I HAD – CHAPITRE 1 

Chapitre 1

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Traduction : Gatotsu
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— Sensei, je me sens un peu bizarre… Je peux être dispensée de sport aujourd’hui ? demandai-je en levant sagement ma petite main d’écolière.

Néanmoins, non seulement on m’avait convoquée en salle des professeurs après les cours, mais on m’avait quand même obligée à courir dans la cour. Moi, Koyanagi Nanoka, je ne pouvais pas accepter ça. J’étais persuadée qu’on m’avait appelée pour me gronder, mais je faisais face à mon professeur sans la moindre honte.

— Alors voilà, dis-je. Je pense que vous avez dû penser que je faisais semblant tout à l’heure pour éviter le sport, mais j’ai réfléchi de mon côté et j’en suis assez certaine.

— Et qu’est-ce que tu veux dire par là ? Certaine de quoi ? demanda Hitomi-sensei avec douceur depuis le fauteuil en face de moi, ses yeux rivés dans les miens, les bras croisés.

Je croisai mes petits bras avec une parfaite détermination.

— Il y avait une émission à la télévision hier soir, lui expliquai-je, où plein de gens donnaient leur avis sur un incident qui s’était passé quelque part. Il y avait une personne qui semblait importante, qui a dit que les Japonais n’aiment pas les gens un peu bizarres, alors ils les fuient. Quand j’ai demandé à ma mère qui c’était, elle m’a dit que c’était un professeur d’université. Si un professeur d’université le dit, alors une écolière doit admettre que c’est vrai. Le lycée, c’est en dessous de l’université, et le collège en dessous du lycée, et l’école primaire en dessous de tout ça.

La poitrine gonflée de fierté, j’exposai mon raisonnement, m’attendant à impressionner mon professeur. Au lieu de ça, elle parut un peu perplexe, et poussa un soupir plus profond que d’habitude.

— Qu’est-ce qui ne va pas ? demandai-je.

— Eh bien, Koyanagi-san, je trouve que c’est formidable que tu aies réussi à imaginer une telle chose et à l’exprimer aussi clairement, cela veut dire que tu es très intelligente.

—  Je le pense aussi.

— C’est également formidable que tu aies une telle confiance en toi. Cependant, j’ai quelques conseils à te donner, si tu veux que tout ce brillant potentiel s’épanouisse. Tu veux bien les écouter ?

— Oui, bien sûr.

Hitomi-sensei sourit et leva son index.

— Bien. Premièrement, même s’il est important d’essayer les choses dès qu’elles te viennent à l’esprit, il est tout aussi important de prendre quelques instants pour y réfléchir avant d’agir. Tu comprends ?

Je hochai la tête de haut en bas. Hitomi-sensei leva son majeur à côté de l’index.

— Deuxièmement, fuir ce qui nous fait peur n’est pas toujours la bonne solution. Il y a des moments où c’est normal de fuir, mais le sport est important pour ta santé, et tu commences déjà à courir plus vite qu’avant, je me trompe ?

Elle avait raison : j’avais réussi à courir un peu plus vite aujourd’hui, mais mes jambes étaient maintenant épuisées. Est-ce que cela pouvait être vraiment bon pour ma santé ?

Elle leva son annulaire.

— Et troisièmement, je ne pense pas que ce professeur ait raison. Ce que les gens disent à la télévision n’est pas forcément vrai. Tu dois décider par toi-même si ce que tu entends est vrai.

— Dans ce cas, Sensei…

— Oui ?

— Cela veut dire que je n’ai aucun moyen de savoir si ce que vous dites est vrai non plus, pas vrai ?

Elle me regarda avec douceur.

— C’est exact. Et c’est pour ça que tu dois réfléchir. Cela dit, crois-moi là-dessus : du fond du cœur, je ne désire rien d’autre que ton bonheur, et te voir bien t’entendre avec les autres. Tu comprends ?

Elle me lança un regard sérieux, une expression que je connaissais bien. J’aimais cette expression sur son visage. J’avais l’impression que, comparé à celui des autres professeurs, son visage mentait rarement.

Je réfléchis longuement à ce qu’elle venait de dire, puis finis par répondre d’un hochement de tête poli.

— Je comprends. Je vous fais bien plus confiance qu’à ce professeur.

— Parfait. Dans ce cas, à partir de maintenant, avant d’essayer quoi que ce soit en classe, viens d’abord m’en parler.

— Seulement si je pense que c’est la bonne chose à faire.

—  Oui, c’est très bien.

Elle sourit sincèrement et me tapota doucement la tête. En voyant son expression, j’étais certaine qu’elle souhaitait vraiment mon bonheur. Mais en même temps, je me demandai…

—  Ça veut dire quoi le « bonheur », pour vous, Hitomi-sensei ?

