THE INSIPID prince t1 - chapitre 3 partie 1
La bataille pour défendre Kiel
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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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— HAAAAA !!
— Oi oi… tout est permis avec elle…
Mon visage se crispa en voyant la manière dont Elna se battait.
Elle affrontait une meute de monstres-loups rouge foncé appelés limiers sanglants. Ils étaient plus d’une trentaine. Ces créatures chassent en meute, et chacune d’elles est classée A-. En groupe de plus de trente, elles forment une menace redoutable, équivalente au niveau de difficulté de la classe AAA.
Pourtant, Elna les terrassait sans prêter attention à leur nombre. Même un aventurier de haut rang en serait stupéfait.
Elle élimina tous les limiers sanglants en quelques minutes, puis sortit un outil magique en cristal afin d’enregistrer son résultat.
Celui-ci fut immédiatement transmis au QG de Kiel et annoncé à la population. Grâce à la défaite de ces monstres de classe AAA, notre groupe prit la tête du classement.
Cependant, en raison de la nature du festival, si d’autres groupes venaient à vaincre des monstres plus puissants par la suite, notre position risquait fort d’être renversée.
— Arn ! J’ai vu un monstre là-bas ! On le poursuit !
— Non, je suis déjà fatigué. Il n’y a pas une ville par ici où l’on pourrait se reposer ?
— Pourquoi es-tu si insouciant ? Nous sommes en train de gagner !
— Je ne me souviens pas avoir dit que je voulais gagner…
Je ne pouvais pas laisser Elna et ses chevaliers avancer seuls.
Chaque enfant de l’empereur avait été équipé d’un bracelet magique, dont le capitaine de son corps de chevaliers portait le jumeau.
Ces dispositifs étaient conçus pour se briser dès lors que les deux porteurs s’éloignaient l’un de l’autre au-delà d’une certaine distance. Un kilomètre, si je me souvenais bien. Un moyen efficace d’empêcher les chevaliers d’agir à leur guise.
— Tu t’en sortiras peut-être, mais les autres sont déjà fatigués. Ce n’est que le premier jour, l’écart de score n’est pas si grand. Le festival dure trois jours, prenons notre temps.
— Tu es vraiment…
— Hein ? Je croyais que j’étais ton supérieur hiérarchique ? Tu comptes désobéir à mes ordres ?
— Argh… Compris. Je suivrai tes ordres…
— Bien. Alors, mettons le cap sur une ville voisine.
Sur ces mots, nous nous mîmes en route vers la ville. Elle aussi était en fête, et nous nous dirigeâmes vers l’auberge que l’empereur avait réservée à l’avance. Toute la région était en effervescence. D’ordinaire, une ville comme celle-ci entrerait en ébullition à la visite de la royauté ou de chevaliers renommés. Mais cette fois, c’était Elna qui provoquait toute cette agitation.
Eh bien, au moins, ils ont une bonne raison de s’enthousiasmer.
— Ils sont vraiment surexcités, hein.
— C’est ce que veut l’empereur. Après tout, ce festival a pour but d’apaiser les tensions des habitants de l’Est.
Elna entra dans la chambre qui m’avait été attribuée.
Quelle impolitesse… elle n’avait même pas frappé.
C’était moi qui lui ouvris la porte.
— Tu pourrais au moins frapper.
— Ah ? Vraiment ?
— Alors laisse-moi te poser une question. Que ferais-tu si j’entrais dans ta chambre sans frapper ?
— Je te tailladerais immédiatement, j’imagine.
— C’EST PAS UN PEU EXAGÉRÉ ?!
Je rétorquai sans réfléchir. À cause de cela, je renversai un peu de vin.
Aaah… quel gâchis.
— Tu n’as vraiment pas l’étoffe d’un prince… Tu as juste renversé un verre, ce n’est pas la fin du monde.
— Dire que tu n’accordes aucune valeur à la boisson alors que tu es une chevalière… Tu restes vraiment une princesse avant d’être une chevalière en tout cas. Tu ne comprends vraiment rien.
— Je ne veux pas entendre ça de la bouche d’un jeune maître qui n’a jamais quitté la capitale impériale… Au fait, on peut commencer à boire maintenant ? Je ne t’aiderai pas si tu as la gueule de bois demain, hein ?
