur serait éliminé, un nouveau serait désigné parmi les gardes, ce qui alourdirait d’autant la charge.
Moi — Nous adopterons une politique consistant à ne pas augmenter nos bagages.
Morishita — Donc tu n’as pas l’intention de prendre de surplus. Dans ce genre de situation, la psychologie humaine nous pousse pourtant à vouloir prévoir au moins une petite assurance. On a tendance à devenir gourmand.
Et si une arme se cassait ? Et si nous manquions de munitions ?
C’était précisément pour cela que les gens voulaient emporter autant d’armes et de munitions que possible.
Si tout le monde pouvait continuer à se battre sans être éliminé, disposer d’armes et de munitions de rechange serait rassurant.
Il était donc naturel que ce désir d’assurance entre en jeu.
Moi — Si nous avons besoin de quelque chose, il suffira de l’obtenir via un événement. C’est à cela que servent les règles.
Cependant, traverser l’examen sans encombre était difficile, et il y aurait à coup sûr des cas où des élèves seraient éliminés sans avoir épuisé leurs provisions. Surtout dans cette classe, où peu d’élèves pouvaient être considérés comme fiables sur le plan offensif, disposer d’armes et de munitions en surplus n’avait aucun sens si personne ne parvenait à toucher sa cible. De plus, les candidates naturelles pour le surplus étaient les pistolets mitrailleurs, mais chacun ne disposait que de soixante cartouches, chargeur de rechange compris. En outre, leurs chargeurs étaient différents de ceux des fusils d’assaut, ce qui rendait l’échange de munitions fastidieux, puisqu’il fallait retirer les balles une par une.
Une autre raison qui m’amena à cette conclusion était qu’il existait d’autres moyens de préserver les ressources, comme récupérer celles des élèves éliminés si les armes venaient à manquer, ou stocker à l’avance des chargeurs de rechange dans des sacs spécifiques.
Morishita — Dans ce cas, je te laisse décider. De toute façon, je veux rejeter la responsabilité sur Ayanokôji Kiyotaka.
Moi — Ça me va.
Après avoir confirmé l’intention de la classe, je déclarai à Mashima-sensei ce dont nous avions besoin et reçus les fournitures.
Les garçons dotés de force et d’endurance se chargèrent des objets lourds comme l’eau, tandis que ceux qui étaient moins sportifs ainsi que les filles ne portaient que le strict minimum, comme leurs sous-vêtements et leurs articles de toilette personnels, afin de réduire leur charge.
Moi — Il y a quelque chose dont je veux vous parler avant le début de l’examen. Écoutez-moi.
J’interpellai mes camarades, qui procédaient à une dernière vérification pour s’assurer qu’aucune fourniture ne manquait, et les fis se tourner vers moi.
Moi — Je veux vous parler du cas où nous serions la première classe à être totalement éliminée dans cet examen spécial.
Matoba — Tu parles de perdre avant même d’avoir commencé ?
L’expression de Matoba s’assombrit légèrement, peut-être pressentant quelque chose de funeste. Ou peut-être pensant que je cherchais à préparer des excuses en cas de défaite.
Moi — C’est inévitable. Nous serons contraints d’expulser quelqu’un. Afin d’éviter les conflits, je veux décider de qui sera expulsé en premier.
À ces mots, la tension se répandit parmi les élèves.
Matoba — C’est vrai que je n’ai pas envie de passer l’examen en pensant que je pourrais être expulsé, mais…
Sanada — Ayanokôji-kun, c’est vraiment la bonne démarche ?
Ayant compris la situation, Sanada prit également la parole, allant dans le sens de Matoba.
Moi — Aucun élève de notre classe ne possède de point de protection. Autrement dit, si nous sommes décimés, quelqu’un sera définitivement expulsé. Mentalement, c’est éprouvant de penser à ça.
Comme Matoba et Sanada l’avaient souligné, rares étaient les élèves qui accepteraient honnêtement une situation où leur expulsion serait d’ores et déjà actée en cas de défaite.