— Hmm, ça peut vouloir dire beaucoup de choses, mais… Bon, d’accord. Je vais te le dire maintenant. À partir du cours de japonais demain, on va réfléchir à ce que signifie être « heureux ».

— Vraiment ? Ça me parait vraiment difficile.

— Oui, c’est incroyablement difficile, mais toi, moi et tous les autres, on va tous réfléchir à ce que le bonheur signifie pour chacun de nous. Alors essaie de réfléchir à quoi ressemble le bonheur pour toi, Koyanagi-san.

— D’accord, j’y réfléchirai.

— Très bien. Alors, ça reste notre petit secret à nous deux, d’accord ?

Elle porta son doigt à ses lèvres et me fit un clin d’œil maladroit. Puis elle prit un morceau de chocolat sur le bureau de Shintarou-sensei, à côté d’elle.

— Les sucreries, c’est la première chose qui me rend heureuse, dit-elle.

— Ça pourrait également me rendre heureuse, répondis-je en regardant Shintarou-sensei.

— N’en parle à personne, ajouta Shintarou-sensei avec un clin d’œil maladroit.

Il me tendit un morceau de chocolat.

— À tout à l’heure alors, Sensei, dis-je en agitant la main depuis l’entrée de la salle des professeurs.

— Prends soin de toi. Ah au fait, avec qui rentres-tu habituellement ?

— Je suis peut-être une enfant, mais je peux très bien rentrer chez moi toute seule.

— C’est vrai. Je t’ai retenue aujourd’hui, mais à partir de demain, pourquoi n’essaierais-tu pas de rentrer avec les autres ? Ce serait amusant.

— J’y réfléchirai. Mais vous savez, Sensei… 

Je mis le morceau de chocolat dans ma bouche.

— La vie, c’est comme un merveilleux film.

Hitomi-sensei inclina légèrement la tête, amusée. Je lui disais souvent ce genre de choses, mais elle prenait toujours le temps d’y réfléchir. Cependant, ses conclusions étaient généralement à côté de la plaque.

— Hmm, est-ce que cela veut dire que tu es le personnage principal ?

— Nan.

— Vraiment ? Bon, je donne ma langue au chat. Qu’est-ce que ça veut dire ?

— Cela veut dire que tant qu’on a des sucreries, on peut en profiter, même quand on est seul.

Hitomi-sensei fit la même expression embarrassée que d’habitude, et je lui tournai le dos, pressant le pas pour rentrer chez moi depuis mon école primaire sans âme.

Il n’y avait personne à la maison, alors après avoir posé mon cartable dans ma chambre, je décidai de ressortir aussitôt. Je m’assurai de bien fermer l’appartement à clé, puis pris l’ascenseur du onzième étage jusqu’au premier, attendis que les portes automatiques s’ouvrent, et sortis dehors.

En passant les portes vitrées, j’aperçus une amie qui traînait dans les parages. Elle trouvait toujours un prétexte pour rester près de notre immeuble à l’heure où je rentrais de l’école. Notre immeuble était bien plus grand que les bâtiments alentour, ce qui le rendait facile à trouver, même pour elle.

Je lui adressai un salut.

— Bien le bonjour !

Même si elle savait que j’étais là, elle fit comme si elle venait tout juste de me remarquer.

— Miaou !

— Tu ne deviendras jamais actrice avec un jeu aussi grossier.

— Miaou.

Comme toujours, elle marchait exactement dans la direction où je me rendais, sa queue courte se balançant de droite à gauche. Même avec mes petites jambes, j’allais plus vite qu’elle et je la rattrapai rapidement. Je laissai échapper un rire suffisant, fière de ma victoire, et elle détourna aussitôt la tête. Franchement, quelle fille sans charme.

Tandis que nous marchions vers notre destination, je racontai à ma petite compagne ce qui s’était passé aujourd’hui.

— C’était vraiment absurde !

— Miaou.

— Les gens peuvent avoir des façons de penser complètement incompatibles. C’est pareil chez les chats ?

— Miaou.

— C’est vrai. C’est difficile pour des êtres différents de vraiment se comprendre.

— Miaou, répéta-t-elle, indifférente.

Elle ne semblait jamais vraiment intéressée par ce que je racontais. Mes soucis du quotidien n’avaient probablement aucun intérêt pour un chat, mais c’était quand même un peu impoli.

Quoi qu’il en soit, je n’y pouvais rien, alors je décidai de chanter une chanson. Quelque chose qui pourrait lui plaire. Les deux seules choses qui attiraient l’attention de ma petite compagne effrontée, c’étaient le lait et le son de ma voix. Quelle vie de luxe elle menait.

Je commençai à chanter mon air favori.

— Le bonheur ne vieeent pas tout seul à moooooi…

— Miaou miaou !

— C’est pourquoiii je pars à sa recherche aujourd’huiii !

