Hole in my heart t1 - CHAPITRE 2 PARTIE 2
Telnerica (2)
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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Un certain temps s’était écoulé.
Le traitement de la jeune fille avait été mené à bien, et Konoe et elle se trouvaient dans la salle de traitement dédiée.
L’instructrice était absente, partie préparer un portail téléportation afin de se rendre dans la cité de la jeune fille. Les portails téléportation étaient des dispositifs magiques installés dans les villes du monde entier, permettant un déplacement instantané quelle que soit la distance. Toutefois, elles ne pouvaient transporter des objets volumineux et nécessitaient des coûts immenses. Leur activation prenait également du temps.
…Autrement dit, l’instructrice ne reviendrait pas avant un moment.
Il y avait dans la pièce seulement Konoe et la jeune fille.
— Hum, Noble Adepte. Puis-je vous appeler Maître Konoe… ?
— …Appelle-moi comme tu veux.
Konoe jeta un regard à la jeune fille assise à ses côtés. Elle se tenait anormalement près de lui. Sa maladie mortelle était complètement guérie, et elle était désormais en parfaite santé. Sa peau, autrefois noircie, avait retrouvé son blanc immaculé.
Appartenant à une race réputée pour sa beauté, la jeune fille qu’il venait de guérir était en effet charmante. De longs cheveux d’or et de magnifiques yeux bleus où, à y regarder de près, affleurait une nuance dorée. Soutenir d’aussi près le regard d’une telle jeune fille…
Konoe, comme à son habitude, ressentit l’envie de s’enfuir.
— Malgré tout, avoir décidé d’attendre votre venue, Maître Konoe, était le bon choix. Je ne pouvais contacter aucun autre Adepte… mais en apprenant qu’un nouveau allait apparaître, je me suis accrochée à un mince espoir et j’ai attendu sur ces marches.
— …Je vois.
— Lorsque ma conscience s’est éteinte et que ma vue m’a abandonnée, j’ai cru que tout était fini. Mais penser que celui qui m’a recueillie était vous, Maître Konoe ! Je rends grâce aux plus hautes divinités, à celle de la forêt et à celle de la vie, dit-elle en adressant à Konoe un large sourire.
Depuis qu’il avait accepté d’aider sa cité et qu’il l’avait soignée, la jeune fille ne cessait de sourire. Et elle ne cessait de lui parler. Konoe, pour sa part, parlait à peine.
Elle s’appelait Telnerica. Née dans la famille Sylmenia, le même nom que la cité qu’ils allaient secourir. Apparemment, elle était la fille de la famille noble à la tête de la ville.
Telnerica était venue dans la capitale quinze jours plus tôt, juste après avoir appris que Sylmenia avait été abandonnée. Ne pouvant compter ni sur le royaume ni sur les relations de sa famille, elle avait décidé que sa seule option était de négocier directement avec un Adepte et était venue seule dans la capitale.
Pendant ces quinze jours, elle avait désespérément cherché de l’aide… mais n’avait même pas pu tenir une conversation avec un Adepte, encore moins négocier. On l’avait repoussée à maintes reprises, et elle n’avait même pas pu recevoir de traitement pour elle-même.
— Lorsque j’ai demandé de l’aide, on m’a rejetée partout. On m’a dit que les seuls Adeptes restés dans la capitale étaient chargés de garder la ville ou de protéger les divinités. On m’a dit que si je renonçais à demander de l’aide, on me soignerait personnellement, mais…
Mais elle ne pourrait jamais accepter cela. L’idée de sacrifier son peuple pour son propre salut la révoltait.
— …
Konoe répondit à Telnerica par le silence.
…Il ne savait pas comment réagir.
— Mais, peu importe le nombre de fois où j’ai tenté de négocier, je n’ai rien obtenu. Lorsque j’étais à bout de ressources, j’ai entendu parler de vous, Maître Konoe.
Il y a trois jours, on avait annoncé qu’un nouvel Adepte apparaîtrait, lorsque Konoe avait réussi son examen final. Depuis lors, Telnerica attendait sur ces marches.
— …? Trois jours d’affilée ?
