THE INSIPID PRINCE T3 – CHAPITRE 1 PARTIE 3

Le problème des réfugiés (3)

—————————————-
Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
Relecture : Ostinliss
———————————————– 

Dans la salle du trône, tous les ministres les plus éminents ainsi que les enfants de l’empereur étaient réunis.

Leo rendit compte de tout ce qui s’était produit durant notre séjour à l’étranger. Je m’agenouillai silencieusement derrière lui, sans dire un mot.

— Après la défaite du dragon des mers, la principauté d’Albatro et celle de Rondine ont rétabli leur alliance de soutien. Je ne pense pas que des affrontements éclatent dans le sud dans un avenir proche.

— Très bien, très bien. Tu as accompli un excellent travail. Je t’ai confié une mission bien plus difficile que prévu, et pourtant tu l’as menée à bien avec brio. Je te félicite pour cet exploit.

Mon père affichait une grande satisfaction en couvrant Leo d’éloges. Rien d’étonnant à cela.

— Je vous remercie, Votre Majesté.

L’Empire n’était pas intervenu dans le conflit du sud, l’élimination du dragon des mers avait renforcé la réputation d’Adrasia, et Albatro sollicitait officiellement l’établissement de relations diplomatiques avec nous. Cette mission diplomatique n’avait été qu’une suite de succès.

Et tout cela était attribué à Leo.

— Je dois te récompenser. Leonard, as-tu un souhait ? Si tu le désires, je peux même te nommer ministre.

À ces mots, les visages de Gordon, Zandra, ainsi que ceux des ministres présents se figèrent aussitôt.

Erik était jusqu’à présent le seul des enfants impériaux à occuper un poste ministériel. Entendre l’empereur proposer la même chose à Leo ne pouvait que déplaire aux factions de Gordon et de Zandra.

Erik conserva une expression impassible, mais son regard derrière ses lunettes s’était sensiblement refroidi.

Obtenir un tel pouvoir aussi brusquement aurait pourtant été un désavantage. Cela nous aurait immédiatement exposés aux attaques des autres. De plus, le ministre de l’Industrie était déjà de notre côté ; il n’était pas nécessaire de viser un poste supplémentaire.

Leo et moi avions déjà abordé ce sujet.

— Je vous suis reconnaissant de votre offre, Votre Majesté, mais je ne suis pas encore digne d’occuper une telle fonction.

— Je vois. Y a-t-il autre chose que tu souhaites ?

Mon père devait absolument lui accorder une récompense. Sans cela, il lui serait impossible de récompenser à l’avenir des mérites moindres.

De son côté, Leo devait accepter quelque chose. Sinon, tous ceux qui lui étaient inférieurs se verraient contraints de refuser à leur tour toute récompense.

— Oui. Avant mon départ en tant qu’ambassadeur, une femme de la région sud m’a demandé de résoudre un problème survenu dans son village. Je lui ai répondu que je ne pouvais pas l’aider à ce moment-là, en raison de ma mission. Mais maintenant que je suis revenu, je souhaiterais m’en charger.

— Vraiment… À peine une tâche achevée que tu en entreprends déjà une autre. Tu es décidément très travailleur. N’est-ce pas, Arnold ?

— Absolument. Je serais bien incapable de l’imiter.

— Hmph, sans doute. Alors, quel est ce problème ?

— Il semble qu’une série d’enlèvements ait lieu.

— Et pourquoi cette femme ne s’est-elle pas adressée au seigneur local ?

— Apparemment… aucun seigneur n’a pris de mesures, sous prétexte qu’il s’agissait d’un village de réfugiés.

— Quoi ?

Le visage de l’empereur s’assombrit immédiatement.

Onze ans plus tôt, lors de l’affaire avec l’empire de Sokal, il avait reconnu tous les réfugiés comme des citoyens d’Adrasia.

Autrement dit, tous les villages de réfugiés étaient censés être considérés comme des villages impériaux.

— Depuis combien de temps ce village existe-t-il ?

— La femme y est née, donc il existe depuis au moins onze ans.

— Ces misérables !

Mon père se leva brusquement de son trône, fou de rage.

 Ils osent ignorer mes ordres ?! Pour qui se prennent-ils ?!

Toute l’assemblée s’agenouilla aussitôt. Franz prit la parole au nom de tous.

— Je vous en prie, Votre Majesté, apaisez votre colère.

— Comment pourrais-je rester calme après avoir entendu cela ?! Il y a onze ans, j’ai ordonné à tous les seigneurs de considérer les réfugiés comme des sujets impériaux ! Et cet ordre est ignoré ! Mépriser mes ordres, c’est me mépriser moi !

