THE INSIPID PRINCE T3 – CHAPITRE 4 PARTIE 12
Les sentiments de chacun (12)
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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
Relecture : Ostinliss
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— Ne vous occupez pas des squelettes ! cria Lise depuis l’avant du groupe.
Conformément à ses ordres, sa cavalerie se concentra sur l’avancée vers Bassau plutôt que sur l’élimination des monstres. Ils n’avaient qu’un seul objectif : amener Lynfia jusqu’à la sphère noire.
Abel chevauchait aux côtés de Lynfia. Il leva un instant les yeux vers le ciel et marmonna :
— Avoir un aventurier de rang SS avec nous, ça allège sacrément la charge, hein ?
— Oui. Nous avons eu beaucoup de chance qu’il apparaisse.
Silver se chargeait des ennemis les plus puissants, comme les zombies dragons et les squelettes géants. Il éliminait aussi autant que possible les squelettes autour de Lise et de son unité.
C’était le plus grand renfort imaginable. Pourtant, Lynfia se demandait encore comment il avait pu apparaître au moment où elle avait soufflé dans ce sifflet. Malgré sa curiosité, elle chassa cette pensée. Elle avait plus important à faire.
Elle mania son épée magique sous forme de lance, abattit plusieurs squelettes, puis annonça :
— Je passe devant.
— H-hé, attends ! Si on est tous là, c’est justement pour te protéger !
— Je n’atteindrai jamais cette ville si je ne fais rien moi-même.
— Hmph. Tu me plais, aventurière. Quel est ton nom ?
— Lynfia.
— Je suis Liselotte. Tu as entendu parler de moi ?
— Oui. Vous êtes la première princesse impériale, la meilleure maréchale de la famille impériale, et la grande sœur du prince Leonard et du prince Arnold.
— Tu connais Arn aussi ?
Lise avait l’habitude d’être reconnue comme la sœur de Leo, mais il était rare qu’on mentionne Arn. Cela montrait à quel point il recevait peu d’attention en tant que prince. Même s’il était aussi celui dont on parlait le plus, dans un tout autre contexte.
Lynfia, elle, sourit avec douceur en répondant :
— Oui. C’est la toute première personne qui m’a proposé son aide.
— Vraiment ? C’est surprenant.
— Cela m’a surprise aussi. Il n’a rien à voir avec les histoires que j’avais entendues. Le prince Leonard et le prince Arnold sont tous deux des personnes qui agissent par considération pour les autres. Ils ont accepté d’aider quelqu’un comme moi avec une générosité incroyable.
— Pour Leo, tu as probablement raison, mais je crois que tu accordes trop de mérite à Arn. Tu n’es pas d’accord, Leo ?
Leo était occupé à abattre un squelette géant qui les menaçait et n’avait pas prêté attention à la conversation.
— Hein ? Qu’est-ce que tu as dit ?! cria-t-il en réponse.
— J’ai dit que tu ferais mieux d’écouter plus attentivement quand ta grande sœur parle.
— Si tu as quelque chose d’important à dire, choisis mieux le moment et l’endroit ! Je vous rattrape dès que j’aurai arrêté ce monstre ! Continuez sans moi ! Et prends bien soin de Lynfia !
— D’accord. Fais attention.
— Oui, toi aussi.
Après cet échange, Leo retourna aider les autres chevaliers qui combattaient le squelette géant. Bassau approchait rapidement, et dans le ciel, Silver affrontait plusieurs zombies dragons.
— Cela ne vous inquiète pas de laisser le prince Leonard partir combattre seul ? demanda Lynfia à Lise.
— C’est mon petit frère. Il n’y a pas besoin de s’inquiéter pour lui, il s’en sortira. Alors, de quoi parlions-nous déjà ?
— Vous disiez que j’accordais trop de mérite au prince Arnold.
— Ah, c’est vrai. Je peux imaginer Leo t’aider par pure bienveillance, mais pas Arn. Il n’aide jamais personne s’il n’y gagne rien.
— Vous en êtes sûre ?
