COTEY3 T3 - CHAPITRE 7

L’heure de vérité

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Traduction : Gatotsu
Correction : Raitei
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Le jeu de survie sur l’île déserte, initialement censé durer au maximum trois nuits et quatre jours, avait enfin atteint sa dernière matinée.
À ce stade, en excluant les Commandants, le nombre d’élèves encore en lice dans chaque classe se présentait ainsi :

 

La classe A, qui avait assuré un large contrôle des provisions dans la région nord, et la classe B, qui bénéficiait de l’apparition régulière de nourriture dans les zones occidentales, étaient toutes deux parvenues de justesse à maintenir l’état de santé de leurs élèves à un niveau tout juste acceptable. Sans doute pour cette raison, chacune n’avait enregistré qu’un seul abandon.

En revanche la classe C, neutralisée par la classe B dès le début de l’examen, avait été laissée dans un état proche de l’effondrement. La diminution de leurs effectifs ne reflétait qu’une partie de l’histoire : la pénurie de ressources s’était révélée tout aussi impitoyable.

Après avoir formé une alliance avec la classe D, leurs maigres rations n’avaient fait que fondre davantage. Il était désormais un peu plus de 8h40 du matin. Dès l’aube, Horikita s’était assurée que toutes les tentes soient démontées et que l’équipement soit correctement rangé, afin de pouvoir se déplacer à tout moment.

Une tension palpable flottait dans l’air, en contraste frappant avec les trois jours précédents. Désormais, plus de la moitié de l’île étant interdite d’accès, les quatre classes se retrouvaient contraintes de converger, évoluant à quelques pas les unes des autres.

La classe A avait terminé la veille en G8. La classe B était restée en E12. L’alliance C et D, quant à elle, s’était installée en H10. À 9h pile, la bataille finale basée sur les capacités intellectuelles commencerait. Fallait-il frapper les premiers, ou bien jouer sur la défensive jusqu’à la toute dernière seconde ?

Horikita balaya lentement ses camarades du regard.

Certains étaient agités, incapables de tenir en place. D’autres se montraient plus irritables que d’ordinaire. Ces réactions restaient néanmoins gérables. Ce qui l’inquiétait davantage, en revanche, c’étaient les élèves dont l’état physique s’était visiblement détérioré. La fatigue finissait par refaire surface après quatre jours de survie.

Horikita — Mais il y a un problème encore plus pressant…

Une voix teintée d’inquiétude s’éleva à proximité.

Sudou — Alors… qu’est-ce qu’on fait, Suzune… à propos de lui ?

Sudou s’approcha discrètement de Horikita, qui était restée plongée dans ses pensées, et abaissa la voix en s’adressant à elle. Suivant son regard, Horikita leva les yeux à son tour. Rien dans son attitude ne donnait l’impression qu’il se sentait déplacé : ni tension, ni sentiment de malaise. Calme et méthodique, il démontait sa tente comme s’il n’était qu’un élève parmi tant d’autres, occupé par une tâche aussi banale soit elle.

Ayanokôji Kiyotaka. Pour Horikita, jusqu’à récemment, il avait été la personne en qui elle avait le plus confiance, celle sur qui elle s’était le plus appuyée, et la plus…

Elle interrompit cette pensée avant qu’elle ne puisse s’achever.

Autour d’eux, la plupart des élèves ne cherchaient même pas à dissimuler leur hostilité. Les regards dirigés vers Ayanokôji étaient chargés de ressentiment, certains même teintés de dégout. Ce qu’il avait fait, juste avant 18h la veille au soir, dépassait tout ce qu’ils avaient pu imaginer.

Feignant de regagner son groupe principal, il avait en réalité comblé une distance qu’aucun élève ordinaire n’aurait été capable de franchir, exploitant sans retenue ses capacités physiques hors normes. Il avait neutralisé plusieurs camarades, puis, avec une précision impitoyable, exploité les règles liées à la fin de l’épreuve pour provoquer d’autres éliminations pour non respect des règles.

Sudou — Hier, j’en ai vraiment eu des sueurs froides. Si Ayanokôji ne s’était pas glissé derrière cet arbre, pile là où ma ligne de tir était bloquée, j’aurais été éliminé, de même qu’Ike et les autres…

Horikita — C’est compréhensible. Une attaque surprise menée par une seule personne et qui plus est, un ancien camarade aussi compétent. Pendant quelques minutes, toute la classe a perdu son sang-froid. Il a choisi le moment parfait pour frapper.

Tous deux tournèrent leur regard vers Ayanokôji, se remémorant brièvement les événements de la veille.

Hirata — Tout le monde semble à cran…

Observa Hirata en s’approchant, d’un ton doux mais sérieux.

Sudou — Tu m’étonnes ! Il a foncé seul et nous a fait pas mal de dégâts.

Hirata — Et le fait que ce soit un ancien camarade rend ça encore plus difficile à encaisser.

Sudou — Ouais.

Hirata jeta un coup d’œil à Horikita.

Hirata — Ça va aller ?

Horikita — …Je crois… Oui.

La présence d’Ayanokôji l’avait ébranlée bien plus profondément qu’elle ne voulait l’admettre. Pas seulement sur le plan stratégique, mais aussi émotionnel. Hirata esquissa un léger sourire rassurant.

Hirata — Essayons de voir le bon côté des choses. Par pur hasard, ceux qui ont été éliminés n’étaient que des Gardes. Dans cette épreuve spéciale, le pire scénario possible serait la perte d’un VIP. Étant donné que tout le monde a été pris de court, le simple fait d’avoir évité cette éventualité est déjà une réelle bénédiction.

Horikita — C’est vrai. Il a éliminé trois personnes de ses propres mains. Ce n’aurait pas été surprenant qu’un VIP se trouve parmi elles.

Comme elle se trouvait loin du camp principal au moment de l’attaque, elle n’avait pas été témoin du chaos de ses propres yeux.

Hirata — Apparemment, certains ont réagi immédiatement et se sont coordonnés pour protéger les trois VIP. On dirait que tout cet entraînement n’a pas été vain.

Sudou hocha la tête, et Horikita fit de même. Au moins, quelque chose avait fonctionné.

Hirata — Il y a une dernière chose que j’aimerais vérifier avant 9h. Ça ne te dérange pas ?

Horikita — Fais donc.

Hirata déplia la carte. Chaque zone devenue inutilisable y était soigneusement marquée d’une croix, dessinant un motif de plus en plus oppressant.

Hirata — Comme on l’a évoqué hier, la situation n’évolue pas vraiment en notre faveur.

La classe A campait actuellement en G8. Jusqu’à la veille, elle avait pu accomplir ses épreuves en toute sécurité au nord, mais désormais, toute cette zone était désormais entièrement interdite.

Hirata — Je ne serais pas surpris que l’épreuve de 11h pousse tout le monde à se rapprocher encore davantage vers le centre.

L’expansion continue des zones interdites, combinée aux prévisions sur les prochains points d’apparition des provisions. Face à la probabilité d’un affrontement imminent, Horikita serra les lèvres.

Horikita — À ce stade, les provisions ne sont plus qu’un bonus. Nous avons rassemblé suffisamment de munitions, et à partir de maintenant, je ne pense pas que ça vaille la peine de prendre des risques inutiles simplement pour de la nourriture.

Hirata — Je suis d’accord. Une fois que les combats commenceront, on perdra forcément des élèves, ce qui équilibrera naturellement nos réserves. Dans le pire des cas… on devra simplement tenir jusqu’au soir sans manger. C’est faisable.

Il marqua une pause.

Hirata — Et pour le reste de nos Tactiques ? C’est toujours prévu ?

Horikita — Oui. On ne change pas le plan. Ce qui compte désormais, c’est l’endroit où nous allons nous positionner par la suite.

Avec l’alliance C et D occupant H10 et la classe B tenant E12, ils avaient besoin de souplesse. Quelle que soit la direction prise par la prochaine zone interdite, ils devaient être prêts à s’adapter.

Sudou — Si on dérive trop à l’ouest, on risque de tomber sur la classe B. Trop à l’est, et c’est l’alliance C D. C’est une galère dans les deux cas.

Horikita — Et on ne peut pas simplement espérer que la zone sud se réduise. Ne pas avoir à bouger peut sembler séduisant, mais ça signifie aussi perdre nos voies de repli. Selon la tournure des événements, on pourrait se retrouver pris en tenaille.

Hirata — Je pense qu’on devrait faire preuve d’audace et se déplacer directement de G8 vers E9, proposa Hirata. Qu’est-ce que tu en penses ?

Horikita — Ce n’est pas une mauvaise idée. En fait, c’est peut-être même le meilleur choix. J’y pensais également.

Dans le cas où ils devaient choisir un seul adversaire, la classe B se trouvait être l’option la plus logique. Les deux classes avaient conservé leurs VIP. Le nombre de Gardes était à peu près équivalent des deux côtés.

Elles se disputaient directement la première place et, surtout, la classe B avait déjà utilisé son atout. Cela donnait à la classe A un avantage décisif.

Sudou — Alors, on va enfin affronter ce chien de Ryuuen.

Lança Sudou en faisant craquer ses membres.

Horikita — S’ils nous affrontent, ils miseront tout sur un seul coup, c’est du quitte ou double. Ils n’auront plus la moindre endurance pour se mesurer aux classes alliées par la suite. C’est pour cette raison que j’ai envie de croire qu’ils ne se précipiteront pas. Mais…

Un affrontement à quatre aurait été gérable. Une situation tendue certes, mais relativement gérable. Désormais, il ne restait plus qu’un conflit à trois.

