Hole in my heart t1 - CHAPITRE 3 PARTIE 5
Ces jours passés ensemble (5)
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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Ce jour-là aussi, le dragon des vents observait la cité. Allongé devant la caverne, il continuait d’observer. La ville et le château en son cœur.
Les mouvements des gens, les bâtiments en reconstruction.
La présence détestable de la barrière, et le mana de cet homme, ainsi que son aura écrasante.
— …
Le regard du dragon se fixa sur la porte du château. Là se tenait l’homme qui en sortait. Contrairement aux autres qu’il avait vus, un apôtre blanc serviteur des dieux. L’ennemi juré du dieu maléfique. Et surtout…
— GUUUU
…Le dragon ravala ses émotions, fixant l’homme. Il observa chacun de ses mouvements, et ceux des personnes autour de lui.
— …?
Alors, il remarqua quelque chose. L’elfe à ses côtés. Il l’avait déjà vue.
Qu’était-elle ? Toujours près de l’homme.
…Peut-être sa compagne ?
À cet instant…
— !!
Le dragon se jeta instinctivement au sol, et un torrent blanc déchira l’air au-dessus de lui.
Une lance d’un blanc pur. L’éclat en forme de croix qui avait anéanti un géant. Elle parcourut des dizaines de kilomètres depuis la ville jusqu’à la montagne en un instant, visant le dragon.
— …GI
Un rugissement assourdissant.
La lance anéantit la caverne derrière le dragon. La montagne fut entaillée. Le terrain se déforma, les arbres tombèrent, et des débris s’abattirent sur le dragon.
…Pourtant, il ne bougea pas. Il retint son souffle, désespéré de rester caché.
— …
Simplement pour éviter d’être détecté.
Du lever du soleil bas à l’horizon jusqu’à son coucher.
…Le dragon ne bougea pas.
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Les jours passèrent depuis que Telnerica avait dit qu’elle était là parce qu’elle le voulait.
Konoe resta troublé tout ce temps. Qui était donc cette fille qui restait toujours à ses côtés ? Il n’arrivait pas à comprendre. Konoe s’en était tellement tourmenté qu’il ne parvenait pas à dormir la nuit. Mais aucune réponse ne venait. Plus il y pensait, plus son humeur se détériorait.
Malgré cela, il avait des affaires à régler, alors pour la première fois depuis un moment, Konoe quitta le château.
— …
Ce fut à cet instant qu’un mauvais pressentiment le frappa.
Konoe invoqua sa lance et l’expédia. Guidée par l’instinct, la lance déchira le ciel et frappa près du sommet d’une montagne éloignée de la ville.
…Créant une seconde lance dans sa main, il garda les yeux fixés sur le point d’impact.
— …
— …Maître Konoe ? Que se passe-t-il ?
— …Rien.
Il observa un moment, mais rien ne bougea. Incité par les paroles de Telnerica, il relâcha sa vigilance.
Il n’avait pas la sensation d’avoir tué quoi que ce soit. Peut-être que ce mauvais pressentiment n’était que son imagination.
Il aurait voulu se rendre sur place pour confirmer, mais… se rendre jusqu’à la montagne laisserait la cité sans défense pendant un certain temps. Avec le dragon des vents qui s’était échappé l’autre jour toujours quelque part dehors, agir imprudemment n’était pas une option, pensa Konoe.
Il laissa échapper un léger soupir et ramena son regard vers le sol.
— …?
Hm ?
Telnerica fixait intensément sa main, non, plus précisément, la lance dans sa main.
— …Qu’y a-t-il ?
— Oh, Maître Konoe, votre lance d’un blanc pur est vraiment magnifique.
Telnerica joignit les mains devant sa poitrine en parlant.
Ses yeux brillaient et ses joues étaient légèrement rosies.
— …Ah bon ?
— Oui, absolument ! C’est la couleur de la divinité de la Vie, n’est-ce pas ? Elle me rappelle la figure que j’ai vue autrefois dans la capitale !
Un blanc si pur, sans la moindre tache, c’est tellement merveilleux ! poursuivit Telnerica. Il n’y avait aucune ombre dans son expression, seulement l’admiration pure de quelqu’un contemplant quelque chose de beau.
— …
— …Maître Konoe ?
— …Ce n’est rien.
Face à l’attitude de Telnerica, Konoe ressentit une émotion indescriptible.
Bien sûr, ce n’était pas un savoir qui allait de soi. Telnerica ne devait probablement pas le savoir.
La signification du fait que l’arme d’un adepte soit blanche.
L’arme divine accordée aux Adeptes, dont la couleur, la forme et les capacités changent selon la nature de ce dernier, ce que signifie le fait que cette arme demeure d’un blanc pur.
Les Adeptes, les armes divines et la magie unique.
— …
Konoe détourna le regard du visage souriant de Telnerica et fit un pas vers sa destination.
La destination du jour était la ville, ou, plus précisément, la tour protectrice qui s’y trouvait.
◆
Ces derniers temps, Konoe n’était pas sorti en ville.