Même si elle faisait semblant de s’en moquer, ses miaulements étaient plus expressifs que d’habitude. Elle avait une si jolie voix. Même si elle ne le montrait jamais, j’étais certaine qu’avec une voix comme la sienne, elle faisait accourir tous les mâles.

Tandis que nous marchions toutes les deux sur la route paisible en chantant ensemble, le chemin déboucha sur les berges d’un large fleuve. Nous montâmes les escaliers menant à la digue.

Il n’y avait pas de grands bâtiments alentour, et le vent soufflait fort. C’était merveilleux de le sentir dans mes cheveux. La ville voisine se trouvait sur la rive opposée, et une odeur légèrement étrangère flottait dans l’air.

La digue était un endroit très apprécié des enfants pour jouer, mais cela ne m’intéressait pas. Mademoiselle Bobtail[1] accorda un peu d’attention à une balle qui roulait le long du chemin, mais aucune ne l’attirait plus qu’un bol de crème.

Nous continuâmes d’avancer en chantant le long du fleuve. En marchant, nous saluions les gens que nous croisions. Nous passâmes devant le vieil homme assis sur du carton, et une vieille dame que nous voyions souvent dans la galerie marchande me donna des bonbons. Finalement, notre destination apparut : un immeuble couleur crème avec un rez-de-chaussée et un étage. Il se dressait devant nous tel un grand gâteau carré à la crème.

Nous descendîmes les escaliers de la digue et nous en approchâmes.

Nous entrâmes dans l’immeuble d’un pas pressé, Mademoiselle Bobtail veillant à ne pas faire trop de bruit. Montant les escaliers d’une marche devant moi, elle miaula devant la porte de l’appartement au fond du couloir du premier étage. Je lui avais dit de rester silencieuse, mais elle oubliait vite ce genre de choses. Elle n’était pas aussi intelligente que moi.

Je m’avançai élégamment jusqu’à la porte et appuyai sur le bouton que Mademoiselle Bobtail était trop petite pour atteindre. Quelques secondes plus tard, j’entendis la sonnette retentir. Avant même que je remarque la fourmi qui rampait sur mon pied, la porte s’ouvrit.

Une belle jeune femme se tenait à l’intérieur, comme toujours en t-shirt et en pantalon. Ses cheveux étaient un peu plus en désordre, et elle semblait plus fatiguée que d’habitude.

— Bonjour ! dis-je.

— Bonjour. Tu as l’air en forme aujourd’hui, petite demoiselle.

— Oui, je vais bien. Tu n’es pas en forme aujourd’hui, Traînée-san ?

— Non, ça va. Je viens juste de me réveiller.

— Mais il est déjà plus de trois heures !

— Il y a des gens pour qui trois heures, c’est juste le matin. Il se trouve que je suis de ceux-là.

— Il y en a d’autres ?

— Les Américains, en tout cas.

Je ne pus m’empêcher de rire devant l’absurdité de sa réponse désinvolte. Comme entraînée par mon rire, elle se mit à faire de même, en se grattant le cou.

— Entre donc, dit-elle. Je suis sûre que Mademoiselle Minette a faim elle aussi.

Je retirai mes chaussures et entrai chez Traînée-san, mais Mademoiselle Bobtail resta dehors. Quelle peste, à ne se tenir tranquille que dans des moments pareils.

Traînée-san versa du lait dans une vieille soucoupe et sortit le lui apporter, puis referma la porte et me tendit une bouteille de Yakult. Je sirotai la boisson en regardant Traînée-san arranger ses cheveux en bataille.

Les jours d’école, je venais généralement jouer ici. Traînée-san était une adulte, donc elle était souvent occupée, et il lui arrivait parfois de ne pas être là quand j’arrivais. Mais quand elle était présente, elle me donnait toujours un Yakult, et parfois même de la glace. Mademoiselle Bobtail connaissait elle aussi sa gentillesse, alors elle me suivait toujours, impatiente d’avoir sa soucoupe de lait.

Traînée-san ouvrit la fenêtre et prit un sandwich dans le réfrigérateur, puis s’assit sur son lit défait. Je pris place à la table ronde au centre de la pièce, savourant mon Yakult.

— Alors, c’était comment l’école aujourd’hui, petite demoiselle ?

La lumière de la fenêtre passait à travers ses longs cheveux tandis qu’elle grignotait son sandwich à l’œuf, lui donnant un air angélique. Je lui expliquai ce que j’avais raconté plus tôt à Mademoiselle Bobtail. Elle écoutait, hochant la tête en silence.

— J’avais une bonne idée, mais rien pour l’appuyer.

Elle éclata de rire.

— Je suis certaine que personne ne te trouve bizarre.

— Pourquoi ça ?

— Parce que tu es intelligente. Quand on l’est, même si on agit un peu bizarrement, les gens se disent juste qu’on est en train de réfléchir à quelque chose. C’est pour ça qu’on t’a convoquée en salle des professeurs, non ?

