sentenced t2 - CHAPITRE 2 PARTIE 3
Châtiment : Enquête sous couverture dans le district coquille de Sodrick (3)
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Traduction : Calumi
Correction : Opale
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— Il y a quelqu’un que je veux que vous tuiez, déclara Patausche avec assurance. — Et sans vouloir être impolie, j’aimerais qu’un expert en la matière s’en charge.
La femme à l’accueil resta stupéfaite. Sa bouche demeura entrouverte, et il était évident qu’elle ne savait pas comment réagir. Je comprenais parfaitement ce qu’elle ressentait.
— Hum… Écoutez. Non, je veux dire… Désolée, mais…
La réceptionniste secoua la tête, se ressaisissant.
— D’abord, qui êtes-vous ?
Une question raisonnable. La femme leva vers Patausche un regard maladif.
— Madleen est mon nom, répondit Patausche sans la moindre hésitation. — Pardonnez-moi de ne pas donner également mon nom de famille.
C’était une fausse identité qu’elle avait inventée avant notre arrivée. C’était déjà louable qu’elle ait réussi à le dire sans bégayer, mais elle venait de commettre une erreur fatale.
Quel noble entrerait dans la Guilde des Aventuriers pour demander directement un assassin ? Son sens de la mise en scène laissait clairement à désirer.
Je détournai instinctivement le regard de cette scène maladroite. Autant en profiter pour examiner l’intérieur de la guilde.
Le bâtiment paraissait encore plus étroit que je ne l’avais imaginé, peut-être à cause de l’éclairage sombre. Le premier étage semblait aussi servir de taverne pour les aventuriers en attente de travail. Certains buvaient ou fumaient. Quelques-uns consommaient même des substances illégales, ce truc appelé « Souffle du Dragon ».
Le deuxième étage devait être l’endroit où se traitaient les affaires. Je distinguais plusieurs pièces ainsi que quelques hommes qui ressemblaient à des gardes, tous les yeux rivés sur nous. Nous devions nous démarquer, et notre couverture était probablement déjà compromise. Dotta avait raison, il y avait aussi un bon nombre d’enfants ici, et l’expression sinistre dans leurs yeux indiquait clairement qu’ils n’étaient pas là pour vendre des bonbons.
On dirait qu’ils nous surveillent.
Cela n’avait cependant aucune importance. Tout se déroulait comme prévu. Je jetai un coup d’œil par la fenêtre. Dotta avait sans doute déjà escaladé le mur du bâtiment comme un lézard et atteint le toit. Il devait attendre de voir comment les choses allaient tourner. Pour Dotta, les murs n’étaient pas différents des couloirs. Il pouvait les grimper sans faire le moindre bruit, comme s’il marchait simplement. Apparemment, il possédait une sorte de griffes dans ses gants et ses chaussures. J’avais même entendu dire qu’il pouvait ramper au plafond si nécessaire.
— Dame Madleen, pardonnez-moi, mais…
La réceptionniste s’adressa à Patausche comme si elle parlait à une enfant.
— Nous n’acceptons pas n’importe quelle mission que l’on nous apporte, surtout lorsqu’il s’agit d’assassinats. Et puisque vous êtes une cliente pour la première fois, je crains bien que cela ne soit pas possible. Mais parlons d’argent. Combien pouvez-vous payer ?
— Je peux payer le prix qu’il faudra.
— J’ai bien peur que ce ne soit pas la question…
La réceptionniste était visiblement à bout de patience. Je sentis que je n’avais d’autre choix que d’intervenir dans la négociation.
— Désolé, mademoiselle. Ma dame a mené une vie à l’abri du monde et n’a pas l’habitude de ce genre d’endroits.
Patausche fronça les sourcils en signe de protestation tandis que je posais un coude sur le comptoir.
Elle avait insisté pour mener la négociation et s’était avancée comme pour dire : « Laissez-moi faire. » C’était sans doute un peu ma faute. Je n’aurais probablement pas dû lui dire qu’elle n’en était pas capable. Cela dit, même si je n’étais pas un habitué de ce genre d’affaires, j’étais certain de pouvoir faire mieux qu’elle.
— Il est vrai qu’il y a quelqu’un dont nous devons nous débarrasser. Je sais que nous n’avons pas de lettre de présentation, mais nous sommes désespérés. À défaut, nous avons besoin que vous nous aidiez à disparaître.
