Hole in my heart t1 - CHAPITRE 3 PARTIE 1
Ces jours passés ensemble (1)
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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À un coin de montagne, à quelques kilomètres de la ville de Sylmenia.
Cachée par des arbres denses, invisible aussi bien depuis le sol que depuis le ciel, se trouvait une unique caverne. Avant la pollution de miasme, seuls quelques bûcherons expérimentés utilisaient parfois cette petite cavité.
Au plus profond de la montagne, connue de presque personne. Un endroit isolé, jamais touché par la présence humaine. Dans un tel lieu…
— GRU…
Un dragon y avait élu domicile.
Écailles vertes caractéristiques. Un dragon du vent inférieur — la cime des créatures magiques, le plus puissant de son espèce, souverain des cieux.
Celui qui avait échappé à Konoe.
L’un des deux dragons qui avaient ravagé Sylmenia se terrait là.
— …
Le dragon demeurait dans une petite clairière juste à l’extérieur de la caverne.
Une créature qui, d’ordinaire, aurait parcouru avec arrogance l’immensité des cieux ne bougeait pourtant presque pas, ne poussait même pas de rugissement, se contentant de rester couchée sur le sol. Elle restait immobile, le regard fixé obstinément au même endroit.
Afin d’éviter d’être détecté, tout en ne perdant jamais sa cible de vue, réprimant sa présence et réduisant sa gigantesque silhouette, le dragon continuait d’observer à travers les étroites ouvertures entre les arbres.
Le dragon, effaçant sa présence pour éviter l’attention de Konoe, observait la ville.
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Trois jours s’écoulèrent depuis les sept nuits sans sommeil.
Autrement dit, c’était le dixième jour depuis l’arrivée de Konoe à Sylmenia. Ce matin-là, Konoe se tenait près de la fenêtre de la chambre qui lui avait été attribuée, levant les yeux vers le ciel.
Le ciel était d’un violet pâle. Contrairement à son bleu naturel, il était souillé par le miasme.
Konoe observa le ciel et pensa :
…La couleur s’éclaircit, non ?
Dix jours plus tôt, il était d’un violet bien plus profond. C’était la preuve que la concentration de miasme dans l’air diminuait et donc qu’aucun nouveau miasme ne s’échappait du donjon. Par conséquent, c’était la preuve que le grand noble chargé de superviser cette région gérait correctement la situation.
Dans ce monde, les donjons s’emballaient lorsqu’un noyau miasmatique se formait. Un donjon en emballement crachait du miasme et des monstres, polluant la surface. L’emballement se poursuivait jusqu’à la destruction du noyau miasmatique. Ainsi, les gens cherchent désespérément ce noyau afin de le détruire le plus rapidement possible.
Le problème, cependant, résidait dans l’immensité du donjon.
Trouver un unique noyau miasmatique dans ce labyrinthe immense et tridimensionnel était une tâche des plus ardues. En d’autres termes, cela prenait du temps. Ce n’était pas quelque chose que l’on trouvait en un jour ou deux.
Attendre la destruction du noyau risquait de laisser les dégâts se propager de manière catastrophique.
Aussi, pour contenir les ravages de la maladie mortelle et des monstres, la première mesure après le début d’un emballement consistait à sceller l’entrée du donjon.
Cette opération était généralement confiée au grand noble gouvernant la région, qui érigeait à cet effet une barrière de scellement.
Konoe en déduisit donc que le grand noble des lieux faisait correctement son travail.
La concentration de miasme maintenant… probablement environ la moitié de ce qu’elle était ?
Le miasme qui s’échappe du donjon, s’il n’est pas renouvelé, se disperse et se dilue dans l’air. Après dix jours, la concentration devint nettement plus faible qu’au début, et quant à sa toxicité, elle restait nocive mais supportable.
Avec des remèdes préventifs, l’apparition de la maladie mortelle pouvait presque être supprimée.
…Oui, presque.
Presque supprimer l’apparition signifiait, autrement dit :
— Grand Adepte.
— …
— Ce matin, treize personnes ont contracté la maladie mortelle. Je vous en prie, prodiguez les soins nécessaires.
— …Très bien.
La possibilité n’était jamais nulle.
Ainsi, Konoe était appelé par les chevaliers environ deux fois par jour pour traiter les personnes atteintes. La maladie mortelle n’offrait aucune immunité.
Tant qu’une personne était exposée au miasme, elle pouvait frapper à répétition.
Ainsi, rester en ville pour soigner ceux qui retombaient malades et éliminer les monstres de haut rang que les chevaliers ne pouvaient pas affronter était devenu la tâche principale de Konoe ces derniers jours.
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« Bon, le reste n’est plus qu’une formalité », pensa Konoe.
Le plus difficile était déjà derrière lui. Il ne restait plus qu’à continuer de soigner la maladie mortelle et à abattre les monstres jusqu’à l’expiration du contrat de trente jours.
La concentration de miasme diminuait chaque jour, tout comme le nombre de patients. Le donjon étant scellé, la population de monstres n’augmenterait pas non plus de manière dramatique.
