THE INSIPID PRINCE T4 – ÉPILOGUE

Épilogue

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Traduction : JLPTea
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— Tu as beaucoup travaillé, Finne. Tu dois être épuisée.

— Non, je vais très bien, Maître Arn.

Après que Père eut prononcé les différentes sanctions, je retournai dans mes appartements pour passer un peu de temps avec Finne.

Il avait annoncé qu’une grande fête aurait lieu plus tard dans la journée, mais je m’inquiétais autant pour elle que pour Leo. Ils venaient à peine de rentrer au château et avaient besoin de se reposer après leur long voyage.

— Tu as fait tout le trajet entre la capitale et la région Sud, puis tu as vécu une bataille majeure et tout ce qui a suivi. Impossible que tu ne sois pas épuisée après tout ça. Tu n’es pas obligée d’aller à la fête si tu ne t’en sens pas capable. Je peux prévenir Père à ta place si tu préfères rester ici et te reposer.

— Merci de vous inquiéter pour moi, mais je vous assure que je vais très bien. Et j’attends même cette fête avec impatience, répondit Finne avec un sourire.

Elle n’avait vraiment pas l’air préoccupée. À sa place, j’aurais été beaucoup trop épuisé pour seulement envisager d’assister à une fête.

— Tu es plus résistante que tu en as l’air, tu sais ?

— Les Narbenritter ont tous été très gentils et serviables avec moi pendant le trajet du retour, alors le voyage n’a pas été difficile. Et je ne me suis pas ennuyée non plus puisque Mademoiselle Lynfia était là pour me tenir compagnie. Je vais donc parfaitement bien.

Finne marqua une courte pause.

— …C’est plutôt pour vous que je m’inquiète.

— Moi ? Je vais parfaitement bien. Je n’ai même pas utilisé de magie vraiment sérieuse cette fois.

— Peut-être, mais vous avez affronté une adversaire particulièrement redoutable. Vous êtes certain de ne pas être plus épuisé mentalement et émotionnellement que d’habitude ?

— Sonya était effectivement difficile à prendre de vitesse, mais rien d’insurmontable

— Ce n’est pas ce que je veux dire. Vous ne vous sentez pas mal de ne pas avoir pu l’aider ?

Finne avait toujours le chic pour lancer les remarques les plus perspicaces précisément au moment où je m’y attendais le moins. Parfois, je me demandais vraiment si elle possédait une magie capable de lire dans l’esprit des gens. Après tout, j’étais presque certain de ne pas être aussi facile à décrypter d’habitude.

— Oui, je m’en veux. C’est une victime de la guerre de succession. Quelqu’un que j’aurais dû aider. Quelqu’un à qui j’aurais dû proposer mon aide. Mais je ne l’ai pas fait parce que je n’avais aucune solution de fond à son problème.

Je ne pouvais pas aider Sonya sans connaître l’endroit où les membres de sa famille étaient retenus en otage. Et elle ne voulait pas être sauvée tant qu’eux-mêmes restaient en danger. J’aurais peut-être pu partir à leur recherche en utilisant les capacités de Silver.

Mais je n’en avais tout simplement pas le temps pour le moment.

Voilà la vérité. Je ne l’avais pas aidée parce que je n’avais pas le temps.

J’avais donné la priorité à ma propre situation et laissé une victime innocente de la guerre de succession se débrouiller seule. Évidemment, Gordon restait le principal responsable pour avoir pris sa famille en otage. Mais moi aussi, j’étais coupable de n’avoir rien fait pour l’aider. Peut-être même que ma faute était plus grave encore.

— Comme je l’ai déjà dit, repris-je, personne n’est parfait… mais malgré ça, on continue tous à viser la perfection. Alors forcément, on aimerait toujours avoir les moyens d’aider toutes les personnes qu’on veut aider.

— Oui. J’imagine bien que c’est ainsi que vous voyez les choses. Mais personnellement, je pense que le désir d’aider est encore plus important que la capacité à le faire. C’est cette volonté qui compte le plus. Parce que sans elle, avoir les moyens d’aider ne sert à rien. Je pense que toutes ces volontés d’aider, accumulées au fil du temps, finissent par faire évoluer les choses dans la bonne direction. Alors vous devriez conserver ce sentiment. Continuer à vouloir et à espérer pouvoir l’aider. Abandonner ne vous ressemble pas.

— Tu sais quoi ? Tu as parfaitement raison.

C’était facile de se sentir mal parce qu’on avait été incapable d’aider quelqu’un. N’importe qui pouvait faire ça. Mais je pouvais pas me permettre de rester éternellement abattu et pessimiste. On ne pouvait pas rester les yeux rivés sur nos pieds simplement parce qu’on était incapable d’aider quelqu’un.

Les personnes qu’on voulait sauver ne se trouvaient pas par terre. Elles nous attendaient devant nous. Il fallait relever la tête, regarder droit devant soi et continuer à faire tout ce qui était en notre pouvoir. Tant qu’on continuerait ainsi, tôt ou tard, une occasion d’aider finirait par se présenter.

— Je n’abandonnerai pas Sonya. Je ne peux pas abandonner. Gordon a pris sa famille en otage et entraîné une jeune femme innocente dans une bataille à laquelle elle ne voulait même pas participer. Si on renonce et qu’on accepte simplement cette situation, alors on ne vaut pas mieux que lui.

Parler avec Finne m’avait ôté un poids du cœur. Cela m’aidait à rester optimiste et à continuer d’avancer. C’était probablement grâce à l’attention qu’elle portait constamment à mes sentiments. C’était terriblement rassurant.