La formation soudaine d’une alliance d’une telle ampleur avait forcé la main de Horikita. Elle devait prendre des décisions difficiles.

Après avoir passé en revue leur plan tactique une dernière fois, un bref silence s’installa entre eux. Pourtant, la discussion n’était pas terminée.

Horikita — Jusqu’ici, tout s’est déroulé globalement comme prévu, à l’exception de l’incident impliquant Ayanokôji-kun. Le moment décisif de cet examen spécial est aujourd’hui, en ce dernier jour. Le fait que les zones interdites convergent vers le centre faisait aussi partie de mes anticipations. Et le fait de ne pas avoir utilisé notre brouillage tactique global nous sera sans aucun doute bénéfique.

Ce que Horikita considérait comme le véritable cœur de cet examen, n’était pas de surpasser et d’écraser ses adversaires comme l’aurait fait Ryuuen, mais de s’assurer que le plus grand nombre possible de VIP et de Gardes restent en lice jusqu’au tout dernier moment.

C’est précisément pour cette raison que la tactique en question n’avait jamais été pensée comme un atout offensif. Elle était destinée exclusivement à la défense. Ce fut la première décision cruciale que Horikita prit, et la stratégie qu’elle partagea avec la classe.

Quant à la Tactique concernant la confirmation d’identité, elle n’avait été utilisée que sur Morofuji. Horikita soupçonnait qu’elle ne servirait peut-être plus jamais. Le signal GPS d’Ayanokôji, quant à lui, avait déjà été marqué de façon permanente par Matsushita.

Hondô — Tu crois vraiment que tu vas t’en tirer comme ça ?

Lâcha Hondo, incapable de rester silencieux plus longtemps en s’avançant vers Ayanokôji, fusil d’assaut à la main.

Sudou — Hondô !

Mais c’était déjà trop tard. Comme si tout le monde attendait qu’une seule personne fasse le premier pas, plusieurs élèves suivirent le mouvement, levant leurs armes tandis qu’ils se dispersaient pour encercler Ayanokôji.

Hondô — Ce traître mérite d’être puni ! Il est hors de question qu’on le laisse continuer à faire ce qu’il veut. Ici et maintenant, je vais m’assurer qu’Ayanokôji soit éliminé pour de bon.

Horikita — Arrête Hondô-kun ! L’encercler de force ne mènera à rien. Bloquer son passage, même indirectement, sera considéré comme une entrave. C’est strictement interdit.

Hondô — M…mais alors quoi ?! On le laisse simplement s’en aller ?!

L’irritation dans l’air devint palpable, plusieurs élèves armés reportant désormais leur frustration sur Horikita.

Horikita — …Je n’ai pas dit ça, répondit-elle, restant calme malgré la pression. Le laisser s’échapper représente une menace pour nous. Il est donc évident que nous devons le vaincre ici. Mais pas n’importe comment. Gardez une distance appropriée et attendez neuf heures.

Un seul mètre suffirait.

Tant qu’Ayanokôji disposait d’un passage étroit mais dégagé pour avancer, il n’y aurait aucune infraction au règlement. C’était le jugement de Horikita. Après avoir échangé quelques regards, ses camarades se décalèrent lentement, créant un mince couloir au sein de leur formation. Ce dernier observa le passage, puis leva les yeux vers Horikita et les autres.

Ayanokôji — C’est la bonne décision. L’École suit le GPS de chaque élève en temps réel, 24h/24. Ils savent que je me trouve en territoire ennemi. Ils savent également que je suis encerclé à l’instant même. Si mon GPS cessait de bouger et que j’étais éliminé à 9h précise, il y aurait tout de suite enquête. Je prétendrais bien sûr que mes mouvements étaient complètement bloqués, que j’ai été entravé. Il y aurait de fortes chances qu’ils concluent que c’est une violation des règles.

La veille, après 18h, lorsqu’Ayanokôji avait été touché, le personnel était intervenu. Les élèves qui avaient tiré en dehors des heures de l’épreuve n’avaient pas été jugés malveillants, mais chacun d’eux avait malgré tout été disqualifié pour infraction au règlement. Horikita ne pouvait pas les laisser répéter une telle erreur.

Aussi compétent soit Ayanokôji, si 9h arrivait dans ces conditions, toute tentative de fuite serait impossible. Dans le meilleur des cas, il pourrait tirer en même temps et emporter quelqu’un avec lui, sans plus.

Hondô — Tch… merde ! L’ennemi est juste devant nous, et on ne peut absolument rien faire ! Fait chier !

Hurla Hondô en serrant les poings

Ils étaient enchaînés par les règles, contraints d’observer leur cible se préparer à s’enfuir. Cet impact psychologique en devenait presque physique. Ayanokôji reprit la parole, d’un ton presque pédagogue.

Moi — Sur un véritable champ de bataille, ce genre de combat ne fonctionnerait pas. Mais ici, c’est un examen spécial. C’est un affrontement qui n’existe que grâce aux règles. Parce qu’on peut les exploiter, et parce qu’elles vous protègent. Si un jour vous en avez l’occasion, vous devriez essayer.

Ses paroles portaient une légère pointe de provocation. Peut-être espérait-il que quelqu’un perde son sang-froid.

Horikita — Aucun tir avant 9h !

Dit Horikita par précaution. À distance, Karuizawa observait la scène, les mains fermement crispées l’une contre l’autre. Et le temps passa, au-delà de 8h50.

— Encore dix minutes ! On ne te laissera pas filer ! Pas question !

Alors que le début de la phase finale approchait, Ayanokôji fit un pas en avant, sans un mot. Une onde de tension parcourut la classe A. Les doigts se crispèrent sur les gâchettes, les canons suivant chacun de ses mouvements.

Horikita — Qu’est-ce que tu comptes faire, Ayanokôji-kun ?

Ayanokôji — Rien. Vous m’avez laissé un passage, alors je vais marcher.

Et c’est ce qu’il fit. À mesure qu’Ayanokôji avançait, les élèves de la classe A avancèrent eux aussi, ajustant leur rythme sur le sien, sans jamais réduire la distance, sans jamais détourner leur visée. Seize Gardes au total, garçons et filles confondus.

Nous devons le vaincre ici.

C’était ce que Horikita leur avait ordonné. Et pourtant, au fond d’elle-même, elle ne voulait envoyer aucun d’entre eux à sa poursuite.

Sudou — J’y vais aussi…

Sudou s’élança depuis son côté, mais Horikita l’attrapa par l’épaule et le retint.

Horikita — Non, arrête. Ça ne changera rien.

Sudou — Qu’est-ce que tu veux dire, Suzune ?

Horikita — S’il avait l’intention de se battre à 9h, alors oui, on pourrait le vaincre. Mais il compte consacrer toute son énergie à la fuite.

Dans cette forêt dense, le nombre d’élèves capables de rivaliser avec les capacités physiques d’Ayanokôji était infime. Sudou faisait partie des rares exceptions. Ce qui signifiait que, même à seize, ils seraient distancés en quelques minutes à peine dès que la poursuite commencerait réellement. C’était précisément cette certitude qui avait permis à Ayanokôji de passer la nuit à monter tranquillement sa tente en plein territoire ennemi.

Sudou — Mais je suis certain de pouvoir le suivre. Il est chargé en plus.

Horikita — …C’est justement pour ça que je ne peux pas te laisser y aller.

À 9h, il existait la possibilité que, dans le pire des cas, un duel en tête-à-tête éclate entre Ayanokôji et Sudou. Si cela arrivait, l’issue en serait incertaine. Et dans l’éventualité, improbable certes, où Sudou perdrait et Ayanokôji parviendrait à s’échapper, la classe A subirait un coup encore plus sévère.

Sudou — Mais là, on est en train de jouer dans sa main, non ?

Horikita — Je sais. Mais il a bien dit qu’il utilisait les règles de l’examen contre nous. Ce n’est pas une situation que la force brute peut résoudre.

Tous les Gardes qui se lanceraient à sa poursuite ne feraient que s’épuiser inutilement en vue des affrontements à venir. Si elle ne les avait pas laissés partir, c’était parce qu’au fond, elle savait qu’elle n’en avait pas la force.

À 9h pile, la forêt bascula dans le chaos. Des cris fendirent l’air, suivis des claquements des armes, puis du fracas de plusieurs corps se frayant un chemin à travers la broussaille. Il ne fallut pas longtemps avant que les poursuivants ne reviennent par petits groupes, chargeurs vides, complètement dépouillés de leur énergie, les visages marqués par une grande frustration. Pas un seul n’avait réussi à maintenir le contact. Tous avaient perdu leur proie dans les profondeurs de la forêt.

1

Un peu après 10h du matin, lorsque ma montre confirma que j’avais définitivement semé la classe A et franchi la frontière de H10, deux silhouettes familières apparurent devant moi : Takemoto et Hashimoto. C’était le point de rendez-vous que j’avais fixé à l’avance, l’endroit où je leur avais demandé d’attendre si je parvenais à revenir sain et sauf.

Hashimoto — Yo ! Quand on a reçu le rapport disant que t’avais été éliminé juste à la toute fin hier, j’ai vraiment cru que c’était fini pour nous. Et puis juste après, on apprend que c’était après 18h, donc que ça ne comptait pas ? Sérieux, tu nous fais des coups complètement fous.

Malgré ses paroles, Hashimoto souriait. Il avait l’air sincèrement ravi.

Takemoto — Cet idiot est surexcité depuis qu’il a appris que tu avais mis hors-jeu plusieurs élèves de la classe A et réussi à les provoquer pour qu’ils tirent en dehors des heures de l’épreuve. Il n’arrête pas de s’en vanter.