— Oui, sinon je n’aurais pas pu obtenir la première place.
Elle expliqua avoir tenu grâce à la magie de purification, à la magie d’eau de source et à la magie de prolongation de la vie.
— J’ai paniqué lorsque la maladie a progressé rapidement ce matin, parce que j’en avais un peu trop fait, ricana-t-elle.
Konoe, peu rompu aux subtilités sociales, n’aurait su dire si c’était vraiment là matière à rire. Il avait néanmoins remarqué que l’évolution de ses symptômes était anormalement rapide pour une infection de quinze jours, ce qui l’avait vivement préoccupé.
— …
Oh, puisque l’on parle de préoccupation, Il y avait une autre chose qui le titillait depuis qu’il avait appris que Telnerica était la fille d’un noble.
— …Ta…
— Oui, qu’y a-t-il, Maître Konoe ?
— …Ta famille. Avait-elle le remède ?
L’autre moyen de guérir la maladie mortelle en dehors de la guérison d’un Adepte, un remède si rare qu’il circulait à peine. Mais Konoe avait appris auparavant que les familles nobles recevaient du roi un flacon d’élixir par membre de la famille pour les situations d’urgence.
— L’élixir ? Nous l’avions, mais…
— …?
— Le mien est sans doute utilisé par les chevaliers.
— …Quoi ?
…Les chevaliers ?
— À ce moment-là, il y a quinze jours, il était plus logique que les chevaliers protégeant la population des monstres utilisent l’élixir plutôt que moi pour venir ici chercher un Adepte.
— …
— Je pensais que si je pouvais rencontrer un Adepte ici, je serais soignée… même si, pour être honnête, lorsque j’ai commencé à cracher du sang ce matin, je ne savais plus quoi faire. Je ne pouvais pas mourir avant d’avoir trouvé de l’aide.
— …
Telnerica laissa échapper un rire embarrassé, disant qu’elle avait commis une erreur. Pour elle, Konoe…
…Impossible.
Konoe ne pouvait croire ses paroles. Non, ce n’était pas seulement maintenant, il avait douté d’elle depuis le début.
…Qui est cette fille ?
Lorsqu’elle criait en vomissant du sang, lorsqu’il avait appris qu’elle avait continué à chercher de l’aide sans même se faire soigner, lorsqu’il avait su qu’elle avait attendu sur les marches pendant trois jours, et maintenant, en entendant qu’elle avait donné son élixir à d’autres…
Konoe ne comprenait pas. Pourquoi pouvait-elle faire tout cela ?
Ses paroles étaient justifiées, bien sûr. Logiquement, sa décision avait du sens. Si son but était de protéger les habitants de sa ville, c’était peut-être même le bon choix. Faute de renforts, elle avait offert son élixir à d’autres, traîné son corps déjà à l’agonie jusqu’à la capitale et poursuivi ses supplications malgré la maladie mortelle qui la consumait.
Elle aurait pu être soignée si elle avait cherché un traitement pour elle-même, mais elle avait abandonné cette voie pour sauver davantage de personnes. Elle avait continué à crier à l’aide alors même qu’elle approchait de la mort.
Tout cela paraissait simple. Noble, même. Ne pas utiliser ce remède sur le moment. Penser d’abord à trouver de l’aide, pour être soignée plus tard. Endurer un peu plus de souffrance valait clairement le coup.
Si Konoe ne l’avait pas vu de ses propres yeux, il aurait peut-être tenu le même raisonnement. Il l’aurait même peut-être énoncé avec une certaine suffisance, comme si c’était une chose rationnelle. Mais…
— …
Le comprenait-elle ? Que son corps se décomposait.
Non, elle devait le comprendre, c’était elle qui vivait la chose. Dans une douleur infernale, regardant son corps se consumer. Comment pouvait-elle faire quelque chose d’aussi noble dans un tel état ?
Cela dépassait l’entendement de Konoe.
…Je ne comprends pas.
Était-ce la responsabilité liée au statut et au pouvoir ?
En effet, les nobles avaient le devoir de protéger leurs villes, de renforcer la nation et, en fin de compte, de vaincre le dieu maléfique. En échange, ils recevaient de puissantes bénédictions, de l’autorité et des richesses.