Je sortis nonchalamment une bourse de cuir de ma poche pour lui en laisser entrevoir le contenu. J’espérais vraiment que ce geste nous ferait passer pour des proies naïves et faciles.
— Nous avons de l’argent, dis-je.
— Je ne serais même pas en train de vous parler si ce n’était pas le cas.
La réceptionniste semblait nous jauger.
— Hum. Très bien, je vais vous écouter. Qui voulez-vous faire tuer ? Et pourquoi voulez-vous disparaître ? Je préférerais ne pas me retrouver mêlée à un problème que vous avez créé et finir par nettoyer vos affaires.
— Je veux que vous tuiez un noble, dis-je en baissant la voix. — Avez-vous entendu parler de la famille Hystead, gardiens du pont de Ginai ?
— Non, répondit-elle aussitôt, même si elle pouvait mentir.
Quoi qu’il en soit, je continuai.
— Nous avons quelques ennuis avec le troisième fils d’une des branches de la famille, et ma dame ici…
— Oui, intervint Patausche, ce que j’aurais préféré éviter. — J’ai épousé un membre de la famille Hystead.
C’était une interprétation audacieuse, mais plus ou moins ce à quoi je m’attendais de sa part.
— Pourtant, depuis mon enfance… j’ai juré de passer le reste de ma vie… avec cet homme ici… Nous nous sommes fait une promesse sous un arbre hargra sacré.
Je n’arrivais pas à croire qu’elle ait pris la peine d’inventer une histoire aussi étrange.
Tous les détails bizarres qu’elle ajoutait ne faisaient que rendre les choses plus difficiles à suivre pour moi.
— C’est pourquoi je veux tuer mon mari… et utiliser l’héritage pour épouser cet homme.
Pouvait-elle être plus directe ? Il fallait y aller progressivement. Commencer par essayer de cacher les détails, puis finir par tout avouer. Sinon, on passait pour un fou. Elle avait dû se laisser emporter par l’histoire qu’elle venait d’inventer.
— Et si ce n’est pas possible, poursuivit-elle, — Alors cela me va aussi de simplement m’enfuir avec cet homme et de nous m-marier, mais j’ai besoin que la Guilde des Aventuriers me présente quelqu’un qui puisse nous aider.
Elle n’aurait pas pu paraître plus suspecte, même en essayant.
— Euh… Attendez… gémit la réceptionniste.
Ce n’était pas bon signe. La femme se retourna et commença à parler avec quelqu’un hors de vue à l’arrière, sans doute la sécurité. Ils allaient probablement nous mettre dehors.
— Xylo, murmura Patausche.
Elle semblait extrêmement mal à l’aise.
— Peut-être que je me trompe, mais je ne crois pas qu’ils nous croient.
— Tu ne te trompes pas.
— Ce n’est pas bon. Qu’est-ce qu’on fait ? Tu as un plan de secours ?
— Oui. On va leur casser la gueule.
— Attends. Pardon ?
— Leur casser la gueule. Tu sais, créer un peu de chaos. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est une confusion totale. Imagine que nous soyons des pillards, sauf que le butin, c’est Lideo Sodrick.
Patausche ouvrit et referma la bouche plusieurs fois, le visage pâle.
— Q-qu-quoi ?! Quel genre de plan irréfléchi est-ce que c’est ?!
— Comme si on avait une autre option. Ils sont déjà suspicieux.
— Tu n’as pas l’air paniqué du tout. Ne me dis pas que c’était prévu depuis le début.
— Tu es perspicace. Je m’attendais à ce que ça arrive, et je suis vraiment content d’avoir quelqu’un d’aussi forte que toi avec moi.
— Mmm… ! Tu… C’est vraiment difficile de se mettre en colère contre toi quand tu me complimentes !
Je savais pouvoir compter sur son escrime, et elle était bien meilleure que moi en combat rapproché. Bien sûr, j’aurais préféré qu’on nous conduise au deuxième étage avant de provoquer un incident, mais il était un peu tard pour ça. Avec Zatte Finde et Sakara, j’étais sûr de pouvoir m’échapper de n’importe quel bâtiment.
Nos adversaires le savaient probablement aussi. Tout allait se jouer sur une démonstration de nos armes secrètes. Ce serait un pari risqué, mais nous avions de bonnes chances de l’emporter. Et si les choses tournaient mal, peu importait ce qu’il nous arriverait, tant que Dotta parvenait à enlever le maître de la guilde, la victoire serait à nous.