Sanada ? — Ou plutôt, parce que tu es le leader, tu penses avoir le droit de décider ? De choisir qui sera expulsé ?
Aucun élève ne souhaitait se porter volontaire pour une expulsion.
À plus forte raison, si un nouveau venu comme moi agitait le bâton, le rejet serait d’autant plus fort.
— On ne devrait pas simplement décider au moment de la défaite, en incluant celui qui aura commis une erreur pendant l’examen ?
— Ou alors, puisque nous sommes tous dans le même bateau, tirer au sort si nous perdons. C’est équitable au moins comme ça.
Les élèves autour de moi étaient clairement opposés à l’idée de décider à ce stade, mais j’avais mes propres raisons.
Morishita — Hashimoto Masayoshi, il semble que la politique d’Ayanokôji Kiyotaka soit déjà décidée. Je comprends sa décision sans même avoir besoin qu’il me l’explique.
Hashimoto — Sérieux ?
Morishita hocha la tête avec assurance face au regard dubitatif de Hashimoto.
Morishita — Si jamais nous devons subir la pénalité, alors Hashimoto Masayoshi sera le premier sacrifice pour protéger ses camarades de classe. Ce serait la conclusion la plus juste et la plus équilibrée.
Hashimoto — Je vois. Si c’est comme ça, j’accepte… comme si j’allais accepter ça ! Bordel, dose un moment. J’ai été idiot de croire une seconde que je pouvais t’écouter sérieusement.
Morishita — Vraiment ? Pourtant, je suis en train de doser de chez doser. Tu ne penses pas que tous les élèves, à l’exception de Hashimoto Masayoshi, accepteraient cette proposition avec joie ?
Hashimoto — Eh bien, ça les met en sécurité alors j’imagine que oui.
Morishita — Tu vois ? Tout le monde est sauvé. Aucun malheureux sacrifié.
Hashimoto — Alors tu dis que ça va si c’est moi la victime ?
Morishita — On n’y peut rien. Tu protégeras tes camarades et tu deviendras une star. Un héros. Adieu, Hashimoto Masayoshi. Je veillerai à me souvenir de ton existence pendant au moins une semaine.
Hashimoto — Une semaine seulement, hein ? Même si c’était un an, je n’accepterais jamais. Et puis, tu as juste balancé mon nom en espérant vraiment faire de moi le sacrifice, pas vrai ?
Dans une situation pareille, personne n’accueillait favorablement le fait de voir son nom cité comme candidat à l’expulsion.
Parce que la pointe de la lance finissait inévitablement par se tourner vers ceux qui étaient le plus susceptibles d’être détestés au sein de la classe.
Morishita — Tch, tu l’as remarqué ?
Hashimoto — Tu viens vraiment de claquer la langue en me regardant… Je ne peux décidément pas baisser ma garde face à toi.
Après avoir fusillé Morishita du regard un bref instant, Hashimoto se tourna vers moi avec une anxiété manifeste.
Moi — Si Hashimoto est prêt à se porter volontaire, cela me va. Mais malheureusement, j’ai déjà décidé qui sera expulsé, et je ne changerai pas d’avis, même s’il y a des objections.
Matoba — Attends une seconde. Je l’ai déjà dit, mais ce n’est pas parce que tu es le leader que tu peux tout décider…
Je levai la main pour interrompre Matoba, qui tentait de protester.
Moi — Si nous devons subir la pénalité, j’endosserai ce rôle.
À cette réponse, les camarades bruyants se figèrent instantanément dans le silence.
Même Mashima-sensei, qui écoutait jusque-là en silence, les bras croisés, les abaissa, peut-être sans même s’en rendre compte.
Matoba — …Tu es sérieux ? Tu es le leader.