— C’est vrai. Dans ce cas, la prochaine fois j’essaierai de faire une tête encore plus bizarre.

Je tirai la langue et elle éclata de rire à nouveau.

— On dirait que tu as un bon professeur.

— C’est vrai, c’est vraiment un bon professeur. Même si elle est parfois un peu à côté de la plaque.

— Tous les adultes ont tendance à être à côté de la plaque, dit-elle en se levant pour sortir une canette du réfrigérateur.

— C’est sucré ? demandai-je.

— Oui, mais aussi amer.

— Mais pourquoi boire quelque chose d’amer ? Tu bois du café aussi, non ? C’est encore plus amer. Tu fais ça pour te punir ?

— Non, j’en bois parce que j’aime ça. Je bois aussi de l’alcool et du café. Mais je ne buvais pas de café quand j’étais enfant. Seuls les adultes apprécient les choses amères.

— Je vois. Je me demande si moi aussi je finirai par aimer les choses amères un jour.

— C’est possible. Mais il n’y a aucune raison de se forcer à en boire. Je trouve ça merveilleux de n’aimer que les choses sucrées, dit-elle avec un sourire rayonnant.

Une agréable odeur émanait d’elle. Ce n’était pas du parfum, ni l’odeur des autres adultes. Quand je le lui avais fait remarquer une fois, elle avait ri et répondu : « C’est parce que je ne suis pas une vraie adulte. »

Si c’était vrai, alors moi non plus je ne voulais jamais devenir une vraie adulte.

— La vie, c’est comme une crème brûlée, dis-je.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Les parties sucrées sont les seules vraiment bonnes, mais il y a aussi des gens qui apprécient l’amertume.

— Ah ah, c’est très vrai, dit Traînée-san en prenant une gorgée avec un sourire. Tu es vraiment intelligente, petite demoiselle.

J’étais ravie d’entendre de tels éloges.

— Traînée-san, est-ce qu’il s’est passé quelque chose d’intéressant au travail ?

— Il ne se passe jamais rien d’intéressant à mon travail.

— Vraiment ? Mais ma mère et mon père adorent leur travail. Ils ne sont jamais à la maison.

— Ce n’est pas parce qu’ils travaillent tout le temps qu’ils s’amusent. Cela dit, c’est vraiment bien s’ils font quelque chose d’intéressant.

— Je suis certaine qu’ils s’amusent. Encore plus que quand ils jouent avec moi.

— Si tu te sens seule, alors tu devrais leur en parler.

Je secouai la tête.

— Ce n’est pas très malin comme conseil.

Puis je posai une question qui me tracassait.

— Si tu n’aimes pas ton travail, est-ce que ça veut dire que tu n’es pas heureuse ?

Elle ne répondit pas. À la place, elle eut un petit rire.

— Je crois que ce qui me rend le plus heureuse en ce moment, c’est de te voir.

J’étais ravie d’entendre ça. Ce n’était pas le genre de mensonge que les adultes racontaient pour dissimuler la vérité.

— Le bonheur ne vieeent pas tout seul à moiii, c’est pourquoiii je pars à sa recherche aujourd’huiii !

— J’adore cette chanson aussi. « Un pas par jour et tu avanceras toujours ! »

— Trois pas en avaant, et deux pas en arrièère ! nous chantâmes ensemble.

— Je suis censée réfléchir à ce qu’est le bonheur, lui dis-je. On en parlera en classe.

— Ah, on avait fait quelque chose comme ça quand j’étais petite aussi. Ça me rappelle des souvenirs. À ton avis, c’est quoi le bonheur, pour toi, petite demoiselle ?

— Je ne sais pas encore. Je viens juste de commencer à y réfléchir.

— C’est une question difficile. Et si on prenait une glace, pour te donner un petit indice ?

— J’en veux bien !

Nous jouâmes une partie d’Othello[2] ensemble, comme toujours, tout en dégustant chacune une glace à l’eau au soda. Traînée-san possédait ce jeu depuis son enfance. Mon père m’en avait acheté un aussi, mais il n’y avait personne à la maison pour y jouer avec moi. Cela me réconfortait quand même de savoir que lorsque Traînée-san passerait chez moi, nous pourrions jouer aussi. Quant à savoir laquelle de nous deux est la meilleure joueuse, eh bien, un jour je pourrai lui montrer que c’est moi.

Quand je remportai enfin une victoire, après qu’elle en eut déjà remporté deux, elle regarda l’horloge accrochée au mur.

— Oh, il est déjà quatre heures.

En voyant à quel point le temps avait filé, nous rangeâmes le jeu d’Othello.

— Merci beaucoup pour le Yakult et la glace.

— Non, merci à toi d’être venue.

Je quittais toujours sa maison vers quatre heures. J’aurais adoré rester plus longtemps, à bavarder et à faire encore quelques parties d’Othello, mais j’avais d’autres endroits à visiter.

