HOLE IN MY HEART T2 – CHAPITRE 2 PARTIE 1
Melmina (1)
—————————————-
Traduction : Calumi
Correction : Raitei
———————————————–

Le lendemain matin, après la mission d’escorte.
Un visiteur se présenta dans la chambre de Konoe, à l’auberge. C’était une femme vêtue de l’uniforme blanc du personnel de l’académie.
Konoe la reconnut en sa qualité d’assistante de l’instructrice. Sa secrétaire et confidente. Celle qui restait toujours à ses côtés.
— Seigneur Konoe. Voici votre paiement pour la mission d’escorte d’hier.
Elle lui tendit une bourse en cuir à l’apparence coûteuse avec un sourire, puis repartit aussi vite qu’elle était venue, se contentant d’un simple :
— Merci encore pour votre aide.
— …
Konoe sentit dans sa main le poids discret mais bien réel de la bourse. Il referma la porte puis retourna dans sa chambre.
Il s’assit sur le canapé, et Telnerica glissa aussitôt à ses côtés. Elle leva les yeux vers lui, son regard demandant ce qu’il y avait dans le sac.
Sentant cette curiosité, Konoe ouvrit la bourse et en sortit le contenu.
— …
— Q…Qu… ?
Telnerica fixa la paume de sa main, sa voix n’étant plus qu’un murmure stupéfait. Ce qui s’y trouvait était une grande pièce blanche.
Une pièce de mythril. Elle valait cent pièces d’or. Et il y en avait cinq.
Autrement dit, cinq cents pièces d’or pour une seule journée de travail. C’était la récompense pour une journée à protéger une divinité.
Une seule pièce d’or suffisait à une famille ordinaire de la Capitale pour vivre pendant un mois, ce qui signifiait que ces cinq pièces permettaient de vivre environ quarante ans. Et cela en tenant compte de la Capitale, où le coût de la vie était plus élevé que dans les villes voisines.
— …Hein ? C’est… c’est ça… Maître Konoe ? Ça vient d’… d’hier ?
— …Oui.
Il ne pouvait pas lui reprocher l’expression crispée qui traversait son visage. C’était une somme indécente pour une seule journée de travail. Lorsqu’il avait vu le contrat pour la première fois, Konoe avait cru qu’ils avaient ajouté un zéro de trop par erreur.
…Mais non. Apparemment, la totalité de la somme correspondant aux cinq pièces provenait de la fortune personnelle de l’instructrice. Il ne put s’empêcher de se demander combien d’argent elle possédait, même s’il était naturel que la plus puissante héroïne du monde soit rémunérée en conséquence.
— …
…Malgré tout, même si cela ne représentait rien pour l’instructrice, Konoe trouvait que c’était bien trop pour ce qu’il avait fait.
Après tout, il avait passé la moitié du temps à prendre le thé avec l’être divin. C’était différent de ce qui s’était passé à Sylmenia, où il avait soigné trois mille personnes. Il était resté sur ses gardes, bien sûr, et la personne qu’il protégeait était la divinité elle-même, mais cinq cents pièces d’or, c’était tout simplement… trop.
C’était le genre de somme capable de complètement fausser le sens des valeurs.
— … Ça en fait seize… non, presque dix-sept… murmura Telnerica, encore hébétée.
Elle comptait quelque chose, et Konoe se demanda ce qu’elle voulait dire… puis il se souvint qu’après l’incident à Sylmenia, elle avait mentionné qu’un cœur valait trente pièces d’or.
— …
…J’aimerais vraiment qu’elle arrête d’utiliser les cœurs comme unité de mesure, pensa-t-il.
◆
Ses légères réserves mises de côté, le fait restait qu’il avait désormais une somme d’argent considérable sur lui.
C’était ce que stipulait le contrat, et l’argent restait de l’argent. Ainsi, désormais bien pourvu, Konoe et Telnerica quittèrent l’auberge et se dirigèrent vers la ville.
Ils marchèrent côte à côte le long de la grande artère qui faisait face à l’auberge. C’était une rue fréquentée par des gens vêtus de tenues coûteuses. Des carrosses ornés, des véhicules alimentés par magie, et même des voitures mécaniques passaient. Ces voitures fonctionnaient grâce à des moteurs à vapeur internes, une invention récente qui était apparemment le fruit du travail d’un transmigré. Elles restaient cependant si chères qu’elles n’étaient pas encore largement répandues.
