THE INSIPID PRINCE T3 – CHAPITRE 1 PARTIE 4
Le problème des réfugiés (4)
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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
Relecture : Ostinliss
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— Une demande en mariage pour la Première Princesse ?
De retour dans ma chambre, Finne m’accueillit avec du thé et des biscuits.
— Oui. C’est vraiment pénible.
Je laissai échapper un long soupir en goûtant les douceurs.
— Je ne l’ai jamais rencontrée, reprit Finne, mais j’ai entendu énormément de rumeurs à son sujet. On dit qu’elle est un général décoré qui a combattu sur de nombreux champs de bataille à travers l’Empire, et que sa bravoure est si célèbre qu’elle est connue comme le plus puissant général d’Adrasia.
— Oui, et ce n’est pas exagéré. En fait, c’est son affectation à la garnison de la frontière Est, il y a cinq ans, qui a dissuadé l’empire de Sokal de tenter toute invasion. Elle a complètement réorganisé la garnison et renforcé considérablement les défenses.
— Elle est donc vraiment aussi impressionnante que les rumeurs le disent… Et en tant que personne, comment est-elle ? demanda Finne en remplissant ma tasse vide.
Je la remerciai, pris une gorgée, puis réfléchis à la question.
Quel genre de personne était ma sœur ?
— Si je devais la décrire en un mot… je dirais une guerrière.
— Une… guerrière ?
— Oui. Une guerrière. Pas une chevalière, une guerrière. Elle est la définition même de ce mot.
— J’ai du mal à imaginer ce que cela signifie…
— Tu comprendrais en la rencontrant. Elle n’est pas une chevalière comme Elna. C’est une guerrière. Le champ de bataille est son amant. Les combats équitables ne lui sont d’aucune valeur. Pour elle, une victoire reste une victoire, peu importe la manière. C’est un principe profondément ancré en elle.
Je poursuivis :
— Lorsque notre frère aîné, le prince héritier, est mort, elle a immédiatement déclaré qu’elle ne participerait pas à la lutte pour le trône. Elle a affirmé qu’elle servirait comme maréchale, quel que soit celui qui deviendrait empereur.
À cause de cela, la plupart des militaires s’étaient tournés vers Gordon.
Pour ceux qui vivaient pour la victoire sur le champ de bataille, un candidat lié à l’armée représentait le meilleur empereur possible. Liselotte arrivait en tête, Gordon juste derrière.
Si Liselotte avait pris part à la lutte pour le trône, Gordon aurait très probablement fini sous son influence.
— Elle estime que les officiers ne doivent pas se mêler de politique. Ils doivent uniquement se concentrer sur la protection du pays. Pour elle, c’est cela qui fait une véritable guerrière. Et elle applique ce principe à sa propre vie.
— Ce n’est pas tout à fait l’image que j’avais d’elle d’après les rumeurs… répondit Finne d’un air pensif. On la décrivait plutôt comme quelqu’un d’élégant.
— Elle l’est, la rassurai-je. Elle est grande, belle, avec des cheveux blonds, et sa seule présence suffit à attirer tous les regards. En fait… elle me fait un peu penser à toi, dans ce sens-là. L’aura est complètement différente, mais il y a quelque chose de similaire.
— Oh…
Finne rougit légèrement et baissa les yeux.
— M…merci…
Je me demandais ce que j’avais dit pour provoquer une telle réaction lorsque Sebas apparut soudainement.
— Vous avez loué la beauté de votre sœur, puis comparé Dame Finne à elle, expliqua-t-il calmement. C’est pour cela qu’elle rougit. Vous venez, en substance, de lui dire qu’elle est belle.
— Mais elle a l’habitude d’entendre ce genre de choses, non ? demandai-je. N’est-ce pas, Finne ? Ce n’est pas gênant, si ?
— N…non… enfin… ça dépend de la personne… répondit-elle timidement.

— Ah. Je ne comprends pas vraiment ce sentiment, mais d’accord.
Tandis que Finne continuait de rougir, Sebas me tendit des documents.
Je lui avais demandé de se renseigner à l’avance sur la demande en mariage adressée à Liselotte, avant que je ne fasse quoi que ce soit. Non pas que Père choisirait quelqu’un de louche, mais si jamais il avait retenu un homme qui déplaisait à Liselotte, je risquais de subir sa colère avec lui.
Cela dit, à en juger par ce que je voyais, il n’y avait rien à reprocher à cet homme. Après tout, il semblait bien assez convenable pour prétendre à la main de ma sœur aînée.
— Il faut reconnaître qu’il a du cran pour demander ma sœur en mariage, remarquai-je.
— En effet. La princesse est non seulement un général invaincu, mais aussi le portrait craché de la deuxième consorte impériale. Sa Majesté l’apprécie également beaucoup.
Finne intervint alors.