Très bien. Allons-y.
Je jetai un regard autour de moi et remarquai deux hommes armés qui s’approchaient de nous.
On dirait que ces deux-là seront nos premières victimes.
Mais à cet instant, j’aperçus quelqu’un derrière eux, et je n’en crus pas mes yeux.
Sa peau brune était lisse, et ses cheveux gris ternes avaient la couleur du fer. Pour couronner le tout, ses yeux brillaient presque d’une lueur glaciale capable de glacer le sang de n’importe qui. Je connaissais cette femme. Même l’armure de cuir bon marché qu’elle portait ne pouvait pas me tromper.
— Désolée, Dame Madleen. Mais…
— Voici un travail pour le moins intéressant.
La jeune femme aux cheveux couleur de fer, Frenci, nous interpella avant que la réceptionniste ne termine sa phrase. J’entendis Patausche retenir son souffle.
— On dirait que vous avez besoin de quelqu’un à tuer, dit Frenci d’une voix dépourvue d’émotion et étrangement intimidante. — J’aimerais beaucoup en entendre davantage sur ce travail. Peu importe à quel point votre plan est bâclé ou stupide. Tant que je suis payée, je suis prête à l’envisager.
Elle dirigea son regard glacé vers la réceptionniste.
— Pourrions-nous emprunter une salle à l’étage ?
— Hein ? Oh, oui… Madame Renzari.
Donc c’était le nom qu’elle utilisait ici ? On dirait que cela fonctionnait, mais pour qui se faisait-elle passer dans cet endroit ? La réceptionniste avait parlé avec beaucoup de respect.
— Les salles à partir de la sept sont libres. Prenez celle que vous voulez, dit la réceptionniste.
— Merci… Allons discuter davantage de ce petit travail là-haut.
Frenci nous regarda comme pour nous ordonner de la suivre.
— Vous êtes une dame d’une famille noble, n’est-ce pas ? Et vous, son amant ?
Même si Frenci était d’ordinaire difficile à lire, j’étais parfaitement conscient de ce qu’elle ressentait à cet instant. Elle était clairement de mauvaise humeur. En réalité, je ne l’avais jamais vue aussi furieuse.
***
— Tu es pitoyable, Xylo.
Je savais qu’elle allait dire ça. Une fois encore, c’était tellement prévisible que je me mis à rire.
— Tu manques de conscience de ta situation. Ce n’est pas le moment de rire. Peut-être devrais-je coudre cette bouche imprudente pour la fermer.
Après m’avoir passé un bon savon, Frenci s’installa sur une chaise dans un coin de la pièce et croisa les jambes. Deux hommes que je supposai être ses gardes du corps se tenaient silencieusement de part et d’autre d’elle. Même s’ils tentaient de le dissimuler sous leurs vêtements et leurs chapeaux, ils appartenaient eux aussi au des Noctambules du Sud. Cela expliquait leur silence — les Noctambules du Sud parlaient rarement devant les gens des plaines, afin d’éviter tout conflit inutile.
— Tu m’écoutes, Xylo ? Tu te rends compte à quel point tu es imprudent en ce moment ? Je me souviens très bien t’avoir dit de ne rien faire de stupide.
Les reproches de Frenci semblaient sans fin.
— À quel point peux-tu être idiot ? …Ils allaient t’attacher et te jeter dans une cellule si je n’étais pas intervenue pour te sauver. Un homme destiné à épouser une femme de la famille Mastibolt, capturé par quelques aventuriers minables ? Un tel scandale serait insupportable.
— Hé, j’avais un plan, et ça se passait très bien, dis-je. — Nous allions casser quelques têtes et provoquer un peu de chaos.
— Exactement, intervint Patausche. — Un de nos alliés allait s’infiltrer dans le bâtiment pour mettre la main sur des preuves. Ce plan a été décidé par les forces de défense d’Ioff elles-mêmes. Nous n’avions absolument pas besoin de votre aide.
— …Je vois.
Le regard glacé de Frenci parcourut Patausche de la tête aux pieds.
— Vous êtes un chevalier sacré, n’est-ce pas ?
— Je suis la capitaine du Treizième Ordre des Chevaliers Sacrés, Patausche Kivia.
— Peu importe.