Il était resté dans le château, soignant la maladie mortelle et surveillant les environs. Pourquoi ? Parce qu’il se sentait blasé. Le paysage urbain était en ruines. Les champs s’étaient desséchés. Des gens en vêtements en lambeaux transportaient des gravats.
Leur vie avait été sauvée, mais c’était comme s’ils avaient perdu tout le reste.
Cela faisait quelques jours qu’il s’était aventuré dans la ville et les avait vus. Quelques jours seulement, mais c’était suffisant pour sombrer dans le désespoir.
Depuis la tour de guet du château, il semblait que les réparations de la tour protectrice progressaient quelque peu, mais la restauration de la cité était encore loin d’être achevée.
La tâche interminable de reconstruction devait avoir épuisé tout le monde.
L’atmosphère était probablement délétère. La sécurité de la ville pouvait même se détériorer. Alors Konoe avait délibérément détourné son attention, choisissant de ne pas regarder.
Quelqu’un doté d’un fort sens de la justice se serait peut-être précipité pour aider, mais Konoe était simplement consciencieux. Il faisait seulement ce que son travail exigeait. C’était le genre de personne qu’il était.
— …
Pourtant, malgré cela, Konoe était venu en ville aujourd’hui parce que les deux tiers de la durée de son contrat étaient passés. Il restait dix jours. La tour protectrice devait être entièrement réparée, sinon il ne pourrait pas retourner à la capitale l’esprit tranquille.
Sans Konoe ni la barrière, si ce dragon des vents attaquait de nouveau, la cité tomberait facilement. Pour éviter cela, il avait décidé de vérifier lui-même l’avancement des travaux.
— …
Konoe passa par la grande porte du château, imaginant une ville en déclin.
Cela lui rappelait vaguement son ancien lui, éveillant un sentiment désagréable. Il décida de retourner au château dès que ses affaires seraient terminées.
D’un pas lourd, il franchit la porte et descendit le long escalier.
À chaque marche, la ville apparaissait davantage. L’endroit qu’il avait délibérément évité de percevoir, sauf pour détecter les monstres, était maintenant…
— …Hein ?
Konoe laissa échapper un léger murmure. Il s’arrêta net.
La confusion le saisit. Parce que là, devant lui…
— …Quoi ?
Il y avait des sourires. Les voix animées de nombreuses personnes.
Un homme courait en zigzag, transportant des matériaux. Une femme préparait de la nourriture, appelant les autres. Un vieil homme tressait de l’herbe sèche pour en faire une corde. Un enfant l’imitait en l’aidant.
…Il n’y avait aucune atmosphère sombre. Au milieu des tas de gravats, les yeux des gens brillaient. Ils n’avaient pas abandonné. Ils regardaient vers l’avant, marchant la tête haute.
— …
Konoe cligna plusieurs fois des yeux devant la scène.
C’était la même chose qu’il y a quelques jours, non, c’était encore plus animé, les gens avançant en souriant.
« Pourquoi ? » se demanda Konoe.
Il avait été certain que leur esprit serait brisé. Ils avaient été au bord de la mort, avaient souffert. Il avait pensé qu’ils auraient abandonné, succombé au désespoir.
— Maître Konoe ?
— …
Konoe ne put répondre à la voix de Telnerica.
Après être resté immobile un moment, il finit par avancer.
Son regard fixé sur la tour protectrice, il se mit à marcher vers elle. Pas à pas, il parcourut les quelques centaines de mètres.
Des hommes couverts de poussière se tenaient au sommet des gravats.
Ils transportaient les débris un par un. Les pierres des maisons effondrées étaient lourdes et dures, leurs visages rougis par l’effort tandis qu’ils déplaçaient une seule pierre, alors que des montagnes en restaient encore.
…Et pourtant, ils travaillaient en chantant joyeusement.
Près d’un puits, des femmes cuisinaient.
Elles préparaient d’énormes quantités d’ingrédients apportés depuis le château, cuisinant des repas destinés à être distribués.
Elles épluchaient des tas de légumes, faisant sans cesse l’aller-retour entre le puits et de grandes marmites pour transporter de l’eau. …Et pourtant, elles accueillaient et saluaient les gens dans la file avec des sourires.
Des enfants se faufilaient entre les espaces laissés par les gens.
Chargés de transmettre des messages ou de porter des objets légers, ils couraient avec l’énergie de la jeunesse, respirant bruyamment. …Malgré tout, ils serraient leurs charges dans leurs bras, faisant de leur mieux pour aider.
Sous des tentes de fortune en tissu, on pouvait voir des personnes âgées.
Elles fabriquaient de petits objets ou s’occupaient de jeunes enfants incapables de travailler. Leurs mouvements étaient lents, leurs corps usés par le temps. …Et pourtant, ils affichaient des sourires doux, accomplissant régulièrement leurs tâches.
— …
…Et ainsi, en observant ces scènes, Konoe atteignit la tour de barrière.
Contrairement au reste de la ville, la reconstruction ici faisait appel à la magie.
Certains taillaient la pierre avec de la magie de terre, d’autres la soulevaient par télékinésie. Des golems dégageaient avec précaution les sections effondrées. Ceux qui maîtrisaient la magie de lévitation flottaient dans les airs, gravant des cercles magiques dans les murs reconstruits.