— La deuxième consorte impériale ? Cela signifie-t-il qu’elle est liée à la princesse Krista ?
— Elles sont sœurs germaines, nées de la même mère, confirma Sebas. La deuxième consorte impériale était elle aussi une femme magnifique aux cheveux blonds. Je m’en souviens encore très bien : c’était une personne douce, aimable avec tout le monde.
— C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles mon père t’a prise en affection, Finne, ajoutai-je. Liselotte a grandi avec une personnalité exactement opposée à celle de sa mère, alors il voit probablement en toi le genre de personne qu’il aurait voulu qu’elle devienne. Si quelqu’un qui ne vous connaît pas vous voyait côte à côte, toi et ma sœur, et devait deviner laquelle de vous deux est la fille de la deuxième consorte impériale, il choisirait sûrement Finne.
— Vraiment ? C’est un grand honneur, répondit Finne avec un sourire radieux.
Et elle devait probablement le penser sincèrement.
Cette facilité qu’elle avait à se réjouir des choses faisait sans doute aussi partie de ce qui lui valait des points auprès de mon père.
— Enfin, c’est pour cela que Père s’inquiète autant de son mariage. Et comme elle est sa fille aînée, tant qu’elle ne se sera pas mariée, Zandra pourra continuer à s’en servir comme prétexte pour refuser toutes les demandes qu’on lui adresse.
— Non que Sa Majesté s’en soucie énormément, ajouta Sebas. Comme il n’apprécie guère la cinquième consorte impériale, je doute qu’il s’inquiète beaucoup du mariage de Dame Zandra.
— Il ne l’apprécie vraiment pas ? demanda Finne avec curiosité. J’ai toujours entendu dire que Sa Majesté aimait toutes ses consortes de la même manière.
Je commençais à me demander s’il était bien judicieux d’aborder ce sujet avec Finne, lorsque mon regard croisa celui de Sebas.
Il hocha silencieusement la tête.
Ah. Il avait donc soulevé la question parce qu’il voulait que nous la mettions au clair.
Dans ce cas, qui étais-je pour m’y opposer ?
— C’est ainsi qu’il se comporte en public, expliquai-je. Et il ne fait aucune différence entre ses enfants. Mais une certaine rumeur poursuit sa cinquième consorte.
— Quelle rumeur ?
— Qu’elle aurait assassiné la deuxième consorte.
— Une consorte aurait tué une autre consorte ?
— Ce n’est pas si rare dans le palais intérieur, en réalité. Mais cela arrive généralement lors de périodes de transition importantes, comme le début d’une lutte pour le trône ou la naissance d’un enfant. Dans ce cas précis, cependant, le prince héritier était encore en vie, et Krista était déjà née. Même si Père aimait sa deuxième consorte, elle n’avait pas un statut très élevé, puisqu’elle n’avait donné naissance qu’à des filles. Personne n’aurait vraiment dû avoir de raison de la faire tuer.
— Alors pourquoi cette rumeur est-elle née ?
C’était bien là toute la question. Cette consorte n’avait aucune raison d’être assassinée, et pourtant elle était morte soudainement. Une enquête avait été menée, mais la cause de sa mort était restée floue. À partir de là, la personne la plus suspecte était devenue la cinquième consorte.
— La deuxième et la cinquième consorte avaient presque le même âge, et elles étaient toutes deux filles de ducs. Elles ont donc grandi en étant constamment comparées. Mais contrairement à la deuxième consorte, que Père aimait sincèrement, son mariage avec la cinquième consorte était politique. Toutes deux eurent pour premier enfant une fille, mais la deuxième consorte accoucha la première, et sa fille fut toujours davantage appréciée. Zandra est intelligente et talentueuse, mais sa personnalité est une autre histoire. Avec toutes ces comparaisons et les rancœurs accumulées au fil du temps, la cinquième consorte en vint à considérer la deuxième comme une sorte de rivale.
— C’est de là que vient la rumeur ? Elle l’aurait tuée par jalousie ?
— Je n’en sais rien. Quoi qu’il en soit, la cinquième consorte avait un alibi solide. Elle se trouvait avec l’impératrice lorsque la deuxième consorte est morte. Elle n’aurait donc pas pu la tuer de ses propres mains, et l’enquête n’a rien trouvé qui puisse la relier au meurtre. La raison pour laquelle les gens continuent malgré tout à la soupçonner, c’est qu’elle fut le mentor de Zandra.
— Son mentor ?
— En magie. La magie que j’utilise est une magie ancienne, autrement dit des formes perdues de magie qui ne se transmettent plus. La magie la plus répandue aujourd’hui est la magie moderne, qui comprend plusieurs catégories. Celle dans laquelle Zandra excelle est la magie interdite. Il s’agit de magies prohibées par les pionniers de la magie moderne.