Autrement dit, le simple fait de voir circuler ici de tels véhicules, rares et onéreux, indiquait qu’il s’agissait de l’un des quartiers les plus prestigieux de la Capitale. La rue était bordée de boutiques haut de gamme, un endroit où Konoe, simple roturier, ne se sentait clairement pas à sa place. Mais la raison pour laquelle il marchait ici aujourd’hui était…
— … Je pensais t’acheter un artefact magique aujourd’hui.
— Ah, oui. Merci.
… pour acheter un artefact magique pour que Telnerica puisse se défendre.
◆
Les artefacts magiques, dans ce monde, étaient des outils pratiques, des nécessités indispensables du quotidien, et, entre les mains d’un artisan, une forme d’art. Dans l’esprit de Konoe, cela ressemblait à la manière dont les lames étaient traitées au Japon.
Elles étaient utilisées au quotidien et essentielles. Mais leur prix et leurs performances variaient énormément. Une lame forgée par un maître artisan offrait non seulement des performances exceptionnelles, mais possédait aussi une qualité artistique. C’était de cet ordre-là.
Ainsi, si un simple artefact magique permettant d’allumer un feu pouvait s’acheter à bas prix, le tarif d’un objet de qualité pouvait grimper sans limite. Après tout, il s’agissait de pièces uniques, fabriquées sur de longues périodes par des artisans qualifiés.
Et l’artefact magique que Konoe comptait acheter à présent appartenait à cette catégorie…
— …Que penses-tu de celui-ci ? C’est un modèle composite. Barrière d’urgence, protection contre les malédictions, et transfert à courte portée. Il se brise après une utilisation du transfert, mais je pense que ses performances sont bonnes. Trois cent soixante pièces d’or.
— …Euh.
— …Celui-ci est un composite barrière et projectile magique. Il a donc une certaine capacité offensive. Mais il ne serait efficace, au mieux, que contre des démons de haut rang. Un peu moins fiable, certes, mais le prix est de cent soixante-dix pièces d’or.
— …
Ils étaient entrés dans une boutique que l’instructrice lui avait recommandée lorsqu’il l’avait consultée sur la manière de gagner de l’argent, et après plusieurs dizaines de minutes de recherche, quelques artefacts magiques étaient désormais alignés devant Telnerica.
Il s’agissait de modèles composites, car il était préférable de disposer d’un seul artefact en cas d’urgence afin d’éviter les interférences magiques, ce qui faisait naturellement grimper le prix. À cela s’ajoutait la miniaturisation de ces modèles, pensés pour un port quotidien.
C’étaient les articles les plus chers d’une boutique déjà haut de gamme. Leur prix engloutirait la majeure partie de l’or qu’il venait de recevoir. Mais en cas de véritable urgence, ils offraient les meilleures chances de survie.
La fonction de transfert, en particulier… s’il pouvait définir comme destination l’une des installations de l’académie, elle serait en sécurité quoi qu’il arrive, pensa Konoe. Après tout, l’instructrice s’y trouvait.
— …Telnerica, qu’est-ce que tu en penses ?
— …Eh bien, euh…
Celui avec la fonction de transfert était probablement le meilleur, pensa-t-il en posant la question.
Telnerica leva vers lui un regard embarrassé. Ses yeux allaient et venaient, son front était plissé, et sa bouche remuait comme si elle voulait dire quelque chose. Son regard revenait sans cesse vers les artefacts magiques les moins chers.
— …
Même Konoe pouvait deviner ce qu’elle voulait dire. En fait, elle avait exactement la même expression que lui lorsqu’il avait reçu le paiement de l’instructrice.
Elle voulait dire que c’était trop cher. Konoe avait au moins une compréhension élémentaire de la valeur de l’argent, et ses origines roturières lui permettaient de comprendre son trouble à l’idée qu’on lui propose un objet aussi coûteux.
Après tout, en conversion approximative, cela représentait plusieurs centaines de millions de yens japonais. Et il était à usage unique si le transfert était activé. Même pour elle, qui était une ancienne noble, c’était un prix qui ferait hésiter n’importe qui.
Mais.
— …Je pense que c’est nécessaire.
— …Hein ?
