LOVE UNSEEN T1 – CHAPITRE 6

Le marque-page jaune

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Traduction : Raitei
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À partir de ce jour-là, nous ne revîmes plus jamais Fuyutsuki à l’université.

J’appris qu’elle chantait tous les jours pour les enfants de l’hôpital aux alentours de quatorze heures.

Les murs, les couloirs et les uniformes du personnel étaient entièrement blancs, et tout sentait le désinfectant. À l’inverse, la salle des enfants était décorée dans des tons pastel. Cette atmosphère irréelle donnait l’impression qu’elle se trouvait dans un autre monde, très loin du reste de l’hôpital.

Derrière la vitre, je regardais Fuyutsuki chanter joyeusement en jouant du piano. Même la vue des enfants qui jouaient et chantaient ne m’apportait aucun réconfort.

Observer Fuyutsuki ne faisait qu’alimenter mon malaise.

Elle portait toujours un pyjama moelleux, ce qui laissait penser qu’elle était hospitalisée ici. Je n’arrivais pas à me résoudre à lui parler.

Avait-elle véritablement tout oublié ? C’était tellement difficile à accepter. Et si tout cela n’était qu’une plaisanterie ? Un mensonge ? Une comédie ?

Je ne pouvais pas abandonner cette possibilité. Je m’accrochais au moindre espoir. C’est pourquoi je finis par l’interpeller.

— Salut.

Mais elle m’ignora complètement. Comme si elle ne m’avait pas entendu. Elle ne remarqua même pas ma présence.

Cela me faisait terriblement mal. La douleur était insupportable.

J’aurais voulu mourir. J’étais rongé par les regrets. Plus le temps passait, plus l’envie de mourir s’installait en moi.

Et pourtant, au même moment, je désirais rester auprès de Fuyutsuki.

Je suis vraiment bizarre, pensai-je en me réprimandant.

Je n’arrivais pas à croire qu’un type comme moi, qui ne s’était jamais attaché à personne, puisse s’accrocher aussi désespérément à Fuyutsuki.

Cela se produisit pendant la pause déjeuner.

J’avais choisi un menu de menchi-katsu, Narumi une grosse portion de curry au porc pané, et Hayase des soba aux tempuras. La cafétéria connaissait son heure de pointe, et nous circulions parmi la foule avec nos plateaux à la recherche d’une table libre.

Nous finîmes par trouver des places, mais dès que je pris une bouchée de mon repas, je regrettai d’avoir commandé autant.

Je n’avais pas vraiment d’appétit.

— Hé, regardez ça, lança Hayase assez fort pour couvrir le brouhaha de la cafétéria.

Elle nous montra l’écran de son téléphone.

Recherche bénévole étudiant

— Tu ne vas quand même pas encore faire du bénévolat ? demanda Narumi, la bouche pleine de curry.

Il parlait comme si Hayase souffrait d’une addiction au bénévolat.

— Lis jusqu’au bout.

— C’est pour cet hôpital ?

— Oui ! Ils recherchent quelqu’un pour divertir les enfants dans la salle qui leur est réservée. Il faudrait leur lire des livres et organiser des séances de kamishibai[1].

J’eus l’impression qu’un rayon de lumière venait de traverser les nuages.

C’était peut-être ma chance de me rapprocher de Fuyutsuki.

Au moment où cette idée me traversa l’esprit, l’odeur de la sauce qui recouvrait mon menchi-katsu me parvint, et j’eus soudainement faim.

— Pourquoi est-ce qu’on ne tenterait pas notre chance ?

— On pourrait peut-être parler à Koharu.

— Mais vous savez, commença Narumi en continuant à s’empiffrer, si on y va vec des zarrière-penchées…

— Avale avant de parler.

Narumi déglutit bruyamment avant de reprendre :

— Si on y va avec des arrière-pensées, on n’passera jamais l’entretien.

Il n’avait pas tort.

— Si je fais ça, j’ai l’intention de m’investir à fond, indépendamment de Koharu, déclara Hayase avec sérieux.

La version fragile et sensible de Hayase, semblable à un panda malade, que j’avais vue quelques jours auparavant avait disparu.

Elle me regardait avec une expression digne et déterminée.

— Contentons-nous de postuler. Après tout, nous avons déjà retrouvé Koharu.

— Oui, répondis-je avec un enthousiasme que je ne pus dissimuler.

Je n’arrivais pas à contenir les émotions qui montaient en moi. Nous avions beau en discuter, aucune autre solution ne s’offrait à nous.

La réponse était évidente.

Du moment que je pouvais rester près de Fuyutsuki, rien d’autre n’avait d’importance. Cette pensée jaillit du fond de ma poitrine et plongea mon cerveau dans une sorte d’engourdissement.

Le fond de mon nez me brûlait. Je sentais à quel point j’étais excité.