Moi — Assumer la responsabilité de la défaite précisément parce que je suis le leader. Dit comme ça, ça sonne bien, mais la raison est différente. Qu’on le veuille ou non, je suis un étranger. Peu de jours se sont écoulés depuis mon arrivée dans cette classe. Si moi, qui ai rejoint la classe pour la mener à la victoire, je la conduis finalement à la défaite, alors porter cette responsabilité est parfaitement logique.
Matoba — Non, mais ce n’est pas comme si c’était un examen où tu pouvais, à toi seul, contrôler l’issue, pas vrai ? Ce n’est pas vraiment le domaine de prédilection de notre classe, même si j’aurais aimé dire le contraire. Et puis, qu’adviendra-t-il de nous si tu disparais ?
Moi — Quoi qu’il en soit, tu ne pourrais pas faire confiance à un leader qui aurait perdu lamentablement sans avoir rien pu faire, n’est-ce pas ?
Matoba — …Je vois… Eh bien, on peut effectivement voir les choses sous cet angle…
Ce dont la classe, cantonnée en bas du classement, avait besoin, c’était d’une assurance pour la victoire. Rien de plus, rien de moins.
Morishita — Je ne méconnais pas totalement ta volonté d’assumer la responsabilité en tant que leader. Si nous sommes contraints de procéder à une expulsion, Ayanokôji Kiyotaka disparaîtra. Pour l’instant, n’est-ce pas acceptable ? Plus que tout, notre sécurité immédiate est garantie, au moins pour le moment.
Morishita déclara qu’il valait mieux en rester là pour le moment. Non par froideur, mais par considération pour la charge mentale pesant sur les camarades de classe.
Morishita — Mais, si cela devait réellement arriver, tu devrais t’offrir à en sacrifice, n’est-ce pas, Hashimoto Masayoshi ?
Hashimoto — T’es vraiment déterminée à me sacrifier à tout prix, hein ?
Cependant, contrairement à la première fois où son nom avait été évoqué, aucune réplique véhémente ne suivit.
En partie parce qu’argumenter avec Morishita était inutile, mais aussi pour une autre raison.
Si je disparaissais de la classe, cela revenait presque à la disparition de Hashimoto lui-même. À présent qu’il avait renoncé à toute possibilité de rejoindre une autre classe, il ne lui restait pratiquement aucun moyen de décrocher un diplôme en classe A. Bien sûr, même si cela devait réellement se produire, il ne l’accepterait pas sans réserve, et ce ne serait pas quelque chose qu’on pourrait lui faire entendre facilement. Toutefois, il pourrait peut-être se résoudre à l’idée qu’il ne parviendrait pas à atteindre la classe A.
Il n’avait d’autre choix que de croire en mes capacités et d’attendre, pour l’instant.
En l’absence d’un autre candidat, aucune alternative n’existait.
Moi — Mashima-sensei. Il n’y a aucun problème à ce que nous parlions de la chose, n’est-ce pas ?
Mashima — Bien sûr. Que la partie concernant la personne expulsée en cas de défaite soit vraie ou non, le simple fait de la diffuser ne pose aucun problème.
Moi — Dans ce cas, puis-je vous demander une faveur ?
M. Mashima — Laquelle ?
Moi — Je veux que vous confirmiez officiellement que, si une expulsion devait s’avérer nécessaire, ce serait moi qui occuperais cette place. C’est pour m’empêcher de me rétracter plus tard. Fixer cela à l’avance ne contrevient pas aux règles de l’examen, n’est-ce pas ?
M. Mashima — …Es-tu vraiment sérieux ?
Moi — Bien sûr. Ce ne sont pas des paroles que l’on prononce simplement pour apaiser l’anxiété de ses camarades.
Sans engagement ferme, j’aurais été autorisé à me rétracter en cas de défaite.
Même en encaissant les reproches, j’aurais pu rejeter la responsabilité sur quelqu’un d’autre.
M. Mashima — Je suis désolé, mais selon les règles, je ne peux pas rendre cela définitif à ce stade. Toutefois, je garderai cette intention à l’esprit.
Moi — Je vous remercie.
