sentenced t3 - CHAPITRE 2 PARTIE 3
Châtiment : Défendre la fortification sur la ligne de front de Tujin Tuga (3)
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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Jayce Partiract fut le premier à comprendre que quelque chose clochait.
Il était dans le ciel bleu limpide et éclatant avec Neely lorsqu’il le vit.
Ils venaient d’achever un massacre à sens unique en débarrassant les nuages des ennemis qui s’y trouvaient. Leur portée et leur mobilité dépassaient tout simplement celles du camp adverse. Les griffes et les crocs des gremlins ne pouvaient même pas les atteindre. Les gremlins chassaient habituellement en meute, attaquant des proies plus imposantes depuis les airs. Malgré cela, ils ne faisaient pas le poids face au chevalier-dragon. À chaque souffle enflammé de Neely, une nuée de gremlins était réduite en cendres.
Les gargouilles, pourtant bien plus adaptées aux combats aériens, connurent le même sort. Malgré des organes semblables à des pointes qu’elles pouvaient projeter depuis leur corps, Neely les esquiva facilement, tourna autour d’elles, puis les incendia. Quant à Jayce, il embrochait les ennemis avec ses lances courtes chaque fois qu’ils passaient à portée. Les sceaux sacrés gravés sur les armes leur donnaient la capacité de poursuivre leurs cibles.
— Ne t’inquiète pas pour ceux en bas, Neely.
Jayce tapota l’arrière du cou de son dragon en réponse à ses rugissements.
— Laisse-les encore se débattre un peu. Ils ont Xylo avec eux. Tout ira bien.
Puis, au moment où il abattit l’une des rares gargouilles restantes…
— …Qu’est-ce que c’est que ça ?
Jayce plissa les yeux et fixa durement le sol en contrebas.
Quelque chose se produisait derrière leur fortification. Un groupe d’ombres — non, une véritable horde — courait en soulevant un nuage de poussière et de neige. Un drapeau flottait au vent au-dessus d’eux, mais leur formation était désordonnée.
Aux yeux de Jayce, cela ressemblait à une armée battant en retraite dans la panique.
***
Je fixais droit devant moi l’énorme barghest.
Comme les humains, les féeries variaient en taille, mais là, c’était autre chose.
Il était encore plus grand qu’un éléphant. Si les gradés de l’armée et la Division d’Administration Alliée voyaient ce truc, ils lui attribueraient probablement une toute nouvelle classification. Mais ce genre de choses ne m’intéressait pas.
Je bondis par-dessus la barrière de fils métalliques, pris appui sur les cadavres de plusieurs coiste bodhars, puis sautai encore plus haut dans les airs. C’est là que je remarquai les gobelins sur le dos de la créature, déjà en train de pointer leurs bâtons de foudre sur nous.
Teoritta resserra son étreinte autour de moi.
— Tsav ! Les gobelins sur son d…
Avant même que je termine ma phrase, un éclair traversa les airs, frôla mes pieds, puis explosa avec un claquement sec.
Deux gobelins furent empalés et projetés hors du barghest par ce seul tir. Tsav n’était pas seulement rapide. Il était aussi efficace.
— Ouaaais ! Hein que je suis doué ?! J’en ai eu deux d’un coup. Alors, les tireurs d’élite ? Ça vous dit une petite compétition ? Celui qui en tue le plus gagne !
J’entendis Tsav déblatérer, suivi de plusieurs éclairs tirés vers le barghest et les gobelins perchés dessus. Un seul tir fit mouche, mais il abattit un autre gobelin qui me visait et le fit tomber. Après ça, les ennemis se calmèrent. Chaque cavalier attrapa un bouclier pour se protéger tandis que le gigantesque barghest poursuivait sa charge.
— Tsav ! Arrête de déconner ! Si je me fais toucher, je vais te tuer !
— Ah ! …D…d’accord ! On change les règles alors ! Ceux qui tirent comme des merdes ont pas le droit de jouer ! Compris ?!
Sa façon de parler allait forcément énerver les autres tireurs d’élite, mais il était trop tard pour s’en soucier. Je lançai un regard noir au barghest qui approchait, bondis de nouveau dans les airs, puis dégainai un couteau avant de le lancer sur l’ennemi.
— Es-tu prêt, mon chevalier ?
Teoritta ouvrit un vide, et des épées en jaillirent comme une pluie. J’en attrapai une, l’imprégnai du pouvoir de mon sceau sacré, puis la projetai sur le barghest tandis que nous le dépassions. Impossible de rater une cible aussi énorme. J’atterris au sol en raclant une fine couche de neige pendant ma glissade, puis me retournai pour voir l’effet de l’attaque.
— On dirait que ça a marché.
L’énorme barghest s’effondra au sol, la majeure partie de sa tête ayant disparu. Il avait subi deux blessures mortelles. L’une venait de mon sceau explosif, tandis que l’autre…
— Alors, frérot ? Hein que je l’ai touché, moi aussi ?
— Ça aurait été encore mieux si t’avais fermé ta putain de gueule.