Le lendemain, Hayase, Narumi et moi décidâmes de postuler pour devenir bénévoles étudiants à l’hôpital.

[1] Genre narratif japonais, sorte de théâtre ambulant où des artistes racontent des histoires en faisant défiler des illustrations devant les spectateurs.

 

 

Nous réussîmes tous les trois l’entretien sans difficulté.

La réputation de notre université y fut pour beaucoup, tout comme l’aide de Hayase, notre fanatique du bénévolat. Cependant, réussir l’entretien ne signifiait pas que nous pouvions commencer dès le lendemain.

De nombreuses formalités administratives nous attendaient : remplir des documents, effectuer des tests d’anticorps et souscrire une assurance pour bénévoles. Nous dûmes également assister à une séance d’orientation consacrée au bénévolat.

Le personnel de l’hôpital nous expliqua comment éviter de perturber les enfants. Nous n’avions notamment pas le droit de leur parler de leur maladie. On nous enseigna aussi la manière correcte de nous laver les mains afin de prévenir les infections.

Une phrase prononcée par une infirmière pendant cette formation me marqua particulièrement.

— C’est une tâche éprouvante, mais s’il vous plaît, ne baissez pas les bras.

C’est à cet instant que je compris que ce bénévolat n’aurait rien d’une promenade de santé. Lors de notre première journée, deux femmes plus âgées, qui semblaient habiter dans le quartier, se joignirent à nous.

Il y avait treize enfants au total. Certains étaient blessés au bras, d’autres avaient une jambe dans le plâtre, et quelques-uns portaient des bonnets en laine. Ils avaient entre cinq et neuf ans environ.

D’après une infirmière, les enfants qui restaient longtemps dans le service pédiatrique souffraient souvent de maladies graves.

Il nous avait été clairement demandé de ne pas évoquer leur état de santé. Le temps passé avec eux devait leur permettre d’oublier, ne serait-ce que quelques instants, les difficultés de leur hospitalisation.

La salle des enfants résonnait de cris enthousiastes.

Ce jour-là, nous faisions tous des origamis.

— Graaah !

Enfin, c’était ce que nous étions censés faire. À la place, Narumi se retrouvait entouré d’un groupe de garçons qui grimpaient sur son dos et lui donnaient des coups de pied.

— Tu peux me passer le livre d’origamis ?

De son côté, Hayase était entourée de filles.

Elle aurait pu fabriquer des choses simples, comme des avions ou des grues. Pourtant, elle fixait le livre en essayant de plier des roses et des lys bien au-dessus de son niveau.

À l’hôpital, le temps de jeu des enfants était appelé « l’Heure des enfants ». Ces séances avaient lieu quotidiennement afin qu’ils ne s’ennuient jamais pendant leur hospitalisation.

Avant le début de l’activité, l’infirmière responsable me présenta à Fuyutsuki.

— Elle joue du piano pendant l’Heure des enfants, mais elle est également l’une de nos patientes.

Au moment où l’infirmière annonça que Fuyutsuki était hospitalisée, mon corps tout entier se crispa. Je m’en doutais déjà, mais l’entendre exprimé aussi clairement me donna l’impression qu’un poids s’abattait sur ma poitrine. Fuyutsuki parut légèrement décontenancée lorsque l’infirmière lui annonça que de nouveaux bénévoles étudiants rejoignaient l’équipe.

— Enchanté, lui dis-je.

— Enchantée, répondit-elle doucement.

Fuyutsuki pinça fermement les lèvres.

C’était comme si la jeune femme vive et joyeuse que j’avais rencontrée à l’université n’avait jamais existé.

— Oh, je me demande si je vais réussir à en faire un, moi aussi.

Entourée d’enfants, Fuyutsuki fabriquait des origamis en se guidant au toucher. Les enfants restaient près d’elle, probablement attirés par la douceur de sa voix. Elle pliait des avions en papier. Leur forme était suffisamment simple pour qu’une personne aveugle puisse les réaliser.

Dès qu’elle terminait un avion, elle le tendait à un enfant.

Mais celui-ci le lançait aussitôt dans les airs avant d’en réclamer un autre, si bien que Fuyutsuki avait du mal à suivre le rythme. Elle semblait sur le point de manquer de papier. Je déposai donc silencieusement de nouvelles feuilles à côté d’elle. Je pensais qu’en raison de sa cécité, elle ne s’en apercevrait probablement pas.

Je me trompais.

— …Merci.

Elle comptait peut-être les feuilles du bout des doigts. Puisqu’elle était capable de reconnaître des pièces rien qu’en les touchant, elle pouvait sans doute compter des feuilles d’origami de la même manière.

Sa réaction était si inattendue qu’elle me remplit de joie. J’étais tellement heureux que je ne pus m’empêcher de lui parler.

