Free! t2 chapitre 3

Promise

Comme plusieurs élèves étaient absents pendant le cours d’EPS, les équipes de basket avaient été rééquilibrées. Haruka et Makoto se retrouvèrent donc dans la même équipe.

Ce n’était pas une coïncidence.

Le professeur d’EPS, qui était également responsable du club de basket, avait volontairement organisé les équipes ainsi. Pour preuve, Kisumi, Asahi et Ikuya avaient tous été placés dans l’équipe adverse.

En fin de compte, il s’agissait sans doute d’une sorte d’évaluation destinée à observer les élèves les plus prometteurs.

— Haru, par ici !

Makoto réclama le ballon tout en courant.

Cependant, Ikuya le marquait de très près. Depuis la première mi-temps, il avait déjà intercepté la plupart des passes qui lui étaient destinées. Il existait pourtant une différence de taille considérable entre Makoto et lui, mais Ikuya compensait par une telle vivacité qu’elle ne se faisait presque pas sentir.

Haruka aurait pu tenter un tir à trois points depuis sa position. Mais comme Kisumi se tenait enfin devant lui, il décida plutôt de le dépasser.

C’était une bonne occasion de vérifier si le dribble qui lui avait permis de se débarrasser d’Ikuya fonctionnerait également contre Kisumi.

Haruka accéléra brusquement…

— Je ne te laisserai pas passer !

Asahi surgit soudain pour lui couper la route. Il se trouvait encore sous le panier quelques instants plus tôt, mais il était déjà revenu en défense.

Haruka tenta aussitôt de l’éviter, sans succès. À court de solutions, il décida de forcer le passage, quitte à commettre une faute.

— Waah !

— Aïe !

Asahi et Kisumi se percutèrent. Haruka voulut profiter de l’ouverture, mais Ikuya se plaça immédiatement devant lui pour lui barrer la route. Cependant…

Haruka envoya dans son dos une passe à rebond qui traversa la défense et atteignit Makoto, désormais démarqué.

Celui-ci conclut l’action par un superbe tir en suspension.

— Kisumi, c’est de ta faute !

— C’est parce qu’Asahi s’est interposé.

À peine sortis du gymnase, ils commencèrent à analyser leur performance. Makoto dépassa Haruka, qui plissait les yeux à cause de la lumière du soleil.

— Haru, je passe devant. On a musique après.

Haruka se demandait pourquoi Makoto ressentait le besoin de lui expliquer le moindre de ses faits et gestes, mais il avait fini par s’y habituer.

— Hé, Haru. Ne crois pas que tu m’as vraiment dépassé avec une action pareille.

À l’image du mécontentement d’Asahi, les pointes de ses cheveux semblaient s’être encore davantage hérissées.

— Franchement, quelle humiliation. Haru, tu n’as plus d’autre choix que de rejoindre le club de basket.

La lumière du soleil se refléta sur les dents blanches de Kisumi, tandis que le vent caressait ses cheveux soyeux.

— Il a déjà dit qu’il ne viendrait pas. Pas vrai, Haru ?

Finalement, rejoindre le club ne serait peut-être pas une si mauvaise idée.

Ce n’était pas que Haruka avait découvert un sens particulier au basket. Seulement, la natation n’en avait plus vraiment non plus. S’il nageait sans raison, cela revenait au même que de jouer au basket sans raison.

Et si Makoto était là, ce serait peut-être encore préférable. Maintenant qu’il y pensait, Kisumi l’avait invité à de nombreuses reprises, mais Makoto ne lui avait encore jamais proposé de rejoindre le club de basket. Il l’avait seulement convié une fois à la séance de musculation du club de natation.

Peut-être était-ce parce que Makoto lui-même n’avait pas encore pris sa décision.

— Haru et Makoto…

Kisumi marchait à côté de lui.

— Au début, je pensais que vous étiez un peu comme des frères. Mais ce n’est peut-être pas tout à fait ça.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Vous vous comprenez à un niveau beaucoup plus profond… Comme si vos cœurs étaient liés…

— Nous sommes seulement des amis d’enfance.

Haruka coupa court à ses suppositions avant que Kisumi ne puisse aller plus loin. Il ne supportait pas que les autres projettent sur eux ce genre de vision idéalisée et étrange. Il ne comprenait absolument rien à Makoto.

