Hole in my heart t1 - CHAPITRE 5 PARTIE 4
Doré (4)
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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En vérité, il n’y avait pas du tout d’argent. Alors, c’était inévitable, pensa Telnerica.
— …
Dans une pièce d’un grand bâtiment de la ville où elle s’était téléportée. Telnerica était assise sur un large canapé, dans un coin.
Sur une table proche se trouvaient un panier de fruits et une bouteille en céramique remplie d’un jus sucré. Le sol était recouvert d’un tapis à longs poils.
— Un traitement bien courtois, murmura doucement Telnerica.
Était-ce parce qu’elle était, nominalement, une ancienne noble ? Ou bien la plaignaient-ils, cherchant à lui offrir un peu de réconfort avant ce qui allait suivre ?
…Sans doute la seconde option, pensa Telnerica en fermant les yeux.
— …!
Elle pressa ses mains tremblantes.
Il y avait du regret, et de la peur. Chaque fois que son regard tombait sur le dispositif magique rouge destiné à préserver la vie, placé dans un coin, elle avait envie de fuir. De s’accrocher à quelqu’un, n’importe qui, et de pleurer.
Mais malgré tout, Telnerica était ici parce que ne rien donner à Konoe serait bien, bien pire.
Elle le savait. Elle l’avait toujours su. Si elle expliquait, il lui pardonnerait sûrement. Il dirait que ce n’était pas grave, qu’il se fichait de l’argent. Elle le savait. Elle l’avait toujours su.
Telnerica avait observé Konoe tout ce temps. C’était ce genre de personne.
— …Mais je ne peux pas accepter cela.
Il avait travaillé si dur. Il avait sauvé tant de monde.
Pendant sept jours et sept nuits, il avait sauvé trois mille personnes.
Même en dormant, il se réveillait à l’approche d’un monstre. Il faisait plus attention que quiconque à empêcher les monstres d’entrer dans la ville. Il protégeait les habitants, la ville, Telnerica, ainsi que les choses précieuses pour sa famille.
Normalement, personne n’irait aussi loin. En tant qu’ancienne noble, Telnerica savait à quoi ressemblaient les Adeptes ordinaires.
Leur nature leur accordait la liberté, et avec leur fort ego, la quantité de travail dépendait de l’Adepte.
Ils combattaient les monstres maléfiques, soignaient pendant la journée. Mais au-delà de cela, ils n’allaient pas plus loin. Ils faisaient le strict nécessaire, mais tout effort supplémentaire nécessitait un paiement en plus, beaucoup d’Adeptes étaient ainsi.
…Ainsi, le fait que Konoe ait sauvé chaque habitant survivant ne relevait que de sa bonté.
Lorsque Telnerica l’avait remercié une fois, il avait répondu humblement que ce n’est pas de la bonté. Qu’il voulait simplement être consciencieux dans son travail.
Mais même cette conscience professionnelle relevait de son choix.
Il choisissait naturellement de tendre la main aux autres. Si ce n’était pas de la bonté, alors qu’était-ce ?
Sans aucun doute, Sylmenia avait été sauvée par la bonté de Konoe.
— C’est pour cela que je dois le récompenser.
Supplier pour être pardonnée, faire comme si rien ne s’était passé, Telnerica ne pouvait pas se le pardonner.
Au minimum, cette première promesse… ce contrat, elle devait l’accomplir, sinon elle ne pourrait pas se le pardonner.
Et c’est pour cela que Telnerica ne pouvait pas dire la vérité à Konoe.
Si elle le faisait, il refuserait sûrement l’argent. C’était ce genre de personne.
Telnerica le savait, et elle ne pouvait donc pas faire quelque chose d’aussi ingrat ou honteux.
Cela dévaloriserait les trente jours de Konoe. Cela dévaloriserait le Konoe qui l’avait soignée et sauvée le premier jour.
— …
…Oui, ce jour-là.
Elle ne pourrait jamais dévaloriser le fait que Konoe l’ait trouvée, qu’il l’ait relevée. Parce que, parce que…
— C’était si chaud.
Telnerica n’oublierait jamais cet instant. Sans doute, jusqu’à la fin de sa vie, elle ne l’oublierait jamais.
À ce moment-là, elle était en train de mourir. Au stade final de la maladie mortelle. Son corps était ravagé par la douleur, elle peinait à respirer. Elle ne voyait plus, son souffle s’éteignait. Il ne lui restait que la mort.
Il n’y avait aucun avenir pour Telnerica.
— …Ne t’inquiète pas. Je vais te soigner. Tout ira bien.
Mais malgré cela, des bras la soulevèrent. Ces bras l’enveloppèrent doucement, lançant une magie de soin. Ils lui dirent de ne pas s’inquiéter. Lorsque sa vue revint, elle aperçut son regard inquiet. Tout était si chaud, si rassurant…
C’est pour cela. C’était le premier amour de Telnerica.
Elle était tombée amoureuse de cette chaleur, de cette bonté.
— …Heh.
En repensant à cet instant, un sourire lui échappa, même dans cette situation.
Un souvenir heureux. Peu importaient la douleur, la souffrance, le sang qu’elle avait craché, elle pouvait dire avec fierté que c’était un moment heureux. Ce moment avait existé.
…Bon, c’était aussi un souvenir un peu embarrassant.
— …Ce n’était pas le moment de dire ça, n’est-ce pas ?
C’était pendant leur négociation. Lorsque Telnerica expliquait la situation de Sylmenia, la pollution par le miasme, la souffrance des habitants, implorant son aide.
— Noble Adepte, je vous en prie, notre cité ! …En ce moment même, les gens souffrent !