— Tu veux que je t’aide avec les avions en papier ? Tu dois avoir du mal à suivre.

Mais à cet instant…

— Kancho !

Une voix retentit derrière moi, tandis qu’une décharge électrique remontait de mes fesses jusqu’à mon cerveau.

— Aaaaaaaaaïe !

Je ne pus retenir mon cri.

Je me retournai et découvris un petit garçon au crâne rasé qui affichait un sourire malicieux. Il venait de m’enfoncer ses doigts dans les fesses.

— …Tu n’as pas le droit de faire ça. Ça fait vraiment mal… C’est interdit.

— Tu regardais cette fille, pas vrai ? Beurk, dégoûtant !

— J-je ne la regardais pas, protestai-je.

— Menteur ! Je sais ! Tu regardais ses seins, hein ?

Je jetai un regard à Fuyutsuki.

Son visage était devenu écarlate, et elle se couvrait la poitrine avec les bras.

— Pas du tout. Évidemment que non. Je ne ferais jamais ça !

— Menteur ! Menteur !

— Tu n’as pas le droit de te moquer des adultes comme ça, le réprimandai-je.

Mais cela sembla l’amuser encore davantage.

— Les nénés ! Les nénés ! Les nénés ! cria-t-il en courant dans toute la pièce.

— Hé ! Arrête de courir, c’est dangereux !

Les autres enfants avaient cependant commencé à rire, ce qui l’encouragea à poursuivre sa chanson.

Narumi lui barra le passage avant de l’attraper dans ses bras.

— J’t’ai eu.

— Lâche-moi, le vieux ! J’ai trop chaud !

Le garçon se débattit pour échapper aux bras de Narumi.

Narumi, quant à lui, semblait sous le choc, incapable de croire que l’enfant le trouvait vieux.

— Le vieux… murmura-t-il.

Il ajouta quelques paroles brèves et incompréhensibles, puis se raidit.

— Si tu recommences à courir, Papy Musclor va t’attraper.

— D’accord, répondit docilement le garçon.

— Pourquoi je viens de m’appeler moi-même Papy Musclor ?

— Je parie que tu deviendrais populaire en publiant des vidéos sous ce nom, plaisantai-je.

— « Aujourd’hui, on va faire deux cents pompes ! C’est l’heure d’vous dépasser avec Papy Musclor ! » Un truc comme ça ?

— Nan, ça a l’air nul.

— Quoiii ? Hmm… On dirait qu’ma blague est tombée à plat.

— Complètement à plat.

— Maintenant que j’y pense, ça veut dire quoi, Papy Musclor ?

— Hé, vous deux ! Retournez faire des origamis ! nous gronda Hayase.

— Oui ! répondîmes Narumi et moi à l’unisson.

L’une des femmes plus âgées, qui avait écouté notre conversation, sourit.

— Vous deux, on dirait un duo comique.

C’est à cet instant que Fuyutsuki éclata de rire.

Son corps tout entier tremblait. Cela faisait si longtemps que je ne l’avais pas vue rire que ce spectacle provoqua en moi une immense vague de nostalgie. Je repensai à tous les moments heureux que nous avions partagés sur la terrasse. Elle ressemblait exactement à la Fuyutsuki que j’avais connue autrefois.

Ma vision se brouilla lorsque les larmes me montèrent aux yeux.

Après avoir joué avec les enfants pendant près de deux heures, nous les raccompagnâmes dans leurs chambres.

Alors que nous rangions la salle désormais vide, j’entendis les bénévoles discuter entre elles.

— Maintenant que j’y pense, Sumire n’était pas là aujourd’hui.

— J’ai entendu dire qu’elle avait commencé son traitement.

— Oh… Cela va être très difficile pour elle.

Leur conversation me serra le cœur

 

 

Chaque fois que j’essayais de parler à Fuyutsuki, nos conversations ne menaient nulle part. J’avais même l’impression qu’elle m’évitait.

Le mois de juin touchait à sa fin, et la saison des pluies s’était achevée plus tôt que d’habitude. L’été approchait à grands pas. Ce jour-là, je participais seul à l’Heure des enfants.

Alors que je rangeais la salle, Fuyutsuki m’interpella.

— Sorano, tu es là ?

Mon cœur manqua de bondir hors de ma poitrine.

Sa question était tellement inattendue que mon pouls s’accéléra. Cependant, le fait qu’elle m’ait appelé par mon nom de famille plutôt que Kakeru me plongea dans le désespoir.

Je m’efforçai de répondre aussi calmement que possible.

— Hmm ? Je suis là.

— Tout se passe bien à l’université, Sorano ?

— Bien de quelle manière ?

— Je veux dire… Tu assistes correctement à tes cours ?

— Ah, ça. Ne t’inquiète pas. Hayase me couvre.