Ajouta Takemoto en secouant la tête, exaspéré. Il posa ensuite tout de même sa main sur mon épaule.

Takemoto — Beau boulot. Vraiment.

Hashimoto — Comment veux-tu que je ne sois pas excité ? Tu t’es jeté en plein cœur du territoire ennemi. Tout le monde aurait parié que tu ne t’en sortirais pas, et pourtant te voilà. Franchement, t’es incroyable.

Moi — J’ai sacrifié trop de points au début. Je voulais juste en récupérer autant que possible.

Hashimoto — C’est largement suffisant. Honnêtement, le seul regret, c’est que tu n’aies pas réussi à éliminer un VIP.

Moi — À ce sujet. J’ai des instructions à donner immédiatement.

Takemoto et Hashimoto à mes côtés, je me mis en route vers le groupe principal où Kanzaki et les autres nous attendaient.

Hashimoto — Quel genre d’instructions ?

Lorsqu’ils en entendirent les détails, Hashimoto et Kanzaki échangèrent un bref regard de surprise l’espace d’un instant, avant de se mettre aussitôt à organiser les démarches stratégiques : qui resterait sur place et comment exécuter le plan. Ils ne perdirent pas de temps à remettre mes intentions en question. Ils se mirent simplement au travail.

Ce petit détail était vraiment rassurant.

Il y avait pourtant une chose que je n’avais pas formulée à voix haute, une chose que j’avais réalisé en me trouvant au cœur du camp de la classe A. Il leur manquait un certain tranchant. Très probablement parce que Horikita avait déclaré ouvertement dès le début qu’elle utiliserait un point de protection si la situation tournait mal, offrant ainsi à ses camarades l’assurance que la classe, elle, survivrait même en cas de défaite.

La classe de Ryuuen, en revanche, était d’une tout autre nature. Même si Kaneda détenait un point de protection, personne ne comptait réellement dessus. Ils se battaient comme s’il n’existait aucun filet de sécurité. Selon moi, c’était l’un des facteurs décisifs qui finiraient par faire pencher la balance : la différence de détermination, un écart silencieux mais essentiel dans la motivation.

Peu après, tout le monde se regroupa. Nous sélectionnâmes alors les élèves à envoyer en direction de la classe B. Cette fois, en revanche, le risque était bien trop élevé. Aucun VIP ne serait impliqué. Nous n’envoyâmes que deux personnes : un élève prêt à être sacrifié si nécessaire, et un Éclaireur. C’était suffisant.

Les autres restèrent en attente.

11h.

D’après l’écran de la tablette, la zone encore exploitable s’était réduite à une grille de cinq cases sur cinq, s’étendant de D8 à H12.

Les largages de provisions apparurent en D12, E8, F10, G9 et H12.

Mais ces informations n’étaient pas l’essentiel. Jusqu’à présent, les zones interdites avaient été annoncées progressivement à chaque événement. Lors de cette dernière journée, en revanche, toutes les restrictions restantes furent révélées d’un seul coup.

À 13h, la zone autorisée serait réduite à seize cases, de D9 à G12. À 15h, elle se rétrécirait encore davantage, jusqu’à ne plus couvrir que quatre cases, de D11 à E12.

À 15h30, seules E11 et E12 resteraient accessibles.

Et à 16h, l’examen prendrait fin.

Une fois le champ de bataille réduit à seulement deux zones, survivre sans être éliminé relèverait de l’impossible. Un affrontement total devenait alors inévitable. Et comme si cela ne suffisait pas, une nouvelle modification vint sceller le sort de tous les participants.

À partir de 15h, le délai de grâce autorisant la présence dans une zone interdite ne serait plus d’une heure. Désormais, pénétrer dans une zone interdite déclencherait un compte à rebours cumulatif de soixante secondes, et une fois dépassé, l’élève serait immédiatement éliminé de force.

Une règle impitoyable, ajoutée dans le seul but d’abattre l’ennemi.

Hashimoto — C’est de la folie. S’il ne reste qu’un seul Garde ennemi à ce moment-là, cela pourrait mener à une annihilation totale.

Il n’avait pas tort. Il n’y aurait alors ni espace, ni temps pour s’échapper. Mais s’attarder sur le dénouement ne nous avancerait à rien pour l’instant.

Il secoua la tête, recentrant la discussion.

Hashimoto — Il n’y a que cinq points de ravitaillement cette fois…

Poursuivit-il en consultant la tablette.

Hashimoto — Et à part E8, les quatre autres sont tous de la nourriture. H12 est pratiquement garanti.

J’analysai la situation, pesai les différentes variables, puis pris ma décision.

Par l’intermédiaire de Hashimoto et de Kanzaki, je transmis les ordres à l’ensemble du groupe.

Moi — Je vais maintenant expliquer le plan.

À ces mots, l’atmosphère changea instantanément.

Non seulement la classe C, mais aussi la classe D, se redressèrent d’un même mouvement, leurs expressions se durcissant, remplies de détermination.

2

Préparée à l’éventualité d’un affrontement avec les classes alliées, la classe A sécurisa les provisions apparues dans le secteur sud en G9, puis se déplaça sans attendre vers F9. Il était tout juste midi. Ils ne s’y arrêtèrent que brièvement, attendant un rapport de Matsushita.

Wang — À l’instant, un élève de la classe C a été éliminé entre E12 et F11… L’élève restant semble battre en retraite. Je… je ne comprends pas ce que cela signifie.

Rapporta Wang, confuse. À ces mots, Horikita et Hirata échangèrent un regard.

Hirata — Ont-ils tenté de récupérer les provisions de F10 sans VIP ? Et ils se seraient fait accueillir par la classe B en s’aventurant trop loin ?

Horikita — …Je l’ignore. Mais il ne fait aucun doute que ce mouvement a été orchestré par Ayanokôji. Demande à Matsushita d’identifier l’élève en retraite à l’aide d’une Tactique.

Wang — O-oui !

Wang transmit immédiatement l’instruction à la Commandante. Moins d’une minute plus tard, la réponse de Matsushita leur parvint.

Wang — C’est Nishi-san, de la classe C, elle a le rôle d’Éclaireur !

Horikita — Je vois… Dans ce cas, on peut probablement écarter l’hypothèse d’une tentative de récupération de provisions.

Hirata — Auraient-ils utilisé deux élèves comme appâts pour attirer la classe B ? Non… ce ne serait pas très efficace.

Horikita — Ils ne feraient que sacrifier un Garde voire un Éclaireur en plus pour rien. Leur véritable objectif reste flou, mais restons ici et observons les deux classes tout en sécurisant un terrain depuis lequel nous pourrons nous battre si nécessaire.

Ce ne fut que dix minutes plus tard que Horikita et les autres remarquèrent que quelque chose clochait. La raison devint évidente lorsque Matsushita contacta aussitôt Wang, la VIP.

Wang — Horikita-san ! Les classes C et D ont commencé à se déplacer vers le nord ! Et plus précisément, tous leurs signaux GPS se dirigent vers le nord-ouest, de H10 en direction de G9 !

Debout à proximité, Kushida déplia aussitôt la carte. Horikita se pencha dessus, suivant des yeux la trajectoire indiquée.

Kushida — À ce stade… entrer en G9… Cela voudrait dire qu’ils nous prennent pour cible, non ?

Horikita — …Oui. S’ils comptent éliminer quelqu’un, viser la classe A plutôt que la classe B serait le choix le plus naturel…

Wang — E-et il y a encore autre chose ! La classe B, qui tenait sa position en E12, a aussi commencé à avancer vers le nord !

Ces mots eurent l’effet d’un choc. Les deux classes s’étaient mises en mouvement presque simultanément, il y a cinq minutes à peine, comme si le timing avait été coordonné.

Hirata — La classe D s’est rapprochée de la classe B pour cette raison…?

Kushida — C’est possible. Ils ont peut-être proposé une attaque en tenaille dans le but d’écraser la classe A des deux côtés.

Tandis que Kushida analysait la situation avec calme, Horikita transmit immédiatement les informations à ses camarades.

— A-attendez, sérieux !? On fait quoi maintenant !? s’exclama quelqu’un.

— On ne peut pas gagner contre trois classes en même temps ! reprit une autre voix.

Kushida — S’ils viennent vraiment pour nous, rester ici signifie se faire encercler. Battre en retraite pourrait être une option. De plus, ils pourraient se rentrer dedans.

Que ce soit une réflexion stratégique ou un simple constat désespéré, Kushida laissa échapper cette pensée comme un monologue à voix basse. Ils étaient contraints de choisir avant même que la certitude n’ait le temps de s’installer.

Horikita — …On bouge. On va prendre la classe B en E10 de front.

Aussi solide qu’une position défensive puisse paraître, elle ne signifiait rien face à un affrontement à trois. Si cet avantage disparaissait dès l’instant où toutes les forces convergeaient, alors se concentrer sur un seul adversaire restait la seule option rationnelle. Et parmi eux, la classe B offrait les probabilités les plus favorables. Les sacs furent hissés dans la précipitation. La classe pivota d’un seul mouvement et se mit de suite en marche vers E10.

Lors de la mise à jour suivante du GPS, il fut confirmé que la classe B était entrée en E11. Dans le même temps, les classes alliées progressaient en G9. De son côté, la classe A poursuivait son avancée en E10. Cependant, deux mises à jour plus tard, soit environ dix minutes après, la situation changea de nouveau. Leur mouvement avait été repéré.

