sentenced t2 - CHAPITRE 4 PARTIE 3
Châtiment : Évacuation et sauvetage des habitants du district Cheg d’Ioff (3)
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Traduction : Calumi
Correction : Opale
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Notre artilleur était de retour en action, et cela ouvrait une nouvelle stratégie de combat redoutable, la guerre blindée.
L’infanterie pouvait avancer derrière un artilleur, utilisant son imposante armure comme bouclier. L’artilleur renforçait la défense de l’infanterie, tandis que l’infanterie compensait le manque de mobilité de l’artilleur. Avec un fantassin compétent et une reconnaissance rigoureuse, ce type de stratégie pouvait fonctionner même en environnement urbain.
Dans ces conditions, Tatsuya était le fantassin idéal, et un soldat de choc comme moi pouvait manœuvrer plus facilement dans des espaces étroits qu’un chevalier-dragon. Le champ de bataille serait relativement restreint. Dotta resterait en arrière et utiliserait sa vue anormalement perçante pour la reconnaissance.
En résumé, notre équipe était organisée pour éliminer rapidement toute menace visant Rhyno, notre artilleur.
— Oh ! Ils arrivent par la droite, dit Dotta d’une voix nerveuse à travers son sceau sacré. — Contacts ennemis ! Ils sont sept !
Les bogies étaient des barghests particulièrement petits. En général, les barghests avaient la taille d’un cheval ou d’un éléphant, mais ce n’était pas toujours le cas. Ces bogies plus petits compensaient leur taille par de grandes cornes sur la tête et une vitesse élevée, ce qui en faisait une menace sérieuse. Lorsqu’ils chargeaient, leurs cornes pouvaient facilement percer une armure épaisse. Le fait que nous combattions dans des rues étroites les rendait encore plus dangereux, car les bogies pouvaient surgir d’en haut ou foncer sur nous en groupe, laissant très peu d’espace pour esquiver.
Ils étaient l’ennemi naturel d’un artilleur. Ou du moins, ils auraient dû l’être.
— Camarade Xylo, je compte sur toi, dit Rhyno, sa voix étouffée à l’intérieur de son armure.
— Je sais.
À peine eus-je répondu que Tatsuya était déjà en mouvement. Il n’avait pas besoin qu’on lui dise quoi faire.
— Aagrrr !
Il abattit sa hache de guerre à une vitesse fulgurante, tranchant plusieurs bogies dès qu’ils surgirent d’un interstice entre deux bâtiments. Il poussa un cri de guerre étrange en écrasant les créatures sous ses coups, ne leur laissant aucune chance de riposter.
— Garde les yeux devant toi, Teoritta ! criai-je. — On y va !
— Très bien.
Teoritta invoqua une épée dans les airs. Elle comprit de suite ce que je voulais.
— Tu as ma bénédiction.
Je lançai un couteau tout en saisissant l’épée qu’elle avait invoquée. Un bogie explosa, en emportant un autre avec lui. Quand le troisième arriva à portée, je le tranchai avec l’épée, le faisant exploser à son tour.
Terminé ici.
— Combattre tranquillement comme ça… c’est plutôt agréable, et rien ne vaut le fait de se battre aux côtés de mes camarades héros. Je suis béni de vous avoir tous, dit Rhyno.
Chaque mot qui sortait de sa bouche sonnait faux et creux. J’avais envie de lui demander s’il pensait vraiment ce qu’il disait, mais ce n’était ni le moment ni l’endroit.
— Continuons d’avancer, dis-je. — Une fois dans Tui Jia…
— Qu-quoi… ?! Attends ! Il y a quelque chose devant !
Dotta me coupa et ruina mon discours au moment même où j’essayais de remotiver tout le monde. Il paniquait.
— Il y a… une sorte d’entrepôt devant, et euh… Il porte le sceau de Verkle Développement. Il y a aussi un incendie. On dirait que des gens se sont barricadés à l’intérieur, et des féeries se rassemblent autour du bâtiment… Qu’est-ce qu’on fait ?
— Certains doivent s’en servir comme abri. Bordel. Quelle galère.
— Ouais… Du coup, euh… Tu devrais peut-être ignorer ça et passer par un autre chemin, intervint Venetim via nos sceaux sacrés jugulaire.
Exactement ce à quoi je m’attendais de sa part.
— Ce serait préférable de les ignorer, tu ne crois pas ? On peut laisser ces civils occuper l’ennemi pendant que nous…
— Je ne suis pas d’accord, dit Rhyno en penchant légèrement la tête. — Ça ne me plaît pas. Je pense qu’on devrait les sauver avant de reprendre la tour. Qu’en penses-tu, camarade Xylo ?