Lorsque Frenci fit clairement comprendre qu’elle n’accordait aucune importance à ce titre, Patausche porta presque instinctivement la main à l’épée à sa taille.
— Pourriez-vous cesser de gâter ainsi mon futur mari ?
Frenci poursuivit, ses mots se précipitant.
— Il est encore dans un état pitoyable. Il est mal éduqué, inexpérimenté et stupide, alors j’apprécierais qu’une étrangère comme vous le laisse tranquille.
— Une « étrangère » ?
Les doigts de Patausche blanchirent tant elle serrait la poignée de son épée.
— L’étrangère, c’est vous. Vous n’avez rien à voir avec notre mission.
— Et c’est là que vous vous trompez. Je suis la fiancée de cet homme stupide, alors je dois être à ses côtés, même dans les moments les plus difficiles. Cela a toujours été ainsi entre nous. N’est-ce pas, Xylo ? Chaque fois que tu causais des ennuis, j’étais là pour te sauver.
— C’est arrivé une ou deux fois tout au plus…, répondis-je.
— M-même ainsi…!
Patausche fit un pas en avant. Sa haute silhouette dominait Frenci de manière intimidante.
— C’était le passé, dit-elle. — Oui, tout cela appartient au passé. Maintenant, c’est moi qui suis ici. Nous n’avons pas besoin de l’aide d’une ex-fiancée.
— Oh ? Vous prétendez pouvoir vous occuper de lui ?
— Bien sûr que je le peux. Provoquer un incident et s’échapper d’un petit bâtiment comme celui-ci serait un jeu d’enfant pour Xylo et moi.
— S’échapper du bâtiment n’est que le début. Comptez-vous faire de chaque personne de cette ville votre ennemie ? Bien sûr, mon fiancé serait sans doute capable d’un tel exploit, mais que se passerait-il s’il était gravement blessé ? Et si cela affectait ses souvenirs de moi ? Comment assumeriez-vous votre responsabilité et répareriez-vous cela ? Au minimum, je devrais vous tuer.
— Hmph ! J’aimerais bien vous voir essayer. Et puis, ne pensez-vous pas sous-estimer les capacités de cet homme ? Il a vaincu trois rois-démons d’affilée. Et avec moi à ses côtés, aucun aventurier n’aurait la moindre chance, même s’ils nous attaquaient tous en même temps ! N’est-ce pas, Xylo ?!
— Je ne suis pas venu ici pour perdre, mais surtout…
Je fis un pas entre Frenci et Patausche, car même Frenci avait désormais la main sur la garde de sa lame.
Je ne voulais pas qu’un combat éclate.

— J’ai besoin que vous vous entendiez toutes les deux. Je savais que vos personnalités ne seraient pas compatibles, mais c’est bien pire que ce que j’imaginais.
— Pardon ?
— « Compatibles » ?
Frenci et Patausche se tournèrent vers moi en même temps, et j’eus l’impression d’être fixé par deux bêtes féroces montrant les crocs et grondant. Elles étaient toutes les deux prêtes à tuer.
— C’est vraiment la seule conclusion à laquelle tu arrives ? dit Frenci. — Je me demande parfois si ta tête n’est pas remplie de cailloux.
— C’est pire que ça, dit Patausche. — Sa capacité à juger les gens est la pire que j’aie jamais vue.
— Je suis entièrement d’accord. Il a les yeux d’une taupe susubana.
— Cet arbre là-bas est plus intelligent que lui.
— Hé ! Je sais que j’ai dit que vous deviez vous entendre, dis-je en les interrompant avant qu’elles ne puissent continuer à m’insulter. — Mais vous pourriez trouver autre chose pour créer des liens ? Écoutez. On ne peut pas se permettre de plaisanter. On manque de temps, alors utilisons ce qu’il nous reste et passons aux choses sérieuses.
Dotta devait probablement être dehors dans le froid à attendre notre signal. Et même si je doutais que la température puisse affecter sa capacité à voler, je savais quel genre de personne il était. Sa kleptomanie finissait toujours par créer des ennuis, et il y avait de fortes chances qu’il commence à avoir les mains trop baladeuses au-delà du plan si on le laissait seul trop longtemps.
— Pour commencer, poursuivis-je, — Tu pourrais me dire ce que tu fais ici, Frenci. Tu joues à l’aventurière ?
— Je mène une enquête, évidemment. Comme vous deux, j’imagine, bien que j’opère avec beaucoup plus d’élégance.