Comprenant l’intention de la classe A de forcer un affrontement décisif, la classe B interrompit son avancée et se replia, revenant en E12. Dans le même temps, les classes C et D abandonnèrent leur poussée vers le nord pour obliquer vers l’ouest.

Horikita — Ils ont compris qu’on cherchait une solution rapide et ont pris leurs distances. Mais c’était prévisible. Nous continuerons malgré tout à provoquer la classe B.

Pourtant, un malaise persistait dans son esprit, une gêne dont elle n’arrivait pas à se défaire. Elle avait l’impression d’être emportée par un courant puissant, un courant contre lequel toute résistance semblait vaine.

L’élève de la classe C envoyé vers la classe B.

Si cet élève était préparé à être éliminé, uniquement pour proposer une coopération et ainsi inciter la classe B à s’unir contre la classe A, alors l’enchainement de ses actions ne pouvait signifier qu’une chose.

Ce champ de bataille était sous la joute d’Ayanokôji.

L’idéal aurait été de tenir leur position, d’attendre patiemment et d’observer jusqu’au tout dernier moment. Et pourtant, à partir d’une seule incursion, menée par un unique élève la veille, ils avaient laissé le cours de l’examen être manipulé, pas à pas.

Kushida — C’est la faiblesse de la classe A, Horikita-san. Nous le savions depuis le début que c’était un risque. Lorsque l’objectif est de faire tomber ceux qui sont au sommet, les intérêts de tous peuvent s’aligner contre nous.

Horikita — …Oui.

Répondit Horikita en expirant lentement.

Horikita — Et c’est précisément pour ça que tout se joue ici. À partir de maintenant, c’est là que nous devons montrer notre véritable force.

Convaincue que ses décisions les mèneraient encore vers la victoire, Horikita poursuivit son avancée.

 

3

 

13h.

La notification de l’événement retentit. Aucune provision n’apparut. Ce simple fait rendit la situation parfaitement claire : la phase de collecte était terminée.

À cet instant, la classe A se trouvait en D11, la classe B en D12, et l’alliance C et D en E10. Après une succession de manœuvres, d’avancées et de replis, la situation avait évolué jusqu’à un point critique où, bien qu’aucun contact direct n’ait encore eu lieu, toutes les classes se retrouvaient désormais dangereusement proches les unes des autres.

Les rapports d’analyse commencèrent à affluer à un rythme soutenu.

En réponse, les élèves de la classe A élevèrent la voix, relayant à tous les nouvelles zones désormais interdites. Juste après 13h05, Yukimura, le VIP, reçut de nouvelles instructions de la Commandante et ordonna aussitôt l’arrêt général. À une cinquantaine de mètres devant eux…

La classe B, progressant vers le nord avec une discipline quasi militaire, s’immobilisa à son tour. Pas un mot ne fut prononcé tandis que les deux camps se figèrent. Faisant un demi-pas en avant, Katsuragi prit la parole d’une voix basse et posée, destinée à ses camarades.

Katsuragi — La classe A est juste devant nous. La distance n’est que de quelques dizaines de mètres. Restez tous sur vos gardes, sans exception.

Ryuuen — Écoutez-moi bien !

La voix de Ryuuen fut tranchante.

Ryuuen — Chacun de vous élimine au moins un ennemi avant de tomber. Je me fous de savoir combien vous en avez éliminé le premier jour. Ceux qui se révèlent inutiles ici, je m’occuperai moi-même de leur expulsion.

La menace demeura lourde et suffocante. Puis, d’un geste sec, il leur fit signe d’avancer. Sous cette pression écrasante, la classe B se remit lentement en mouvement. Un pas. Puis un autre. La terre tremblait sous leurs pieds. Les feuilles et les brindilles se brisèrent à chacun de leurs mouvements.

Ishizaki — N’empêche… C’était vraiment une bonne idée de laisser filer un VIP de la classe A comme ça ?

Il faisait référence à un incident survenu quelques instants plus tôt. Un signal GPS anormal s’était détaché du groupe principal de la classe A, deux coordonnées isolées, dérivant seules. Ryuuen avait immédiatement consommé une Tactique pour en identifier la nature. Le résultat fut clair : Miyake Akito, un Garde, et Wang Mei-yu, l’une des VIP de la classe A.

Katsuragi — Si les trois VIP tombent, c’est l’anéantissement total. Les laisser s’échapper était le moyen le plus sûr d’éviter ce risque dans un affrontement chaotique. Pour les poursuivre, il nous faudrait au minimum deux personnes, un VIP et un Garde. Mais dans une situation de deux contre deux, l’issue reste imprévisible. Miyake n’est pas mauvais physiquement. Mais plus important encore, la classe A n’est pas la seule menace dans les parages. Les classes C et D se rapprochent aussi. Se séparer maintenant serait beaucoup trop dangereux.

Ishizaki fit un claquement de langue, mais n’ajouta rien. Bien sûr, si cela avait été possible, Ryuuen les aurait écrasés sans la moindre hésitation. Personne n’en doutait. Mais envoyer un petit groupe dans ces conditions reviendrait à faire un pari sur l’avenir de toute la classe. C’était précisément pour cette raison que Ryuuen n’avait rien dit. La classe B avancerait en un seul bloc, et leurs VIP seraient protégés à tout prix.

Katsuragi — …Quelque chose ne va pas,

Lâcha Katsuragi, son expression se durcissant tandis que la ride entre ses sourcils se creusait légèrement.

Ishizaki — Hein ? Qu’est-ce que tu racontes ?

Ils n’avaient toujours pas engagé la classe A. Et c’était justement là le problème. Au vu de la distance et la manière dont les deux camps progressaient, le contact aurait déjà dû avoir lieu. Pourtant, la forêt demeurait étrangement silencieuse, le temps s’étirant sans la moindre collision.

Katsuragi — On aurait dû tomber sur eux depuis un moment. Cette situation est inquiétante…

Depuis leur position actuelle, la classe A disposait de trois directions possibles, exceptée l’approche par le sud qui était occupée par la classe B. Éviter le contact aurait été d’une facilité déconcertante. S’ils avaient déjà battu en retraite, la poursuite aurait été la réaction logique.

Mais c’était précisément là que résidait le problème. Les informations ne se mettaient à jour que toutes les cinq minutes. Jusqu’au prochain rapport de position, il était impossible de savoir où l’ennemi s’était dirigé, empêchant toute poursuite ou interception. Tout ce qu’ils pouvaient faire, c’était avancer prudemment, progressant à un rythme mesuré entre les arbres.

Cinq minutes plus tard, le commandant transmit les nouvelles coordonnées, et c’est à ce moment-là qu’ils découvrirent la terrible vérité. La classe A n’avait ni progressé vers le nord, ni vers le sud, ni l’est, ni l’ouest. Elle n’avait pas progressé du tout.

— R–Ryuuen-kun… les signaux GPS… ceux de la classe A et les nôtres… ils se superposent…!

Ryuuen — C’est donc ici qu’ils l’utilisent…

Pendant les trente minutes suivantes, la classe A devint impossible à localiser. C’était un scénario auquel ils s’étaient préparés, mais l’avoir anticipé n’en atténuait en rien l’impact. Pour toutes les autres classes, ce timing d’aveuglement représentait un désavantage écrasant. Katsuragi réagit instantanément. Sans élever la voix, il enchaîna une série de signaux manuels rapides, ordonnant à la formation de se resserrer autour des VIP. En perdre ne serait-ce qu’un serait catastrophique. En perdre trois signifierait l’anéantissement total.

Le fait que Katsuragi les ait entraînés précisément à ce type de situation porta ses fruits : il leur avait appris à communiquer silencieusement et à répéter des schémas conçus pour les moments où parler serait une erreur.

Replier les VIP était une option, mais une option défaillante.

Sans VIP, la classe B perdrait sa capacité à appréhender l’ensemble du champ de bataille. Et si, à l’inverse, les Gardes venaient à être éliminés les uns après les autres, les VIP finiraient de toute façon acculés. En définitive, les maintenir à proximité, protégés au cœur même de la formation, restait le choix le plus efficace.

Du moins, c’était le jugement de Ryuuen. Allaient-ils battre en retraite, ou bien frapper les premiers ? Le silence demeurait. Chaque élève retint son souffle, l’oreille tendue à l’affût du moindre signe. Une branche brisée, un pas déplacé, n’importe quoi pouvant trahir un mouvement dans la forêt environnante.

Après avoir reçu de nouvelles informations du commandant, l’un des VIP sortit discrètement un petit bout de papier préparé précisément pour ce genre de situation. D’une pression prudente, presque délicate et suffisamment légère pour ne pas déchirer la feuille, il griffonna rapidement un court message, puis le leva pour que Ryuuen puisse le lire : C et D avancent de face.

Ainsi, même les classes alliées se rapprochaient. Si la classe A, désormais invisible, avait contourné leur position pour les prendre à revers pendant que C et D progressaient de front, alors la classe B risquait à son tour de se retrouver prise en tenaille. Le chasseur pouvait devenir la proie en un instant.

Il n’y avait plus de temps à perdre. Ryuuen décida de se replier vers le sud, levant le bras pour donner l’ordre…

Isoyama — DERRIÈRE NOUS !

Le cri d’Isoyama déchira le silence. Aussitôt, des billes de peinture fusèrent depuis l’arrière, une véritable avalanche de couleurs traversant les arbres

Katsuragi — Ils nous ont contournés ! On se replie en ripostant ! C et D arrivent ! Bougez-vous maintenant !