Mashima-sensei ne parvenait pas à dissimuler sa perplexité, mais puisqu’un enseignant ne pouvait en aucun cas proposer un autre candidat à l’expulsion, il n’avait d’autre choix que de respecter, pour le moment, mon opinion personnelle.
3
M. Mashima — Eh bien, l’explication s’étire encore un peu, mais nous arrivons enfin au dernier point. À partir de maintenant, vous allez discuter entre vous et décider qui occupera chaque rôle. Soyez prudents, car si vous n’y parvenez pas dans un délai de trente minutes, l’école procédera à une désignation aléatoire.
Mashima-sensei prit alors légèrement ses distances avec nous. Cela signifiait que l’intervention des enseignants touchait à sa fin et que le jugement était désormais laissé aux élèves.
Hashimoto — Commandant, VIP, puis les trois autres postes, hein ? Voilà le premier véritable tournant.
Si nous commettions une erreur dans l’attribution de ces rôles cruciaux, cela affecterait à coup sûr nos chances de victoire. Pour donner un exemple extrêmement simple, confier le poste de commandant à des élèves comme Ike ou Hondô dans la classe de Horikita, ou Ishizaki ou Kondô dans celle de Ryuuen, réduirait considérablement les probabilités de succès de leur classe. À l’inverse, comme Ishizaki possédait des capacités physiques et une endurance relativement élevées, il pouvait représenter un atout précieux en tant que garde.
Avant même que je ne puisse prendre la parole, Morishita s’avança calmement.
Morishita — Le poste de commandant est d’une importance capitale. Ce dernier doit avoir une vue d’ensemble du champ de bataille, anticiper les mouvements des autres classes et, surtout, déterminer le moment opportun pour employer des tactiques. Dans ce cas, nous devrions commencer par le désigner tant que nous avons encore la liberté de choisir parmi les trente-sept élèves de notre classe.
Hashimoto marmonna, juste assez fort pour que je l’entende, tandis que Tamiya élevait aussi la voix pour approuver.
Hashimoto — Elle a vraiment le don d’énoncer des évidences avec un air supérieur, cette fille.
Tamiya — Je suis d’accord avec Morishita-san, moi aussi. Sans les directives du commandant, le combat risque d’être difficile. Ayanokôji-kun ne serait-il pas le choix le plus naturel ? Après tout, c’est le leader.
Hashimoto — Non, attends une seconde. C’est vrai que si Ayanokôji devient commandant, il produira forcément des résultats. Mais je m’y oppose fermement. Il vaut mieux qu’il prenne le commandement sur le terrain. Le rôle de garde lui conviendrait le mieux.
Tamiya — Garde ? En laissant de côté les autres rôles, pourquoi un garde, de tous les postes possibles ?
Hashimoto — C’est pas évident ? Si je dis ça, c’est parce que je considère Ayanokôji comme un atout de combat particulier. Pour parler franchement, les gardes sont des pions, mais ce sont les seuls à disposer d’un moyen d’attaque. En dehors de moi et de Kitô, nous n’avons pas beaucoup d’élèves compétents dans ce type de combat. C’est précisément pour cette raison qu’il est absolument préférable qu’Ayanokôji se batte sur la ligne de front. Et puis, même s’il ne peut pas communiquer directement avec le commandant, cela ne l’empêche pas d’organiser la classe, n’est-ce pas ?
La classe fut quelque peu surprise par l’argumentaire passionné de Hashimoto.
Le VIP était crucial pour déterminer la victoire ou la défaite, mais la mission fondamentale consistait simplement à ne pas être éliminé. Il n’y avait donc rien d’erroné dans le plan de Hashimoto, qui consistait à concentrer la puissance sur les gardes afin d’éviter une défaite. De plus, même sans communication directe avec le commandant, un contact restait possible par l’intermédiaire du VIP, bien que cela exigeait deux fois plus d’efforts. Il était même possible de demander au commandant d’activer des tactiques.