Rhyno me regarda comme pour vérifier quelque chose, et même si ça me coûtait de l’admettre, il avait raison. Indépendamment de mes propres principes, nos ordres étaient de sauver les civils, donc nous devions les protéger.
…Et le fait que Teoritta me regarde avec inquiétude n’avait rien à voir là-dedans.
— Xylo, c’est une bataille honorable. Je…
— Je sais. Nous allons faire de cet entrepôt notre base. Le fait qu’il appartienne à Verkle Développement rend les choses encore plus simples.
— Sérieusement…?
Venetim semblait inquiet.
— Verkle Développement pourrait déposer une plainte contre nous.
— Tu sauras arranger ça si ça arrive.
— Quoi ? Non. On ne devrait vraiment pas…
— Une fois l’entrepôt sécurisé, on se divisera en deux équipes. Je vais te faire bosser jusqu’à l’épuisement aujourd’hui, Rhyno, alors prépare-toi.
— Évidemment. Ça commence à devenir intéressant.
Qu’il plaisante ou non importait peu. Rhyno faisait son travail, et c’était tout ce qui comptait.
— Dois-je ouvrir un passage ?
Il pointa son canon vers les fuathans massés devant nous, bloquant la route.
— C’est parti.
Nous n’étions qu’à une trentaine de pas, donc Rhyno ne risquait pas de manquer sa cible. Il posa un genou à terre, et le sceau sacré gravé dans le canon de son bras droit se mit à briller. Tout fut terminé en un souffle.
Boom. Une détonation sèche. L’obus d’artillerie d’un blanc argenté décrivit une belle trajectoire dans les airs avant de retomber en plein centre des fuathans. Les flammes engloutirent toute la rue en un instant. L’impact produisit une puissante rafale, mais lorsqu’elle atteignit les fuathans, ils n’étaient déjà plus que poussière emportée par le vent.
Il ne resta qu’un cratère.
— Cible touchée. Passage dégagé. On y va.
Le sceau utilisé par Rhyno s’appelait Tehwes Noots, ce qui signifiait « luciole impatiente » dans la langue de l’ancien royaume, d’après ce que j’avais entendu. Il consommait une quantité absurde de luminescence, mais ce faible rendement énergétique était simplement le prix à payer pour sa portée étendue et sa puissance destructrice, suffisante pour détruire un mur de château à structure métallique.
En plus de nécessiter de véritables obus d’artillerie, l’arme était extrêmement difficile à viser. Et pourtant, Rhyno s’en servait avec une précision presque irréelle.
Il pouvait ajuster la quantité de luminescence et tirer chaque obus en l’espace d’un seul souffle, tout en touchant sa cible sans difficulté.
Ça n’a aucun sens. Enfin, rien chez lui n’en a vraiment.
Rhyno était censé être un ancien aventurier, il n’avait jamais servi dans l’armée, alors comment avait-il appris à utiliser cette technologie ? Maintenant que j’y pensais, je ne connaissais même pas son nom de famille. Quoi qu’il en soit, presque tout chez lui était louche.
— On forme une bonne équipe, non ? Rhyno balança légèrement son bras droit pour le laisser refroidir. — Et je suis particulièrement impressionné par vous, déesse Teoritta. Votre pouvoir est remarquable. Vous et le camarade Xylo formez un bon duo.
— C’est vrai, mais ça ne paraît pas très convaincant quand ça vient de toi…
Teoritta recula de quelques pas pour s’éloigner de Rhyno et s’agrippa à l’ourlet de ma chemise par derrière.
— Ha ha. Tu n’as pas à avoir peur, dit-il. — Nous avons beaucoup en commun, tu ne trouves pas ? Après tout, nous nous battons tous les deux pour le bien de l’humanité. Je pense que nous avons beaucoup à apprendre l’un de l’autre.
— Vous n’avez rien en commun. Tais-toi, intervins-je.
Teoritta tirait encore plus fort sur ma chemise qu’avant.
— On avance. Rhyno, il te reste combien d’obus ?
— Pour des frappes de grande ampleur comme celle de tout à l’heure ? Il m’en reste… environ cinq.
— D’accord. Utilise-les avec parcimonie. Les chevaliers sacrés devraient arriver bientôt… N’est-ce pas, Venetim ?
— Hein ? Oh ! Oui.
La voix de Venetim grésilla lorsque je touchai le sceau sacré jugulaire.