Elna dit cela d’un air fatigué, assise sur une chaise juste en face de moi.
Sans son armure, Elna paraissait bien plus vulnérable que d’ordinaire. Elle portait une chemise blanche et une jupe rouge courte, pratique pour se mouvoir aisément. Mon regard se posa naturellement sur ses jambes gracieusement exposées. Puis, je remarquai quelque chose.
Oui. C’était il y a plusieurs années, lorsque j’étais encore un enfant. J’étais un jeune garçon en bonne santé, un peu malicieux. Lorsqu’il y avait de jolies filles, je les regardais forcément. Si je peux me permettre, j’ai l’impression que la poitrine d’Elna n’a pas grandi depuis tout ce temps.
— Arn ? Où est-ce que tu regardes ?
— Ta poitrine.
— AU MOINS ESSAIE DE MENTIR ! PERV…!
En disant cela, Elna dissimula sa poitrine modeste.
Cependant, sans m’en soucier, je continuai à la fixer. Elna avait dix-sept ans, un an de moins que moi. Mais à cet âge, et avec cette taille-là… comment dire, c’était malheureux. Le mot « misérable » serait peut-être plus juste.
Finne, en revanche, était bien plus pourvue. Même avec ses vêtements amples, elle était encore plus généreuse. Avec tout cet entraînement, on dirait que les nutriments n’arrivent jamais jusqu’à la poitrine d’Elna.
— Reste forte.
— Ne dis pas ça si sérieusement ! Quoi ? C’est tout ce que tu as à dire après m’avoir observée aussi longtemps ?
— Je pensais juste que ça n’avait pas grandi du tout. Donc ça ne grossit vraiment pas…
— SI ! C’EST JUSTE QUE ÇA GROSSIT PLUS LENTEMENT QUE CHEZ LES AUTRES ! CE N’EST PAS PETIT, D’ACCORD ?!
— … Je vois.
C’était une théorie douloureuse, mais je l’acceptai. C’était pour le bien d’Elna.
Alors que je pensais cela, les épaules d’Elna se mirent à trembler de colère.
Oups… ça n’allait pas.
— Je… je pense que c’est une bonne chose, tu sais ! Il y aura quelqu’un quelque part qui… qui aimera cette platitude, tu sais !
— NE DIS PAS PLAT ! Ça se développe juste plus lentement que chez les autres ! Encore quelques années et ce sera énorme !
— Ce n’est pas possible… Au mieux, elles seront moyennes, non ?
— Arn… tu veux faire un peu d’exercice après le repas ?
— ELLES VONT GRANDIR, ELLES VONT GRANDIR ! ELLES VONT VRAIMENT GRANDIR, ALORS CALME-TOI !
Sur ces mots, je m’éloignai d’Elna, qui avait commencé à respirer profondément, comme si elle se préparait à un combat.
Me voyant trembler dans un coin de la pièce, Elna se rassit sur sa chaise, comme si toute envie de se battre l’avait quittée.
— Sérieusement… tu ne changeras jamais, Arn.
Les gens ne changent pas en quelques années. Dans quel genre de fantasme m’avait-elle imaginé ?
— Un prince normal, tu sais, un prince normal. Au moins, je ne veux pas que les autres se moquent de toi…
— Ce n’est pas quelque chose dont tu devrais t’inquiéter, si ? J’ai toujours été tourné en ridicule, après tout. Sans talent, toujours à m’amuser sans jamais travailler… Le Prince Insipide qui ne faisait que compter sur Leo. C’est étrange de dire ça moi-même, hein
— Je suis découragée et amère à ta place…
— Eh bien, merci.
Alors que je la remerciais à moitié, elle me lança un regard noir.
Elna baissa les épaules et poussa un soupir. Elle s’inquiétait trop. Et elle n’était pas du genre à avoir le temps de s’inquiéter pour moi.
— Tu comprends vraiment ? C’est justement parce que tu n’as jamais rien dit ni rien fait qu’ils se moquent de la famille impériale. Certains nobles se moquent ouvertement de toi, tu sais ? Je comprends pourquoi ils sont mécontents de toi, tu ne fais jamais rien de digne d’un membre de la famille impériale. Mais les nobles sont aussi tes sujets, ils ont le devoir de te respecter, même si ce n’est qu’en apparence.