La restauration de la tour protectrice était urgente, donc ceux capables d’utiliser la magie avaient sans doute été rassemblés ici. Grâce à leurs efforts, les progrès étaient visiblement réguliers.
— …
Konoe regarda derrière lui les quelques centaines de mètres qu’il avait parcourus. La scène animée des habitants restait inchangée, peu importe combien de fois il la regardait.
Les enfants affichaient des sourires éclatants, aidant ou mangeant les collations qu’on leur avait données. On tendait la main aux anciens, on les respectait, on leur demandait leur avis.
C’était évident. Loin de décliner, l’atmosphère était nettement meilleure que quelques jours auparavant.
Les faibles souriaient.
— …Pourquoi ?
C’était inattendu. Il ne pensait pas que ce serait ainsi.
Dans des conditions aussi dures, il avait supposé que les faibles seraient opprimés. Après tout, Konoe lui-même l’avait été. Il avait été indésirable, piétiné comme un faible pendant qu’il grandissait.
Enfant abandonné par ses parents, Konoe était un fardeau partout où il allait. Personne ne lui tendait la main. Les proches, les enseignants, tous le regardaient avec mépris. Alors il avait enduré, et enduré encore, jusqu’à devenir la personne qu’il était maintenant.
— …Pourquoi ?
Les humains étaient-ils vraiment comme cela ?
Cela lui semblait étrange. Ils avaient tous souffert. Ils avaient contracté la maladie mortelle. Leur corps avait pourri. La magie de guérison d’un Adepte pouvait réparer l’esprit dans une certaine mesure, mais leur cœur aurait pu se briser. Il n’aurait pas été étrange qu’ils sombrent dans le désespoir.
Ils avaient souffert, ils avaient eu mal.
Et pourtant, d’une manière ou d’une autre, ils souriaient tous. Hommes, femmes, enfants, anciens.
— …Pourquoi ?
Pour Konoe, c’était une vision incroyable.
Il voulait en douter, dire que c’était un mensonge… Non, il en doutait déjà. Il se demandait si ces sourires n’étaient qu’une façade, si, en coulisses, des enfants n’étaient pas emmenés et maltraités.
— …
— Aïe, aïe !
Ce fut à cet instant, peut-être un mauvais timing, qu’un enfant tomba non loin.
Un jeune garçon, qui n’avait probablement pas encore dix ans. Ses vêtements n’étaient pas particulièrement propres, son corps mince. Il était tombé durement, s’écorchant sérieusement les mains et les genoux.
Le garçon gémit de douleur, toujours au sol. Des larmes montèrent dans son visage légèrement relevé.
Konoe s’approcha de lui. Il voulait confirmer.
— …
— …Agh, ça fait mal… …Hein ?
Lorsque Konoe s’agenouilla à côté de lui, le garçon cligna rapidement des yeux en le voyant. Les larmes, poussées par ses clignements, roulèrent sur ses joues.
— …Noble Adepte ?
Le garçon murmura, la bouche entrouverte. Konoe posa une main sur la tête du garçon.
— …?
Le garçon regarda avec curiosité la main de Konoe suspendue au-dessus de lui, la fixant intensément… mais ce fut tout.
En voyant cela, Konoe sentit une partie de la tension quitter son corps. Il posa sa main sur la tête du garçon et lança un petit sort de guérison. Le corps du garçon brilla faiblement, et les blessures de ses genoux et de ses mains se refermèrent complètement.
— …Ah… Noble Adepte ! Merci !
Le garçon regarda Konoe, les yeux étincelants.
C’étaient des yeux remplis d’émerveillement voire d’admiration.
— …
Konoe se leva et recommença à marcher.
Il se rappela la sensation du sort de guérison. Le corps du garçon ne présentait aucune blessure en dehors de celles de ses mains et de ses genoux. Aucun bleu sous ses vêtements, aucune cicatrice. Il était mince, mais son état nutritionnel n’était pas critique.
En d’autres termes, ses soupçons avaient été démentis. Il n’y avait pas d’enfants maltraités dans l’ombre, pas d’enfants abandonnés.
…Bien sûr, ce n’était qu’un seul enfant.
Les autres pouvaient être différents. Il pouvait encore y avoir des enfants qui souffraient en secret.
Non, pour le méfiant Konoe, cette possibilité semblait même élevée.
— …
…Mais malgré tout. Même ainsi.
Konoe ressentit quelque chose d’étrange, d’inexplicable.
…Pour une raison quelconque, l’enfant qu’il avait été semblait sourire, ne serait-ce qu’un peu.
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— …?
Derrière Konoe, Telnerica se tenait seule, clignant des yeux. Elle inclina la tête, regardant Konoe avec curiosité.
Elle se contentait d’observer son dos légèrement voûté tandis qu’il marchait. Elle se remémora son comportement passé.
Pendant vingt jours, Telnerica était restée aux côtés de Konoe, l’observant toujours. Alors elle se rappela ses paroles, ses expressions, ses gestes.
— …
Telnerica baissa tristement les yeux. Elle mordit sa lèvre et hocha légèrement la tête.