Pourquoi jouait-il au basket ?

Pourquoi faisait-il de la musculation ?

Pourquoi pouvait-il se passer de nager ?

Haruka ne comprenait rien de tout cela. Makoto était capable de bien s’entendre avec n’importe qui, où qu’il aille. Avant même qu’on s’en aperçoive, il s’intégrait naturellement et attirait les autres autour de lui. Il n’y avait aucun doute : il s’en sortirait très bien, que ce soit au basket ou en natation.

Même sans Haruka…

Ils passèrent devant les spirées. Leurs petites fleurs blanches, réunies en bouquets arrondis, oscillaient doucement.

Haruka trouva qu’elles leur ressemblaient.

Chacune appartenait à un groupe et ne fleurissait qu’en se serrant contre les autres. Elles étaient incapables de vivre sans se rassembler et s’appuyer les unes sur les autres.

Elles ne pouvaient pas vivre seules en portant leur solitude.

Était-il lui aussi un être aussi faible ?

Haruka détourna doucement les yeux des spirées qui se balançaient sous la lumière du soleil.

Après avoir attaché Makkô devant l’entrée, Haruka pénétra dans le club de natation. Le chien ne se serait probablement pas enfui même sans laisse, mais il devait tout de même l’attacher. D’après Nagisa, cela faisait partie des responsabilités de tout propriétaire.

Une fois changé, Haruka se rendit au bord du bassin. Nagisa vint aussitôt se suspendre à lui, le visage rayonnant. Il semblait heureux, mais l’innocence qu’il affichait autrefois avait disparu. Son sourire paraissait même teinté de tristesse.

— Dis, je vais participer au 50 mètres et au 100 mètres brasse.

Les résultats de la compétition précédente avaient sans doute été pris en compte.

— Et toi, Haru-chan ? Et Mako-chan ?

— Makoto ne participera probablement pas. S’il en avait l’intention, il s’entraînerait un peu plus.

— …Oui, c’est vrai. Et toi, Haru-chan ?

L’expression de Nagisa s’assombrit un instant, puis son sourire revint. À l’idée que celui-ci puisse de nouveau disparaître, Haruka ressentit un léger pincement dans la poitrine.

— Je ne participerai pas non plus.

Il prononça ces mots sans avoir préparé de réponse au cas où Nagisa lui en demanderait la raison.

Cependant, Nagisa se contenta d’acquiescer, toujours souriant.

— Il y a beaucoup de compétitions, pas vrai ? Ce doit être difficile de participer à chacune d’entre elles.

Nagisa s’y attendait peut-être déjà un peu. Ce n’était pas difficile à deviner : Haruka avait manqué plusieurs séances en prenant Makkô pour prétexte.

— Je viendrai t’encourager.

— Vraiment ? Alors je vais faire de mon mieux !

Nagisa fit claquer l’élastique de ses lunettes, puis retourna auprès du groupe des élèves de primaire. Haruka détourna les yeux de sa silhouette qui s’éloignait. Il mit ses lunettes, puis plongea dans le bassin.

Il sentit l’eau. L’eau et lui reconnaissaient mutuellement leur présence. Il l’acceptait, et elle l’acceptait en retour.

Pourtant, l’eau n’apaisait pas son cœur. Elle ne le libérait plus des choses désagréables ni des liens qui l’entravaient.

Qu’est-ce que Nagisa recherchait dans la natation ?

Nager vite ? Prendre plaisir à nager ? Gagner ?

Ou bien, comme Haruka, voulait-il simplement sentir l’eau ?

Rin lui revint soudain à l’esprit.

Tout comme il était seul, tout comme Nagisa était seul… Rin était-il de nouveau seul, lui aussi ?

Entouré de personnes qui ne comprenaient même pas ce qu’il disait, à quoi pouvait-il bien penser ?

Haruka interrompit là ses réflexions.

Qu’il soit seul ou non, Rin avait un objectif parfaitement défini. Pour l’instant, il ne devait penser à rien d’autre qu’à devenir plus rapide.

Il était parti, poussé en avant par son rêve. Il ne pouvait sûrement pas se permettre de perdre son temps à penser à des choses inutiles.

Rin ne regardait certainement que droit devant lui.

Tout en l’enviant, Haruka laissa son corps glisser dans l’eau.