— Je vous en conjure, par pitié, si vous pouvez exaucer cela… Je vous offrirai mon corps, telle une fleur sacrée fleurissant à vos côtés…*kof*…!
— Vraiment… c’est tellement embarrassant.
Telnerica porta la main à ses joues. Elles étaient chaudes. Sûrement rouges.
C’étaient des mots spéciaux. Des mots qu’une jeune elfe pouvait vouloir dire une fois dans sa vie. Des mots de serment, inspirés de la fleur de pierre qui fleurit au pied de la statue de l’ancien temple elfique.
Pas des mots à prononcer couverte de sang. Pas pour marchander. Et elle n’avait même pas pu aller jusqu’au bout, interrompue par une quinte de toux sanglante.
Si sa mère avait été en vie, elle aurait levé les yeux au ciel, exaspérée. Son père aurait sans doute fait semblant de ne pas entendre, et son frère se serait plié de rire.
— Mais je n’ai pas pu m’empêcher de vouloir le dire, parce que j’étais tombée amoureuse.
Elle était véritablement et profondément amoureuse.
Être à ses côtés suffisait à la rendre heureuse. Les mots n’étaient pas nécessaires. Être simplement là lui suffisait.
Heureuse, à toujours observer Konoe.
— …
Et ainsi, elle le comprenait, un peu.
Plus fort et plus bienveillant que quiconque, et pourtant porteur de profondes blessures dans son cœur.
Une personne qui doutait des autres, gardait le silence. Incapable de croire en quoi que ce soit, se détestant plus que tout. Telnerica voulait devenir sa force. Rester à ses côtés, lui parler, partager sa chaleur. Elle voulait faire davantage, dire davantage.
Mais elle portait un devoir confié par sa famille. Leur dernier souhait. Elle ne pouvait jamais l’abandonner.
Au final, tout était resté inachevé. C’était cela qui rendait Telnerica triste, pleine de regrets.
…Et ainsi, elle fit un serment.
— Maître Konoe, au moins, j’accomplirai notre premier contrat.
◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆
— Alors, d’après toi, d’où viennent les mille pièces d’or destinées à te payer ?
— …!
Dans le bureau de l’instructrice, à l’académie de la capitale.
Konoe fut abasourdi par les paroles de cette dernière. Le contrat avec Telnerica. Mille pièces d’or. Si ce qu’il venait d’entendre était vrai, c’était une somme impossible à payer.
Alors, comment.
— Eh bien, pour commencer, je devrais te donner ceci.
— Hein ?
— C’est déjà réglé sur la destination. Fais attention à ne pas le casser.
L’instructrice tendit à Konoe un dispositif magique. Un outil utilisé à l’entraînement pour la navigation, qui indique la destination une fois réglé.
— Le portail pourrait ne pas être prêt à temps. La procédure est probablement prévue juste après le coucher du soleil. On dit que le crépuscule est le moment idéal.
— …Hum.
— Si c’est le cas, nous, les Adeptes, pouvons courir plus vite. C’est une distance que tu peux parcourir à temps.
Konoe ne comprenait toujours pas entièrement la situation. Qu’en était-il des mille pièces d’or ?
— Maintenant que tu es prêt, passons à l’essentiel. Écoute bien.
L’instructrice posa une main sur l’épaule de Konoe. Puis, avec une expression grave…
— L’académie a déjà été contactée. Un transfert de mille pièces d’or a été organisé ce matin depuis un atelier d’alchimie dans une certaine ville.
— Un atelier d’alchimie ?
— Konoe, connais-tu la vente du corps ?
…La vente du corps ?
— …Non.
— En termes simples, cela consiste à vendre des parties de son corps. Le corps humain peut parfois servir de catalyseur pour l’alchimie ou la magie. Les cheveux, par exemple, sont courants.
— …
— Les cheveux, le sang, et parfois le corps lui-même. Si la valeur est jugée suffisamment élevée, c’est autorisé. …Ne t’inquiète pas, personne ne meurt ni ne perd de membres. Tu sais, avec une magie de soin avancée, un bras ou une jambe peuvent être régénérés, n’est-ce pas ?
…Impossible.
Malgré le ton léger de l’instructrice, un pressentiment glacial remonta le long de l’échine de Konoe. Il commença à deviner la direction que prenaient ses paroles.
Mais l’instructrice continua, expliquant que c’était quelque chose que faisaient parfois les cas désespérés.
C’était un moyen de gagner de l’argent uniquement avec son corps. Aucun dommage durable, et la rémunération était élevée.
— Mais.
— Il y a un inconvénient.
— …Lequel ?
— Ça fait mal. Une douleur insoutenable. Une agonie. Pour éviter les conflits de mana ou des problèmes lors d’une utilisation ultérieure, aucun sommeil ni aucune magie antidouleur ne peuvent être utilisés. Aucun médicament non plus. Donc, pendant la procédure, tu endures la douleur. Cette souffrance peut parfois altérer certaines parties du cerveau. Même changer la personnalité.
— …
— Et… pour de grosses dettes, cela se répète plusieurs fois. Mille pièces d’or, ce n’est pas facile à réunir. Une seule fois ne suffit pas. Ton corps est déchiré alors que tu es encore en vie, poussé jusqu’aux portes de la mort, puis soigné, encore et encore. Pendant des jours et des jours. À souffrir à la frontière entre la vie et la mort.
À titre d’exemple, ajouta l’instructrice, — si une procédure rapporte trente pièces d’or, il faudrait endurer cela pendant plus de trente jours.
— Alors, des questions ?
— …
— Sinon, une dernière chose.
Elle fixa Konoe droit dans les yeux.
— Le cœur d’une ancienne lignée elfique peut servir de catalyseur pour une barrière de scellement.