Hole in my heart t1 - CHAPITRE 1 PARTIE 3
Réincarnation dans un autre monde (3)
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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— Gah… aaah… aagh !
Konoe vomit du sang. Il rejeta le contenu de son estomac. Un cri s’échappa de lui. La douleur dominait son esprit. Son cerveau tanguait, et le sol du terrain d’entraînement, là où il était accroupi, lui donnait l’impression d’une balançoire instable.
— Lève-toi. Les monstres ne t’attendront pas comme moi.
La voix de l’instructrice tomba d’en haut. La même instructrice qui l’avait attiré ici. Mais sa voix ne portait plus aucune de la bienveillance d’alors.
— …Guh… !
Ça faisait mal, mais il perçut quelque chose fendre l’air et, par instinct, Konoe roula sur le côté. Une lance d’entraînement transperça l’endroit où il se trouvait. Couvert de son propre sang et de son vomi, il se hissa tant bien que mal sur ses pieds.
— …Ugh, gah !
Il força ses membres semblables à du plomb à bouger et se mit à courir.
Il savait que s’il ne le faisait pas, quelque chose de pire arriverait. Et tandis qu’il courait, il pensa : Évidemment que ça finirait comme ça.
Il l’avait su dès le début. Les choses n’iraient pas aussi facilement.
Konoe n’avait jamais vécu une vie où tout se passait sans heurt. Le monde était dur. Et puis, il avait choisi d’ignorer les avertissements de l’instructrice sur la rudesse de cet entraînement.
C’était évident s’il y avait réfléchi. L’argent. La renommée. Si tout se résumait à ça, pourquoi auraient-ils besoin de recruter des gens ? Normalement, les candidats se bousculeraient. Le fait que ce ne soit pas le cas signifiait qu’il y avait un énorme piège.
— Haa… haa !
À présent, Konoe subissait les conséquences de s’être laissé emporter. Il remuait désespérément mains et pieds. Couvert de sang et de vomi, il courait, à moitié mort sous cet entraînement brutal.
— Si tu comptes courir, fais circuler ton mana. Renforce ton corps au maximum, si tu n’y arrives pas, alors meurs. Ne t’inquiète pas, si tu meurs rapidement, nous pourrons encore te ranimer.
— …!
Un entraînement insensé. Un régime spartiate impensable au Japon.

Konoe avait-il été trompé, à souffrir ainsi ? Non, ce n’était pas le cas.
Tout ce que l’instructrice avait dit à l’époque était vrai. L’argent pouvait être gagné. Des accomplissements pouvaient être obtenus. Les femmes pouvaient être à lui comme bon lui semblait, et l’usage de drogues dangereuses était effectivement facile.
Un Adepte, un maître de la magie de vie. Une fois ce titre acquis, il y avait peu de choses qu’il était impossible d’obtenir. Presque tout pouvait être atteint.
Et pourquoi cela ?
— Un Adepte est un gardien de l’humanité. Le dernier rempart des sans-pouvoir. La défaite n’est pas permise. Par-dessus tout, ils doivent être plus forts que quiconque.
Konoe avait été bouleversé d’apprendre, dès le premier jour d’entraînement, qu’il avait sans le savoir porté son regard sur quelque chose d’extraordinaire.
Depuis ce jour, il courait, vomissait du sang. Il faisait circuler de force le mana qu’il venait d’apprendre à manier dans son corps endolori, et courait. S’il relâchait ne serait-ce qu’un instant, des poings s’abattaient sur lui, le forçant à cracher sang et bile.
Après l’entraînement, son endurance était restaurée par la magie de vie qu’il étudiait en parallèle. Presque tout son temps, en dehors des repas et de brefs repos, était consacré à la magie de vie.
Apparemment, pour qu’une personne ordinaire maîtrise la magie de vie, le mana seul ne suffisait pas.
Ceux qui possédaient un talent exceptionnel pouvaient la maîtriser par un entraînement normal. Mais pour qu’une personne ordinaire atteigne ce niveau, une vitalité immense était nécessaire, et pour bâtir cette vitalité, il fallait devenir fort, avait dit l’instructrice.
Un esprit indomptable, un corps plus résistant que l’acier, et une puissance martiale écrasante étaient requis.
L’entraînement destiné à permettre à une personne ordinaire de manier la magie ultime, qu’elle ne pourrait autrement jamais atteindre, voilà ce qu’était cet enfer.
— Si tes bras ne tiennent plus, bats-toi avec tes jambes. Si tu perds tes jambes, rampe et mords. Même dans la mort, combats. Deviens un bouclier pour les innocents. C’est cela, être un Adepte.
Il voulait dire que c’était absurde. Il n’y avait aucune chance qu’il puisse faire une chose pareille.
Aucune partie de son corps n’était épargnée par la douleur, et son esprit était sur le point de se briser. Konoe, une personne ordinaire, n’était pas fait pour endurer un entraînement aussi brutal. Il voulait s’échapper et abandonner sur-le-champ.
…Mais.
— …!!
Si Konoe courait avec une telle frénésie, c’était parce qu’il avait un objectif.