La veille du début de la Golden Week, après avoir passé une pause déjeuner particulièrement animée avec Kisumi et Asahi, Haruka se rendit près de la piscine. Il se demandait quel genre d’entraînement Makoto suivait et eut envie de jeter discrètement un coup d’œil.

Pourtant, personne ne s’entraînait au bord du bassin. Seuls quelques élèves raclaient la surface de l’eau avec ce qui ressemblait à des épuisettes.

— Tu envisages de nous rejoindre ?

Haruka se retourna. Sans qu’il l’ait entendu approcher, Natsuya, le capitaine du club de natation, se tenait derrière lui. Il avait apparemment couru aujourd’hui encore. Tout en essuyant sa transpiration, il reprenait son souffle, sa poitrine puissante se soulevant sous son survêtement.

— Non, pas vraiment… Qu’est-ce qu’ils font ?

Haruka désigna la piscine du regard. Natsuya lui adressa un sourire éclatant qui resta imprimé dans ses yeux.

— C’est le club de biologie. La piscine sera vidée après les cours, alors ils récupèrent des spécimens avant. Apparemment, il y a des euglènes, des paramécies, des daphnies et des larves de libellules.

Ah, je comprends.

Pas étonnant qu’ils aient l’air aussi enthousiastes. Du point de vue du club de biologie, cette piscine transformée en marécage représentait une véritable mine de sujets d’étude.

— Et la musculation, aujourd’hui ?

— On fait une pause. Au fait… tu dois être Nanase, du club de natation d’Iwatobi.

Il n’y avait rien de particulièrement surprenant à ce que Natsuya le connaisse. Haruka se souvenait également de lui. Natsuya avait participé à la première compétition de Haruka, à la fin de sa cinquième année de primaire. Ils n’étaient pas dans la même catégorie d’âge, mais Haruka se rappelait l’avoir observé en trouvant sa nage puissante et dynamique. Il ne l’avait plus revu depuis cette compétition. D’après les informations d’Asahi, Natsuya avait ensuite quitté son club privé de natation.

— Oui.

— Tu participes à la prochaine compétition ?

Il parlait de celle qui aurait lieu à la fin de la Golden Week.

— Non.

— Dans ce cas, tu ne voudrais pas essayer le club de natation du collège ? Pour l’instant, il n’y a qu’un seul garçon de première année qui envisage de nous rejoindre. Tu peux également continuer à fréquenter ton club privé.

Un seul candidat…

S’agissait-il de Makoto ?

Séduit par la musculation, il avait peut-être décidé de rejoindre le club. Haruka avait eu le pressentiment que les choses finiraient ainsi.

La terre ferme ne convient pas à Makoto.

Il était impossible qu’il supporte de rester sans nager.

Et cela valait autant pour Makoto que pour Haruka.

Nagisa lui traversa soudain l’esprit. Au même moment, l’image de Rin apparut elle aussi.

S’il retournait nager dans une eau où Makoto ne se trouvait pas et ressentait de nouveau cette solitude, Haruka avait l’impression qu’il finirait par envier Rin.

Il détestait cette facette de lui-même.

Il ne voulait pas devenir quelqu’un qui enviait les autres. Il voulait toujours rester fidèle à lui-même. Continuer à être plus fort que quiconque.

Pour cela, il pouvait même détourner les yeux de l’expression abattue de Nagisa. Il pouvait aussi supporter cette douleur dans sa poitrine.

Tout cela pour rester lui-même.

Pour rester fort…

— Mais je ne nage qu’en nage libre.

— Ça te ressemble. Quand on fréquente les compétitions, on finit forcément par entendre parler de toi. Très bien. En échange, tu participeras à toutes les épreuves de nage libre.

Haruka ne comprit pas vraiment ce que cela impliquait, mais il acquiesça malgré tout.

Il ne voulait pas revenir sur la décision qu’il venait de prendre pour une raison aussi insignifiante.

— Et essaie de parler un peu plus poliment à tes senpais. Je ne te demande pas la perfection, seulement de faire un effort.

— …Oui.

En contemplant les jours nouveaux qui s’ouvraient devant lui, Haruka sentit malgré lui quelque chose bouillonner avec intensité au plus profond de sa poitrine.

