Hole in my heart t1 - CHAPITRE 1 PARTIE 2

Réincarnation dans un autre monde (2)

Harem d’esclaves.

C’était un terme apparu ces dernières années dans la fiction japonaise.
Un protagoniste achète de belles esclaves, s’entoure d’elles, et elles le couvrent d’attentions. Parfois, c’est doux, parfois elles finissent par l’aimer. D’autres fois, c’est cruel, et elles en viennent à le haïr.

C’était ce genre d’histoire.

Le contenu variait, et ces dernières années, il n’était plus facile de le définir par un seul trope, mais l’idée générale était là. En bref, le rêve d’un homme. Konoe avait déjà lu ce genre de récits.

Alors, les paroles de l’instructrice l’avaient ébranlé.

Après tout, il avait éprouvé de la jalousie. Combien de personnes, durant leur adolescence, ne s’étaient pas allongées dans leur lit en fantasmant sur de telles histoires ?

Avec des esclaves, même quelqu’un comme lui pourrait être aimé. Dans un autre monde, il pourrait marcher côte à côte avec quelqu’un. Voilà où pouvaient le mener de tels fantasmes.

Mais ils étaient impossibles, hors d’atteinte, et il avait soupiré avant d’y renoncer, les jugeant vaines et stupides.

Pourtant, ces fantasmes…

 

 

— Oh ? C’est un harem d’esclaves que tu cherches ?

Il revient soudainement à la réalité.

— Je vois, je vois.

— …N-Non, je…

Konoe paniqua, ayant réagi au terme « harem d’esclaves » devant une femme, mais l’instructrice afficha un sourire malicieux. Elle hocha la tête à plusieurs reprises, lui tapotant l’épaule.

— C’est ok pourtant. C’est le rêve d’un homme, non ?

— …N-Non, ce n’est…

— Je comprends, je comprends. Les hommes sont comme ça, pas vrai ?

Elle insinuait que c’était pareil, quel que soit le monde.

— Tu peux t’en réjouir. Autant que tu veux, des dizaines, même. Maîtrise la magie de la vie, deviens un Adepte, et tu gagneras facilement mille pièces d’or. Avec ça, tu pourrais aller voir un marchand d’esclaves et acheter toutes les jolies filles que tu veux !

Son attitude effrontée fit dépasser à Konoe le stade de la stupeur, et il se mit à l’écouter sérieusement.

— Achète un manoir dans la capitale, entoure-toi d’une tonne d’esclaves, certes, l’entraînement est dur, mais une fois que tu l’auras surmonté, tu pourras faire absolument tout ce que tu veux !

L’instructrice poursuivit…

— Alors ? Pas mal, hein ?

…En débitant des promesses ridiculement commodes tout en frappant l’épaule de Konoe. L’impact fit vaciller sa vision, et, en même temps, son cœur fut quelque peu hésitant.

— Regarde là-bas. Tu vois ces filles elfes ?

Suivant le doigt qu’elle pointait, le regard de Konoe se posa sur les filles elfes qu’il avait vues plus tôt, celles qui saluaient joyeusement les Terriens. De belles filles blondes.

Leurs cheveux dorés scintillaient vivement sous la lumière du soleil, une beauté d’un autre monde, inconnue sur Terre.

— Dans votre monde, il n’y a pas d’elfes, n’est-ce pas ? Tu pourrais sans doute faire ce que tu veux avec des filles comme elles.

— …

Les yeux de Konoe se mirent à errer avec nervosité. Vraiment ? Cela pouvait-il réellement arriver ? Il pensa que c’était peut-être un mensonge, mais elle avait juré devant les dieux plus tôt. Si c’était le cas, quelqu’un comme lui pouvait-il vraiment avoir un harem d’esclaves ?

Autrement dit : « Ma vie avait-elle un sens ? »

Peut-être qu’il n’aurait pas à mourir seul, dans une chambre d’hôpital, cette fois-ci.