Ainsi, cette jeune fille agissait comme une noble devait le faire.
Mais malgré tout…
Les gens ne peuvent pas vivre avec une telle droiture.
Ils commettent des erreurs. Ils choisissent la facilité. Ils fuient. Du moins, les humains que Konoe connaissait étaient ainsi. En fin de compte, ils se donnaient la priorité.
Pourquoi va-t-elle si loin ?
Konoe ne connaissait rien qui puisse surpasser une telle douleur et un tel désespoir. Il n’avait pas vécu une vie qui lui permette de comprendre. C’est pour cela que, vingt-cinq ans plus tôt, il avait formulé ce vœu.
— Maître Konoe ?
— …Non.
Telnerica observa Konoe, resté silencieux.
Il détourna le regard, laissant échapper un léger soupir.
— …Alors, le contrat ?
— Oh, oui ! Bien sûr, il est prêt !
Konoe changea de sujet de manière forcée et parcourut rapidement le contrat qu’elle lui tendait.
Stationnement dans une ville contaminée par le miasme. Durée : trente jours, ajustable selon les circonstances. Récompense : 1 000 pièces d’or.
Eh bien, cela correspondait à la liste des tarifs donnée par l’instructrice.
— …
— …Hum, ce n’est pas suffisant ?
— …Non, c’est bon.
Comme il restait silencieux, Telnerica parut inquiète, l’ayant peut-être mal interprété. Konoe secoua la tête. Si cela suivait les tarifs standards, c’était suffisant. Avec 1 000 pièces d’or, il pouvait sûrement acheter un manoir dans la capitale. Des esclaves ainsi que des philtres. C’était on ne peut plus suffisant.
Konoe signa le contrat sur-le-champ et rendit l’un des deux exemplaires à Telnerica.
— …Quel soulagement.
Telnerica murmura la chose doucement, les yeux brillants.
Merci, merci, dit-elle en s’inclinant à plusieurs reprises. À présent, ma ville natale sera sauvée. Mais Konoe ne savait pas comment réagir face à cette dernière, serrant fortement le contrat sur elle.
— Vous deux, venez. Le portail est prêt.
L’instructrice les appela à cet instant.
◆
Konoe se tenait devant le portail. Il se trouvait dans une salle d’une vaste structure attenante à l’entrée principale de l’académie. Une pièce pavée de pierre, aux murs rugueux, abritait un portail de pierre haut comme un homme, entouré de cercles magiques et de pierres de mana luminescentes incrustées dans les murs.
L’air était saturé de mana, accompagné d’un faible crépitement. Au centre se trouvait un vortex de lumière.
Le portail de téléportation.
En le franchissant, il atteindrait la ville natale de la jeune fille. Son premier travail en tant qu’Adepte allait commencer. Après tout son entraînement, il ne ressentait aucune nervosité et fit un pas en avant.
…Mine de rien, c’était intense tout ça.
La réflexion lui vint tardivement.
Il avait imaginé une vie d’Adepte bien plus facile, son regard se perdant un instant au loin.
— Allons-y, vite !
— …Oui.
Pressé par Telnerica qui tirait sur le pan de son manteau, Konoe ne résista pas et pénétra dans le vortex de lumière.
◆
— GAAAAAAAAAAAAA !!!!
— De l’autre côté, des crocs les attendaient.
Rouge et blanc. Les mâchoires d’une bête étaient là.
Au-delà du portail, une intention meurtrière les attendait.
Une gueule s’ouvrit devant eux, hérissée de crocs aussi longs que des couteaux de boucher.
Moins d’une seconde s’était écoulée depuis la venue du portail.
Telnerica n’avait même pas eu le temps de bouger…
…Mais Konoe brisa la mâchoire de la bête d’un seul coup de poing.
Ce seul coup pulvérisa le haut du corps de la bête, l’envoyant valser de côté pour aller s’écraser contre un mur.
Un loup bestial, hein.
— …Eh ?
— …
Ainsi commença le premier combat de Konoe en tant qu’Adepte.