Malgré tout. Konoe voulait que Telnerica ait un moyen de se protéger. Dans ce monde, la mort était toujours proche, et la vie avait peu de valeur. Sans pouvoir, on ne pouvait pas se protéger.
— … Je suis souvent absent de la Capitale pour le travail.
En tant qu’Adepte, Konoe devait parfois se rendre dans des zones dangereuses, ce qui signifiait qu’il ne pouvait pas toujours rester aux côtés de Telnerica. S’il l’emmenait dans un lieu contaminé par le miasme comme Sylmenia, par exemple, Telnerica, qui n’était pas une Adepte, contracterait la maladie mortelle. Il ne pouvait pas laisser cela arriver.
Dans ce cas, elle se retrouverait seule dans la Capitale. C’était pour cela qu’un moyen d’autodéfense était absolument indispensable.
— …
… Si, hypothétiquement, il avait quelqu’un de confiance à qui la confier en son absence, ce serait une autre histoire. Mais Konoe, avec ses difficultés à communiquer, n’avait aucun camarade de confiance. Alors…
— Je… Telnerica, je…
— …Maître Konoe.
— …Je m’inquiète pour toi.
Il tenta désespérément de former ses mots, forçant sa bouche récalcitrante à bouger. Même si cela sortait mal, même si c’était maladroit. Il ne détournerait pas les yeux et n’abandonnerait pas. Il communiquerait. C’était quelque chose qu’il avait enfin appris à faire, grâce à Telnerica.
— …Telnerica, je…
— …Oui.
Alors qu’il peinait à trouver ses mots… Telnerica murmura une réponse discrète. À l’entendre, Konoe releva le regard qu’il avait, sans s’en rendre compte, baissé.
La jeune fille souriait, une légère nuance d’autodérision au coin des lèvres.
— Vous avez raison. Vous avez raison depuis le début. C’est moi qui avais tort.
— …Telnerica ?
— … J’ai déjà commis une erreur. J’étais sur le point de la répéter.
Sa voix était calme. Konoe se demanda de quoi elle parlait.
— Je n’oublierai jamais. Les mots prononcés ce jour-là, au crépuscule.
Ce qu’elle murmura ensuite, c’étaient les paroles de leur promesse.
Dans une pièce baignée de lumière dorée. À l’intérieur de l’atelier d’alchimie.
— À ce moment-là, j’ai donné la priorité à mes propres valeurs. Je pensais qu’il était juste de vous remettre les pièces d’or, la rémunération prévue par notre contrat. Que je devais vous rendre votre gentillesse, quel qu’en soit le prix.
Elle avait cru que rembourser la dette qu’elle avait envers lui était la seule voie possible.
C’était pour cela qu’elle avait tenté de vendre son cœur, dit-elle. Elle pensait qu’il n’y avait pas d’autre solution.
— Mais à ce moment-là, vous avez dit que ce n’était pas l’argent que vous vouliez. Que c’était autre chose. Ce que vous vouliez vraiment, c’était…
— …Oui.
— Dans ce cas, il n’y a qu’une seule chose que je puisse dire à propos de cet artefact magique.
Telnerica plongea son regard dans celui de Konoe.
Elle soutint ses yeux sans détour, posant ses deux mains sur les siennes.
— Merci, Maître Konoe. Je vous jure que je me protégerai, quoi qu’il arrive.
Et sur ces mots, Telnerica lui adressa un doux sourire.
◆
Peu après, tous deux quittèrent la boutique d’artefacts magiques.
Sous les vêtements de Telnerica, tandis qu’elle franchissait la porte, se trouvait un collier d’un blanc immaculé, seule sa chaîne dépassant de son col. C’était l’artefact magique doté du sort de transfert. Konoe se dit qu’il ferait une demande à l’académie dès le lendemain pour en enregistrer la destination.
… Ensuite, ils sortirent dans la rue et entamèrent une promenade tranquille en direction de l’auberge, jetant des regards aux boutiques au passage.
— …Hm ?
Cela se produisit sur le chemin du retour. Telnerica s’était éloignée un instant.
Alors que Konoe attendait seul sur un banc, une présence s’approcha.
Petite, flottant dans les airs. C’était…
— …Melmina ?
Un seul disque optique apparut depuis l’angle d’une rue.
L’arme divine de Melmina s’approchait de lui.