— Je m’inquiète tout de même pour toi, tu sais ? déclara Fuyutsuki avec une expression sévère.

Je ne l’avais pratiquement jamais vue faire cette tête auparavant.

— Et toi, Fuyutsuki ? Tout se passe bien ?

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Je parle de l’université. Tu arrives à suivre ?

— L’université ?

Elle parut perplexe, puis baissa la voix.

— Je ne vais pas à l’université.

Mon visage se vida de son sang. Ce n’était pas la réponse que j’espérais.

Mon monde entier s’assombrit.

Fuyutsuki avait-elle… perdu tous ses souvenirs de cette période de sa vie ? N’avait-elle pas obtenu un diplôme équivalent au baccalauréat et travaillé sans relâche pour entrer à l’université ? Comment la réalité avait-elle pu se déformer à ce point ?

— Ne change pas de sujet. Nous parlons de tes études, Sorano.

J’étais épuisé.

Mon cœur n’en pouvait plus.

— Le bénévolat est une chose admirable, mais tu ne devrais pas négliger tes responsabilités principales.

Je ne voulais pas y penser.

— …

— …

Nous restâmes silencieux un instant. Puis sa voix rompit le silence.

— Sorano ?

— Oui ?

— J’ai cru que tu étais parti quelque part.

— …Je me suis renfermé dans ma coquille.

Je lui donnai ma réponse habituelle. J’adorais autrefois l’entendre me traiter de méchant en faisant la moue et en feignant d’être vexée. Ces interactions banales étaient devenues si précieuses à mes yeux.

Mais cette fois, les choses furent différentes.

— Arrête de plaisanter.

Sa voix était tranchante.

— Tu m’écoutes au moins ? demanda-t-elle avec irritation, remuant davantage le couteau dans la plaie.

Je ne voulais pas réfléchir. Je ne réfléchirais plus. Plus maintenant.

— Tout va parfaitement bien à l’université ! insistai-je en haussant progressivement la voix.

Je sentais les autres bénévoles commencer à nous regarder.

Mais…

Malgré tout…

C’était trop difficile à supporter. Elle avait oublié tout le monde.

Elle avait même oublié ce qu’elle avait obtenu au prix de tant d’efforts.

Qu’étais-je censé lui dire ?

— Hé, qu’est-ce qui ne va pas ? demanda Fuyutsuki, inquiète.

Elle tendit lentement la main et tâtonna dans l’espace autour d’elle jusqu’à toucher mon épaule. Alors que ma vision blanchissait, elle venait de poser la main sur moi. Pourtant, je repoussai brusquement sa main tremblante.

— Ce n’est…

J’étais sur le point de crier : « Ce n’est rien ! » lorsque Fuyutsuki reprit la parole.

— On pourrait aller discuter dehors, d’accord ?

Elle paraissait troublée, mais se força malgré tout à sourire.

En regardant autour de moi, je constatai que tout le monde me fixait. J’avais clairement l’air instable.

— Désolé, dis-je.

Je ne savais pas exactement de quoi je m’excusais. Mais j’étais désolé.

Nous quittâmes la salle des enfants et montâmes jusqu’au jardin sur le toit. Fuyutsuki m’y conduisit en s’accrochant à mon bras et à la rambarde. Cela faisait si longtemps qu’elle ne m’avait pas touché.

Ses mains me paraissaient beaucoup plus froides qu’autrefois.

Dès que nous pénétrâmes dans le jardin, l’humidité du début de l’été me donna presque l’impression d’étouffer. Fuyutsuki avança le long de la promenade en faisant glisser sa main sur la rambarde.

Un banc se trouvait au bout du chemin, et nous nous y assîmes.

Après avoir pris une profonde inspiration, Fuyutsuki commença :

— Reprenons tout depuis le début.

— Reprendre quoi ?

— Je fréquentais autrefois la même université que toi et les autres, c’est bien ça ?

— Oui.

— C’est donc là que nous nous sommes rencontrés, mais il semblerait que j’aie soudainement perdu mes souvenirs.

— C’est ça.

Fuyutsuki regarda droit vers moi. Ou plutôt, dans la direction de ma voix.

— Pour te dire la vérité, je suis assez bouleversé. Je ne sais pas quoi faire, lui avouai-je.

— Qu’est-ce que tu attends de moi ? répliqua Fuyutsuki. Tu veux que je me souvienne de toi ?

— …Eh bien…

— Pour faire simple, ce serait une source d’ennuis pour moi.

— Des ennuis ?

Sa réponse inattendue me laissa perplexe. Que voulait-elle dire ?

Retrouver ses souvenirs lui causerait-il des problèmes ?  Les moments qui comptaient tant pour moi n’avaient-ils aucune importance à ses yeux ?

Mon cœur me faisait mal.