J’enfilai mes chaussures roses, parfaitement adaptées à mes petits pieds, remerciai à nouveau Traînée-san, et ouvris la porte. Dehors, Mademoiselle Bobtail était assise sagement, son lait terminé. Traînée-san ramassa la soucoupe vide.

— À la prochaine, dis-je.

— À plus, passe quand tu veux, répondit-elle.

— Qu’est-ce que tu as prévu pour le reste de la journée, Traînée-san ?

— Je crois que je vais dormir un peu, histoire de me préparer pour le travail.

— Bon courage alors. Prends soin de toi.

— Promis. Et bon courage pour trouver ton bonheur. Si tu le trouves en chemin, reviens me le dire.

— D’accord. Bonne nuit, alors.

Traînée-san me fit un signe de la main, et je fermai la porte. Elle avait un métier étrange, qui commençait après que je m’étais couchée et se terminait avant même mon réveil. Je n’en connaissais pas les détails, mais je savais déjà que je serais incapable de vivre comme elle, en restant éveillée toute la nuit pour dormir toute la journée. Rien que pour cela, je la respectais énormément.

Je pensai à son travail tandis que Mademoiselle Bobtail et moi descendions les escaliers. Une fois, lorsque je lui avais demandé ce qu’elle faisait comme travail, elle avait ri et répondu : « Je travaille dans un établissement la nuit. »

J’étais certaine que ce devait être le métier le plus merveilleux qui soit.

C’était lors d’une journée froide et pluvieuse, quelque temps auparavant, que j’avais rencontré Mademoiselle Bobtail et Traînée-san pour la première fois. J’avais enfilé mes jolies bottes roses, sorti mon beau parapluie rouge, et je me promenais le long de la digue dans mon poncho jaune flottant au vent, à la poursuite d’une petite grenouille. La petite grenouille verte était si jolie, et elle avançait bien sagement au milieu du trottoir, ce qui me permettait de continuer à la suivre.

À un moment donné, je me mis moi aussi à sautiller. Je ris toute seule, imaginant que nous faisions toutes les deux une sorte d’entraînement spécial ensemble. La grenouille donnait tout ce qu’elle avait dans cet entraînement. Ce devait être une petite créature timide, qui ne s’entraînait que les jours de pluie, quand il y avait peu de monde autour. J’encourageai la vaillante petite grenouille.

Mais peut-être que la grenouille n’entendait pas ces encouragements, ou peut-être qu’elle n’avait tout simplement pas prévu de s’entraîner ce jour-là, puisqu’elle finit par bondir, se faufiler dans l’herbe, et disparaître. J’étais triste de la voir partir, mais j’eus beau m’enfoncer dans l’herbe moi aussi et salir mes bottes, je ne pus la retrouver.

Je me sentis envahie d’une certaine tristesse, mais je n’y pouvais rien. J’étais maintenant arrivée jusqu’au bord de la rivière. Je décidai de remonter sur la digue, mais empruntai un chemin différent, sans jamais abandonner l’espoir que le destin m’aiderait peut-être à retrouver la grenouille.

Une chatte de type bobtail m’attendait au bout du chemin, blottie dans l’herbe. Je courus vers elle en éclaboussant les flaques. Elle était couverte de boue, parsemée çà et là de taches rouges. Par-dessus tout, je remarquai que sa queue était bien plus courte qu’elle n’aurait dû l’être.

Comme c’est terrible, pensai-je.

Je ne me demandai pas qui elle était, ni comment elle s’était retrouvée dans cet état. Je fermai mon parapluie et la pris doucement dans mes bras, puis la portai jusqu’en haut de la berge pour ne pas l’effrayer. Je pouvais sentir sa respiration calme.

Au début, j’avais pensé la ramener chez moi. Mais j’abandonnai rapidement cette idée en réalisant qu’il n’y aurait personne d’autre là-bas. Je ne pouvais pas soigner ses blessures toute seule.

Mon visage était glacé par la pluie, et j’étais certaine qu’elle avait froid elle aussi. Je me demandais à qui je pouvais bien demander de l’aide. Je descendis de la berge de l’autre côté et courus jusqu’à l’immeuble couleur crème tout près. Même si je courais un peu trop vite, la chatte ne bougea pas dans mes bras.

Je sonnai aux portes du rez-de-chaussée de l’immeuble, en commençant par le bout du couloir. Il n’y eut pas de réponse à la première porte, ni à la suivante, ni à celles d’après. Finalement, la cinquième porte s’ouvrit, mais la femme qui répondit la referma aussitôt en me voyant.

Je continuai à sonner porte après porte, mais la plupart étaient vides, et quand quelqu’un ouvrait occasionnellement, personne ne voulait m’écouter. La petite chatte dans mes bras tremblait.