— Même les nobles ont le droit de se moquer de moi. C’est normal de dire à un mauvais garçon qu’il est mauvais, non ? Je pense que c’est une bonne chose, tu sais.
— Tu dis encore ça ! Ils n’essaient pas de te conseiller, tu sais ? Ils s’amusent juste à te rabaisser ! Ce n’est pas comme les brimades enfantines de notre enfance !
C’était inhabituel de la voir s’emporter ainsi. Gied avait-il laissé échapper quelque chose devant elle ? Ou peut-être le ministre ? Quoi qu’il en soit, cela avait sûrement bouleversé Elna.
C’était pour cette raison qu’elle était venue me voir avec tant de véhémence.
— Alors ? Tu crois que gagner pour moi effacera ma mauvaise réputation, c’est ça ? Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?
— Tant que Leonard aspirera à devenir empereur, tu devras aussi prendre les choses au sérieux. Arn, je crois en toi. C’est juste que tu ne prends jamais rien au sérieux. Tu es toujours comme ça. Tu évites tout par paresse. Plus ta réputation est mauvaise, plus celle de Leo brille. C’est pour ça que tu ne fais jamais rien sérieusement.
Elle me connaissait vraiment bien. Comme on pouvait s’y attendre de la part d’une amie d’enfance. Mais si elle comprenait cela, alors elle connaissait déjà ma réponse.
— Je suis bien comme je suis. Toi aussi, tu devrais arrêter de t’impliquer dans ma vie après ce festival.
— Mais je…
— J’ai failli être assassiné.
— … Hein ?
À ces mots soudains, Elna se figea.
Depuis la fenêtre, j’apercevais les habitants de la ville en pleine fête. Je me mis à lui expliquer, tout en observant ce spectacle.
— La nuit, j’ai été attaqué alors que je marchais dans le château. Si Sebas n’avait pas été là, je ne sais pas ce qui se serait passé. Je n’ai pas besoin de te dire pourquoi, n’est-ce pas ?
— …Est-ce… ma faute… ?
— Ce festival est crucial dans la guerre de succession. Le poste d’ambassadeur plénipotentiaire est en jeu, après tout. Naturellement, mes frères et ma sœur ne veulent pas perdre une position pareille. Évidemment, ils veulent se débarrasser de leurs rivaux. Même si ce rival, c’est moi.
— C’est…
— Comme tu étais en mission, tu ne le sais peut-être pas, mais récemment, mes frères et sœurs sont devenus sans pitié. Ils sont prêts à tout pour obtenir le trône. Ils savent que seule la mort les attend s’ils échouent. Ils n’abandonneront pas. Ils ne feront preuve d’aucune clémence. Même moi… si Leo ne devenait pas empereur, je serais exécuté. Mais comme un homme sans pouvoir comme moi s’est soudainement retrouvé sous les projecteurs, ils recourent à ce genre de stratagèmes. Ne t’en mêle pas. Tu es trop puissante.
Sur ces mots, je repoussai Elna.
C’était aussi pour son bien. Il ne convenait pas qu’un prodige célèbre de la maison Amsberg comme Elna soutienne un individu comme moi. À l’avenir, mes frères et sœurs chercheraient à lui nuire. Non pas en s’attaquant à sa force, mais à son influence politique.
La maison Amsberg avait déjà été isolée par le passé. C’est pourquoi ses membres se tenaient presque toujours à l’écart de la politique. Voilà pourquoi Elna ne devait pas s’impliquer dans la guerre de succession, la lutte politique la plus féroce de tout l’empire.
Elle gagnerait peut-être un allié puissant, mais elle s’attirerait aussi un ennemi tout aussi redoutable. Il valait mieux la tenir à l’écart, aussi bien sur le plan émotionnel que stratégique.
— … Je suis désolée.
— Ne t’en fais pas. Donne simplement le meilleur de toi-même pour le festival, d’accord ?
— … Hum.
Sur ces mots, Elna quitta la pièce, l’air abattu.
Son dos paraissait incroyablement solitaire, mais je ne pouvais rien dire.
Depuis lors, nos performances avaient commencé à décliner.