À ce stade, les signaux manuels ne servaient plus à rien. Katsuragi éleva la voix, donnant simultanément des ordres de combat et de repli tandis que le chaos éclatait dans leur dos. Un échange de tirs s’engagea avec l’ennemi qui avait réussi à se glisser dans leur angle mort.

Ishizaki — Aucun doute, c’est la classe A ! J’ai vu Sudou !

Ibuki — Ah, ahahah !

À ces mots, Ibuki laissa échapper un rire sec et dérangeant, bien trop féroce et exalté pour la situation.

Ishizaki — C’est quoi ce rire de tarée ? Tu fais flipper !

Marmonna Ishizaki en se plaquant contre un arbre à côté d’elle.

Ibuki — Tu sais quoi ?

Elle éjecta le chargeur de son arme, vérifia qu’il était encore bien rempli, puis l’enclencha de nouveau d’un claquement métallique.

Ibuki — Je m’en tape complètement de cette attaque du premier jour contre la classe C. Rien de tout ça n’avait d’importance. Parce que là, j’ai enfin trouvé l’adversaire que je dois battre.

Ishizaki — Wow… sacrée motivation ! Donc la classe A, c’est le vrai jackpot, hein ?

Lança Ishizaki avec un sourire de travers.

Ibuki — Hein ? Ne dis pas n’importe quoi ! Ça n’a rien à voir.

Ses yeux brûlaient par l’envie d’en découdre tandis qu’elle se penchait en avant, le doigt se crispant sur la détente.

Ibuki — Je veux juste voir la tête de Horikita quand je l’écraserai. Ça fait trop longtemps que j’attends ça.

Sur ces mots, Ibuki lâcha une terrible rafale de billes de peinture avec sa mitrailleuse. Presque aussitôt, une alarme stridente retentit.

Quelqu’un à plus de dix mètres venait d’être touché. Le chargeur se vida.

Sans la moindre hésitation, elle le retira avec force et en enclencha un nouveau d’un geste sec. Même maintenant, elle avait encore sept chargeurs de rechange fixés à son équipement, largement assez de munitions pour continuer à tirer jusqu’à ce que le champ de bataille soit vidé.

Ibuki — Toute la haine que j’ai accumulée… je vais la déverser ici !

Ishizaki — O-oh… ouais, d’accord, l’enthousiasme c’est cool, mais…

Bafouilla Ishizaki en reculant d’un pas.

Ishizaki — Cet endroit va devenir une vraie zone de guerre, alors je vais me replier un peu… hein ? C’est quoi ce bordel… ?

Il tenta de battre en retraite, bien conscient que cette position allait devenir un véritable enfer, mais Ibuki l’attrapa brutalement par le bras et le tira en arrière.

Ibuki — Tu me couvres.

Ishizaki — Hein !? Lâche-moi ! Je suis censé protéger Ryuuen-san !

Ibuki — Laisse tomber. T’as pas besoin de protéger un type comme lui. Tu vas me servir de bouclier.

Ishizaki — PUTAIN HORS DE QUESTION !

Ibuki — T’as une putain d’arme de chad, alors fonce.

Ishizaki — C’est juste une belle façon de me dire d’aller crever.

Ibuki — Tant que je peux abattre Horikita, le reste m’est égal !

Ishizaki — Tu fais chier !

Leurs voix s’élevèrent, se répercutant entre les arbres, et la classe A les repéra aussitôt derrière le large tronc. Des billes s’abattirent sans pitié sur le bois. L’une d’elles passa à un cheveu du visage d’Ishizaki.

Ishizaki — Bordel, c’était moins une !

Des gouttes de sueur perlèrent sur son front tandis qu’Ibuki lui lançait un regard acéré.

Ibuki — Rester ici ne nous sauvera pas, on finira de toute façon par se faire éliminer. Maintenant, bouge, Ishizaki ! Vas-y ! Dépêche-toi !

Ishizaki — Aaaargh, D’ACCORD ! Mais t’as intérêt à suivre !

Ishizaki jaillit de sa couverture, utilisant sa carrure massive comme un bouclier mobile. Ibuki resta collée à lui, synchronisant parfaitement ses déplacements sur son rythme tandis qu’ils fonçaient ensemble. Sur le flanc opposé, la manœuvre de la classe A portait déjà ses fruits.

Après avoir utilisé leur Tactique pour contourner l’arrière, ils tranchaient net la formation de la classe B. Parmi eux, Sudou venait tout juste d’enregistrer sa cinquième élimination.

Sudou — Plus de munitions, une recharge, vite !

Grâce à ses capacités physiques exceptionnelles et aux compétences qu’il avait affinées à un niveau inégalé par ses camarades durant les entraînements, il livrait une performance digne d’un véritable atout majeur, sans la moindre retenue. Yukimura, dissimulé non loin, tendit aussitôt à Sudou un chargeur entièrement rempli. En tant que VIP, il ne pouvait pas attaquer, mais ce type de soutien ne constituait pas une infraction au règlement. Sudou enclencha le chargeur d’un geste sec, les yeux toujours rivés sur le champ de bataille.

— La classe B est descendue à treize ! Je suis presque sûr que Sudou vient d’éliminer l’un de leurs VIP !

Les informations sur les élèves éliminés affluaient en continu par radio.

Sudou — Sérieux ? Putain ouais, plus que deux !

Yukimura — Non ! On en a perdu un aussi ! Mii-chan est éliminée !

L’euphorie fut de courte durée. Le nombre de VIP bascula à deux contre deux.

Sudou — Et les classes C et D, ça donne quoi ?

Demanda Sudou, reprenant immédiatement sa concentration.

Yukimura — Hirata les retient. Exactement comme Horikita l’avait prévu, elle a complètement déjoué leur contre-manœuvre.

Sudou — Heh… bien évidemment. C’est du Suzune tout craché.

Un sourire fier se dessina. Mais à cet instant précis, il entendit plusieurs séries de pas martelant le sol, fonçant droit sur leur position depuis l’avant.

Sudou — Ils passent à l’attaque. Yukimura, reste caché !

Il repoussa Yukimura à couvert, puis se pencha en avant et leva son arme en direction des élèves de la classe B qui arrivaient. Pourtant, quelque chose clochait. Ils avaient repéré Sudo, mais aucun d’entre eux ne pointait son arme vers lui. Au contraire, tous les canons étaient braqués ailleurs. Sudou tira malgré tout. Une bille frappa Nomura en plein dans l’abdomen. Son bracelet résonna tandis qu’il s’effondrait. Mais les autres ne ralentirent pas. Ils passèrent en force à côté de Sudou, s’engouffrant dans l’ouverture créée.

Sudou — Pas question que je vous laisse passer !

Il pivota, en abattit un d’un tir net dans le dos, mais les deux autres disparurent dans la forêt, avalés par les ombres avant qu’il ne puisse ajuster sa visée.

Sudou — Tss… sécurisez cette zone !

Il laissa quelques élèves garder Yukimura tandis qu’il se lançait à leur poursuite.

— Satô est devant ! Abattez Satô, MAINTENANT !

À cet instant, toutes les intentions convergèrent. Les classes C, D et B. Les trois camps braquèrent leurs armes sur Satô simultanément. Les détentes furent pressées. Et à l’instant suivant, Satô disparut de leur champ de vision.

— Kyaa !

Ce n’était pas l’œuvre de Satô elle-même. Un bras se referma autour de sa taille, la tirant violemment hors de la ligne de tir au moment même où des billes de peinture déchiraient sa position.

Sudou — Tout va bien !?

Sudou la ramena contre lui sans hésiter, couvrant son corps tel un bouclier. Il l’avait sauvé d’une élimination certaine à la toute dernière seconde.

Satô — O-oui… merci…

Satô n’eut même pas le temps de finir sa phrase qu’une nouvelle salve de billes de peinture fusa autour d’eux, frappant l’air avec une violence brutale.

Sudou — Ils nous foncent dessus avec tout ce qu’ils ont, dit-il les dents serrées. — Quoi ? Ils comptent vider tous leurs chargeurs ici ou quoi ?!

Il riposta par quelques tirs, plus pour dissuader que pour toucher, cherchant à maintenir les ennemis à couvert. Mais dès qu’il réalisa à quel point sa visée était compromise tant qu’il protégeait Satô, il relâcha aussitôt la détente.

Sudou — …Tu trouves pas qu’il y a un truc d’anormal ?

Satô — A…anormal ?

Répéta Satô, encore essoufflée.

Sudou — Regarde autour de nous.

Dit Sudou à voix basse, les yeux balayant les arbres, suivant les éclaboussures de peinture incrustées dans le bois.

Sudou — Y a beaucoup trop de canons braqués dans cette direction. Et ça, c’est franchement pas normal.

Il plissa les yeux.

Sudou — Il y a encore des nôtres planqués dans le coin. Et pourtant, le nombre d’armes pointées sur nous est beaucoup trop élevé.

Tout en parlant, Sudou jeta un regard vers les arbres épais se dressant à faible distance de part et d’autre. Derrière leurs larges troncs, il distinguait les silhouettes d’Inogashira et d’Okitani, plaqués contre leur couverture.

Les preuves étaient évidentes. Il y avait bien des éclaboussures de peinture disséminées un peu partout, c’était le signe que les tirs avaient d’abord été dispersés à l’aveugle. Mais ça, c’était au début. Désormais, presque chaque tir convergeait vers un seul point.

Droit sur eux.

Satô — Ce ne serait pas parce que tu es là, Sudou-kun… ?

Sudou — …Non. C’était déjà comme ça avant que j’intervienne. Ce qui veut dire qu’ils savaient avant même que le combat commence ton rôle.