— Nous ne pouvons en être certains tant que l’enquête n’a pas été menée, plaida Franz.

— Non ! Je vais m’en charger moi-même ! Et si cela s’avère vrai, je ferai décapiter ces seigneurs !

— Un empire ne peut fonctionner si son empereur intervient dans chaque problème régional. Laissez le prince Leonard s’en charger.

Les paroles de Franz parvinrent à calmer mon père, qui se rassit, encore irrité.

Je pensais que la discussion allait s’arrêter là. Mais deux individus s’en mêlèrent.

— Votre Majesté, dit Zandra. Leonard vient à peine d’achever sa mission. Permettez-moi de prendre en charge cette affaire.

— Non, Votre Majesté, intervint Gordon. Confiez-moi cette mission. J’ai besoin de reprendre du service. Je leur montrerai ce que signifie la loi impériale.

Ils avaient très mal choisi leur moment.

— Vous osez transformer une affaire aussi grave en instrument dans votre lutte pour le trône ?! hurla mon père. Honte à vous deux !

Sa colère éclata de nouveau.

— Zandra ! Ta mère est originaire du sud ! Tu pourrais être impliquée dans cette affaire ! Et toi, Gordon ! Tu ne sais résoudre les problèmes que par la force ! Utilisez donc un peu votre tête !

— P…pardon, Votre Majesté…

Tous deux reculèrent, penauds.

Mon père expira longuement, puis se tourna vers Leo.

— Leonard. Je te nomme inspecteur chargé des patrouilles régionales. Enquête en profondeur sur cette affaire au sud.

— Oui, Votre Majesté.

— Je ne veux aucun compromis. Fais toute la lumière sur cette affaire. L’enlèvement est un crime grave dans cet empire. L’ignorer l’est tout autant. Ne fais preuve d’aucune clémence.

J’aperçus Zandra : son visage était crispé.

Si la famille de sa mère était impliquée… alors cette affaire allait lui porter un coup terrible.

Leo, lui, venait de s’imposer comme un véritable prétendant au trône.

La véritable bataille commençait.

— La séance est levée. Vous pouvez disposer.

Je me retournai pour partir.

— Arnold. Reste.

— Hein ?

— Ne pars pas.

— …D’accord.

Pourquoi moi seul ?

Lorsque tous furent partis, il ne resta plus que moi, mon père et Franz.

Mon père tenta de parler plusieurs fois, puis abandonna.

— Franz, dis-le à ma place !

— N’aviez-vous pas dit vouloir le faire vous-même ?

— Peu importe ! Dis-le !

Franz soupira.

— Prince Arnold. Cela concerne la Première Princesse, stationnée à la frontière Est.

— Liselotte ? Qu’y a-t-il ?

— Elle… a reçu une demande en mariage.

—Qu’elle a encore refusée…

Mon père et Franz affichèrent des mines abattues.

— Attendez… protesta Franz. Sa Majesté n’a que trois filles. Krista est trop jeune, et Zandra refuse catégoriquement de se marier.

— Ce n’est pas une raison pour forcer Liselotte. C’est le maréchal en charge du front est, l’une des trois seules personnes à porter ce rang dans tout l’Empire.

— Même ainsi, elle ne trouvera bientôt plus aucun parti ! Elle a déjà vingt-cinq ans !

— Alors dites-le-lui vous-même.

— Je l’ai fait ! Des dizaines de lettres ! Elle refuse à chaque fois ! Elle a même dit qu’elle renoncerait à son statut impérial !

— Si elle ne veut pas se marier, laissez-la tranquille.

— Je suis son père ! J’ai le devoir de m’inquiéter pour son avenir ! Arnold, tu vas lui écrire. Ou aller la voir toi-même.

C’était un ordre absurde.

S’il y tenait à ce point, il pouvait tout simplement rappeler ma sœur à la capitale par ordre impérial. Je savais cependant pourquoi il ne le faisait pas : il ne voulait pas qu’elle lui en veuille.

Liselotte et Krista étaient les filles de sa deuxième consorte, celle qu’il avait aimée plus que toutes les autres.

Liselotte, en particulier, était le portrait craché de sa mère. C’était précisément pour cela que mon père se montrait incapable d’être trop sévère avec elle.

Je soupirai. Il ne me restait plus qu’à hocher la tête, résigné.

— …Très bien.

J’avais un mauvais pressentiment.

Encore des ennuis en perspective.

error: Pas touche !!