Sa langue acérée articulait chaque mot avec précision.
— Je me suis déguisée en aventurière pour une mission sous couverture, et j’étais sur le point de rencontrer enfin Lideo Sodrick.
— Jusqu’à ce que nous intervenions ? Désolé pour ça. Mais je pense que notre méthode sera plus rapide. Nous allons provoquer un incident. Tu peux nous aider ?
— Encore une stratégie agressive, à ce que je vois. Comprends-tu à quel point ce sera dangereux ? Je ne l’autoriserai pas. Arrête ces absurdités et rentre chez toi. Maintenant.
Son ton était inhabituellement ferme. Mais à cet instant—
— Hum. Excusez-moi.
C’était la voix d’un enfant, probablement un jeune garçon, de l’autre côté de la porte, suivie d’un coup frappé contre le bois.
— Auriez-vous un moment ? poursuivit le garçon. — Le maître de la guilde souhaiterait vous voir afin de discuter de votre demande.
Frenci se leva sans un mot tandis que ses gardes dégainaient leurs épées. Patausche me jeta brièvement un regard, puis fit un signe du menton vers le mur qui séparait notre pièce de la salle voisine. Depuis quelques instants, un étrange cliquetis provenait de l’autre côté.
— Qu’est-ce que tu fais, Frenci ? demandai-je. — Tu peux partir maintenant si tu ne veux pas aider.
Je tirai un couteau de ma ceinture. Il m’en restait quatre. Cela pourrait suffire, mais j’en doutais.
— Je suis tellement consternée que j’en perds les mots.
Frenci sortit également son arme. C’était une courte épée courbe avec un sceau sacré nettement gravé sur la lame. Un léger sourire étira mes lèvres.
— Tu vois ? C’était beaucoup plus simple comme ça.
La porte vola aussitôt en éclats tandis que deux petites silhouettes sombres, manifestement des enfants, se précipitaient dans la pièce. Au même instant, le mur à notre côté explosa dans un éclair de lumière. Nous évitâmes de justesse l’éclair de foudre, et seulement parce que nous nous y attendions.
Dans la pièce voisine se tenait un homme brandissant un étrange faisceau circulaire composé de bâtons de foudre. Cela semblait être la nouvelle arme à tir rapide dont j’avais entendu parler. Quoi qu’il en soit, l’homme fut stupéfait que nous ayons esquivé son attaque, et sa surprise le laissa complètement à découvert.
— Hmph !
Patausche esquiva avec un grognement et fit preuve d’une vitesse incroyable. D’un bond violent, elle pénétra dans la pièce voisine et trancha net le bras de l’homme, faisant tomber l’arme au sol. Je ne jetai même pas un regard vers Frenci et ses deux gardes. Je savais qu’ils s’en sortiraient. Après avoir aisément dévié les couteaux lancés contre eux, ils envoyèrent les deux enfants au sol d’un coup de pied.
Pendant ce temps, je lançai un couteau vers la fenêtre et le fis exploser à l’impact, ouvrant un trou dans le mur. L’air froid et sec de l’extérieur effleura mes joues.
Je regardai à travers l’ouverture vers les voyous en contrebas. J’en vis même un idiot pointer vers nous en criant.
— Nous sommes encerclés. Parfait. Cela fera une bonne diversion, murmurai-je.
— …Quelle horreur.
Frenci se retourna, une main repoussant ses cheveux couleur de plomb.
— Vous allez vraiment le faire ? Vous devez être bien courageuse vous aussi, chevalier sacré.
— Eh bien… Ce n’était pas vraiment le plan que j’avais en tête, dit Patausche en fronçant les sourcils avec gêne, les yeux fixés sur moi.
— Hé, tu l’as dit toi-même, répliquai-je. — Cette ville est pleine de raclures, non ?
— Où veux-tu en venir ?
— Nous allons nettoyer la ville en nous débarrassant de tous ses déchets pendant que nous faisons sortir Lideo Sodrick de sa cachette. Nous rendons service à la société.
Ni Patausche ni Frenci ne dirent un mot. Les gardes de Frenci restèrent également silencieux.
Mais lorsque je regardai à travers le trou que j’avais créé, je vis des types louches partout en bas et dans le bâtiment voisin.
Il n’y avait plus de retour possible.
Mon plan maladroit, mal réfléchi et stupide était déjà en marche.