Satô — Q-quoi… ? Comment ils auraient pu… ? C’est vraiment possible ?

Sudou — Probablement… Ils sont beaucoup trop obsédés par le fait de t’éliminer. Ils ignorent presque complètement les Gardes.

Si l’attention s’était portée sur lui à la place, Sudou était convaincu qu’il aurait pu gérer la situation. Il avait confiance en sa force, en sa capacité à prendre le focus et à survivre sous la pression. Mais là, c’était différent. C’était une stratégie qui sacrifiait volontairement l’efficacité au profit de la certitude. Si l’ennemi était prêt à perdre deux, voire trois personnes uniquement pour garantir l’élimination de Satô, alors même lui avait ses limites.

Sudou — Merde… ils savent surement tout à ce stade.

Satô — T… Tu crois qu’Ayanokôji-kun l’a remarqué, quand il est apparu un peu plus tôt ?

Sudo — J’y ai pensé. Quelqu’un qui protège la VIP sans s’en rendre compte, ouais, ça peut arriver. Mais toi… t’étais où à ce moment-là ?

Satô — Euh… j’étais dans la tente. J’avais peur, alors je suis restée cachée tout ce temps…

À l’instant même où elle prononça ces mots, Sudou sentit une goutte de sueur glisser le long de son dos. Une possibilité s’emboîta brutalement dans son esprit. Mais qu’elle soit juste ou non n’avait désormais plus d’importance.

Satô — Je ne pense pas pouvoir m’en sortir.

Dit Satô, la voix tremblante mais résolue.

Satô — A…au moins… toi, tu devrais fuir. Va protéger les autres VIP…

Sudou — Si c’est ce qu’il faut pour gagner, peut-être que je devrais.

Puis sa mâchoire se crispa.

Sudou — Mais je ne les laisserai pas t’éliminer aussi facilement. Pas ici.

Il leva son arme, le regard brûlant d’ardeur.

Sudou — Il n’y a pas d’autre choix, on doit faire ça.

La précision des tirs ennemis n’était pas particulièrement élevée. À la sonorité et à l’espacement des impacts, Sudou pouvait en être sûr, ceux qui leur tiraient dessus n’étaient pas des tireurs d’élite.

C’était son ouverture.

S’il bougeait maintenant, en jaillissant avant qu’ils ne puissent resserrer leur visée, il y avait une chance.

Une seule chance. C’était du quitte ou double.

Il foncerait, les éliminerait avant que Satô ne soit touchée.

Sa décision prise, Sudou jaillit de sa couverture, se projetant droit dans la ligne de feu ennemie.

 

4

 

L’échange de tirs d’une violence extrême qui éclata fut impossible à ignorer. Le vacarme à lui seul porta suffisamment loin pour que les classes C et D comprennent presque immédiatement ce qui se passait. Au même moment, une information arriva du commandant : la classe A avait très probablement activé sa Tactique de brouillage global, et des rapports préliminaires sur les élèves éliminés commençaient déjà à affluer.

Huit pour la classe B. Cinq pour la classe A. Les chiffres indiquaient que la manœuvre de la classe A, contourner pour frapper par l’arrière, portait ses fruits. En très peu de temps, un déséquilibre subtil mais indéniable avait commencé à se former.

Hashimoto — Donc la classe A a pris la classe B en revers…

Kanzaki — Ouais… Si on continue d’avancer comme ça, on peut prendre la classe B en tenaille…

Hashimoto — Mais tu sais très bien que ce n’est pas ce qu’on nous a ordonné de faire. Les instructions d’Ayanokôji étaient…

Kanzaki — Je sais.

D’un simple hochement de tête, Kanzaki se retourna et se mit à courir vers l’arrière. Il rassembla rapidement les membres qu’il avait déjà briefés, et le groupe se mit aussitôt en mouvement. Ce n’est qu’après les avoir regardés disparaître qu’il reporta son attention vers l’avant.

Hashimoto — Ça fait environ cinq minutes que les tirs ont commencé, non ? Pour un tel échange de tirs, les effectifs n’ont pas diminué autant que je l’aurais cru.

Marchant à ses côtés, Takemoto acquiesça.

Takemoto — Ça veut probablement dire que les deux camps privilégient la défense pendant le combat. Ils se réservent.

Hashimoto — Dans ce cas… j’imagine que c’est à notre tour.

En conclut Hashimoto en se redressant depuis sa position accroupie. Au moment précis où il commençait à se relever, un bruit sec fendit l’air. Presque simultanément, une bille de peinture s’écrasa contre l’épaule de Matoba, juste à côté de Hashimoto.

Matoba — !?

L’alarme de la montre de Matoba retentit, annonçant sans la moindre hésitation son élimination. Hashimoto réagit instantanément, conscient du danger qu’il y avait à rester sur place, et s’élança en sprint.

Matoba — La classe A !

Cria Matoba en fusillant du regard la direction d’où était parti le tir.

Matoba — Hashimoto, Hirata est là !

Hashimoto — Hirata ?!

Hurla Hashimoto en courant.

Hashimoto — Il n’était pas censé être derrière la classe B ?!

Cette nouvelle le frappa au milieu de sa course. La classe A n’avait pas engagé tout le monde dans l’assaut. Elle avait divisé ses forces, n’envoyant qu’une partie de ses effectifs pour mettre la pression sur la classe B, tout en conservant un contingent spécifiquement destiné à contenir l’alliance.

Hashimoto — Donc ils essaient de nous abattre avec un petit groupe ? Ils ont perdu la tête ou quoi ?

À cet instant, la classe A comptait encore entre seize et dix-neuf Gardes. Même si la moitié avait été déployée contre la classe B, il ne restait que huit ou neuf élèves pour faire face à une alliance de presque quarante personnes.

Ce n’était pas réaliste.

Les billes de peinture qui fusaient dans leur direction étaient rares, presque comme des tirs de reconnaissance. Et lorsqu’ils ripostaient, ils ne faisaient face à aucune contre-attaque massive.

Hashimoto — …Qu’est-ce qui se passe, bordel… ?

Hashimoto murmura ces mots pour lui-même. Il avait supposé que le champ de bataille s’était scindé clairement en deux fronts, mais à présent, il lui semblait bien plus fragmenté que ça. Peut-être que les forces n’étaient pas simplement divisées en deux, mais dispersées en unités encore plus petites, se chevauchant et s’entrechoquant d’une manière impossible à saisir clairement.

Au départ, le plan avait été simple. La classe B et les classes alliées devaient exercer une pression conjointe, acculer la classe A et la reléguer à la dernière place. C’était le postulat de départ derrière leurs déplacements. Mais dès l’instant où la classe A activa sa Tactique et que le GPS global devint inutile, tout se déforma. Une partie de la classe A s’était glissée derrière la classe B, contournant leurs positions sans être repérée. L’alliance, quant à elle, sans se soucier de savoir si l’adversaire était la classe A ou la classe B, avait continué d’avancer, prête à changer de cible si nécessaire.

Et pourtant, l’ennemi qui se trouvait désormais juste devant eux était indéniablement la classe A. Alors que cette réalité s’imposait à lui, des voix étouffées parvinrent aux oreilles de Hashimoto depuis la direction opposée, celle vers laquelle Kanzaki s’était dirigé, et non celle où Hirata était embusqué.

— Putain… je n’arrive plus à comprendre ce qui se passe… ! Qui se bat contre qui, et où, là… ?

La frustration dans cette voix était similaire à celle de Hashimoto. Le champ de bataille était devenu indiscernable.

Le VIP n’était plus à proximité. Sans lui, impossible d’avoir une vision d’ensemble. L’information, autrefois l’arme la plus puissante, avait disparu. En prenant pleinement conscience de cela, Hashimoto se força à abandonner toute tentative de comprendre la situation globale.

Très bien, alors. S’il ne pouvait plus voir l’échiquier dans son ensemble, il ne restait plus qu’une seule chose à faire. Gagner le combat juste devant lui. À cet instant précis, la seule option qui lui restait était d’affronter Hirata et les élèves de la classe A de front. Mais c’était plus facile à dire qu’à faire.

Hashimoto tira sans la moindre hésitation, dépensant ses billes de peinture sans compter dans une tentative de clouer son adversaire sur place. Mais à chaque fois, Hirata changeait de position suffisamment pour sortir de son champ de vision. La cible ne restait jamais immobile suffisamment longtemps pour qu’il puisse verrouiller un tir.

Dans le même temps, la riposte revenait, implacable et précise. Chaque bille frôlait Hashimoto, assez près pour qu’il sente l’air se déplacer, assez près pour faire bondir son pouls.

Hashimoto — T’es fort, Hirata…

Marmonna Hashimoto, une sueur froide coulant le long de son dos.

Hashimoto — Bien plus que je ne le pensais. Aucune hésitation. Aucune pitié dans ta visée.

Il avait toujours su que Hirata était sportif. Ce n’était pas là son erreur de jugement. Ce qui l’avait pris au dépourvu, c’était tout autre chose. Cette hostilité à nu.

Ce n’était pas la présence maîtrisée d’un élève modèle qui se contente de se défendre.  C’était une intention brute, une détermination sans équivoque, qui disait que même si cela devait se terminer par une destruction mutuelle, Hirata s’assurerait d’entraîner son adversaire avec lui.

Cette résolution accompagnait chaque bille de peinture qui fusa vers Hashimoto.

Hashimoto — …Hah.

Il expira lentement, forçant sa respiration à se calmer tandis que son cœur martelait sa poitrine. Même sous les tirs, il cherchait désespérément une issue à cette impasse.