On lui avait annoncé que le lendemain, premier jour de la Golden Week, le nettoyage de la piscine commencerait dès le matin. Il s’agissait de rendre son aspect d’origine à ce bassin transformé en marécage.

Une chose intriguait toutefois Haruka : Natsuya avait affiché une expression étrangement réjouie en lui en parlant.

Il ne souriait quand même pas intérieurement parce qu’il avait trouvé de la main-d’œuvre pour le nettoyage… ?

Après avoir terminé la promenade de Makkô, devenue une partie de son entraînement quotidien, Haruka prit une douche, puis quitta la maison.

Makoto ne se trouvait pas au pied de l’escalier de pierre.

Ils ne s’étaient pourtant rien promis. Rien ne garantissait non plus que Makoto l’attendrait. Haruka avait simplement pensé qu’il serait là, comme d’habitude.

Il ignorait peut-être encore que Haruka avait rejoint le club de natation du collège. Il était également possible qu’il soit déjà parti devant ou qu’il prenne encore son temps chez lui.

De toute façon, nous nous retrouverons plus tard.

Sur cette pensée, Haruka prit seul le chemin du collège.

Dans les vestiaires, il enfila sa tenue d’EPS, composée d’un short et d’un tee-shirt à manches courtes, puis se rendit près de la piscine.

Le nettoyage avait déjà commencé.

Des jets d’eau s’élevaient si haut qu’ils ressemblaient à des fontaines. Autour du bassin résonnaient les cris joyeux de ceux qui tentaient de les éviter et les rires de ceux qui les regardaient fuir.

Un arc-en-ciel se dessinait au-dessus de la piscine.

— Salut. Tu es donc venu, Nanase.

Le sourire de Natsuya était trempé. Il avait apparemment participé lui aussi à la bataille d’eau.

Cela dit, ce « tu es donc venu » était une drôle de façon de l’accueillir. Avait-il cru que Haruka ne se présenterait pas ?

— Hé, tout le monde !

Natsuya cria en direction de la piscine, mais personne ne sembla l’entendre au milieu du vacarme. Les membres du club continuèrent à jouer avec l’eau.

Natsuya inspira brusquement et gonfla sa large poitrine.

— Rassemblement !

Sa voix retentit avec une telle puissance qu’elle en fit presque mal aux oreilles.

Les cris cessèrent aussitôt, tout comme les jets d’eau qui formaient l’arc-en-ciel. Les élèves présents dans le bassin et autour de celui-ci vinrent se rassembler les uns après les autres.

Aki se trouvait parmi eux. Maki et Yuki, qui nageaient dans la même équipe qu’elle à l’école primaire, étaient également présentes. Toutes trois désignèrent Haruka du doigt avec une expression surprise.

Lorsque tout le monde fut réuni, Natsuya posa les mains sur ses hanches et éleva de nouveau la voix.

— Écoutez-moi bien ! La piscine est vide, mais ce n’est pas une raison pour relâcher votre attention. Un bassin reste dangereux. Si vous faites les idiots, vous allez vous blesser. Alors travaillez sérieusement !

Des protestations étouffées s’élevèrent aussitôt.

— C’est lui qui dit ça…

— Alors que lui-même…

— Pour commencer, c’est lui qui…

En rassemblant les fragments de phrases qui parvenaient jusqu’à lui, Haruka comprit que Natsuya était apparemment celui qui s’était le plus amusé.

— Voici notre première nouvelle recrue du jour.

S’il s’agissait de la première, d’autres devaient encore arriver.

Aki et les autres filles n’étaient apparemment pas considérées comme de nouvelles recrues, puisqu’elles participaient déjà aux entraînements depuis un certain temps. Dans ce cas, Makoto non plus n’aurait normalement pas dû être présenté comme tel.

Pourtant, Haruka ne le voyait nulle part.

— Nanase, présente-toi.

— Je suis Nanase.

— Ton prénom aussi.

— … Je m’appelle Nanase Haruka.

Il prononça son nom à voix basse en détournant légèrement le regard.

— Très bien, applaudissez-le !

À l’appel de Natsuya, les applaudissements éclatèrent d’un seul coup.

Aki et les autres filles lui adressaient de grands sourires.

Haruka ignorait combien de nouvelles recrues étaient attendues ce jour-là, mais devraient-ils recommencer cette cérémonie fastidieuse pour chacune d’entre elles ?