Pour toutes ces raisons, j’avais d’emblée écarté la possibilité d’endosser moi-même les rôles de VIP, d’analyste ou d’éclaireur, et ce avant même que la discussion ne commence. En revanche, il restait matière à réflexion quant au choix entre commandant et garde.
Le fait qu’une seule personne dans la classe puisse suivre la position GPS de tous les élèves rendait le poste de commandant extrêmement attractif, puisqu’il influençait directement les chances de victoire. Sur cette vaste île inhabitée, je n’avais aucun moyen de savoir quels élèves des autres classes se déplaçaient, où, comment ni dans quel but. Je n’avais d’autre choix que de m’en remettre au cours des événements au fur et à mesure qu’ils se déroulaient. C’était précisément pour cette raison que ce poste ne pouvait être pris à la légère.
Cependant, la victoire ou la défaite ne pouvaient pas être contrôlées entièrement et uniquement par les capacités du commandant.
Hashimoto — Et puis, même Ayanokôji n’aurait pas envie de confier son destin aux autres, pas vrai ?
Je trouvais que le rôle consistant à donner des instructions via tablette et radio n’était pas mauvais en soi, mais il était indéniable que, dans cet examen spécial, chaque élève capable de mettre à profit ses capacités physiques devait devenir VIP ou garde.
Hashimoto — Tu réfléchis déjà à la manière d’attribuer les postes, pas vrai ? Dis-nous ce que tu as en tête.
Cinq types de rôles. Le poste que je choisirais serait une décision qui ne laissait aucune place à l’erreur.
Le poste de commandant, en particulier, assigné au quartier général, était indéniablement crucial. Il permettait de vérifier la position actuelle de tous les élèves via le GPS et d’user d’une autorité et de tactiques capables de renverser la situation. Étant le seul rôle autorisé à observer l’état du combat d’un point de vue aérien, il ne pouvait être confié à un élève inexpérimenté.
Dans ces conditions, envisager de prendre ce poste avait clairement du sens.
Cependant, même en étant indulgent, la classe C ne disposait pas d’une abondance d’élèves physiquement doués. Certes, il y avait des élèves capables de se mouvoir comme Kitô et Hashimoto, mais en dehors d’eux, la proportion d’élèves moyens ou en dessous de la moyenne était plus élevée. Peu importait la précision des ordres émis par le commandant, ils n’avaient aucune valeur s’ils ne pouvaient être exécutés.
À l’inverse, si je prenais le rôle de garde, qui disposait d’un moyen d’attaque, je pouvais démontrer pleinement mes capacités individuelles. En effet, il était possible de survivre grâce à ses compétences, même sans dépendre des informations du commandant ni de l’utilisation de tactiques.
Moi — Mon souhait est d’être garde.
Hashimoto — Très bien, c’est la bonne réponse.
Moi — Mais uniquement s’il y a quelqu’un de convenable à qui nous pouvons faire confiance en tant que commandant.
Qui nommer commandant. Une certaine personne me vint à l’esprit.
Il s’agissait de Morishita. Pour ce rôle, je ne voulais pas d’un simple élève modèle, mais de quelqu’un doté d’un point de vue différent de celui des autres. Pour cette raison, je voulais croire en les capacités de Morishita.
Je le voulais vraiment… Mais son excentricité constituait une inquiétude majeure, et la communication façon téléphone arabe via un VIP pouvait facilement engendrer un chaos indésirable. Même en tenant compte de tout cela, elle restait une candidate potentielle au poste de commandant, mais surtout, tout dépendait de sa propre volonté.
Lorsque je tournai le regard vers Morishita, elle ouvrit brusquement grand les yeux et soutint mon regard.
Morishita — Si tu me demandes d’endosser le rôle de commandant, je décline respectueusement.
Elle tendit la paume de la main, exprimant un refus sans équivoque.
Moi — Je n’ai encore rien dit.
Morishita — Tes yeux t’ont trahi.
Moi — Eh bien, c’est vrai que j’y pensais. Dans ce cas, j’aimerais entendre la raison de ton refus, ne serait-ce que par précaution.