Un harem d’esclaves. Des philtres d’amour. Peu importe l’immoralité, peu importe l’ignominie. Cette fois, il…
— Konoe, pourquoi es-tu venu ici ? Pourquoi devenir un Adepte ?
C’est vrai. S’il travaillait dur, il pourrait sûrement y parvenir. Il ne serait plus seul. S’il continuait à s’acharner, il y aurait forcément…
Au Japon, c’était différent. Peu importe ses efforts, ça ne marchait pas.
Ce dont il avait besoin, c’était de compétences sociales, quelque chose que Konoe ne pourrait jamais acquérir. Il n’avait droit à rien d’autre. Il ne pouvait vivre que seul. Toujours seul, pour finir par mourir seul, dans l’agonie.
Mais dans ce monde, l’effort pouvait rendre les choses possibles.
Konoe n’était pas mauvais quand il s’agissait d’efforts ou d’études. Il avait toujours étudié, après tout. Étudier, c’était tout ce qu’il avait.
Sa famille était brisée. Il n’arrivait pas à se faire des amis. Il n’avait ni l’argent pour s’amuser, ni le courage de devenir un délinquant.
Tout ce qu’il avait, c’était du temps libre.
Alors il restait assis à son bureau sans fin. Son esprit n’avait rien d’exceptionnel, mais il était suffisamment dans la moyenne, et l’effort comblait le reste.
Sa famille paya suffisamment pour qu’il puisse entrer dans une université convenable…
…Mais au bout du compte…
Je ne veux plus mourir seul.
C’était cela qui l’effrayait. Il ne demandait pas que quelqu’un reste à ses côtés. Juste que quelqu’un le pleure, ne serait-ce qu’un peu. Si quelqu’un faisait seulement cela, Konoe pourrait…
« …Peut-être que je n’aurais pas dû naître. » À la fin, dans ses derniers instants, il n’aurait pas eu à penser de telles choses.
— Haa… haa… haa !
Alors, cette fois, Konoe courut.
Avalant sa bile, ignorant la douleur, avançant désespérément.
◆
Et puis, un an plus tard, l’esprit de Konoe se brisa, comme prévu.
— …C’est impossible.
Être un Adepte dépassait de trop loin ce qu’une personne ordinaire comme lui pouvait supporter.
◆
C’était, comme prévu, impossible.
Un entraînement et des études sans fin, du matin au soir. À peine un obstacle franchi qu’un autre, encore plus difficile, était imposé.
Juste au moment où il pensait s’être habitué à l’entraînement, celui-ci devenait encore plus éprouvant.
Finalement, l’esprit de Konoe se brisa sous ce labeur quotidien.
Honnêtement, le fait qu’il ait tenu un an était impressionnant. Il avait entendu dire auparavant que des dizaines de réincarnés venus de la Terre avaient tenté de devenir des Adeptes, et que tous avaient fui en moins de dix jours. En réalité, Konoe battait des records presque depuis le début.
L’entraînement était si brutal qu’il faisait office de sélection. Konoe savait qu’on disait : « Ceux qui ne portent aucun fardeau ne peuvent endurer l’entraînement d’un Adepte. »
Je devrais abandonner.
« J’ai suffisamment essayé », pensa-t-il.
Il était devenu assez fort pour vivre confortablement en dehors de l’académie.
Récemment, à l’entraînement, Konoe avait vaincu des monstres classés intermédiaires par la guilde des aventuriers. Il avait également maîtrisé une magie de soin de niveau intermédiaire.
En termes de valeur, il avait entendu dire qu’atteindre le niveau inférieur dans n’importe quel domaine, dans ce pays, suffisait pour gagner sa vie. Pas luxueusement, mais assez pour mener une existence modeste en famille.
Dans cette société, Konoe avait atteint le niveau intermédiaire dans deux domaines. C’était bien plus que suffisant pour vivre.
Normalement, il fallait vingt ans à une personne ordinaire pour maîtriser une magie de soin de niveau intermédiaire. Konoe en avait été stupéfait, et non ravi, lorsqu’il l’avait appris. Quel genre d’entraînement brutal avait-il donc enduré ?
…Eh bien, au final, un harem d’esclaves par philtre d’amour était impossible pour quelqu’un comme moi.
L’esprit brisé, Konoe pensa cela. Chacun avait ses limites. Un rêve pareil était trop ambitieux pour une personne ordinaire comme lui.
— …
Ainsi, cette nuit-là, au cœur de la nuit.
Pour dire à l’instructrice qu’il abandonnait, Konoe parcourait les couloirs de l’académie après l’entraînement.
Continuer l’entraînement d’un Adepte était difficile, mais abandonner était facile.
Il lui suffisait de dire à l’instructrice que c’était fini. Il avait vu tant d’autres le faire. Tout comme il avait vu partir d’innombrables personnes, Konoe allait…
— …?
C’est alors qu’il le remarqua.
Dans le couloir menant à la chambre de l’instructrice, quelque chose se trouvait là. Non, pas quelque chose, quelqu’un de familier. Il l’avait déjà vue.
Des ailes blanches, des cheveux blancs. Un visage d’une beauté irréelle. Des yeux rouges, étincelants, qui l’observaient depuis un coin du couloir.
La divinité était là.