Un ennemi de ce niveau ne représentait pas grand-chose avec un tireur d’élite exceptionnel en soutien, et je jugeai inutile de faire trop forcer Teoritta. Mis à part son absence totale d’humanité élémentaire, Tsav possédait toutes les compétences et tout le discernement qu’on pouvait attendre d’un tireur d’élite. Son absence totale d’humanité restait un sacré problème, cela dit.
— J’ai presque rien fait, marmonna Teoritta d’un ton boudeur sous mon bras. — Et maintenant, la bataille est déjà finie.
— Fais pas cette tête. Il reste encore plein d’ennemis. Et puis, le Fléau démoniaque ne s’est toujours pas montré.
Nous étions malgré tout dans une bonne position. La cavalerie ennemie restante semblait vouloir nous contourner, mais nous l’avions vue venir depuis longtemps. Patausche et notre propre cavalerie attendaient à l’arrière, prêts à les intercepter. Même si nous affrontions un très grand nombre de féeries, elles ne pouvaient pas envoyer leurs dix mille soldats d’un seul coup.
À ce rythme, on a vraiment une chance de s’en sortir.
Mais au moment même où je commençais à devenir optimiste…
— Xylo ! C’est mauvais ! Vraiment, vraiment mauvais !
…j’entendis Dotta hurler. Cela dit, ce n’était pas vraiment nouveau. Il paniquait chaque fois qu’il me contactait.
— Quoi ?
Quand je lui répondis, j’étais encore convaincu que tout allait bien. Je pensais qu’il allait me parler de quelques ennemis restés en embuscade qui avaient enfin décidé de se montrer. Même s’ils étaient bien plus nombreux que nous, selon la personnalité de leur commandant, ils pouvaient essayer de tendre une embuscade à une petite force comme la nôtre.
— Il s’est passé quelque chose ? Le Roi-Démon est apparu ?
— Non, c’est pas ça ! Xylo, reviens vite avec les autres ! C’est mauvais !
— Des renforts ennemis ?
— Non ! Ce sont nos alliés.
— Hein ?
— On a perdu ! Et maintenant nos alliés arrivent droit vers nous avec l’ennemi à leurs trousses ! Le Fléau démoniaque est juste derrière eux ! C’est mauvais ! Vraiment mauvais !
***
Le cheval de Patausche galopa droit à travers la horde de féeries.
Elle attendait à l’arrière de notre fortification pour ce moment précis. Profitant de sa mobilité supérieure, elle s’infiltrait entre les lignes ennemies à la moindre ouverture avant d’attaquer les féeries à l’arrière. La stratégie était simple, mais c’était exactement le domaine où la cavalerie excellait. C’est du moins ce qu’on avait autrefois enseigné à Patausche Kivia.
Vous voilà.
Patausche aperçut un cavalier ennemi traversant rapidement la plaine enneigée et ajusta aussitôt sa prise sur le manche de sa lance. Elle savait que l’ennemi finirait par venir de ce côté. Percer le front serait bien trop difficile. Les contourner pour frapper l’arrière était leur seule option.
C’était facile à prévoir pour Patausche. Après tout, c’était exactement ce qu’elle aurait fait.
La cavalerie humaine du groupe ennemi était deux fois plus nombreuse, et leur commandant semblait être une femme aux cheveux rouge cendré. Lorsqu’elle aperçut Patausche, elle ouvrit un œil avec surprise. Dans sa main se trouvait une pique, une arme que Patausche connaissait bien. C’était probablement un sceau composé Dygrap de Frappe, une arme souvent utilisée par la cavalerie et capable de libérer une grande puissance destructrice au corps à corps. Patausche elle-même s’était entraînée avec ce type d’arme.
Elle semble compétente. Elle a dû amener son élite pour contourner l’arrière. Malgré tout…
Patausche interrompit là ses réflexions et s’adressa à la cavalerie qui la suivait de près.
— En avant ! Ouvrez le feu avec vos bâtons de foudre !
Ce n’était peut-être qu’une partie des forces qu’elle commandait autrefois, mais les anciens du Treizième Ordre répondirent à son appel.
— Reçu ! cria Zofflec en retour.
Un cri de guerre grave résonna sur la neige. Ils dégainèrent leurs bâtons de foudre, puis chargèrent d’un seul bloc en plein dans la horde ennemie, comme un boulet de canon. Ce qui suivit n’avait rien de surprenant, et cela pour deux raisons.
La première était que l’ennemi avait parcouru une distance bien trop importante. Ils avaient emprunté un détour considérable pour attaquer l’arrière de la fortification, tandis que Patausche et ses hommes n’avaient eu qu’à attendre.
La seconde raison tenait simplement à l’écart de niveau entre les deux groupes. Les mercenaires aguerris étaient individuellement compétents, mais ils manquaient de coordination en tant qu’unité, surtout face à quelqu’un comme Patausche, une commandante expérimentée ayant traversé d’innombrables batailles de ce genre. Une attaque frontale ne fit que rendre cette différence encore plus évidente.
En un instant, des dizaines d’ennemis furent arrachés de leurs chevaux, avant d’être piétinés dans la panique qui suivit tandis que les anciens chevaliers sacrés faisaient demi-tour.