La recherche du noyau miasmatique progressait sûrement à l’intérieur du donjon. Konoe se rappela qu’un Adepte spécialisé dans la destruction des noyaux avait probablement été envoyé depuis l’académie. Au moment où l’échéance arriverait, le noyau pourrait même avoir été trouvé.
La localisation du dragon du vent restant était une légère inquiétude, mais à mesure que la reconstruction de la ville progressait, des contre-mesures pourraient être mises en place.
Les habitants de ce monde n’étaient pas des victimes impuissantes écrasées par de puissantes créatures. Et si le dragon attaquait avant cela, Konoe pourrait simplement le vaincre. En somme, son travail dans cette ville était presque terminé.
— …
Ainsi, après avoir terminé les quelques traitements du jour et être retourné dans sa chambre, les pensées de Konoe quittèrent le travail pour se tourner vers autre chose.
Cette chose se trouvait juste à côté de lui.
— Maître Konoe, votre thé est prêt.
— …D’accord.
Konoe jeta un regard sur le côté. Telnerica se tenait là.
Une jeune elfe. La fille du seigneur de la ville. Pour une raison quelconque, celle qui était censée être son employeuse portait une tenue de soubrette et le servait.
…Oui, pour une raison quelconque, elle portait une tenue de domestique. Un grand ruban couronnait la tenue, et le design avait été légèrement modifié pour correspondre à l’esthétique de ce monde, rappelant quelque chose qu’un Japonais pourrait reconnaître.
— …
D’après ce qu’il avait entendu, la tenue de domestique était quelque chose qui s’était répandu grâce aux Terriens. Depuis des décennies, des Terriens étaient invoqués dans ce monde pour leur technologie, apportant avec eux divers aspects de la culture et des techniques de la Terre.
Cela incluait la cuisine, la mode et d’autres éléments culturels.
La tenue de domestique faisait partie de ces importations, appréciée pour son design et son uniformité, et elle se répandait désormais dans le monde entier grâce aux progrès de la production mécanique de textiles.
De plus, les tissus tissés par machine, plus fins que ceux tissés à la main de manière traditionnelle, se vendaient à des prix plus élevés. Cependant, les nobles ne portaient que des vêtements tissés par magie, si bien que ces tissus étaient finalement utilisés pour les uniformes de leurs serviteurs. Konoe avait entendu ce genre de détails à l’académie.
L’avis personnel de Konoe ? Cette tenue de soubrette ne semblait pas vraiment adaptée à une production de masse, mais quelqu’un, quelque part, devait y avoir mis toute sa passion.
— …
Quoi qu’il en soit, Telnerica portait une telle tenue de domestique.
La raison ? Inconnue.
Lorsqu’il le lui avait demandé une fois, elle avait répondu : « Je subviendrai à tous les besoins de Maître Konoe ! »
Subvenir à ses besoins nécessitait-il vraiment une tenue de domestique ? Avait-elle seulement besoin de le servir ? Un autre serviteur n’aurait-il pas pu s’en charger ? Plus fondamentalement, Konoe pouvait très bien se débrouiller seul, alors avait-il vraiment besoin de quelqu’un pour s’occuper de lui ?
Toutes ces questions tourbillonnaient dans son esprit, mais la vision de Telnerica en tenue de soubrette, aussi naturelle que si de rien n’était, le déstabilisait.
Konoe était du genre à se laisser facilement mener — sauf lorsque la situation exigeait un jugement rationnel, comme au combat, ou lorsqu’une menace ou une malveillance manifeste se présentait.
— …
— …Maître Konoe ? Quelque chose ne va pas ?
— …Non.
Perdu dans ses pensées tandis qu’il la fixait, Konoe fut interpellé par Telnerica, qui inclina la tête. Son sourire lumineux rencontra son regard, et il détourna instinctivement les yeux.
— Si vous avez la moindre demande, dites-le-moi !
— …D’accord.
— Je ferai tout pour vous, Maître Konoe ! Vraiment tout !
— …
Konoe tressaillit intérieurement. Ce n’était pas le genre de chose à dire à la légère. Pas le genre de paroles qu’une jeune fille devrait adresser à un homme. Surtout la fille d’un noble de son rang.
Un peu de prudence était de mise.
D’autant que Konoe, malgré son âge véritable, conservait grâce à la magie de vie l’apparence et la silhouette d’un jeune adulte.
— …
Mais même s’il n’avait aucune intention de mal agir, le trouble était bien là.
Une jeune elfe, une créature inexistante sur Terre. Un sourire éclatant. Une tenue de soubrette. Autant de choses étrangères à l’existence de Konoe. Étrangères, donc inconnues. Inconnues, donc déroutantes.
Il avait envie de fuir.
Mais elle était sa gardienne, toujours à ses côtés, une expérience entièrement nouvelle pour lui, qui n’avait jamais eu personne d’aussi proche au quotidien.
— …
Aussi, ces derniers jours, derrière son silence habituel, Konoe luttait intérieurement.