— Je viens d’apprendre qu’ils envoient environ cinq cents soldats. Et j’ai réussi à obtenir l’autorisation pour que Jayce nous rejoigne, donc il devrait arriver bientôt. J’ai aussi fait sceller les canaux.
— L’ennemi envahissait la ville par les voies d’eau ? Je suis impressionné que tu aies réussi à les repérer.
— Euh… j’ai un peu inventé cette partie, murmura Venetim, mal à l’aise. — Je me suis dit qu’un sentiment d’urgence pourrait altérer le jugement de nos supérieurs suffisamment pour qu’ils acceptent nos demandes. Enfin… imaginer des féeries juste sous vos pieds, c’est plutôt terrifiant, non ?
— Ne mens pas sur des choses importantes comme ça ! répliquai-je. — Tu mobilises des soldats qui pourraient…
— Je ne pense pas que ce soit une mauvaise idée, dit Rhyno calmement. — Ce n’est pas impossible. Après tout, d’où viennent les féeries ? Je pense qu’il faut se méfier des voies d’eau. Elles ont très bien pu les emprunter.
— Si elles sont apparues soudainement en ville, c’est possible.
La source de ce Fléau démoniaque se cachait quelque part dans Ioff, celui qui tirait les ficelles : le Roi-Démon Spriggan.
J’avais d’ailleurs une idée de qui il pouvait s’agir. Ce type que nous avions croisé en protégeant Teoritta, Boojum, m’avait mis la puce à l’oreille. Même les flammes d’un dragon n’avaient pas réussi à le tuer. Et en plus, l’agilité dont il avait fait preuve en prenant la fuite dépassait celle d’un humain. C’était forcément lui.
Je supposais qu’il nous attendrait à Tui Jia, mais j’avais un plan de secours au cas où je me trompais : Frenci et ses hommes. Elle dirigeait toujours les Noctambules du Sud tandis qu’ils fouillaient et patrouillaient la ville. Elle n’avait qu’environ deux cents soldats avec elle, mais c’étaient tous des combattants fiables.
— Je vais le dire une dernière fois. Ne fais rien de disgracieux en essayant de sauver quelqu’un.
C’était son dernier avertissement.
— Ton esprit et ton corps existent uniquement pour la prospérité de la famille Mastibolt, et je ne te laisserai en compromettre aucun des deux. Compris ?
Elle avait dit ce qu’elle avait à dire, puis elle était partie. Il fallait vraiment que j’aie une discussion avec son père. Elle semblait encore marcher sur une corde raide. Je me demandais comment les Noctambules du Sud la traitaient, là-bas.
— Hé, Xylo !
Peut-être parce que j’étais distrait, la voix soudaine de Dotta m’irrita.
— Regarde le toit là-bas ! Ça craint !
— Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a enc… ?
Me demandant quel genre de féeries dangereuses nous attendait, je levai les yeux vers le toit, et je fus surpris. Je vis des féeries humanoïdes debout, et elles étaient très petites. Il s’agissait de féeries bipèdes appelées gobelins, incapables de se transformer complètement en trolls.
Une ou deux douzaines d’entre eux se tenaient sur le toit, chacun tenant quelque chose à la main. Des bâtons ? Non, des bâtons de mage. Et pas n’importe lesquels…
— Oh… Ce sont des bâtons de foudre ?
Rhyno me devança. Il n’y avait aucun doute.
Les gobelins tenaient des bâtons de foudre, bien qu’il s’agisse de modèles anciens, à tir unique.
— Incroyable… Je ne m’attendais pas à voir ça. Des féeries qui utilisent des sceaux sacrés ? Quelle surprise.
— Buhguh… mmn…
Tatsuya leva les yeux vers les gobelins, le regard vide. Il n’avait probablement aucune idée de ce qu’il voyait.
— Les commentaires, ce sera pour plus tard ! dis-je en attrapant Teoritta et Tatsuya par les bras pour nous mettre à couvert derrière Rhyno. — Ça arrive ! Ne vous faites pas toucher !
Les gobelins sur le toit tirèrent simultanément, envoyant des éclairs droit sur Rhyno, mais les tirs rebondirent sur son armure. C’était l’une des fonctions du Sceau composé d’artillerie Neven : il pouvait générer une barrière de sceau sacré pour la défense. Cela dit, elle n’était ni impénétrable, ni illimitée.
— Aucun dégât, mais j’ai dû utiliser une partie de la luminescence stockée comme carburant, dit Rhyno. — Ça a peut-être consommé notre cinquième tir.