Peut-être qu’il ne serait pas simplement une personne insignifiante, un fardeau indésirable. Même avec sa maladresse sociale, même s’il était incapable de tisser de vraies relations, peut-être que, cette fois, il pourrait être avec quelqu’un.

— Le chemin pour devenir un Adepte est difficile, mais pour quelqu’un de sérieux et travailleur comme toi, je suis sûre que tout ira bien. Ne t’inquiète pas ! La magie de la vie propose un encadrement très complet. Ils s’occuperont de toi pendant des années, des décennies, même jusqu’à la fin.

— …

… Son cœur vacillait. Il vacillait énormément. Il lui semblait avoir entendu que l’entraînement serait difficile, mais cela se perdait presque entièrement dans ce bouleversement.

« Ce serait parfait pour quelqu’un de consciencieux comme toi. Il n’y a aucun mensonge dans mes paroles. Je te fais cette recommandation uniquement parce que très peu de gens parviennent à atteindre le plus haut niveau avec la magie de vie. Je veux simplement que davantage de personnes essaient, pour le bien des autres, du monde et des dieux. Je jure devant les dieux »

Ai-je vraiment du potentiel ? Moi ? Parce que je suis consciencieux ?

Konoe se targuait d’être quelqu’un de sérieux. Il avait vécu ainsi. Il le devait, pour se tailler une place. Konoe, le gêneur. Konoe, incapable de soutenir la moindre conversation anodine. Pour survivre en société, il n’avait eu d’autre choix que de le devenir.

— …

S’il maîtrisait la magie de la vie, il pourrait gagner une fortune.

Avec cette fortune, il pourrait se constituer un harem d’esclaves.

Cette fois, il pourrait vivre entouré de gens.

Cette pensée lui donna le vertige. Peu importe combien il avait souffert, personne ne lui avait tendu la main, et personne n’avait pleuré sa mort. Il ne voulait plus d’une fin pareille…

Non, attends. Calme-toi.

Son esprit était en plein tumulte, mais Konoe se força à rester calme. Son scepticisme longuement aiguisé le retenait. Il se dit de se poser, que les choses ne pouvaient pas se dérouler aussi facilement. Sa vie n’avait jamais été aussi clémente.

…D’accord, et même si j’achetais des esclaves…

D’abord, pensa-t-il, acheter des esclaves ne garantissait rien.

Il ne connaissait pas bien le système d’esclavage de ce monde, mais c’était la réalité, pas une histoire. Même des esclaves devaient avoir une part de libre arbitre. Elles devaient avoir le droit de choisir qui elles aimaient.

Il pourrait peut-être acheter des esclaves. Mais la suite dépendrait entièrement de ses propres capacités. Pour quelqu’un qui n’arrivait même pas à se faire des amis, un harem était impossible. Au lieu d’être aimé, il serait sans doute tourné en dérision dans son dos, blessé, et finirait encore plus isolé malgré l’existence d’un « harem ».

— Qu’est-ce qui ne va pas ?

L’instructrice demanda la chose, l’air perplexe, sans doute parce que Konoe s’était soudainement tu.

— …Non, je pense que je vais refuser. Excusez-moi.

— Eh, pourquoi ? Attends, attends !

Il tenta de s’échapper, mais elle l’attrapa de nouveau, posant la main sur son épaule.

À contrecœur, Konoe exprima alors ce qu’il pensait.

Il expliqua que chaque personne avait ses limites, que quelqu’un comme lui ne pourrait pas entretenir un harem, et que les relations humaines finiraient inévitablement par se dégrader.

C’est pour cela qu’il devait s’en tenir à une manière de vivre plus sûre, comme avant.

— Hmm, entretenir des relations humaines, hein ? …Ne t’inquiète pas ! Ce n’est pas un problème !

— Hein ?

L’instructrice éclata de rire et serra son épaule plus fort.

— Si tu vois les choses ainsi, alors être Adepte est fait pour toi.

