HOLE IN MY HEART T2 – CHAPITRE 1 PARTIE 6
Un nouveau commencement (6)
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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— …
Ainsi, Konoe descendit les escaliers.
Il repensa à ce que l’instructrice et Telnerica avaient dit la veille, le ressassant en avançant. Bientôt, il atteignit le bas de l’escalier et posa la main sur la porte du terrain d’entraînement 1, comme la veille…
— …Professeur.
— …Hm ? Konoe, c’est toi ?
Juste à l’intérieur, l’instructrice était assise dos au mur près de la porte, les genoux serrés contre elle.
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【… En fait, j’ai deux choses à te demander.】
C’était il y a seulement quelques minutes. Une requête de l’être divin.
Alors que Konoe se demandait ce que cela pouvait être, elle lui transmit :
【En premier… si possible, j’aimerais que tu ailles voir cette fille, celle qui est en bas, recroquevillée sur elle-même.】
◆
— …Professeur.
— …Heh, ça n’a pas marché. Pas cette fois non plus. Peu importe le nombre d’années, même des décennies, rien n’y fait…
L’instructrice murmura cela non sans autodérision.
Sa voix était différente de d’habitude, dépourvue de sa force habituelle. Voir l’instructrice, toujours si forte et droite, dans un état aussi fragile fut le plus grand choc que Konoe ait ressenti ces derniers jours…
— …
Mais à cet instant, quelque chose d’autre le préoccupait davantage.
Il se souvenait de l’expression qu’avait l’instructrice la veille. De l’enthousiasme qu’elle avait montré pour cette rencontre, les joues légèrement rougies. Et pourtant.
— …J’ai entendu dire que c’est toujours vous qui refusez les propositions de mariage.
◆
La veille, après le dîner avec Telnerica.
La jeune fille aux cheveux dorés lui avait expliqué que ces rencontres faisaient partie d’un événement annuel pour l’instructrice, accompagné d’un festival.
— Cette rencontre n’est qu’un prétexte. Votre mentor travaille toujours si dur à l’Académie. Alors, une fois par an, elle nous montre son visage sain et plein de vitalité sous couvert de cette rencontre.
Les yeux de Telnerica brillaient. C’était sans aucun doute le regard de quelqu’un qui admirait une héroïne sans la moindre réserve.
La Sauveuse de la nation et la plus forte. Gardienne du monde des humains. Celle qui avait vaincu le Roi Démon, une menace de rang Catastrophe. Sans doute que sans l’instructrice, le monde humain se serait littéralement effondré.
Le jour où cette héroïne, que tous remerciaient et respectaient, apparaissait en public. C’était, d’après ce qu’avait dit Telnerica la veille au soir, le jour de la rencontre.
Le partenaire de l’héroïne, magnifiquement vêtue, était le plus souvent un jeune candidat prometteur qui venait récemment de se faire un nom. Le jeune guerrier et l’instructrice parcouraient la ville ensemble un moment et partageaient un repas.
Ils avaient leur rencontre, ils discutaient, puis cela se terminait toujours par les mots de l’instructrice.
— Pas encore à la hauteur. Tu ferais mieux de ne pas négliger les bases et d’entraîner ton corps jusqu’à ses limites.
Après avoir donné des conseils adaptés au jeune guerrier, l’héroïne prenait congé.
Le jeune guerrier, prenant ces paroles à cœur, relevait ensuite de nouveaux défis et accomplissait de grandes choses.
— C’est ce genre de rendez-vous évènementiel, avait dit Telnerica avec un sourire.
◆
— …Professeur.
…Mais l’état actuel de l’instructrice semblait contredire totalement cette rumeur.
— … Le partenaire d’aujourd’hui n’était pas mauvais. C’était un jeune vraiment solide. Je pense qu’il pourrait tenir tête à un rang Désastre s’il était au meilleur de sa forme. Mais…
— …
— …Mais seulement s’il est au meilleur de sa forme. C’est une force qui repose sur son équipement, sur ses artefacts magiques. À l’état naturel, il aurait peut-être du mal même face à un monstre de haut niveau.