J’atteignis finalement la dernière porte de l’immeuble. Mon cœur battait la chamade tandis que j’appuyais sur la sonnette. Sa respiration devenait de plus en plus faible, et j’avais peur qu’elle soit en train de s’éteindre dans mes bras. J’entendis la sonnette retentir à l’intérieur, suivie d’autres bruits. Au début, je fus soulagée de savoir que quelqu’un était là. Beaucoup d’autres portes étaient restées sans réponse, même lorsque les lumières étaient allumées.

Des pas s’approchèrent lentement, quelqu’un déverrouilla la serrure, et la poignée tourna. Au moment où la porte s’ouvrit, je m’écriai :

— S’il vous plaît, sauvez-la !

La belle jeune femme me regarda avec stupeur pendant quelques instants. Puis elle posa les yeux sur la petite dans mes bras. Je soutins son regard. Il faut toujours regarder les gens dans les yeux quand on leur parle, m’avait dit Hitomi-sensei.

Le regard de la jeune femme se posa sur la forme tremblante de ma nouvelle amie, puis elle fit quelque chose que personne n’avait fait : elle plongea son regard dans le mien.

— Attends une minute.

Elle rentra à l’intérieur, puis revint avec une serviette. Elle prit la petite chatte de mes bras et l’emmena à l’intérieur, en prenant soin de l’envelopper.

— Toi aussi, entre. Enlève ton manteau et tes chaussures.

En entendant sa voix douce, je me sentis tellement soulagée que j’aurais pu m’endormir sur-le-champ, mais je devais d’abord la remercier. Je me demandai comment elle s’appelait, et mes yeux tombèrent sur la plaque nominative fixée à côté de la porte.

Je lus les lettres grossièrement gribouillées sur la plaque au marqueur noir.

— Traînée… ?

C’était un nom étrange. Ça ne sonnait pas japonais du tout. Je me demandai si elle était peut-être étrangère, même si elle n’en avait pas l’air. J’inclinai la tête avec curiosité.

— Allez, entre, je ne mords pas.

La femme insista pour que je prenne un bain avant de la remercier, et avant même que je m’en rende compte, j’étais déjà en train de me laver. Quand je sortis de la salle de bain, un pyjama d’adulte était posé à la place de mes vêtements trempés, et je l’enfilai avec reconnaissance. La femme était en train d’envelopper la petite chatte dans des bandages. Je regardais ses mains à l’œuvre, sans vouloir la déranger.

— Merci, vraiment, dis-je, quand elle eut enfin terminé ses soins.

— De rien. J’ai mis tes vêtements dans le sèche-linge, tu peux attendre ici le temps qu’ils sèchent.

— D’accord. Euh… Traînée-san ?

Elle parut décontenancée quand je prononçai son nom. Peut-être était-elle surprise que je le connaisse.

— C’est ce qui était écrit sur votre plaque dehors, expliquai-je. Ça vous va si je vous appelle Traînée-san ?

— Comme si c’était mon nom ?

— Oui.

Tandis que je hochais la tête, elle éclata d’un grand rire. Je n’avais aucune idée de ce que cela voulait dire. Mais j’étais contente qu’elle ait l’air amusée, alors je me mis à rire aussi.

— Ah ah ah. Ah, oui, ça me va très bien. C’est mon nom.

— Vous venez d’un autre pays ?

— Non, je suis japonaise.

— Ah bon, c’est un drôle de nom.

Traînée-san rit à nouveau.

— Traînée-san ? Je peux refaire votre plaque, pour vous remercier d’avoir sauvé la petite. Je ne veux pas paraître impolie, mais ce n’est pas très bien écrit. J’écris beaucoup mieux.

Mais elle secoua simplement la tête.

— Mm, j’apprécie l’offre, mais je ne veux pas que tu t’embêtes avec ça. Ce n’est pas moi qui l’ai écrite non plus.

— Hein ? Alors qui l’a écrite ?

Cette fois, elle eut un petit rire.

— J’ai déjà oublié qui c’était.

Et c’est ainsi que je devins amie avec Traînée-san et Mademoiselle Bobtail. Hitomi-sensei semblait penser que je n’avais pas d’amis, mais en réalité, j’avais de merveilleux amis. Des amis qui jouaient à l’Othello avec moi, qui marchaient avec moi, et des amis qui me parlaient de livres.

C’est pourquoi, même si je n’avais pas d’amis à l’école, et même si mes parents étaient trop occupés pour jouer avec moi, je ne me sentais pas seule.

Ma première rencontre avec Mamie ne fut pas aussi difficile que le jour où j’avais rencontré Traînée-san et Mademoiselle Bobtail. Quand je dis que ce n’était pas le cas, je veux dire que je n’étais ni triste ni malheureuse à ce moment-là.