— Sérieux ? Bordel. Idéalement, j’aimerais me replier dans une ruelle pour sortir de leur champ de tir, mais…
— Mais on n’a pas le temps de faire un détour, n’est-ce pas ? Parce qu’il y a des gens qui attendent qu’on les sauve. Donc…
— …Hé, attends !
Mais il était déjà trop tard. De toute façon, Rhyno ne se serait sans doute pas arrêté. En l’espace d’un seul souffle, il tendit son bras droit et activa le sceau sacré, qui s’illumina d’un blanc éclatant.
— Percer droit devant nous nous fera gagner du temps.
L’air vibra, puis un éclair de lumière fut suivi d’une explosion assourdissante. La maison juste sous nos yeux fut pulvérisée, anéantissant sans difficulté les gobelins sur le toit.
— La vie des gens est plus importante que les biens matériels, non ? dit-il.
— Ce n’est pas ça, le problème !
— Ce n’est pas ça, le problème !
Venetim et moi lui répliquâmes en même temps, même si ça m’agaçait de constater que, pour une fois, nous étions d’accord. Venetim, lui, semblait particulièrement contrarié.
— Comment suis-je censé expliquer ça ?! s’écria-t-il. — Tu te rends compte que je n’ai pas une réserve infinie d’excuses ?!
— Je n’en suis pas si sûr. J’ai foi en toi, camarade Venetim. Je suis certain que tu sauras convaincre tout le monde avec brio et arranger la situation.
Rhyno souriait probablement sous son casque tandis qu’il poursuivait son avancée, escaladant les décombres de ce qui avait été la maison de quelqu’un.
— Allons, camarade Xylo. Des gens attendent que nous les sauvions. Nous devons réussir.
D’un point de vue stratégique, il avait pris la bonne décision, surtout si l’on donnait la priorité à la vie des gens. Pourtant, il y avait quelque chose de réellement étrange dans la rapidité avec laquelle il tranchait, sans la moindre hésitation.
— Ce serait vraiment bien si le reste de la mission se passait aussi facilement, dit-il.
— Ne te fais pas d’illusions.
Contrairement à Rhyno, j’étais bien plus pessimiste quant à la situation, surtout après ce que je venais de voir.
Des féeries utilisant des bâtons de foudre…
Les gobelins étaient tous morts, soit à cause de l’explosion, soit en chutant du toit, mais cette vision m’avait profondément troublé.
Les Coexistants… Ils avaient forcément réussi, d’une manière ou d’une autre, à mettre ces armes entre les mains des féeries. Bordel.
Il était possible que leur influence se soit déjà étendue à chaque recoin d’Ioff.
***
Des voix résonnaient dans l’obscurité. Elles étaient suivies de bruits de pas, de métal qui raclait, de chocs, de rugissements, de cris, les sons du combat. Le Roi-Démon Boojum entendait tout.
Ils ont scellé les canaux.
Les voies d’eau souterraines d’Ioff, le plan de Spriggan consistait à faire passer les féeries par ces canaux pour les faire entrer dans la ville… mais l’ennemi avait vu clair dans ce stratagème et les avait condamnés. Les éclaireurs avaient probablement déjà été éliminés. L’intuition des humains devait être remarquable pour qu’ils aient pu établir une ligne de défense en si peu de temps. Peut-être que la déesse capable de voir l’avenir leur avait prêté main-forte, ou bien l’un de leurs commandants était-il simplement un excellent stratège ?
Quoi qu’il en soit, leurs compétences sont impressionnantes et méritent le respect.
Le respect était nécessaire au combat. C’était une question d’étiquette. Du moins, c’était ce que croyait Boojum. Si sous-estimer un adversaire poussait un guerrier à baisser sa garde, alors le respecter devait produire l’effet inverse. Et ainsi, Boojum parvint à une conclusion respectueuse quant à ce qu’il devait faire.
C’est véritablement regrettable, mais je suppose que je dois les tuer, tous, sans exception.
Lorsque Boojum s’extirpa de l’obscurité, une lumière aveuglante lui apparut, quelque chose illuminait l’espace autour de lui. Des humains munis de lanternes alimentées par des sceaux sacrés le fixaient, et l’un d’eux armait déjà sa lance pour attaquer.
— Il y a quelque chose ! C’est… une personne ?
— Toutes mes excuses, messieurs…
Boojum fixa la lumière droit devant lui.
— Mais je vous prie de ne pas résister. Cela ne ferait que rendre votre mort plus douloureuse, et ce serait vraiment regrettable.
