THE KEPT MAN t4 - PROLOGUE

Le péché de l’Ignorance

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Traduction : Raitei
Correction : Faucon

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À notre retour à Voisin-Gris, en revenant de la patrie d’Arwin, nous fûmes accueillis par le spectacle d’une foule de fêtards s’étendant à perte de vue. Des échoppes bordaient les deux côtés de la rue, qui grouillait de visiteurs. On n’y vendait pas seulement des mets savoureux tels que des viandes, des sucreries ou des soupes, mais également des accessoires comme des ornements pour les cheveux, des bracelets et des colliers. De surcroît, on y trouvait des diseuses de bonne aventure, et même de petits jeux de hasard. Des bardes grattaient leurs luths et chantaient d’agréables mélodies tandis que les passants jetaient des pièces dans les chapeaux posés à leurs pieds.

Nous restâmes là, sous le choc, laissant le flot de la foule s’écouler autour de nous. Je reconnus parmi eux certains de ceux qui avaient tenté de fuir la ville, terrorisés par l’imminence d’une Ruée

— Cela ne correspond pas à ce que disaient les rumeurs, fit remarquer Arwin, qui s’efforçait d’afficher du courage malgré l’inquiétude qui la rongeait.

Ralph et Noelle furent incapables de dissimuler leur consternation. Dez faisait machinalement jouer une pierre dans sa main tout en scrutant les alentours avec précaution.

Peut-être que ce que j’avais entendu n’était plus d’actualité. À les voir, rien ne laissait transparaître la moindre peur, ni la crainte qu’une Ruée puisse éclater d’un instant à l’autre.

Regardez-les tous, à rire et à folâtrer. Zéro instinct de survie !

Quelques décorations et enseignes installées çà et là le long de la rue nous apprirent la raison de ces réjouissances.

— C’est bientôt l’heure du Festival de la Fondation… dit Arwin, sa voix s’éteignant pour s’évanouir dans la cohue.

Dans un passé lointain, leur terre était le théâtre de guerre perpétuelle. Tribus, colonies, villages et villes s’affrontaient. De petites nations s’élevaient et s’effondraient au gré des conflits territoriaux sans fin.

Dans ce contexte troublé, un homme s’éleva, un simple noble, issu d’une modeste principauté, mais versé dans l’art de la guerre. Il étendit ses terres, conquit ses voisins et finit par fonder un royaume à part entière. Il se nommait Rayfiel, et ce royaume devint notre foyer.

Le Millénaire du Soleil de Minuit avait déjà été découvert à ce moment-là, mais il n’y avait encore aucune trace de la ville-donjon autour de lui.

Après la mort du premier roi, Rayfiel décréta que la date de la fondation du royaume serait une fête nationale, et une commémoration fut instaurée : le Festival de la Fondation. Cette année marquait le tricentenaire de la fondation du royaume, c’était donc une fête particulièrement importante. Des festivités étaient également prévues dans cette ville, mais je pensais qu’elles avaient été annulées à cause de l’invasion des créatures.

Un lourd silence s’abattit sur nous. Finalement, Ralph céda sous la pression et le rompit.

— Pour l’instant, allons à la Guilde des Aventuriers. Peut-être y qu’on y apprendra quelque chose à ce sujet.

Je n’appréciais guère sa façon d’essayer de prendre le commandement, mais je fus d’accord avec sa proposition. Il nous fallait aussi rendre le chariot. Pour l’instant, nous continuâmes d’avancer. Arwin et moi étions assis sur le siège du conducteur. De temps à autre, des gens dans la foule nous fixaient avec stupeur et se couvraient la bouche, probablement parce qu’ils avaient remarqué Arwin. Ils avaient tous l’air si bizarres. Certains semblaient vouloir dire quelque chose, mais leurs voix étaient noyées par le bruit de la foule. Quoi que ce fût, les expressions sur leurs visages n’avaient rien d’amical.

Contrairement à la joie de vivre des citadins, un voile funèbre semblait planer sur la guilde.