Si l’on montait les collines à travers les arbres près de chez moi, on trouvait une clairière, et dans cette dernière se trouvait une maison en bois. Un jour, je tombai sur cette maison et passai un long moment à la contempler, pensant qu’elle était merveilleuse et inhabituelle pour notre quartier. Au bout d’un moment, je frappai à la porte d’entrée, me demandant si l’endroit était abandonné. Le silence était total, mais une vieille dame avec un joli sourire ouvrit la porte.

À partir de ce jour-là, nous devînmes amies.

Aujourd’hui, la grande maison en bois était toujours aussi merveilleuse.

— Comment se fait-il que les douceurs que tu prépares soient si délicieuses, Mamie ?

— Quand on a vécu aussi longtemps que moi, on apprend à faire des choses délicieuses. C’est tout, dit Mamie avec désinvolture, en sirotant son thé.

Tandis que je grignotais les madeleines qu’elle avait faites, j’essayai de percer le secret de leur délicieux goût. Mademoiselle Bobtail se prélassait dans le soleil qui inondait le couloir en bois reliant le salon au champ.

— J’ai trouvé le livre dont tu m’avais parlé, dis-je, assise à la table basse dans la pièce au tatami. Le Petit Prince. Il est dans la bibliothèque de l’école, alors j’ai essayé de le lire.

— Il t’a plu ?

— Mm, j’ai aimé l’écriture, mais c’était un peu difficile.

— Ah bon ? Tu es vraiment vive d’esprit, Nacchan.

— Je le pense aussi, mais je n’en suis pas encore là. Je n’ai rien compris du tout.

— Il est important de reconnaitre ce qu’on ne sait pas. La pire des choses, c’est de croire qu’on comprend quelque chose alors qu’on ne le comprend pas vraiment.

— Vraiment ?

— Même si tu ne l’as pas compris, il t’a laissé une impression, non ?

— C’est vrai. Je crois qu’avoir un chat avec qui parler me convient mieux qu’un mouton silencieux dans une boîte.

Mamie rit doucement et regarda la petite qui dormait sur le sol.

— De si beaux compliments de ta part, et tout ce qu’elle fait, c’est dormir.

— C’est très bien ainsi. Elle fait toujours ce qu’elle veut.

Mademoiselle Bobtail bâilla, sa queue se balançant d’un côté à l’autre. C’était contagieux, et j’ouvris la bouche sans élégance pour laisser échapper un bâillement à mon tour. Puis je décidai de parler à Mamie du même sujet que j’avais évoqué avec Traînée-san. Quand je lui racontai toute l’histoire du début à la fin, Mamie éclata de rire, tout comme Traînée-san.

— Je vois. Ça a l’air terrible, de te faire courir dans la cour et rester après l’école.

— Pas vraiment. En fait, je détestais le sport, mais rester après n’était pas si mal. J’aime bien Hitomi-sensei.

— Elle semble être une prof formidable.

— Oui, c’est vrai. Même si elle est parfois un peu à côté de la plaque. Hé hé, j’ai eu cette même conversation avec Traînée-san.

— Tu as gagné à l’Othello aujourd’hui ?

— Une seule fois. Mais même là, j’ai quand même perdu deux fois. Je me demande si je vais m’améliorer un jour.

— Tu t’amélioreras. Tu as le pouvoir de voir l’avenir, après tout. C’est un pouvoir indispensable pour les jeux.

Je savais que Mamie ne mentirait jamais, alors j’étais ravie d’entendre ça. Une merveilleuse odeur émanait d’elle. Ce n’était pas comme de l’encens, mais une odeur différente de celle des autres adultes. Quand je lui avais dit ça une fois, elle avait souri et dit : « C’est parce que j’ai déjà fini d’être une adulte. »

— Ça veut dire que Traînée-san a aussi le pouvoir de voir l’avenir, dis-je.

— Je me le demande. Contrairement aux enfants, les adultes sont généralement des êtres qui se tournent vers le passé.

— Mais Traînée-san est plus forte que moi.

— C’est parce qu’elle a vécu plus longtemps, Nacchan. Elle sait mieux s’y prendre que toi.

Mamie parlait souvent de la durée de vie des gens. Mais elle avait raison, elle avait vécu au moins sept fois plus longtemps que moi. C’était sûrement la raison pour laquelle ses madeleines étaient bien meilleures.

Je tendis la main pour en prendre une deuxième, mais la retirai. Si je prenais deux madeleines en plus du Yakult et de la glace, il ne me resterait plus de place pour le dîner que ma mère préparait. Je décidai de penser à autre chose, pour oublier les madeleines qui me faisaient de l’œil.

— Nous avons un devoir à l’école, dis-je. On doit réfléchir au bonheur.

— Ça a l’air intéressant.

— C’est vrai. Mais c’est vraiment difficile. Ce serait bien si on pouvait parler de tout ce qu’on veut, mais on n’a que le temps d’un cours, et je ne suis pas la seule dans la classe.

— C’est vrai. Il faut mettre toutes ces idées en ordre, et en tirer une réponse claire.