Rien que de l’imaginer le rendait nerveux.

— Je vous préviens tout de suite : Nanase ne nage qu’en nage libre.

Un murmure parcourut le groupe.

— Il vient du club de natation d’Iwatobi et il a déjà obtenu de bons résultats. J’ignore pourquoi, mais apparemment, même dans son club privé, il ne nage que le crawl. Disons que c’est son principe. En revanche, je le ferai participer au plus grand nombre possible d’épreuves de nage libre. C’est à cette condition que je l’ai accepté.

Des expressions perplexes se répandirent parmi les membres du club.

Seules Aki et les autres filles continuaient à sourire pour l’encourager.

— Allez, Nanase. Dis quelque chose, toi aussi.

Natsuya le poussa légèrement en avant. Haruka ne fit qu’un demi-pas.

— Je compte sur vous.

Il s’inclina après avoir prononcé ces mots d’un ton sec.

Quelques faibles applaudissements lui répondirent.

Haruka comprit parfaitement qu’il n’était pas vraiment le bienvenu.

— C’est tout ! Retournez à vos postes !

Tout le monde se dispersa dans le bruit des conversations. Aki retourna elle aussi à son travail, tout en faisant signe à Haruka.

— Nao !

Le garçon interpellé s’approcha avec un balai-brosse à la main.

Serizawa Nao.

C’était le président au teint pâle du comité de bibliothèque.

Nao semblait lui aussi se souvenir de Haruka et lui adressa un sourire amical. À bien y réfléchir, Haruka avait l’impression qu’il avait souri pendant toute la réunion du comité.

Ce n’était peut-être pas parce qu’il se montrait particulièrement familier. Son visage était sans doute naturellement ainsi.

— Voici Serizawa Nao, élève de troisième année. Il s’occupe principalement de la gestion du club. Je lui ai également confié l’encadrement des garçons de première année, alors demande-lui de t’apprendre tout ce qu’il faut savoir.

— Ravi de travailler avec toi, Nanase-kun. Nous nous sommes déjà rencontrés pendant la réunion du comité de bibliothèque, pas vrai ?

— Oui.

Haruka répondit brièvement.

— Ne te précipite pas. Prends ton temps. Tiens, voilà le balai-brosse.

Haruka n’était pourtant pas particulièrement pressé.

Qu’est-ce que Nao avait vu chez lui pour lui dire une chose pareille ?

Tout en observant son sourire avec méfiance, Haruka accepta le balai-brosse. Il regarda ensuite l’intérieur du bassin, se demandant s’il devait le nettoyer avec cet outil.

Plusieurs élèves recouvraient déjà les parois et le sol de produit avant de les frotter. La piscine se transformait peu à peu en une mer de mousse.

— C’est la première fois que tu nettoies une piscine, pas vrai ? demanda Nao.

— Oui.

— La mousse végétale et les algues sont plutôt tenaces. Si on se contente de frotter, leurs racines restent accrochées. Il faut donc commencer par appliquer un produit anti-algues, puis laisser agir un moment avant de frotter de nouveau. Ensuite, on nettoie les petits recoins avec une brosse à chaussures et un chiffon. Après ça, on rince une première fois et tout le monde vérifie le résultat. S’il reste des saletés, on recommence soigneusement, puis on effectue un dernier rinçage. Voilà pourquoi nous n’aurons probablement pas terminé avant ce soir.

Ah, je vois.

Haruka saisissait maintenant ce que Nao avait voulu dire par « prends ton temps ». Il lui restait toutefois une question.

— Et pour le déj… Qu’est-ce qui est prévu pour le déjeuner ?

— Hein ? Tu n’as pas apporté de bentô ?

— … Non.

— Natsuya !

— Ah, désolé. J’ai oublié de te prévenir. Je te donnerai la moitié du mien.

— Ce n’est pas nécessaire. Je partagerai celui de Makoto.

Natsuya et Nao échangèrent un regard.

— Quand tu dis Makoto, tu parles de Tachibana Makoto ? demanda Natsuya.

— Il n’est pas encore là… Il ne semble pas encore être arrivé.

— La période d’essai s’est terminée hier. Aujourd’hui, seuls ceux qui ont réellement rejoint le club sont présents.

Haruka ne comprenait pas.