Elle le fixa de très près, affichant un large sourire…

— Écoute. Les esclaves n’ont pratiquement aucun droit humain. Elles n’ont même pas le droit de refuser des ordres.

— …

— Et ceux qui maîtrisent la magie de la vie, les Adeptes, bénéficient de privilèges supérieurs aux autres en raison de leur rôle. Par exemple, ils sont autorisés à utiliser des drogues spéciales. Les autres bénédictions n’ont pas ce privilège. Les alchimistes peuvent les fabriquer, mais il leur est interdit de les utiliser.

— …Qu’est-ce que cela signifie ?

— Écoute. Si tu es un Adepte, tu pourras utiliser des philtres d’amour.

— …

Konoe.

Konoe, dont personne n’avait jamais eu besoin.

Konoe, incapable de parler correctement avec qui que ce soit.

— …Oui.

Konoe céda à ses désirs.

Il se jeta de toutes ses forces sur la carotte agitée devant lui.

 

 

À propos des philtres d’amour, Konoe pensa aux choses suivantes :

Une drogue qui force quelqu’un à tomber amoureux. Une substance démoniaque qui manipule les émotions humaines à sa guise.

C’était bien trop égoïste, un médicament qui s’écartait du chemin de la morale.

L’éthique qu’il avait façonnée au Japon criait sa révolte, et la part lucide de son esprit l’accablait d’insultes, le traitant de rebut.

C’était impardonnable. Cela ne devrait pas être autorisé.

— …

Mais… y avait-il une autre solution ?

Konoe, qui avait vécu plus de vingt ans sans nouer de liens significatifs. Konoe, qui avait toujours été seul. Konoe, qui peinait ne serait-ce qu’à soutenir un regard.

Il ne parvenait pas à envisager d’autre voie. Une seule pensée occupait son esprit. Même pour quelqu’un d’aussi maladroit socialement que lui.

…Avec un philtre d’amour, quelqu’un comme moi pourrait-il devenir le numéro un de quelqu’un ?

Être la personne spéciale de quelqu’un. Quelque chose de précieux pour quelqu’un.

Lui qui avait toujours aspiré à cela, pourrait-il enfin y parvenir… ?

 

 

Plusieurs jours plus tard.

Ce jour-là, les sessions d’entraînement des réincarnés prirent fin.

La plupart quittèrent les dortoirs pour suivre la voie qu’ils avaient choisie. Ceux qui visaient la voie du guerrier se dirigèrent vers la guilde des guerriers afin d’obtenir leur bénédiction, et ceux qui aspiraient à devenir mages se rendirent à la guilde des mages.

— …

Et Konoe, lui aussi, frappa à la porte d’une guilde, celle de la magie de la vie.

Il y fut accueilli chaleureusement, même s’il ne parvint à répondre que par des « Merci » et des « Je ferai de mon mieux », agacé par sa propre incapacité, puis on le conduisit plus loin à l’intérieur de la guilde. C’est là qu’il aperçut l’avatar divin dont il avait entendu parler.

La divinité apparaissait sous la forme d’une jeune fille d’un blanc immaculé, des ailes angéliques dans le dos. Dotée d’un visage magnifique et d’un regard dépourvu de toute malice, elle accueillit Konoe.

— Souhaites-tu emprunter la voie de la vie ?

À ces mots, Konoe…

— Oui.

Il détourna légèrement les yeux et répondit d’un seul mot. Il savait que c’était impoli, mais il n’arrivait pas à soutenir son regard.

Pourtant, la divinité lui sourit de nouveau.

— Alors, reçois ma bénédiction. Puisse ton chemin être empli de nombreux sourires.

À ces paroles, une lumière l’enveloppa.

Konoe sentit quelque chose de chaud prendre racine en lui.

 

 

Et puis, trente jours plus tard…

Konoe était aux portes de la mort, effondré dans un coin du terrain d’entraînement.

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