— …
…Mais bon, c’est ainsi que sont les chevaliers, mimura l’instructrice.
Ils étaient différents des Adeptes, capables de dépasser les limites humaines grâce à la bénédiction de la divinité de la Vie. Les chevaliers, eux, ne pouvaient échapper à leur condition humaine et ne pouvaient affronter des monstres au-delà du rang Désastre qu’en s’appuyant sur leur équipement et leurs artefacts magiques.
— Mais ça ne suffit pas. Non. Ils doivent être plus forts à l’état naturel, sinon je…
— …Professeur.
La voix de l’instructrice était empreinte de tristesse. Konoe ne savait pas quoi dire…
— …
Mais en même temps, il pencha la tête face à ses paroles.
Si ce n’était pas suffisant sans une grande force… pourquoi l’instructrice exigeait-elle de la puissance chez un partenaire de mariage ?
— Hé hé. Konoe, tu te poses la question, n’est-ce pas ? Pourquoi j’exige de la force chez un partenaire.
— …Oui.
— Tu dois te dire que je suis une idiote obsédée par la force.
— …Non.
Il ne le pensait pas. Au contraire, le simple fait qu’elle fasse ce genre de plaisanterie lui montrait à quel point elle était abattue.
… Un bref silence s’installa.
— …Il y a une raison. Tu veux bien écouter ?
◆
C’était une histoire de l’enfance de l’instructrice. Une histoire remontant à des centaines d’années.
À l’époque où elle n’était encore qu’une enfant débordante de talent, l’instructrice avait un animal de compagnie. Un chien adorable au pelage noir. Un membre de sa famille qui était à ses côtés depuis sa naissance.
Un meilleur ami avec qui elle était si proche qu’ils dormaient toujours ensemble. Ils s’endormaient enlacés et se disaient bonjour dès le réveil. C’était ce genre de relation.
Mais un jour, lorsque l’instructrice se réveilla le matin, le chien…
— Il était couvert de sang. Quand j’ai compris ce qui se passait, il était à l’agonie.
Face à ce membre de sa famille mourant, la jeune instructrice avait crié et paniqué.
Elle avait essayé de presser ses mains contre la blessure… mais c’est alors qu’elle s’en rendit compte. Ses propres bras étaient couverts du sang de son compagnon…
— … J’étais à moitié endormie… J’ai utilisé une magie de renforcement, et j’ai mal évalué ma force…
— …C’est…
— Il a survécu, tu sais. Mais après ça, il ne s’est plus jamais approché de moi.
Konoe retint le souffle qui montait en lui. Ses joues se crispèrent…
— …
Mais une question surgit alors. Normalement, cela ne devrait pas être possible.
Maîtriser le renforcement physique pendant le sommeil ou de manière inconsciente faisait partie des toutes premières choses que l’on apprenait en débutant la magie.
La magie était une technologie, structurée dès sa base pour prévenir les accidents. C’était ainsi que les dieux l’avaient établie. C’était la technologie qu’ils avaient transmise à l’humanité.
Car autrement, un Adepte à moitié endormi frappant un mur de toute sa force pourrait souffler toute la zone alentour. Une grande puissance allait toujours de pair avec des mesures de sécurité.
…Mais si un tel accident se produisait malgré tout, cela signifiait…
— À cette époque, je n’avais jamais appris la magie de manière formelle. Je l’utilisais à l’instinct, et je le cachais à mes parents parce que j’avais peur de me faire gronder.
— …Ne me dites pas… de la magie primordiale ?
Une utilisation primitive et instinctive de la magie. Non pas une technologie, mais une magie qui ne passait pas par l’intervention des dieux.
C’était la création d’une nouvelle magie. Différente de la magie unique, un domaine que seuls quelques génies pouvaient atteindre. On lui avait enseigné qu’une personne ordinaire ne pourrait même pas la maîtriser en une vie entière.
Autrement dit, le passé de l’Instructrice trouvait son origine dans un accident survenu avant même qu’elle n’apprenne à maîtriser son pouvoir magique, alors qu’elle avait déjà dépassé les limites d’un être humain ordinaire.