Natsuya parlait presque comme si Makoto n’avait pas rejoint le club.

— Est-ce que… Tachibana t’a dit qu’il comptait s’inscrire ? demanda finalement Natsuya.

Il semblait avoir lui aussi remarqué que quelque chose ne concordait pas dans leur conversation.

— Non. Il ne me l’a pas dit.

— Nao, appelle-le et vérifie !

— Désolé. Je ne lui ai pas demandé son numéro.

— Mais qu’est-ce que tu fais ? Je t’avais pourtant dit de t’assurer correctement que nous aurions assez de main-d’œuvre !

Natsuya et Nao se tournèrent simultanément vers Haruka.

— Ah… Moi, je connais son numéro.

— Parfait. Appelle-le immédiatement. Viens, Nanase ! Nao !

Natsuya partit en courant.

À cet instant, quelqu’un sortit des vestiaires.

— Salut !

C’était Asahi.

Il portait un maillot de bain, ainsi qu’un bonnet soigneusement enfilé.

Haruka ignorait ce qu’il cherchait à prouver, mais il avait même mis ses lunettes de natation.

Le seul garçon de première année qui avait jusque-là envisagé de rejoindre le club était donc Asahi.

— À partir d’aujourd’hui, je compte sur vous ! Moi, c’est Shiina Asahi ! Enchanté !

Il avait déjà commencé à se présenter, mais personne n’avait le temps de s’occuper de lui.

Natsuya et Nao passèrent devant Asahi sans s’arrêter. En le croisant, Haruka lui plaça le balai-brosse entre les mains.

S’ils voulaient seulement convaincre Makoto de rejoindre le club, ils n’auraient aucune raison de se presser autant. Et s’il s’agissait simplement de vérifier ses intentions, ils auraient très bien pu attendre le lendemain.

En d’autres termes, ils cherchaient uniquement à recruter de la main-d’œuvre supplémentaire pour nettoyer la piscine.

Alors, l’invitation de Natsuya, hier, servait bien à ça…

Haruka continua à courir derrière lui.

— Franchement, Haru… Haa… haa… Si tu rejoins le club de natation… haa… préviens-moi, d’accord ?

Le soleil était déjà monté assez haut lorsque Makoto arriva enfin, complètement essoufflé.

Haruka continuait à frotter le fond du bassin avec son balai-brosse lorsqu’il lui répondit :

— C’est parce que tu fais des choses qui prêtent à confusion, comme participer à leurs séances de musculation.

— Et c’était quoi, cet appel ? « J’ai rejoint le club de natation, alors prépare deux bentô, s’il te plaît. » Je n’ai absolument rien compris. Et juste après, Serizawa-senpai et le capitaine se sont mis à… J’ai complètement paniqué, tu sais. Franchement…

Makoto essuya la sueur sur son front avec sa main. Sa respiration semblait enfin s’être calmée.

Comme s’il avait attendu le bon moment, Nao l’interpella :

— Tachibana !

— Oui ?

Makoto se dirigea vers Natsuya, qui rassembla aussitôt tout le monde afin de le présenter comme une nouvelle recrue.

— Il est grand, mais ce n’est qu’un élève de première année. Ha ha ha !

Natsuya rit en lui donnant quelques petites tapes dans le dos.

Des voix s’élevèrent çà et là :

— On le sait.

— Oui, on le connaît déjà.

Makoto avait déjà sympathisé avec les membres du club lorsqu’il était venu participer à leur séance d’essai.

— Je compte sur vous !

Il s’inclina et reçut quelques applaudissements. Cette petite mise en scène s’acheva ainsi.

Aki fit signe à Makoto, qui lui répondit de la même manière. Yuki et Maki, qui fréquentaient autrefois le même club privé que Haruka, lui adressèrent elles aussi un signe de la main.

Nii Satomi se trouvait parmi les filles. Elle avait apparemment rejoint le club ce jour-là.

Elle était arrivée pendant qu’ils téléphonaient à Makoto, et Natsuya l’avait présentée comme nouvelle recrue dès leur retour. Sans la moindre réserve, elle discutait maintenant avec entrain avec Aki et les autres.

Pourtant…

Satomi était censée être une amie de Kirishima Ikuya.

Makoto et Aki avaient expliqué à Haruka qu’Ikuya ne pensait pas beaucoup de bien du club de natation du collège.