D’après ce qu’il percevait, Hirata avait légèrement l’avantage en termes de rythme, mais en capacité pure, ils étaient à égalité. Le nombre de billes restantes dans son chargeur était déjà passé sous la moitié. Et il y avait de fortes chances que Hirata ait encore des chargeurs de rechange en réserve.

Rien que cet écart suffisait à faire pencher la balance.

Tenter d’exploiter le terrain, contourner pour prendre le flanc, était l’option la plus évidente, mais face à un adversaire comme lui, ce ne serait pas si simple. Hirata n’était pas assez imprudent pour laisser fonctionner une manœuvre aussi directe.

Hashimoto — …Peu importe comment je regarde la situation, je suis dans une vraie merde.

Si c’était le cas, alors accepter une élimination mutuelle n’était peut-être pas la pire des issues. Non… il écarta cette pensée. Cette conclusion pouvait encore attendre un peu. Il y avait au moins une chose sur laquelle il savait avoir l’avantage : son baratin.

Et il n’était pas trop tard pour l’utiliser. Leurs positions étaient déjà compromises ; toute subtilité avait disparu depuis longtemps. Élever la voix n’ajoutait plus aucun risque à présent.

Hashimoto — Alors c’est ça, la tête que tu fais quand t’es acculé !?

Cria Hashimoto en direction des arbres.

Hashimoto — C’est la première fois que je la vois ! Quoi, te faire larguer par Ayanokôji, ça t’a vraiment mis dans un état pareil ?

C’était une provocation délibérée, une tentative de fissurer le sang-froid de son adversaire, de faire trembler la main de Hirata juste assez pour créer une ouverture.

Sa voix résonna brièvement entre les arbres, puis fut entièrement avalée par la forêt, laissant derrière elle un silence pesant.

Hashimoto — Et si on faisait comme ça ? Je parle à Ayanokôji pour toi. Je vois si je peux te faire transférer dans notre classe. T’es compétent, populaire auprès des filles, tu pourrais même avoir ton mot à dire.

Il s’engouffra pleinement dans la guerre psychologique, convaincu que la clé de la victoire se trouvait là. S’il pouvait simplement provoquer une réaction, n’importe laquelle, alors l’avantage basculerait de son côté. C’est ce qu’il croyait. Mais peu importe combien de temps il attendit, Hirata resta muet.

Hashimoto — …Quoi ? Tu choisis la voie du silence ? Allez, parle !

Ricana Hashimoto avant de s’interrompre net. Du côté où Hirata était sans doute dissimulé, un bruissement d’herbe repoussé se fit clairement entendre.

Hashimoto — Tch… !

Hirata avait bougé en premier. Mais Hashimoto ne réagit pas avec retard. Conscient des munitions qui diminuaient dans son chargeur, il lut instinctivement les lignes de tir, calquant ses propres mouvements sur ceux de Hirata. Des tirs affluèrent dans l’espace. Les troncs d’arbres absorbèrent la peinture dans des impacts sourds. Les corps se tordaient de côté, épaules rentrées, glissant d’un couvert à l’autre.

De brèves avancées, des replis brusques, chaque mouvement de suite contré par l’autre. Leurs visées se heurtaient et s’annulaient mutuellement. Aucun ne parvenait à porter un coup décisif. Les billes traçaient de fins arcs élevés à travers la forêt, lacérant l’espace entre eux à mesure que le duel se resserrait.

Hashimoto — Wah, c’était moins une !

Hashimoto ramena vivement la tête derrière l’arbre juste au moment où les billes de peinture s’écrasaient contre le tronc, éclatant en une vive gerbe de couleur. L’impact s’accompagna d’un craquement sec, assez proche pour résonner jusque dans ses os. Un seul coup suffirait à l’éliminer sur-le-champ.

Cette certitude mit ses nerfs à rude épreuve. L’échange entre eux s’était resserré en un duel brutal à très courte portée, une chaîne ininterrompue de chocs brefs et violents.

Les billes de peinture rasaient l’écorce des troncs, pulvérisaient les feuilles mortes sous leurs pas. Hashimoto tordit son corps à un angle prononcé, tentant de glisser sur le flanc de Hirata. Mais Hirata l’avait déjà anticipé. Abaissant son centre de gravité, il tira un unique coup depuis la hanche. La bille effleura l’épaule de Hashimoto, y laissant une vive traînée de peinture.

Hashimoto — Tch…!

Le son qui lui échappa n’était pas de la douleur. C’était de la frustration, une frustration froide et acérée, née d’une mauvaise lecture, d’un seul instant de jugement erroné qui fit ramper la glace le long de son échine.

Hashimoto — J’ai pas le temps de me laisser clouer ici par un seul type…

Il redressa son arme, rejouant l’affrontement dans sa tête, comptant les pressions sur la détente. Plus de quarante tirs avaient déjà été lâchés. Même s’il restait des munitions, ce ne serait guère plus qu’une poignée. Recharger maintenant, ou vider le chargeur jusqu’au bout ?

Hirata n’avait pas rechargé non plus, ayant probablement une quantité similaire de munitions restantes. Tous deux flottaient au bord de la pénurie, se menaçant mutuellement d’un rechargement qu’aucun n’osait vraiment engager. La présence de chargeurs de rechange compliquait tout, brouillant la frontière entre attaque et défense. Se replier ici, c’était la défaite.

Forcer le passage, c’était la victoire. Mais la moitié de ce combat ne reposait même pas sur la précision du tir. C’était un duel d’esprits, autrement dit, une guerre psychologique. Le rythme de la respiration. Le tremblement d’un doigt. Jusqu’à la manière dont le poids se répartissait sur la semelle des chaussures.

Tout était information. Hashimoto se glissa entièrement dans l’ombre de l’arbre, baissa la voix et lança son prochain coup.

Hashimoto — Ayanokôji m’a dit quelque chose ! Il a dit qu’il se sentait mal pour ce qu’il t’a fait.

Les mots roulèrent à travers la forêt comme du gravier lâché au sol. L’espace d’une fraction de seconde, presque imperceptible, le regard de Hirata vacilla. C’était suffisant. Misant sur ce léger trouble mental, Hashimoto jaillit de sa cachette et pressa la détente de toutes ses forces. Deux billes partirent, nettes et rapides, mais manquèrent leur cible. Puis, cruellement, la troisième ne vint jamais. Il était à court de munitions.

Hirata réagit instantanément, enchaînant sur une contre-attaque. Sa riposte éclata près de l’oreille de Hashimoto avec un bang, la peinture explosant et éclaboussant le bord de ses lunettes de protection. La couleur envahit sa vision périphérique. Une vision partielle. Un terrible handicap.

Hashimoto plongea, roulant derrière un abri, les baskets labourant la terre tandis qu’il prenait appui pour se dégager. Avec à peine une fraction de sa vue intacte, pas plus d’un tiers, la distance était la seule option. Il zigzagua entre les arbres, battant en retraite juste assez longtemps pour se réorganiser.

Hirata eut un tir clair sur le dos brièvement exposé de Hashimoto. Mais à cet instant précis, son arme claqua à vide. Plutôt que de risquer de le perdre, Hirata se lança à sa poursuite, forçant le combat à se déplacer de nouveau, terrain différent, même proximité étouffante. Ils se retrouvèrent face à face dans un nouvel affrontement tendu, l’air entre eux si chargé qu’il semblait prêt à se rompre. La moindre erreur mettrait fin à tout.

Prenant tous les risques, Hashimoto repoussa ses lunettes sur son front, arracha le chargeur de son fusil d’assaut et en enclencha un neuf avec une rapidité maîtrisée. Il frotta la peinture étalée sur les verres avec ses doigts, désespéré de retrouver une vision claire. Ça n’aida presque pas.

Faute de meilleure option, il tira de nouveau les lunettes sur ses yeux.

Hashimoto — Alors voilà ce que ça fait d’être acculé…!

Hashimoto raffermit sa prise sur le fusil. Il lui restait encore cinquante billes, assez pour se battre, mais pas assez pour gaspiller. Une fois ce stock épuisé, tout serait fini.

Combien de tirs restaient-il à Hirata ? Il n’en savait rien.

Et bien sûr, Hirata était exactement dans la même situation. Aucun des deux ne savait à quel point l’autre était proche de la panne sèche. Il y avait une possibilité : celle que Hirata n’ait aucun chargeur de rechange, que le dernier échange l’ait laissé à sec. Si c’était le cas, alors réduire la distance avant que Hirata ne puisse se désengager serait peut-être la bonne décision.

Un combat prolongé les saignerait d’une manière que l’endurance physique ne pouvait pas mesurer. Ce ne serait pas le corps qui lâcherait en premier, mais l’esprit. La question était simple : forcer un affrontement bref et décisif, ou étirer le combat jusqu’à ce que l’un d’eux commette une erreur.

Leurs respirations se superposaient dans le silence, râpeuses, irrégulières. La lumière pâle de l’après-midi filtrait à travers les arbres, traçant de fines lignes dans la pénombre de la forêt, comme si le monde lui-même retenait son souffle avec eux. Lequel ferait le faux pas fatal ?

Hashimoto, la poitrine soulevée par l’effort, laissa le canon de son fusil dépasser légèrement du couvert de l’arbre. La sueur glissa le long de sa mâchoire et tomba dans la terre. À la limite de sa vision brouillée, l’ombre de Hirata se déplaça. C’était maintenant ou jamais.

Hashimoto s’élança en avant, s’engageant sans la moindre retenue, avalant la distance qui les séparait en une seule impulsion. Deux tirs claquèrent dans la forêt au même instant. Les billes de peinture se croisèrent, fendant l’air dans un claquement violent.