Bien sûr, même parmi les magies interdites, certaines semblaient presque ridicules à interdire, tandis que d’autres méritaient clairement de l’être. Zandra les étudiait toutes et cherchait à retirer l’étiquette d’« interdit » aux magies qu’elle jugeait bénéfiques pour l’Empire.
Pour les mages, ce travail était bienvenu et vivement applaudi. Cela signifiait que davantage de magies pouvaient être apprises. Et même si la puissance des magies interdites variait considérablement, la plupart d’entre elles étaient extrêmement puissantes. La première personne à avoir entrepris ce genre de recherches n’était autre que la mère de Zandra, la cinquième consorte impériale.
— Zandra parcourt le monde à la recherche de toutes ces magies qu’elle estime utiles et qui, selon elle, ne devraient pas être interdites. Mais ce faisant, elle apprend forcément beaucoup de magies véritablement dangereuses. Naturellement, il en va de même pour sa mère, la cinquième consorte. La rumeur d’assassinat vient du soupçon qu’il pourrait exister, parmi ces magies interdites, un sort capable de maudire quelqu’un à mort.
— Une telle magie existe vraiment ?
— Je n’en sais rien. Je ne peux utiliser que la magie ancienne. Enfin, si on cherche assez loin, peut-être qu’elle existe. Et si c’est le cas, elle est évidemment interdite au point qu’une enquête impériale n’a pas pu la découvrir, ce qui est bien normal. Il faudrait fouiller des ouvrages venus de tout le continent pour trouver une magie interdite d’un tel niveau. Et c’est justement ce que la cinquième consorte et Zandra ont fait.
— Mais… si une telle magie existe…
— Alors on pourrait assassiner n’importe qui, dis-je en terminant la phrase de Finne. C’est pourquoi la rumeur n’a jamais dépassé le stade du simple soupçon. Mais il y a trois ans, le prince héritier est mort lui aussi. Une enquête a été menée, sans trouver la moindre preuve d’assassinat. Comme lors de la mort de la deuxième consorte. Depuis, Père nourrit des soupçons envers sa cinquième consorte. Mais il n’a aucune preuve, alors il n’a jamais ouvertement tenté d’empêcher Zandra de poursuivre ses recherches.
Le fait que les recherches de Zandra aient bel et bien produit des résultats favorables était sans doute une autre raison pour laquelle il ne l’avait pas arrêtée. Plusieurs types de magies qui avaient perdu leur statut d’interdit étaient actuellement introduits dans l’armée comme magies militaires, et contribuaient au développement de nouvelles armes magiques.
Et interdire arbitrairement le genre de travaux que menait Zandra risquait d’envoyer de nombreux mages talentueux vers notre voisin, l’empire de Sokal, qui était lui aussi une grande puissance magique.
J’imaginais aisément le dilemme que cela représentait pour l’empereur. En tant que père, ses sentiments personnels devaient certainement le pousser à ordonner immédiatement à Zandra d’arrêter. Mais ne pas laisser ces émotions interférer avec ses décisions faisait précisément partie de ce qui faisait de lui un grand empereur.
— Donc les gens soupçonnent la cinquième consorte impériale parce qu’elle était la seule à nourrir une vraie rancœur envers la deuxième consorte impériale, et parce qu’elle pourrait être capable d’assassiner quelqu’un sans laisser de preuve. C’est bien cela ?
— Exactement. Mais tout cela ne repose que sur des suppositions. Il n’existe aucune preuve. Lorsque le prince héritier est mort, la cinquième consorte et Zandra se trouvaient toutes deux dans la capitale impériale, tandis que le prince héritier était au front. C’est tout simplement trop tiré par les cheveux. Je doute qu’il existe une malédiction capable d’agir à une telle distance, même parmi les magies anciennes. Mais cela a suffi à éveiller les soupçons.
La mère de Zandra venait de la région sud. Et Leo allait fouiller dans la situation trouble qui y régnait.
Le poste d’inspecteur chargé des patrouilles, destiné à mettre au jour les activités illégales, convenait parfaitement à Leo. Il était sérieux, appliqué, et ne laisserait passer aucune corruption, aussi infime fût-elle.
Cependant, la maison qui avait produit des femmes comme Zandra et sa mère détenait une grande influence dans la région sud. J’espérais seulement que rien de trop dangereux ne se produirait. Cette fois, je ne pourrais pas l’aider ouvertement.
Père voulait sans doute tester nos capacités individuelles. Cela expliquerait pourquoi il avait confié à Leo et à moi deux tâches distinctes à accomplir au même moment.
— J’imagine que je vais devoir le soutenir depuis l’ombre, regrettai-je.
— Alors tout ira bien, répondit Finne pour me rassurer. C’est ce que vous faites toujours, après tout.
— C’est vrai.
Je souris, puis repris une bouchée des délicieuses pâtisseries qu’elle avait préparées.