Patausche fit face à la commandante ennemie.
— Tsk !
La femme aux cheveux rouge cendré claqua la langue.
— Dégage de mon chemin !
Elle abattit sa pique.
Lorsqu’elle resserra sa prise sur le manche, l’extrémité de l’arme se déforma tout en s’allongeant vers l’avant. Elle prit une forme rappelant un serpent.
Elle visa bas, et l’arme déchira le sol, projetant un nuage de neige dans les airs avant de remonter depuis le dessous.
Le sceau composé Dygrap de Frappe, conçu pour le combat rapproché, pouvait modifier la forme d’une arme afin de contourner le bouclier d’un adversaire. Il servait aussi à allonger la portée de l’arme lorsque son utilisateur était hors de portée. Il pouvait se transformer en quatre types d’armes : épée, hache, faux et chaîne. Cela le rendait extrêmement efficace à cheval, puisqu’un cavalier devait constamment manœuvrer autour de ses ennemis.
Patausche connaissait cependant parfaitement les caractéristiques de cette arme. Sa propre lance et son armure formaient ensemble le sceau composé Niskaphol de Frappe, une arme sacrée gravée d’un sceau unique. Sa fonction principale, et la plus importante, consistait à créer des barrières. En réalité, la pointe de sa lance pouvait librement générer deux types de barrières différents : un mur de flammes et un bouclier de lumière.
Patausche avait déjà déployé un bouclier de lumière à la faible lueur azurée, qui bloqua entièrement l’attaque de la femme aux cheveux cendrés.
Si je veux un jour devenir l’égale de Xylo Forbartz en tant que héros condamné, alors…
L’extrémité de la pique de la femme aux cheveux cendrés se transforma en faux, sa lame surgissant dans l’angle mort de Patausche, mais son effort fut vain. Le bouclier scintillant bleu pâle dévia l’attaque et lui fit perdre l’équilibre.
…je ne peux pas me permettre de perdre contre une autre cavalière.
Patausche balaya de nouveau sa lance au moment où elles se croisèrent. Son adversaire tenta d’esquiver, mais la lance traversa net son bras droit au-dessus du coude, projetant une gerbe de sang frais dans les airs.
— Tsk.
La femme aux cheveux cendrés lança un regard noir à Patausche, du moins, c’est ce qu’il sembla au premier abord. En réalité, elle regardait au-delà d’elle, vers autre chose.
— Enfoiré de Renard pendu ! Tu avais de la cavalerie en embuscade !
C’était un nom que Patausche ne connaissait pas. L’ennemie la dépassa et s’éloigna, comme pour battre en retraite.
Je peux gagner. Encore une poussée.
Patausche s’apprêta à lancer une attaque de poursuite, mais ses subordonnés l’arrêtèrent. Pourquoi ? Ils avaient considérablement affaibli l’ennemi lors du premier affrontement, et la plupart des anciens chevaliers sacrés étaient indemnes. Ils pouvaient gagner. Cependant, au moment où elle se lança à la poursuite de la femme, une voix familière l’arrêta.
— Patausche, nous avons besoin de toi à la fortification ! Comme dirait Dotta, c’est mauvais.
C’était Xylo, qui faisait passer le message par l’intermédiaire de Venetim.
— Attends, grogna Patausche. Je les tiens presque. Je peux éliminer les mercenaires ! Que s’est-il passé ?
— L’unité principale est tombée en embuscade. Ils ont perdu, bordel !
Xylo semblait en colère, comme toujours. Il ne s’en rendait probablement pas compte, mais cette rage qu’il portait avait parfois quelque chose d’apaisant. C’est ce qui aida Patausche à reprendre son calme et à écouter.
— Le bastion du Neuvième Ordre a soudainement été attaqué par plusieurs rois-démons, et l’Alliance nobiliaire a fui au lieu de leur prêter assistance. Ils arrivent droit sur nous. Nous devons faire quelque chose avant que la situation ne dégénère.
Il semblait que l’ennemi les avait contournés afin de tendre une embuscade au Neuvième Ordre. Le Fléau démoniaque était en mouvement, et à une vitesse terrifiante. Il devait posséder des capacités de dissimulation exceptionnelles.
— On enchaîne les défaites depuis Ioff, dit Xylo avec amertume.
Je ne dirais pas ça.
Patausche n’avait pas l’impression qu’ils avaient « perdu » du tout. Même s’il ne s’agissait que de petites portions de batailles bien plus vastes, l’unité des héros condamnés avait accumulé davantage de victoires que quiconque ne l’aurait imaginé. Cela dit, l’effort de guerre dans son ensemble perdait.
— Nous devons arrêter les poursuivants et protéger les chevaliers en fuite. Ce sont les ordres de nos précieux nobles, alors nous avons besoin de toi ici. Et puis, je suis sûr que les mines pitoyables de nos alliés te remonteront le moral en un rien de temps.
Xylo était un homme vulgaire au mauvais goût prononcé.
Cela en disait peut-être long sur Patausche elle-même.