Hole in my heart t1 - CHAPITRE 1 PARTIE 4
Réincarnation dans un autre monde (4)
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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Dans le grand couloir menant à la chambre de l’instructrice, une silhouette observait Konoe depuis l’arrière d’un pilier.
Dans l’air immobile de minuit, éclairée uniquement par les lampes murales, une forme d’un blanc éclatant se détachait.
La divinité.
L’avatar de la divinité régissant la magie de vie. Une belle jeune fille, semblable à une poupée façonnée avec soin, le fixait du regard.
— …?
…Pourquoi son visage semblait-il légèrement triste aux yeux de Konoe ? Pourquoi le regardait-elle ainsi ? Savait-elle qu’il était sur le point d’abandonner ? Mais non, une divinité ne pourrait pas être attristé par le renoncement de quelqu’un comme lui.
Désorienté, mais incapable de détourner les yeux de son regard, Konoe croisa le sien.
— …
— …?
Après un instant, la divinité lui fit signe, comme pour dire : viens.
Elle lui adressa un geste de la main.
— …?
Il se retourna pour regarder derrière lui, se demandant s’il n’y avait pas quelqu’un d’autre, un réflexe dû à sa maladresse sociale. Mais il n’y avait personne. Lorsqu’il reporta son regard vers elle, la divinité inclina la tête avec curiosité, tout en continuant de lui faire signe.
Konoe se désigna du doigt et la divinité acquiesça aussitôt.
— …
Lorsqu’il fit un pas vers elle, elle se mit à marcher en direction d’une pièce.
Konoe la suivit, l’esprit rempli de points d’interrogation et de nervosité. Mais il n’avait pas l’audace de fuir une convocation divine.
La pièce dans laquelle ils entrèrent ne contenait qu’une table et deux chaises.
Sur la table se trouvaient un service à thé et des collations déjà préparées.
La divinité s’assit sur l’une des chaises et fit signe à Konoe de prendre l’autre.
Hésitant, il tira la chaise et s’assit. Après lui avoir jeté un coup d’œil, elle tendit la main vers le service à thé.
— …
— …
Elle versa le thé dans les tasses tandis que le bruit résonnait dans la pièce.
Deux tasses furent remplies, et l’une fut posée devant Konoe.
La divinité lui fit signe comme pour dire : « Je t’en prie, bois. »
Elle ne parlait pas. Konoe savait qu’elle ne le faisait jamais, sauf lors de moments particuliers comme les bénédictions.
Car dans ce monde, les paroles d’un dieu étaient absolues.
Les humains ne pouvaient s’y opposer. Défier un dieu signifiait perdre sa bénédiction. Ainsi, les paroles divines étaient des injonctions, et pour cette raison, elle s’abstenait de parler.
Elle savait que ses mots prononcés à la légère pouvaient peser sur les gens.
— …
Devant Konoe, il n’y avait pas un ordre à recevoir, mais du thé et des collations, offerts avec bienveillance par la divinité.
— …
Il tendit la main vers la tasse et en prit une gorgée.
Un arôme agréable lui emplit les narines, et le thé, à la température parfaite, se posa dans son estomac.
— …Délicieux.
Il murmura ces mots sans y penser. Il expira, sentant une partie de la tension quitter ses épaules.
…Après un bref silence, la divinité sourit à Konoe et inclina légèrement la tête. Pour une raison inconnue, bien qu’aucun mot ne fût prononcé, Konoe eut l’impression qu’elle lui avait demandé :
【L’entraînement est difficile ?】
À cette pensée, Konoe se résolut enfin à faire face à la réalité. La divinité savait qu’il était sur le point de fuir l’entraînement et l’avait appelé pour cette raison.
Il hésita sur la manière de lui répondre.
— Oui, c’est difficile.
La vérité brute lui échappa. Peut-être le thé lui avait-il délié la langue, ou peut-être le sourire infiniment doux de la divinité l’avait-il fait parler. Il sentit cette dernière répondre avec un « Je vois ».
【Ça a été dur, n’est-ce pas ? Tu as travaillé si dur pendant un an et plus.】
— …Merci.
Surpris, il s’inclina, réagissant à cette aura réconfortante. Pourquoi ? Parce qu’une entité divine, savait depuis combien de temps il était ici. Il ne s’attendait pas à ce qu’une divinité prête attention à une simple recrue comme lui.
Bon, puisqu’elle avait pris la peine de l’appeler, cela avait peut-être du sens. Mais malgré tout, qu’elle remarque quelqu’un comme lui.
【Mais, tu as atteint ta limite ?】
— …Oui.
【Je vois. Tu as vraiment travaillé dur.】
Une pointe de tristesse émana de la divinité.
Elle semblait sincèrement déçue.
— … !
Konoe se sentit honteux d’avoir avoué une telle faiblesse devant elle. Gêné par ses propres plaintes, il faillit dire qu’il n’abandonnerait finalement pas.
— …
Mais il était réellement à bout. Parce qu’il avait compris une chose.
Après un an passé à l’académie, l’entraînement d’Adepte ne faisait encore que commencer. Pourtant, il avait suffisamment travaillé pour entrevoir ce qui l’attendait.
Konoe n’avait aucun talent pour la magie de vie.