Il battait si violemment que j’avais l’impression qu’il allait exploser. Les pulsations résonnaient dans mes oreilles et ma tête commençait à me lancer. Les cigales du jardin se mirent à chanter encore plus fort, m’accablant davantage.

Qu’est-ce qu’elle veut dire ? De quoi parle-t-elle ?

Mes pensées s’emballaient.

Fuyutsuki afficha un grand sourire et parla d’une voix paisible.

— Il ne me reste qu’environ six mois à vivre.

Elle poursuivit :

— Le cancer s’est propagé à mon foie. Je vais donc bientôt mourir.

« Je vais bientôt mourir. » Fuyutsuki avait prononcé ces mots avec une désinvolture déconcertante.

— Puisque je sais que je vais bientôt mourir, retrouver ce genre de souvenirs ne ferait que me faire souffrir davantage, tu ne crois pas ? Et puis, Sorano, il vaudrait mieux que tu ne t’attaches pas à moi, puisque je n’ai plus longtemps à vivre. Ce serait une perte de temps pour toi.

Ses paroles étaient terriblement tristes, mais elle avait prononcé cette dernière phrase avec une franchise absolue.

Le coin de mes yeux devint brûlant et ma vision se brouilla.

Des larmes chaudes commencèrent à couler sur mes joues.

— Ah…

Elles ne s’arrêtaient plus.

— Je vois…

J’essayais sans cesse de les essuyer, mais cela ne servait à rien.

— Désolé, lui dis-je. Je suis désolé de m’être mêlé à tout ça de cette manière étrange.

— …? Ça va ?

Je ne voulais pas que Fuyutsuki comprenne que je pleurais.

Je fis tout mon possible pour étouffer mes sanglots.

— Tu vas vraiment mourir ?

— Oui. Je le sais, c’est tout.

Elle acceptait ce fait avec une facilité déconcertante.

— Après tout, c’est déjà la troisième fois, ajouta-t-elle avec un sourire.

Avait-elle accepté ce qui allait se produire ?

Ou s’était-elle simplement résignée à son destin ?

— J’ai recommencé la chimiothérapie la semaine dernière et, honnêtement, je ne vais pas bien. Dans environ deux semaines, je ne pourrai même plus quitter ma chambre.

Elle poursuivit :

— Alors, s’il te plaît, oublie-moi.

— S’il te plaît.

Elle arborait un immense sourire.

— D’accord.

Très bien.

Je comprends.

J’imagine que les choses sont simplement ainsi.

Mon cœur venait de se briser.

J’entendis quelque chose se rompre tout au fond de moi.

Ou, du moins, j’eus l’impression de l’entendre.

Je sentais ma voix trembler.

— Désolé d’avoir été aussi obstiné.

Je ne comprenais pas vraiment ce que j’avais fait de mal, mais je m’excusai tout de même. Les larmes continuaient de ruisseler sur mon visage. J’avais l’impression d’essayer d’expulser tous les sentiments que j’avais éprouvés pour Fuyutsuki.

Ils ne cessaient de se déverser.

Je n’avais pas de mouchoir. Je dus donc essuyer mes larmes avec la paume de mes mains.

Mon visage était dans un état lamentable, et je n’avais aucune idée de ce que j’étais censé faire.

 

 

Fuyutsuki me laissa sur place et retourna vers sa chambre en faisant glisser sa main le long de la rambarde. Mon visage était couvert de larmes. Je restai donc sur le banc du jardin afin de me calmer.

— Vous êtes un ami de Fuyutsuki à l’université ? demanda un médecin d’âge moyen vêtu d’une blouse blanche.

Il semblait pourtant encore assez jeune, mais d’importants cernes marquaient le dessous de ses yeux, et il paraissait épuisé. Il dut remarquer la méfiance dans mon regard, car il leva les mains pour me rassurer.

— Je suis le médecin qui s’occupe de Fuyutsuki.

Une fois qu’il se fut présenté, je lui adressai un léger signe de tête.

À ma grande surprise, le médecin alluma une cigarette.

Je restai stupéfait.

Allait-il réellement fumer dans un espace commun ?

— Pour votre information, vous vous trouvez dans la zone fumeurs, m’expliqua-t-il. Vous ne devriez pas vraiment être ici.

— Zone fumeurs ou non, vous n’avez jamais entendu parler du tabagisme passif ? C’est mauvais pour la santé.

Mon esprit était peut-être entièrement occupé par Fuyutsuki, mais je regrettai tout de même de m’être emporté contre le médecin.

— Dans ce cas, je vous serais reconnaissant de retenir votre respiration pendant quelques instants, répondit-il avec un sourire moqueur.

— Désolé d’avoir été impoli. Mais puisque vous êtes le médecin de Fuyutsuki, vous devez être oncologue. Je croyais que le tabac augmentait le risque de cancer du poumon.