Morishita — La raison ? Parce que je participerai en tant que garde. Dès que je vois une île déserte, mon vieux sang s’agite quoi qu’il arrive. Oui, à l’époque, on me connaissait et on me craignait sous le nom d’Amazone des Bois Profonds… Non, c’est une vieille histoire, veille à l’oublier. Cela ne vaut pas la peine d’en parler.
Elle affirmait ne pas vouloir en dire long, mais elle en disait déjà beaucoup. Comme il s’agissait manifestement d’une fiction à cent pour cent, je décidai de l’oublier sans la moindre hésitation.
Cependant, à présent que nous en étions là, aucun autre camarade ne me venait à l’esprit qui puisse démontrer les compétences que je recherchais. Malheureusement, cela signifiait qu’il n’y avait aucun candidat réellement approprié, mais…
Dans ce cas, par élimination, quelqu’un comme Sanada, bien connecté avec l’ensemble de la classe…
Shimazaki — Ayanokôji. Si tu hésites sur la personne à nommer commandant, est-ce que tu pourrais me laisser m’en charger ?
Ce fut Shimazaki qui s’avança, comme pour rompre le bref silence.
Shimazaki — Je ne sais pas dans quelle mesure je saurai répondre à tes attentes, mais je pense pouvoir assumer ce rôle sans problème.
Puisqu’il se proposait de lui-même, je n’avais rien à redire quant à Shimazaki comme commandant potentiel. Toutefois, pour le meilleur comme pour le pire, Shimazaki était un élève modèle très orthodoxe dans son approche. Sa capacité à faire preuve de souplesse ou de vivacité d’esprit demeurait incertaine. Mais comme je n’avais aucun autre candidat suffisamment convaincant pour justifier un refus, le repousser d’emblée risquait d’assombrir notre relation future.
Moi — Puis-je m’en remettre à toi ?
Shimazaki — Oui. De toute façon, je n’aime pas vraiment me déplacer sur une île déserte. Je me suis dit que je serais plus utile en me concentrant sur la réflexion.
Le rôle de commandant impliquait inévitablement une certaine pression, mais le simple fait d’afficher une attitude positive suffisait à le considérer comme apte.
Moi — Entendu. Dans ce cas, je te confie le rôle de commandant, Shimazaki. Toutefois, il n’est pas nécessaire que tu te mettes une pression excessive. Il y a des limites à ce qu’un commandant peut accomplir. Moi, qui t’ai confié cette responsabilité, j’assumerai pleinement le résultat de l’examen, victoire ou défaite.
À ces mots, l’expression tendue de Shimazaki s’adoucit légèrement.
Par la suite, je désignai comme VIP les trois élèves qui s’étaient portés volontaires : Takemoto, Shiraishi et Nishikawa.
Ensuite, je désignai Sanada et Nakajima comme analystes, et Tsukaji comme éclaireur. Naturellement, tous les élèves restants reçurent le rôle de garde, ce qui mit un terme au processus d’attribution des postes.
M. Mashima — Il semble que tous les rôles aient été décidés. Bien. Veuillez maintenant prendre les fournitures nécessaires et vous diriger immédiatement vers le point de départ. L’élève occupant le poste de commandant restera ici et se rendra ensuite au quartier général.
Mashima-sensei invita les élèves à le suivre.
Comme j’allais me séparer de Shimazaki à ce moment-là et que nous ne pourrions plus entrer en contact direct jusqu’à la fin de l’examen, je m’approchai rapidement de lui pour l’interpeller.
Moi — Il y a quelque chose que je veux te dire avant que tu ne partes.
Shimazaki — Qu’y a-t-il ?
Moi — Peu importe à quel point cela te paraît insignifiant, je veux que tu signales sans hésiter tout ce qui te semble étrange ou inhabituel.
Shimazaki — On m’a confié un rôle important, cela va de soi.