Je me voyais facilement finir par dépendre de ce soutien. Mais je savais aussi que je pouvais pas être le seul de notre duo à toujours recevoir sans jamais rien donner en retour.

— Je pensais m’éclipser assez tôt de la fête, mais finalement, je resterai jusqu’à ce que tu veuilles partir. Même si je risque de ne pas être très utile.

— Merci. Ça me fait vraiment plaisir. Et, euh… en fait… je pensais…

Finne hésita soudain et s’interrompit au milieu de sa phrase. Lorsqu’elle reprit enfin, sa voix était si basse que je ne compris pas ce qu’elle venait de dire.

— Qu’est-ce que tu as dit ? Il y a quelque chose pour lequel tu veux que je t’aide ?

— Oui… Vous voyez… je vais porter une robe pour la fête…

— Oui.

— Et, euh… Sa Majesté votre père a préparé plusieurs robes différentes pour que je puisse choisir, mais je n’arrive vraiment pas à me décider… alors je me demandais… si ça vous dérangerait de m’aider à choisir… ?

Ça expliquait son hésitation. Finne était toujours très attentive et sensible à l’opinion des autres. Elle devait probablement hésiter parce qu’elle ne savait pas quelle robe plairait le plus à Père.

— Bien sûr. Et tant qu’on y est, tu peux choisir ma tenue aussi ?

— D’accord !

Sur ces mots, nous nous levâmes tous les deux.

Sebas apparut soudain.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Je viens de recevoir une information particulièrement intéressante.

— Laquelle ?

— Il semblerait que le premier prince royal du royaume de Pellerin séjourne actuellement dans l’Empire pour une période prolongée.

— Le premier prince royal de Pellerin ? Je n’en ai pas entendu parler.

— Il semble voyager incognito. Et il a refusé l’invitation de l’empereur à la fête de ce soir. Quant à la raison de son séjour…

Je levai la main pour interrompre Sebas. Un membre de la famille royale d’un pays étranger qui voyageait secrètement au sein de l’Empire… Ce n’était absolument pas normal. Il devait forcément y avoir des circonstances inhabituelles derrière cette visite.

Coïncidence ou non, un autre événement inhabituel s’était récemment produit : la peine étonnamment clémente infligée à Zandra. Je m’étais attendu à quelque chose de bien plus sévère. Et pourtant, elle s’en était tirée avec une sanction étonnamment légère. Certes, elle avait été officiellement exclue de la course au trône. Mais tant qu’elle restait en vie, rien ne l’empêchait de revenir un jour dans la partie.

Quelqu’un, quelque part, avait exercé suffisamment d’influence pour modifier la décision de Père.

Et l’intervention d’un dignitaire étranger constituait une explication très plausible.

Si ce dignitaire était justement le premier prince royal de Pellerin, alors Père avait probablement négocié un accord bien avantageux.

— Laisse-moi deviner. Il cherche une épouse ?

— Excellente déduction. Il semblerait qu’il ait secrètement demandé la main de la princesse Zandra.

— Hmpf. Quelle manœuvre grossière… Ma sournoise de sœur a enfin décidé de jouer l’atout qu’elle gardait obstinément caché depuis tout ce temps. Ça veut probablement dire qu’elle commence à être désespérée… mais ça vient aussi de rendre toute cette affaire beaucoup plus compliquée.

— Pourquoi ? demanda Finne.

— Zandra a toujours dit qu’elle voulait choisir elle-même la personne qu’elle épouserait. Tant qu’elle visait le trône, le choix de son mari constituait forcément un élément essentiel de sa stratégie. Avant, son meilleur choix aurait été un homme influent au sein de l’Empire. Mais maintenant, le premier prince royal est entré dans l’équation. Ça veut dire que Zandra va pouvoir s’appuyer sur le soutien du royaume de Pellerin. Et du côté de Pellerin, ils doivent être ravis d’avoir enfin une occasion d’intervenir dans les affaires de l’Empire. Évidemment, cette stratégie a aussi ses inconvénients.

Si elle n’avait comporté aucun risque, Zandra l’aurait utilisée dès le départ.

Mais accepter ce soutien signifiait contracter une dette envers le royaume de Pellerin et son premier prince royal.

Elle serait donc forcée de tenir compte de leurs volontés dans ses décisions.

Et très peu de gens accepteraient facilement que l’épouse d’un prince étranger devienne impératrice d’Adrasia.

Elle devrait composer avec beaucoup plus de contraintes.

Malgré tout, Zandra avait dû estimer que cette voie restait préférable à une lourde condamnation qui aurait immédiatement anéanti son avenir.

 

— Père donnera pas immédiatement la main de Zandra. Sa réputation est bien trop mauvaise après ce qui s’est passé dans la région Sud. Il attendra probablement que toute cette agitation retombe avant d’annoncer officiellement le mariage. Mais connaissant Zandra, elle va forcément tenter quelque chose avant ça. Reste sur tes gardes.

— Compris, répondit Sebas avant de repartir immédiatement.       

Je poussai un léger soupir et me dirigeai moi aussi vers la porte.

— Bon. Prête à y aller ?

— Vous êtes sûr que c’est toujours une bonne idée ?

— Pourquoi pas ? De toute façon, on ne peut rien faire contre ça dans l’immédiat. Autant se détendre et s’amuser pendant qu’on en a encore l’occasion.

Sur ces mots, nous quittâmes la pièce.

Parce que je savais pertinemment qu’une nouvelle bataille acharnée nous attendait à l’horizon.

 

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