— Je passe un examen chaque mois, alors ne vous inquiétez pas pour moi. Du moment qu’il est détecté suffisamment tôt, je pourrai me soigner moi-même.

Le médecin agita négligemment sa cigarette.

Il me donna l’impression d’être quelqu’un avec qui il était facile de discuter.

— Je peux vous poser une question ?

— Hmm ? C’est à propos des souvenirs de Fuyutsuki ?

Il avait immédiatement compris ce que je voulais lui demander.

— Oui. Est-il vraiment possible qu’une personne perde ses souvenirs ?

Il souffla un nuage de fumée violacée vers le ciel.

— Si une tumeur se développe dans la partie du cerveau qui gère la mémoire, ce n’est pas totalement impossible. Cela dit, dans le cas de Fuyutsuki, le cancer s’est propagé au foie. Normalement, cela ne devrait donc pas provoquer de pertes de mémoire.

— Alors pourquoi… ?

— C’est rare, mais les souvenirs peuvent devenir confus au début d’une chimiothérapie. On éprouve des difficultés à se rappeler les événements de la veille et on se sent constamment dans le brouillard. On appelle cela le brouillard cérébral lié à la chimiothérapie. Ce genre de phénomène peut survenir lorsqu’une personne prend des médicaments puissants.

— Alors, est-ce qu’elle va… ?

— Cependant, les symptômes de Fuyutsuki ne correspondent pas à ce phénomène.

— Qu’est-ce que vous voulez dire ?

— Je ne pense pas qu’une maladie ou un médicament lui fasse oublier certaines choses.

Il marqua une pause.

— La cause est psychologique. On pourrait presque dire qu’elle a elle-même bloqué ses souvenirs.

— Quoi… ?

— Si vous stimulez sa mémoire, il pourrait se passer quelque chose… Vous voulez essayer ?

— Je ne peux pas. Elle vient de me repousser.

Le médecin soupira en expirant simultanément de la fumée.

— Eh bien, vous changerez peut-être d’avis. Pour le moment, notre priorité est de réduire son cancer.

— Pourriez-vous me dire quelque chose ?

— Quoi donc ?

— Est-ce que le cancer de Fuyutsuki peut être guéri ?

Le médecin écrasa sa cigarette avant de me regarder.

— Ses chances sont d’environ cinq pour cent.

— Cinq pour cent de risques de mourir ?

— Cinq pour cent de chances d’être encore en vie à la fin de l’année. Quant à son taux de survie à cinq ans, il est extrêmement faible.

Le médecin m’expliqua son cancer en détail, mais aucune de ses paroles ne parvint véritablement jusqu’à moi.

Fuyutsuki avait cinq pour cent de chances de survivre jusqu’à la fin de l’année.

Elle ne tiendrait pas cinq ans.

Sa lumière pouvait s’éteindre à n’importe quel moment.

C’était pour cette raison qu’elle m’avait demandé de l’oublier.

Ma poitrine se serra douloureusement.

Alors qu’il s’éloignait, le médecin m’adressa un regard déterminé.

— Mais je vais la guérir.

 

 

Trois jours s’étaient écoulés depuis ma conversation avec le médecin. Je ne pouvais cependant pas abandonner soudainement le bénévolat. Hayase y allait donc à ma place.

Voir Fuyutsuki me faisait trop mal. Même la regarder me faisait souffrir.

Le quatrième cours venait de se terminer, et j’étais assis au soleil à notre place habituelle sur la terrasse. Les rayons frappaient ma peau et je la sentais brûler. Plus je m’enfonçais dans mon état d’hébétude, plus elle continuait de cuire.

J’apercevais au loin d’immenses nuages d’orage et imaginais une pluie torrentielle tomber sous eux. Le contraste entre le ciel dégagé et cette averse lointaine me plongea dans une étrange humeur philosophique.

C’était probablement parce que je sortais tout juste de mon cours de philosophie I.

Une voix interrompit soudain mes réflexions.

— Ça va ?

Un homme mince et barbu s’était approché de moi.

C’était le président du club d’étude des feux d’artifice que nous avions rencontré quelque temps auparavant.

— Je tiens le coup, répondis-je.

— C’est plutôt vague. Moi c’est Kotomugi.

Kotomugi portait un tee-shirt, un short et des sandales de plage. Il transportait également un seau et une canne à pêche.

Il semblait partir pêcher.

Parfois, je me demandais si notre université n’accordait pas un peu trop de liberté à ses étudiants.

— Elle est où, la fille aveugle ?

Cette simple mention de Fuyutsuki faillit me faire pleurer.

S’il te plaît, laisse tomber.

— Elle est à l’hôpital. Son état de santé s’est aggravé.

— Oh, sérieux ? Si c’est ta petite amie, tu devrais rester auprès d’elle.