Alors pourquoi Satomi l’avait-elle rejoint ?

Le regard qu’Ikuya lui avait lancé en le croisant près du portail restait gravé dans sa rétine.

Ces yeux perçants, chargés d’une lueur sombre…

Makoto prit un balai-brosse et descendit au fond du bassin.

— Si tu comptais rejoindre un club scolaire, je voulais qu’on le fasse ensemble, tu sais. Si tu ne me le dis pas clairement, tu me mets dans l’embarras. Franchement…

— Et le club de basket ?

Un entraînement devait avoir lieu dans l’après-midi. S’il y participait, cela signifierait qu’il avait officiellement choisi de rejoindre le club.

— Ah, j’ai croisé le professeur responsable tout à l’heure, alors je lui ai dit que je rejoignais le club de natation.

Le professeur responsable du basket était également leur professeur d’EPS.

Malgré tout, Makoto prenait les choses avec beaucoup trop de légèreté.

Cette légèreté finirait sûrement par blesser quelqu’un.

À l’heure qu’il était, Kisumi portait peut-être déjà une profonde blessure dans son cœur.

Cette pensée inspira à Haruka une légère pitié pour lui.

— Shiina-kun nous a rejoints lui aussi, à ce que je vois.

Asahi travaillait avec une concentration absolue dans un coin, le dos tourné aux autres. Il portait toujours son maillot de bain, ainsi que ses lunettes soigneusement ajustées sur les yeux.

Ils auraient mieux fait de le laisser tranquille, mais Makoto s’approcha de lui.

Haruka n’eut donc pas d’autre choix que de le suivre.

— Hé, Shiina-kun.

Asahi se retourna.

Même avec ses lunettes de natation, il était évident qu’il boudait. Pour preuve, il ne prit même pas la peine de répondre.

— Tu peux l’appeler Asahi, dit Haruka.

Asahi ne l’avait jamais demandé, mais tout le monde l’appelait désormais par son prénom. C’était probablement l’influence de Kisumi.

— Alors, Asahi-kun. Faisons de notre mieux ensemble, d’accord ?

Asahi pinça ses lèvres boudeuses et marmonna :

— Pourquoi Haru a rejoint le club ? Je lui ai pourtant répété je ne sais combien de fois que les activités scolaires n’étaient que des jeux.

— Je ne serais pas venu si j’avais su que tu en ferais partie, Asahi. Et puis, pourquoi as-tu rejoint un club alors que tu répètes que les activités scolaires ne sont que des jeux ?

— Tais-toi.

À court d’arguments, Asahi se retourna et reprit son travail.

Alors que Haruka et Makoto s’apprêtaient à faire de même, il marmonna sans s’adresser clairement à personne, tout en frottant le sol :

— Et pour la compétition, vous faites quoi ?

Dans ce genre de situation, Makoto était toujours celui qui répondait.

— Cette fois, nous ne nous sommes pas inscrits.

— Vous quittez le club de natation d’Iwatobi ?

Asahi continua à frotter le sol sans se retourner.

— Non, nous ne le quittons pas. Mais pour l’instant, on va sans doute se concentrer sur le club du collège. Et toi, Asahi-kun ? Tu fréquentes le club de Bandô, pas vrai ? Tu participais au relais quatre nages lors de la dernière compétition.

Le dos d’Asahi tressaillit et son balai-brosse cessa de bouger.

— … Tu t’en souviens ?

— Tu nageais dans le couloir voisin du nôtre.

Asahi releva la tête et fixa Makoto avec intensité.

Une voix interpella soudain Haruka :

— Na-na-se-kun !

Lorsqu’il se retourna, un puissant jet d’eau le frappa sans prévenir.

La surprise fut si totale qu’il ne put même pas réagir. Il reçut toute l’eau en plein visage.

C’était une véritable attaque-surprise.

Yuki et Maki tenaient le tuyau et riaient aux éclats.

Quel accueil formidable.

Makoto et Asahi, qui se trouvaient derrière Haruka, furent eux aussi pris dans le jet.

— Hé, les élèves de première année ! On ne joue pas !

Tandis que Nao les réprimandait, Haruka dut reconnaître qu’Asahi avait finalement eu raison de mettre son maillot de bain.

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