— Oui. Il ne lèvera le petit doigt que s’il estime qu’il peut en tirer quelque chose. Pour la plupart des gens, il donne sans doute l’impression d’agir sur un coup de tête, mais il possède ses propres critères. Il se demande si la personne peut lui être utile, s’il a une obligation morale de l’aider, ou si elle porte une conviction qui mérite d’être protégée. Alors tu peux être fière. Si Arn a accepté de t’aider, cela signifie qu’il a vu quelque chose de précieux en toi.
Tout en parlant, Lise trancha plusieurs squelettes, puis lança de nouveau son cheval en avant.
— Arn t’a donné un appui, et Leo s’est joint à ta mission. Maintenant, c’est moi qui t’ouvre la voie. Dans tous les cas, je ne laisserai pas l’aide de mes frères se perdre. Sauve ta sœur. Et quoi qu’il arrive, n’abandonne pas.
— Oui !
Lynfia répondit et poursuivit sa progression.
Peu après, elles parvinrent à entrer dans la ville de Bassau.
***
— Maintenant ! Attaquez ses jambes ! cria Leo aux chevaliers qui affrontaient le squelette géant.
Ils attaquèrent simultanément les jambes de l’immense monstre, qui chancela avant de s’effondrer au sol. Les chevaliers profitèrent aussitôt de l’occasion pour l’achever.
— Un autre arrive !
— En position ! ordonna Leo. Ne le laissez pas s’approcher de ma sœur !
Il était en train de les rassembler pour le prochain affrontement lorsqu’il sentit soudain une présence derrière lui. Il bondit aussitôt de son cheval pour esquiver l’attaque.
Leo fit un pas en avant et insista. Mais Silver ne recula pas.

— Je ne peux pas simplement dire : « D’accord, à plus tard », répliqua Silver. J’ai besoin que vous restiez en vie autant que vous.
Il utilisa alors un sort de guérison pour refermer la blessure au flanc de Leo. Mais au lieu de le remercier, Leo lui lança un regard furieux.
— Ne soyez pas stupide ! cria-t-il. Cessez de vous inquiéter pour ma vie et inquiétez-vous plutôt de celle des enfants ! N’est-ce pas pour eux que nous sommes tous venus ici ?!
— Je rejoindrai Lynfia dès que j’en aurai fini ici. Ne vous inquiétez pas.
— Ne restez pas ici à cause de moi. Vous devez partir maintenant.
— Mais…
— Pas de mais !
Leo coupa Silver et le fixa droit dans les yeux.
— Si vous avez ne serait-ce qu’un peu foi en moi, alors allez-y !
Son regard portait une force que ni Silver ni Arn n’avaient jamais vue.
— Mon objectif est de devenir l’empereur idéal auquel j’aspire, poursuivit Leo. Et la première étape pour y parvenir, c’est de sauver ces enfants. J’ai mobilisé des centaines de chevaliers et d’aventuriers, et j’ai agi selon ce que je croyais juste. Après être arrivé jusque-là, échouer à sauver ces enfants est inacceptable ! Je vais les sauver et mettre fin à cet étrange phénomène ! Alors allez-y, Silver ! Si vous vous dites aventurier de rang SS, montrez-moi ce dont vous êtes capable !
Sa dernière phrase jaillit comme un véritable rugissement. C’était la première fois qu’Arn voyait Leo ainsi. Alors, il bondit souplement dans les airs et continua de s’élever.
— Dans ce cas, regardez bien. Ne mourez pas avant que je vous l’aie montré, prince Leonard.
— Aucun risque. Je suis l’homme qui deviendra empereur un jour. Je ne mourrai pas ici.

— Je vois, murmura Arn avant de se transférer plus près de la ville.
Leo fixa alors Baram d’un regard acéré.
— Allons-y, Baram. Au nom du prince impérial d’Adrasia, je rendrai justice contre ceux qui osent provoquer un désastre dans mon empire !
— Ah oui ? J’aimerais bien voir ça !
Le duel entre Baram et Leo commença lorsque leurs deux épées s’entrechoquèrent. En temps normal, Leo aurait sans doute combattu en observant calmement l’état de son adversaire. Mais à cet instant, il n’était pas lui-même.
— Haaaah !
— Urgh !
Privé de sa main gauche, Baram fut contraint de se défendre et recula sous la furieuse succession d’attaques de Leo. Puis l’un des coups de Leo brisa son épée.