— Ce n’est pas ma petite amie.

— Vous ne sortiez pas ensemble ?

— Elle m’a rejeté.

Arrête.

Je vais finir par pleurer.

— Quand ça ne va pas, les feux d’artifice peuvent aider.

Le ton désinvolte de Kotomugi m’agaça. J’étais au plus bas, et lui continuait à débiter ses histoires de feux d’artifice. Je sentis la colère monter en moi.

— Le concours de feux d’artifice commence dans deux semaines, reprit-il. En fait, on a un petit problème.

Kotomugi avait l’air préoccupé. Sans le vouloir, je lui répondis sèchement :

— Il s’est passé quoi ?!

— Tu te souviens que le feu d’artifice du festival universitaire a été annulé ? Ça nous a causé quelques problèmes.

Malgré ses paroles, Kotomugi ne semblait pas particulièrement agité.

Je ne répondis rien, mais il continua de bavarder.

— Il y a les frais d’annulation. Un artificier que je connais veut racheter tous les feux d’artifice qu’on avait fabriqués, mais le comité du festival affirme qu’ils pourront être réutilisés pendant un autre événement. Ils veulent donc seulement régler les frais d’installation. Les deux camps sont dans une impasse, et moi, je suis coincé au milieu. Ils pourraient au moins essayer de se mettre à ma place.

Ses bavardages insignifiants ne m’intéressaient absolument pas.

— Je suis surpris que l’université t’autorise à tirer des feux d’artifice.

Je répondis à son discours inutile par une remarque tout aussi inutile.

Cependant, Kotomugi sembla ravi de ma question et commença fièrement à m’expliquer les procédures et les autorisations nécessaires pour tirer des feux d’artifice.

Mince, pensai-je en regrettant aussitôt d’avoir parlé.

Maintenant, je l’ai lancé.

Je ne l’écoutais pas vraiment, mais, d’après ce que je compris, il fallait déposer une déclaration auprès de la préfecture et se soumettre à une inspection de sécurité incendie.

Cela semblait bien plus compliqué que je ne l’avais imaginé.

— Mais il existe une faille, poursuivit Kotomugi avec satisfaction. Imaginons que tu aies cinquante bombes de calibre deux, quinze de calibre trois et dix de calibre quatre, avec des feux en cascade et des pièces montées entre les deux. Tu obtiens alors un programme de trois minutes composé de soixante-quinze tirs au total, et tu peux le réaliser sans aucune formalité.

— Waouh. Je ne savais pas, répondis-je en feignant de m’y intéresser.

Malgré la monotonie de ma réponse, Kotomugi sembla ravi que je lui parle.

Pour une raison inconnue, il semblait m’apprécier.

— Je pars pêcher. Tu veux venir ? demanda-t-il avec un regard parfaitement innocent.

Il était difficile de gérer quelqu’un comme lui alors que j’étais aussi abattu.

— On peut attraper de petits chinchards à cette période de l’année, et les dames de la cafétéria acceptent de nous les faire frire !

Il ne cessait jamais de parler. Je manifestais pourtant clairement mon désintérêt avec des réponses comme : « Ah » ou « D’accord ». Mais il poursuivait sa conversation.

S’il te plaît, laisse-moi tranquille.

Alors que ces mots étaient sur le point de franchir mes lèvres, Kotomugi commença à chercher quelque chose.

— Oh, j’allais oublier.

Il plongea les mains dans les poches de son pantalon en marmonnant :

— C’est là ?

Puis :

— Où est-ce que je l’ai mis ?

Il fouilla ensuite dans son sac de pêche et dans son sac à dos.

— Bon, j’imagine que je devrais rentrer et commencer ce rapport, dis-je.

Je me sentis soudain irrité et commençai à me lever.

Mais à cet instant, il trouva ce qu’il cherchait.

— Le voilà ! Je l’ai trouvé ! Ça n’appartient pas à ta petite amie ?

Il sortit un objet du sac suspendu à son épaule.

Je le reconnus immédiatement. Mes yeux s’écarquillèrent tellement que je m’en rendis moi-même compte. Quelques instants auparavant, mon cœur semblait presque mort. Il s’était désormais remis à battre avec une telle violence que cela me faisait mal.

C’était un marque-page jaune couvert de petits reliefs.

Celui que je croyais perdu.

J’aimerais vraiment que tu le lises, Kakeru.

 

Le visage de Fuyutsuki lorsqu’elle avait prononcé ces paroles me revint en mémoire.

— Où… est-ce que tu l’as trouvé ?

Les mains tremblantes, je tendis les doigts vers le marque-page.

— Il était par terre, devant le bâtiment préfabriqué de notre club. Comme il est écrit en braille, je me suis dit qu’il devait lui appartenir. Je comptais le rendre à ta petite amie si je la croisais, mais puisqu’elle est à l’hôpital, autant te le donner.