— Je veux trouver une réponse qui surprendra Hitomi-sensei, que tout le monde dans ma classe pourra comprendre.

Je me sentis envahie d’une bouffée de fierté en imaginant les éloges de Hitomi-sensei. Me laissant emporter, je commençai à tendre la main vers une autre madeleine, mais je me retins au dernier moment. Mamie me vit et rit.

— Et toi, Mamie, c’est quoi, ton bonheur ?

— Mon bonheur, hm ? Il y a beaucoup de choses. Boire du thé par des journées ensoleillées comme celle-ci, et chaque fois que tu passes me voir dans cette maison un peu vide. Mais trouver une seule réponse, ce n’est pas facile. J’y réfléchirai.

— Oui, réfléchis-y un peu. Au fait, Mamie, tu es heureuse en ce moment ?

Mamie prit une gorgée de thé et sourit.

—  Oui, je suis heureuse.

Je le voyais bien, et ce sentiment se propagea à moi aussi. Quand je regardai vers le couloir, Mademoiselle Bobtail dormait paisiblement. Cette vieille maison en bois devait être remplie de l’essence même du bonheur, pensai-je.

— Oh, au fait, tu peux me conseiller un autre livre à lire ?

— Tu m’as dit que tu avais déjà lu Tom Sawyer, pas vrai ?

— Oui, c’était amusant.

— Eh bien, que dirais-tu d’une histoire sur son meilleur ami ?

— Tu veux dire Huck Finn ? Il y a un autre livre ?

— Oh, tu ne savais pas ? Ça s’appelle Les Aventures de Huckleberry Finn. C’est très amusant. S’il n’est pas dans la bibliothèque de l’école, tu pourrais en parler à Hitomi-sensei.

En apprenant cette merveilleuse nouvelle, je rangeai le titre du livre dans un coin de ma mémoire, là où je gardais mes souvenirs les plus importants. Nous aimions toutes les deux parler de livres, et je ne vis pas le temps passer.

— Quelle était ton histoire préférée dans Le Petit Prince ?

— Moi, j’aimais celle du Prince et de la rose. Elle était si charmante. Et toi, Mamie ?

— Celle du serpent qui avait mangé l’éléphant, peut-être.

Nous continuâmes ainsi, et une lueur orangée envahit le paysage dehors. Je regardai l’horloge murale et remarquai qu’il était déjà cinq heures et demie. Je devais rentrer chez moi avant six heures. Je l’avais promis à ma mère.

Je réveillai mon amie à la queue remuante et dis au revoir à Mamie.

— À la prochaine, Mamie.

— Fais bien attention sur le chemin du retour.

— Oui. Je chercherai aussi le livre sur Huck.

Je fis un signe de la main à Mamie, qui était venue à la porte d’entrée pour me dire au revoir, et Mademoiselle Bobtail et moi descendîmes le sentier. Le chemin était magnifique, baigné d’une lumière orangée. Se quitter de la sorte ne m’attristait jamais. Il y avait toujours un lendemain, après tout, et un surlendemain.

— Le bonheur ne vieeent pas tout seul à moiii, c’est pourquoiii je pars à sa recherche aujourd’huiii !

— Miaou miaou !

Je me séparai de mon amie à la queue courte et rentrai chez moi faire mes devoirs. Vers six heures et demie, ma mère rentra à la maison. Il lui arrivait de travailler même le samedi et le dimanche, mais elle était toujours là à l’heure du dîner. Je trouvais que ce serait merveilleux si c’était toujours l’heure du dîner, mais alors dans ce cas, je devrais renoncer au yaourt du petit-déjeuner. Ce soir-là, il y avait du riz au curry. Même après avoir déjà bu un Yakult et mangé une glace ainsi qu’une madeleine, je repris quand même du riz.

— Je me demande si je ne devrais pas faire un régime, dis-je.

Ma mère éclata de rire.

— Tu n’en as pas besoin, dit-elle en me tendant un biscuit qu’elle avait ramené du travail.

Je ne pus m’en empêcher. Je mangeai le biscuit avec une boule de glace à la vanille dessus.

—  Peut-être que manger sa glace préférée avec un biscuit, c’est ça, le bonheur, dis-je.

—  Pour moi, c’est avec du café, répondit ma mère en face de moi, trempant son biscuit dans sa tasse avant de le manger.

Puis, comme toujours, je pris mon bain, et vers dix heures, la fatigue commença à m’envahir. Je ne parlai à personne de ma conversation avec Traînée-san. Ni à ma mère, ni à mon père, qui rentrait après que je m’étais endormie.

[1] Un chat bobtail est un animal avec une queue écourtée. Pour des raisons d’adaptation, le terme anglais original est conservé tel qu’il est.

[2] C’est un jeu de société qui se joue entre deux joueurs sur un damier de 64 cases, toutes de la même couleur.

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