— Aaaaargh !
— Merde !
D’un rapide mouvement du poignet, Leo tenta de trancher la main restante de Baram.
Baram échappa aussitôt à l’attaque en devenant invisible.
— Il a disparu…
Leo se concentra sur le moindre son, le moindre indice susceptible de trahir la présence de Baram.
Il était certain que le démon se trouvait encore à proximité et préparait une nouvelle attaque. Sinon, il n’aurait jamais frappé dès le départ.
L’intuition de Leo se révéla juste.
— Haah !
— Urgh…
Sans prévenir, Baram apparut derrière Leo, un poignard à la main, et lui ouvrit superficiellement le dos.
Leo pivota aussitôt et abattit son épée, mais Baram disparut de nouveau avant qu’elle ne puisse l’atteindre.
Leo jura entre ses dents, chose inhabituelle chez lui. Il balaya les alentours du regard sans parvenir à repérer Baram, jusqu’à ce que le démon surgisse sur son flanc et lui plante son poignard dans la jambe gauche.
— Urgh…
— Tu ralentis un peu, prince.
— Espèce de salaud !
Leo frappa de nouveau, mais Baram bondit calmement en arrière et disparut.
Leo comprit que sa frustration commençait à prendre le dessus. Il s’arrêta un instant et expira profondément.
D’où Baram attaquerait-il ensuite ? Quelle serait la meilleure manière de contre-attaquer ?
C’est alors qu’il pensa soudain à Arn.
La tromperie et les ruses étaient le domaine d’Arn. Comment prendrait-il son adversaire au dépourvu ?
Si j’étais Arn…
Leo réfléchit un instant. Puis il fit glisser son épée dans son fourreau et ferma les yeux, concentrant toute son attention sur la présence de Baram.
L’arme de son adversaire était un poignard. S’il voulait blesser mortellement Leo, il chercherait très probablement à viser un organe vital. Et Baram n’était pas pressé : il ne prendrait pas le risque d’une attaque compliquée. Cela signifiait qu’il viserait le cœur.
Soudain, Leo perçut un mouvement derrière lui et se pencha immédiatement vers la droite, suivant sa conclusion.
Une chaleur irradia de son épaule gauche, suivie d’une douleur aiguë. Lorsqu’il tourna la tête, il vit le poignard de Baram profondément planté dans son épaule.
— Tu croyais t’en tirer sans une égratignure en renonçant à attaquer pour te concentrer sur l’esquive ?
— Non. Je n’ai renoncé à rien.
Leo serra les dents, tordit son corps sur le côté et saisit le cou de Baram de sa main droite.
Alors que son étreinte menaçait de broyer la gorge du démon, Leo murmura :
— Ô flamme descendue des cieux, venue sauver les justes. Ô feu sacré suprême, brûle avec dignité et grâce, afin de détruire les êtres maléfiques. Flamme sacrée.
C’était un sort de magie sacrée moderne en cinq vers, extrêmement efficace contre les monstres de type mort-vivant. Bien que la pratique de la magie moderne fût répandue, la magie sacrée en était l’une des formes les plus difficiles, et peu de personnes pouvaient l’utiliser. Mais Leo avait maîtrisé de nombreux types de magie, y compris la magie sacrée, afin d’être prêt à les employer un jour.
Une flamme sacrée apparut dans sa main droite, brûlant uniquement Baram et laissant Leo indemne.
— Aaaaaarghhh ?!
Baram saisit fermement le bras droit de Leo pour tenter de se libérer, mais Leo refusa de le laisser faire.
— Tu ne t’échapperas pas cette fois.
Leo augmenta la puissance de la flamme.
Finalement, Baram cessa de résister. Mais Leo continua de brûler son corps jusqu’à ce qu’il soit entièrement réduit en cendres.
Peinant à reprendre son souffle, il regarda ces cendres se disperser dans le vent. Puis il dégaina son épée et la leva haut au-dessus de sa tête.
— Moi, Leonard Lakes Adler, huitième prince impérial, j’ai terrassé le démon !
Les chevaliers autour de lui éclatèrent en cris de victoire.
Puis Leo tourna son regard vers la ville.
— Bonne chance, Lynfia.
À cet instant, la sphère noire se mit à briller.