Comment pouvais-je exprimer ma gratitude pour un tel miracle ?

Avant même de m’en rendre compte, j’avais pris Kotomugi dans mes bras.

— Merci infiniment ! Je ne sais même pas comment te remercier !

— Waouh ! Hé, tu m’écrases !

Je récupérai le marque-page et l’examinai attentivement.

Il appartenait véritablement à Fuyutsuki. Les coins étaient pliés, les bords abîmés et certaines parties étaient sales. Mais il était revenu.

Le marque-page de Fuyutsuki avait retrouvé son chemin jusqu’à moi.

J’étais au bord des larmes. En faisant courir mes doigts sur sa surface, je sentis une profonde affection monter en moi.

Sans même m’en rendre compte, je criai :

— Désolé ! J’ai quelque chose à faire !

Rien ne le justifiait, mais j’avais l’étrange pressentiment que déchiffrer le message inscrit sur le marque-page arrangerait les choses. Kotomugi sembla comprendre ce qui se passait et leva sa canne à pêche dans les airs.

— Bonne chance !

Je courus ensuite jusqu’à la bibliothèque universitaire. Elle était déserte. Lorsque je passai en courant devant l’accueil, quelqu’un cria derrière moi :

— Merci de ne pas courir !

Je repris mon souffle et me mis à chercher un dictionnaire du braille.

Je n’en avais encore jamais consulté, et j’ignorais où il pouvait se trouver.

J’utilisai l’un des ordinateurs de la bibliothèque pour identifier le rayon correspondant.

J’imagine que cela ressemble un peu à une liste de choses à faire avant de mourir.

Qu’y avait-il écrit ?

On ne sait jamais quand on va mourir.

Elle ne plaisantait probablement pas lorsqu’elle avait prononcé cette phrase. Fuyutsuki luttait peut-être depuis tout ce temps contre ses propres peurs. Ses souhaits les plus profonds étaient peut-être inscrits sur ce marque-page. Je ne pouvais pas m’empêcher de le croire.

Dès que j’ouvris l’épais dictionnaire, une odeur de vieux livres me parvint. Je feuilletai ses pages en m’aidant des instructions pour déchiffrer le braille.

Je décodai le texte lettre après lettre. Au total, il me fallut environ trois heures pour traduire seulement trois lignes.

Première ligne : « Participer à une soirée étudiante. Rejoindre un club ».

J’éclatai en sanglots. Mon corps tremblait sous l’effet des pleurs. Elle avait obtenu un diplôme équivalent au baccalauréat, était entrée à l’université et avait participé à la soirée d’intégration… Cette fille s’était efforcée de réaliser ses rêves en utilisant ce marque-page comme guide.

Deuxième ligne : « Me faire des amis. Aller faire les magasins. »

Elle s’était fait des amis. Nous étions allés acheter des feux d’artifice. J’avais été présent à ses côtés. Cette pensée me rendait à la fois heureux et profondément malheureux.

Troisième ligne : « Tirer des feux d’artifice. Tomber amoureuse. »

Lorsque j’achevai de déchiffrer le texte, je m’effondrai sur la table en pleurant à chaudes larmes. Il n’y avait personne d’autre dans la bibliothèque.  Je n’avais aucune raison de retenir mes larmes.

— Tu n’as pas pu aller jusqu’au bout.

C’était pour cela que nous étions allés acheter des feux d’artifice. C’était pour cela qu’elle m’avait dit vouloir rejoindre un club.

— Tu n’as pas réussi à tout accomplir.

Même moi, j’en ressentais une immense frustration. Je ne parvenais plus à arrêter de pleurer.

— Ah oui, murmurai-je.

Ma bouche bougeait toute seule.

— Oui. C’est ça.

— Je trouve que ce serait merveilleux si nous pouvions organiser notre propre feu d’artifice. Ce serait une journée très spéciale, un souvenir que nous garderions toute notre vie.

Je repensai aux paroles de Fuyutsuki.

Je pouvais réaliser son souhait. Je pouvais tirer ces feux d’artifice qu’elle désirait si désespérément voir. J’ignorais combien de temps il lui restait à vivre.

— On ne sait jamais quand on va mourir.

Elle avait raison.

C’était précisément pour cette raison que nous ne pouvions pas abandonner.

— Nous ne sommes pas obligés de renoncer, murmurai-je.

On aurait presque dit que j’essayais de me convaincre moi-même.

Lorsque je quittai la bibliothèque, le ciel était déjà devenu rouge. Les nuages d’orage visibles au loin avaient disparu. Le ciel du couchant ne contenait plus un seul nuage.

Aucun signe de pluie non plus.

Je sortis mon téléphone et passai un appel.

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