Rares étaient les aventuriers qui allaient et venaient, et la morosité se lisait clairement sur leurs visages. L’entrée du donjon, au centre de la ville, était fermée et scellée. Pas étonnant qu’ils aient eu l’air déprimés.

Le donjon était le terrain de chasse de l’aventurier. Un chasseur sans proie est condamné à finir par mourir de faim.

— Je vais rendre le chariot. Allez-y et finissez ce que vous avez à faire, dit Dez.

Il prit congé de nous à la porte de la guilde.

À l’intérieur du bâtiment, le hall d’accueil était désert. Aucun aventurier ne traînait là pour faire la fête. Un réceptionniste à l’air féroce était occupé à se curer les ongles. Il termina son activité et bâilla avant de se raidir soudainement.

Les autres membres du personnel firent de même. Leur attention était focalisée sur Arwin, naturellement.

La Princesse Chevalier avait été blessée et avait développé le Syndrome du Donjon, puis s’était enfuie vers sa patrie. « Pourquoi est-elle revenue à Voisin-Gris ? » Cette interrogation transpirait clairement sur le visage de chaque personne présente.

— Appelez le maître de guilde, dit Arwin au réceptionniste bourru, ignorant les regards désagréables. — Dites-lui qu’Arwin Mabel Primrose Mactarode est de retour, il comprendra.

— Euh, le maître de guilde n’est pas là pour le moment… bégaya le réceptionniste au visage méchant, transpirant abondamment et évitant son regard.

Il semblait très décontenancé par sa présence. Il avait entendu dire que la Princesse Chevalier n’était plus en activité et n’avait aucune idée de la manière de gérer son retour.

— Trouvez quelqu’un d’autre, alors. J’ai un rapport à faire, et j’ai des questions.

—  Oh, vous êtes de retour, dit un visiteur inattendu.

Ma déesse de la Luxur… du salut venait d’arriver.

C’était Gloria Bishop, l’experte. Je m’approchai d’elle et lui adressai la parole.

— Oui, on vient de rentrer. On a quelques questions, et on aimerait savoir ce qui se passe.

— Ce n’est pas le travail d’une experte, dit-elle en me chassant d’un geste.

— Allons, ne sois pas si froide. J’ai aussi du travail pour toi.

Des écailles de dragon brillèrent légèrement dans ma main.

J’en avais dérobé quelques-unes pendant que Dez était en train de dépecer le monstre.  Il ne lui fallut qu’un coup d’œil pour réaliser de quoi il s’agissait. Elle cligna des yeux, surprise et fascinée.

— Je vais faire un effort alors, dit-elle en récupérant une écaille de ma main pour l’examiner de près. — Très bien, je vais répondre aux interrogations de ton groupe.

Le bureau d’expertise de Gloria était trop exigu, nous utilisâmes donc la chambre de Dez à la place. Il n’était pas là, mais je me sentais libre d’utiliser la chambre de mon ami. Il y avait une table, robuste, à défaut d’autre chose, où Arwin s’assit en face de Gloria, avec Ralph et Noelle au garde-à-vous derrière la princesse. Je m’appuyai contre le mur, sur le côté.

De l’autre côté de la table, Gloria était assise sur une chaise instable et bien trop petite pour elle. Les commissures de ses lèvres remontèrent vers le haut.

— T’as l’air en forme, dit-elle à Arwin. — Déjà remise de ce Syndrome du Donjon ?

— Oui, merci.

Techniquement, elle n’allait mieux que temporairement. Même Arwin ne pouvait savoir quand ce mal reviendrait la tourmenter.

— Mais je veux savoir ce qu’il se passe en ville. Que s’est-il passé avec la Ruée ?

Gloria réfléchit un instant à cette question.

— Eh bien, pour résumer, nous estimons que la Ruée est déjà terminée.

— Comment ça ? demandai-je.

D’un ton ennuyé, elle expliqua :

— Cela signifie que nous avons éradiqué la secte de Sol Magni qui tentait de provoquer la Ruée.

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