— Hein ?
La réaction des humains fut lente, mortellement lente.
— Je peux rendre votre mort rapide et indolore si vous restez immobiles, dit Boojum. — Permettez-moi de vous expliquer. Je…
Alors que Boojum tendait la main droite, celle-ci se mit à bouillonner. C’était comme si quelque chose gonflait à l’intérieur de son corps avant de percer sa peau et de déborder. Le liquide ressemblait à du sang d’un rouge éclatant, et il s’enroula autour de sa main droite, formant des griffes.
— C…c’est le Roi-Démon ! Prévenez le capitaine ! cria l’un des humains.
— F…feu ! Feu ! Tirez avec vos bâtons de foudre !
L’un des bâtons s’illumina, et Boojum entendit une détonation sèche tandis qu’un rayon de lumière traversait son corps. Ses épaules, sa poitrine et son flanc furent criblés de trous, laissant encore plus de sang s’écouler. Pourtant, la substance continua simplement de s’enrouler autour de lui, comme si elle était vivante.
— Quelle impolitesse. J’étais encore en train de parler.
Au moment où Boojum prononça ces mots, tout son corps était déjà recouvert d’une armure de sang.
— Comme je le disais… j’ai déjà reconstitué ma réserve de sang. Vous n’avez absolument aucune chance de me vaincre. Et maintenant, j’en ai terminé.
Trois des humains continuaient d’attaquer avec leurs lances et leurs bâtons de foudre, ignorant son avertissement. Boojum s’était transformé en une bête, et son ombre dansait dans la lumière des lanternes. Tout fut terminé en un instant. Il combla la distance d’un seul bond et abattit ses griffes de sang, s’enfonçant dans les parties exposées de leurs corps entre les pièces d’armure et sectionnant leurs membres sans effort.
Les humains frappèrent désespérément, mais leurs lames et leurs éclairs rebondirent simplement sur l’armure de sang de Boojum.
— Cela s’appelle la Transmutation du Sang. Ce n’est pas aussi résistant que l’acier, mais avec suffisamment de compression et de superposition, je peux facilement dévier des attaques de ce niveau.
— Qu’est-ce que c’est que ce truc ?! Aucune de nos attaques ne fonctionne !
— F…faites-le exploser avec un sceau d’explosion !
— Reculez ! Ça va exploser ! cria quelqu’un tandis qu’un objet cylindrique fendait les airs.
Celui qui avait lancé cet explosif semblait prêt à sacrifier quelques-uns de ses alliés. Il n’y avait pas le temps de fuir. L’explosion se produisit juste au-dessus de la tête de Boojum, libérant une tempête de feu et de lumière.
…Et pourtant, Boojum ne s’arrêta pas.
— Il est encore en vie ! Ne le laissez pas s’approcher d’un pas de plus! Levez vos boucliers !
Peu importe la quantité d’armure de sang qu’ils parvenaient à entamer, les attaques des humains n’atteignaient pas le corps de Boojum, et il ne fallut pas longtemps avant qu’il se tienne au milieu d’eux.
— J’appelle celle-ci Sang tourbillonnant.
Boojum balaya l’air d’un geste, créant un vortex de sang avec ses griffes.
— Même une armure ne peut vous en protéger.
Ses griffes perdirent leur forme rigide, fouettant la pièce et lacérant les murs et le sol du passage souterrain. Les soldats furent déchiquetés sans relâche, sans distinction. Leurs armures et leurs boucliers ne servirent à rien, les spirales de sang s’infiltrant par les interstices pour les détruire de l’intérieur.
L’un d’eux continuait de hurler, et cela dérangea Boojum.
— Je ne le dirai qu’une dernière fois.
Alors que son bras retombait le long de son corps, le sang s’écoulant du bout de ses doigts commença lentement à former une lame encore plus grande.
— Vous ne pouvez pas me vaincre, et je n’ai pas l’intention de laisser qui que ce soit s’échapper. Je vous recommande donc de choisir une mort rapide et sans douleur.
Les humains ne lui répondirent pas. Ils se contentèrent d’échanger quelques murmures et de se préparer. L’un d’eux prit même la fuite, sans doute pour transmettre un message.
— Même maintenant, vous résistez encore ? Je suppose que je n’ai pas d’autre choix…
Boojum abaissa sa posture, s’accroupissant comme une bête sauvage dans une armure écarlate.
— Je vous plains sincèrement.
D’innombrables lames de sang fendirent l’obscurité.