— Cet incident… m’a traumatisée. Si je me marie, on devra partager un lit, n’est-ce pas ? Et même si ce n’est pas le cas, des accidents peuvent arriver. Quand je pense que je pourrais me réveiller et trouver mon mari couvert de sang, je ne peux tout simplement pas me résoudre à épouser quelqu’un de faible.
— … Je… vois.
Bien sûr, il était impensable que l’instructrice actuelle tue quelqu’un dans son sommeil. Son contrôle de la magie était de tout premier ordre.
… Mais un traumatisme nous faisait toujours envisager le pire, quoi qu’il arrive.
— …?
Mais une autre question surgit chez Konoe.
Si elle avait besoin d’un partenaire fort, pourquoi choisir un chevalier cette fois-ci ?
— …Hé hé. Konoe, tu te dis que si je veux quelqu’un de fort à ce point, je n’ai qu’à chercher un Adepte plutôt qu’un chevalier, n’est-ce pas ?
— …Oui.
— Tu te dis sans doute qu’une vieille comme moi n’est pas vraiment en position de faire la difficile ?
— …Non.
Il ne pensait pas cela.
— …Hmpf. Tu dis ça, mais tu connais parfaitement la réponse. Tu es cruel.
— …?
— Eh bien, au début, tout le monde me regarde comme ça quand je raconte cette histoire, comme si ça ne les concernait pas.
L’instructrice fit la moue… puis baissa les yeux vers le sol en murmurant.
— Tu dis que je devrais simplement trouver un Adepte… Dans ce cas, Konoe, est-ce que tu pourrais m’épouser ?
— …
— Après t’avoir presque battu à mort autant de fois. Après t’avoir blessé encore et encore. Je t’ai forcé à suivre un entraînement exténuant, je t’ai fait souffrir. Tu as craché du sang à cause de moi un nombre incalculable de fois, n’est-ce pas ? Il n’y a pas un seul Adepte dans ce pays que je n’aie moi-même formé, dit l’instructrice.
Elle les avait blessés, brisés. Elle les avait frappés quand ils pleuraient. Elle leur avait écrasé le dos quand ils tentaient de fuir. Tout cela pour augmenter le nombre d’Adeptes protégeant le monde humain. Pour les élever et en faire des Adeptes plus forts.
Elle faisait cela depuis des centaines d’années. Tous ceux qui devenaient Adeptes dans cette académie passaient par là.
— Et puis, c’est moi qui m’occupe de rééduquer les élèves qui font des erreurs, comme Melmina l’autre jour. Je suis sûre que tout le monde me voit comme une vieille harpie.
— …Non, ce n’est…
— Ce n’est pas grave. Je n’ai pas besoin de ta pitié. C’est mon rôle. Mais aucun Adepte n’épouserait quelqu’un comme moi.
L’instructrice soupira. Elle se leva, tourna le dos à Konoe… puis murmura qu’elle retournait à son poste de garde avant de quitter lentement le terrain d’entraînement. Alors qu’elle partait, Konoe…
— …
…ne put rien dire. Il n’avait pas les mots.
Même s’il parvenait enfin à exprimer un peu sa volonté, son vocabulaire restait limité. Quand elle lui avait demandé s’il pourrait l’épouser, cela lui avait paru complètement irréel.
Malgré tout, il y avait une chose qu’il pensait.
…L’instructrice est quelqu’un de bien.
Il y avait eu de la souffrance, de la douleur. Il avait craché du sang à de nombreuses reprises. C’était vrai.
Mais Konoe connaissait aussi la gentillesse de l’instructrice.
…Pourtant, il ne savait pas comment lui transmettre cela.
— …
…Au final, il quitta le terrain d’entraînement sans avoir accompli quoi que ce soit. Il se demanda même s’il y avait eu un sens à venir ici.
— …
…Et alors, il se souvint de la raison de sa venue, de la requête de la divinité.
La première était d’aller voir l’instructrice. La seconde était…
【J’aimerais que tu veilles quelque peu sur Melmina. C’est une enfant très gentille.】