Moi — Ce n’est pas de cela que je parle. Plus tu ressentiras le poids de la fonction de commandant, plus tu risques de passer à côté de ce qui se trouve juste sous ton nez. Un commandant d’une autre classe qui rit, ou qui se met en colère. Des variations du GPS qui te paraissent légèrement étranges sans sembler dignes d’être mentionnées. Je veux que tu signales tout ce qui t’alerte personnellement, Shimazaki.
Shimazaki — C’est… Mais recevoir autant d’informations ne risque-t-il pas de semer le chaos dans la chaîne de commandement ?
Moi — C’est exact. C’est pour cela que cela ne peut pas être confié à n’importe qui. Limitons-nous à une seule personne.
Shimazaki — À qui dois-je faire ces rapports ?
Moi — Peu importe qui, mais voyons… Contentons-nous de Shiraishi pour le moment. Ce sera plus simple pour toi aussi.
Tout comme pour Yoshida, je savais d’après nos échanges précédents que Shimazaki nourrissait des sentiments pour Shiraishi. Si je pouvais ne serait-ce qu’un peu augmenter leurs occasions d’échanger, cela devrait être quelque chose qu’il accueillerait favorablement.
Quant à moi, en considérant Takemoto, Nishikawa et Shiraishi… je ne les connaissais pas tous très bien, et j’estimai que Shiraishi était celle dont j’avais la lecture la plus claire.
Shimazaki — Non, non… En fait, ça complique les choses… Yoshida va se mettre en colère contre moi.
Moi — Il n’y a aucune raison de favoriser uniquement Yoshida. Pour moi, vous êtes tous les deux des amis importants.
Shimazaki — Je n’arrive pas à croire que tu puisses dire ça avec un tel sérieux… Mais malgré tout, Shiraishi…
Moi — Vraiment ? Alors Takemoto ou Nishikawa, en fait, comme Takemoto est un garçon, ce serait peut-être l’option la plus sûre ?
Comme ils étaient proches, le moindre échange maladroit risquait d’être transmis directement de Nishikawa à Shiraishi.
Shimazaki — Non, en fait… Tu as raison, Shiraishi ira très bien. Je m’en chargerai correctement, alors ne t’inquiète pas.
Tout en conservant une certaine hésitation, Shimazaki se ravisa et déclara qu’il ferait ses rapports à Shiraishi. Il avait dû reconsidérer la situation, estimant que s’il devait parler à quelqu’un, autant que ce soit Shiraishi.
Moi — Une dernière confirmation. Je pense que tu surveilleras surtout les positions GPS, mais tu peux en principe contacter n’importe quel VIP. En revanche, pour les questions incertaines ou les impressions de malaise, passe par Shiraishi afin d’éviter d’ajouter du bruit inutile. Plus il y a de personnes dans un jeu de téléphone arabe, plus cela devient une source de confusion. Autrement dit, tu peux tout dire à Shiraishi, absolument tout, quelle que soit la nature de l’information.
Si jamais une situation survenait où Shiraishi était éliminée, nous aviserions alors de la suite à donner.
Shimazaki — …D’accord. J’ai compris, faisons comme ça.
Je lui transmis ensuite oralement quelques autres points auxquels je voulais qu’il prête attention une fois arrivé au QG et Shimazaki acquiesça sans difficulté.
Avant de partir, en guise d’étape finale, nous portions tous des lunettes de protection afin de préserver nos yeux. Viser la tête était interdit par le règlement, mais pour des raisons de sécurité, il était recommandé de porter ces lunettes en permanence durant l’examen.
Tout incident imprévu survenant alors qu’elles n’étaient pas portées relevait entièrement de la responsabilité de l’élève concerné. De plus, il semblait que les capteurs se trouvaient uniquement sur nos tenues de sport, mais que les impacts étaient détectés même avec un survêtement porté par-dessus, rendant ce dernier facultatif.
Toutefois, il était sans doute plus prudent d’en porter un, car cela permettrait d’atténuer la douleur.