Aucun, absolument aucun. À l’académie, remplie de candidats Adeptes talentueux, il était sans doute le moins doué. Dans ses domaines les plus forts, il était à peine dans la moyenne. Dans ceux où il était faible, il lui fallait deux fois plus de temps que les autres.
Au fil de l’année, de nouveaux candidats Adeptes ne cessaient de le dépasser. À chaque fois, il les regardait avancer. Il ressentait cruellement son manque de talent. Il avait fait de son mieux, mais ce n’était pas suffisant. Il était on ne peut plus ordinaire. Et il désespérait en pensant au nombre d’années qu’il faudrait à quelqu’un comme lui pour devenir un Adepte.
…Ainsi, il avait atteint sa limite.
Le rêve honteux d’un harem d’esclaves, il décida qu’une personne ordinaire comme lui devait vivre modestement et y renoncer.
— …Je suis désolé. Je n’y suis pas arrivé.
【…Je vois.】
— Je sais que mes efforts n’ont pas été suffisants. Mais je ne peux pas continuer.
【Hein ?】
À ces mots, une aura de surprise émana de la divinité.
Ses grands yeux s’écarquillèrent davantage, clignant rapidement.
【Pas assez d’efforts ?】
— … ? Oui.
【C’est absolument faux.】
— …Hein ?
【Je t’ai vu. J’ai vu à quel point tu as travaillé. T’entraîner à la lance tard chaque nuit après les sessions, n’est-ce pas ? Étudier au lieu de sortir t’amuser pendant les jours de repos. Je le sais.】
Elle avait vu tout ça ? La divinité ? Cela pouvait être incroyable et pourtant, ce qu’elle disait était vrai. En effet, il restait tard sur le terrain d’entraînement après les séances. Il ne sortait pas s’amuser les jours de repos.
Mais cela… pour Konoe, c’était une forme de fuite.
Parce qu’il était maladroit socialement. Il n’avait pas sa place dans les dortoirs. Se joindre aux autres pour sortir et s’amuser était impensable. Alors, il se réfugiait dans l’entraînement et les études. Comme toujours. Comme il l’avait fait toute sa vie. Il se détournait de la solitude par l’effort. C’est ainsi qu’il avait vécu.
Mais à ce Konoe-là, la divinité dit :
【Abandonner, c’est possible. Mais ne nie pas tes efforts.】
— …
【Reconnais les efforts que tu as fournis. Félicite-toi pour cela, d’accord ?】
La divinité le regarda droit dans les yeux, en souriant.
« Tu as bien fait. Tu es remarquable ». C’est ce que semblait dire son aura. Une louange sans paroles, mais limpide.
Il n’y avait aucun mensonge là-dedans. La divinité le reconnaissait sincèrement.
Cette sincérité atteignit son cœur. Son sourire était si authentique, ses sentiments si directs, qu’il ne pouvait en douter.
— …Oui.
Face à cette divinité, Konoe eut envie de pleurer.
Son sourire, pour une raison inconnue, combla quelque chose en lui. Un vide dans son cœur, dont il ignorait jusque-là l’existence, se sentit comblé, ne serait-ce qu’un peu.
— …
…Et ainsi, chose étrange,
…Il se dit qu’il allait essayer encore un peu.
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Ce jour-là, Konoe ne se rendit pas dans la chambre de l’instructrice.
Après avoir pris congé de la divinité, il retourna dans son dortoir et reprit ses efforts dès le lendemain matin.
◆
L’année suivante, l’esprit de Konoe se brisa de nouveau.
Non. Vraiment, c’était impossible.
◆
Ce cycle se répéta environ une fois par an, pendant des années.
Son esprit se brisait, la divinité apparaissait, et il se relevait.
Pendant des années et des années. S’entraîner, vomir du sang.
La fin était encore lointaine, et peu importe les efforts qu’il fournissait, il était incapable de savoir s’il progressait. Pourtant, il continuait d’avancer.
Courant, pleurant, vomissant du sang. Frôlant la mort, étant ramené à la vie, frôlant de nouveau la mort. Affrontant des monstres, perdant d’innombrables fois. Finissant par vaincre, pour se retrouver aussitôt face à des adversaires encore plus puissants.
Aucun talent ne se manifesta, peu importe la durée de son entraînement. Des centaines de nouveaux élèves le dépassèrent, et il regarda des milliers d’autres abandonner et quitter l’académie.
Il lutta désespérément. Apprit, échoua à apprendre pleinement, recommença sans fin. Il se remit à rêver. Le rêve qu’il avait autrefois nourri. Avoir un harem d’esclaves en usant de philtres d’amour.
S’il en parlait à quelqu’un, on rirait sans doute en lui disant qu’il ferait mieux d’apprendre à parler aux gens plutôt que de viser le statut d’Adepte. Mais précisément parce qu’il en était incapable, il continuait de lutter.
Peu importe à quel point c’était stupide, à quel point c’était pathétique.
Dans cette vie, il voulait simplement être avec quelqu’un. C’était son seul souhait…
— Félicitations, Konoe. Tu y es réellement parvenu.
Ce jour-là, Konoe devint un Adepte.
Vingt-cinq ans s’étaient écoulés depuis le jour où il avait frappé pour la première fois à la porte de l’académie.