Hashimoto — …!

Une chaleur soudaine explosa dans la poitrine de Hashimoto. Il baissa les yeux.

La peinture s’étalait sur sa tenue, s’infiltrant lentement, laissant une trace indiscutable. Le tir d » Hirata, parti presque simultanément, avait touché en premier et la montre retentit. Ce n’était qu’un son mécanique, et pourtant ce dernier lui envoya un frisson à travers tout le corps.

Hashimoto — Merde…!

La force quitta ses jambes et il s’effondra sur un genou, le choc lui arrachant l’air des poumons. Sa respiration devint hachée et sèche, sa gorge brûlante comme s’il avait avalé du feu. Le combat était terminé. Il le comprenait rationnellement, mais son cœur, lui, accusait un retard, battant encore comme si l’affrontement pouvait se poursuivre.

Hashimoto leva les yeux vers Hirata, un sourire de travers se dessinant de force sur son visage.

Hashimoto — …Tu faisais vraiment peur, Hirata. Sérieusement.

Il expira lentement, la tension quittant enfin ses épaules.

Hashimoto — Celle-là, c’est pour moi.

La voix de Hashimoto, rauque et éraillée, laissa échapper l’éloge. C’était une défaite gagnée en se battant jusqu’au bout, sans rien retenir.

Hirata ne répondit pas. Il se contenta d’abaisser son arme, lentement, comme si son poids ne se faisait sentir qu’à présent dans ses bras. Puis, le mouvement s’arrêta. Son regard resta fixé sur Hashimoto, toujours à genoux, incapable de détourner les yeux. Le fusil se releva.

Hashimoto — Hé… Hirata…?

Hashimoto retint son souffle en croisant son regard. Il le voyait clairement maintenant, le doigt qui se posait sur la détente. Le combat était déjà terminé. Hashimoto était éliminé. Le résultat ne faisait plus aucun doute. Si Hirata tirait maintenant, les conséquences pour la classe A seraient graves.

Hashimoto — …C’est pas drôle, tu sais ?

Le canon vint se plaquer contre son front. À bout portant. Assez près pour que, si la détente était pressée avec force, cela puisse provoquer une blessure sérieuse, même dans un simple match de paintball.

Il pourrait tirer. Cette pensée traversa l’esprit de Hashimoto avant même qu’il ne puisse l’empêcher, une peur absurde, impossible…

Puis, au moment même où la pression sur la détente commença à se resserrer…

Le doigt de Hirata s’arrêta.

Le silence retomba.

Le vent glissa entre les arbres, faisant frémir les feuilles et portant avec lui l’odeur âcre de la peinture mêlée à celle de la terre humide. Le temps sembla s’étirer, devenir fragile.

Sans dire un mot, Hirata abaissa son arme, tourna les talons et s’éloigna.

Ailleurs, la classe A et la classe C étaient encore engagées dans de violents affrontements. Hirata avait encore du soutien à apporter, il n’y avait pas de temps à perdre. Resté en arrière, Hashimoto demeura à genoux, l’écho d’un tir qui n’avait jamais eu lieu résonnant sans fin dans ses oreilles.

Hashimoto — …Peut-être que j’ai un peu trop bousculé l’élève modèle.

La peur persistait, aiguë et lancinante.

Comme s’il avait été touché une fois de plus.

 

5

 

Sous la pression d’une horloge qui avançait inexorablement, les combats dispersés à travers l’île commencèrent enfin à converger vers leur dénouement.

Shiraishi — L’effet de la Tactique est terminé. Les positions de la classe A sont toutes réapparues sur la carte. À l’heure actuelle, quarante-trois élèves sont encore en jeu. Quant à la répartition par classe…

Son ton ne trahissait aucune urgence, seulement une énumération des faits.

Shiraishi — Comme Ayanokôji-kun l’avait prédit, c’est chaotique.

Moi — C’était inévitable. Mettre en place un commandant, rassembler des provisions, garder ses distances, lire les mouvements ennemis, éviter les affrontements inutiles, puis affiner sa stratégie pour la confrontation finale. Jusqu’à ce stade, tout peut être exécuté sans réelle tension. Mais dès que les tirs commencent, personne ne peut rester parfaitement lucide. Surtout sans VIP à proximité, on ne sait même plus où se trouve l’ennemi, et encore moins situer précisément sa propre position. Aller à gauche ou à droite ? Avancer ou reculer ? Pendant qu’on hésite, on tombe sur une autre classe, et la chaîne des éliminations s’enclenche. Ceux qui se battent dehors ne sont ni des soldats entraînés, ni des vétérans de jeux de survie. Ce sont juste des lycéens.

La clé n’a jamais été la force brute. Ce qui comptait, c’était de plonger le champ de bataille dans le désordre. Le secouer violemment, jusqu’à ce que toute structure s’effondre, jusqu’à ce que les effectifs fondent d’eux-mêmes. Encore un peu de temps, et les chiffres baisseraient davantage. Quand ce moment arriverait, la marche à suivre serait déjà fixée : laisser les VIP s’échapper.

Éviter l’anéantissement total à tout prix, puis passer en mode survie jusqu’à la fin du chronomètre. Horikita et Ryuuen étaient parvenus exactement à la même conclusion.

Shiraishi — Il semblerait que Kanzaki-kun et deux VIP de la classe D viennent d’arriver en G11. Le brouillage GPS global sera levé sous peu. Penses-tu que les poursuivants vont tout de suite se diriger vers eux ?

Moi — C’est du cinquante-cinquante. Le champ de bataille est déjà trop dispersé. Même si quelqu’un s’en rend compte, rien ne garantit qu’un VIP puisse transmettre des informations précises à ses gardes. Quoi qu’il arrive, au moindre signe suspect, on utilise notre Tactique et on les laisse filer, comme prévu.

Shiraishi — Compris.

Après un hochement de tête, Shiraishi leva sa radio et donna l’ordre à Shimazaki de se préparer à des brouillages GPS individuels. Les cibles n’étaient pas le VIP de la classe C, mais les deux VIP de la classe D actuellement en fuite.

Il n’existait aucune règle stipulant que les Tactiques d’une classe ne pouvaient être utilisées que sur ses propres membres. Tant que leur activation ne violait pas le règlement, les appliquer à n’importe qui, quelle que soit sa classe, ne posait aucun problème. La seule contrainte était que seul le Commandant de la classe ayant activé la Tactique pouvait voir les positions affectées. Cette limitation imposait une grande prudence.

Ce qui importait désormais était simple : empêcher quiconque de comprendre où se trouvaient réellement les VIP de la classe D en fuite.

Shiraishi — Et une autre mise à jour. Le deuxième VIP de la classe A, Yukimura-kun, vient d’être éliminé. Il ne reste donc plus que Satô-san.

Moi — On dirait bien

Shiraishi — J’imagine que la classe A est complètement déconcertée à l’heure actuelle. Ils doivent se demander comment leurs trois VIP ont pu être identifiés, et pourquoi ils sont traqués avec autant d’acharnement. Pas par une seule classe, mais par les trois.

Au dernier jour, la classe A avait déjà commis une erreur unique et décisive.

Tout remontait à la soirée du troisième jour, lorsque je suis apparu dans le camp de Horikita. À ce moment-là, le brouillage GPS individuel était encore en vigueur. Je suis arrivé, et je n’ai pas attaqué immédiatement. J’ai simplement observé et étudié avec attention la disposition de mes anciens camarades avant de passer à l’action. Mon objectif n’était pas d’accumuler les éliminations. Il était plus simple, et bien plus important.

Je voulais savoir qui étaient les VIP. Lorsque la classe A fut attaquée par surprise, leur réflexion se scinda inévitablement en deux axes : éliminer l’intrus, ou protéger les VIP. Au fil des jours, l’idée que perdre tous les VIP équivalait à une défaite immédiate leur avait été inculquée jusqu’à devenir un réflexe. Les gardes avaient donc réagi sans la moindre hésitation, se précipitant presque simultanément pour protéger les mêmes trois personnes.

Wang Mei-yu. Satô Maya. Yukimura Teruhiko.

Shiraishi — Tu n’as pas envisagé la possibilité d’une diversion ?

Moi — S’ils s’étaient attendus à un combat, ils auraient peut-être pu en mettre une en scène. Mais l’attaque a eu lieu à un moment où tout le monde pensait que la journée était déjà terminée. Dans ces conditions, jouer la comédie aurait été bien plus difficile. La probabilité d’une mise en scène volontaire était faible.

Et cette information, je l’ai transmise à la classe B ce matin-là. Savoir qui étaient les VIP rendait le combat immensément plus simple. Même si la classe B avait choisi de ne pas me croire, il n’y avait aucun réel inconvénient. Une information de ce genre ne coûte rien, et ne peut qu’être utile.

Bien sûr, envoyer quelqu’un s’approcher de la classe B était risqué. Quiconque s’en approchait sans précaution se faisait abattre. D’ailleurs, l’élève que j’ai envoyé a été éliminé presque immédiatement. Mais ce n’était pas un problème.

Même après une élimination, tant qu’on n’était pas engagé en plein combat, une communication limitée restait possible. L’information est parvenue à la classe B malgré tout.

Elle a servi deux objectifs à la fois : resserrer l’étau autour de la classe A et servir d’étincelle poussant la classe B à entrer dans une agression ouverte.

Shiraishi — Finalement, la classe A a été habilement surpassée par Ayanokôji-kun… à lui seul.

Moi — Même en sachant qu’elle était prise pour cible, je pense que la classe A a assez bien manœuvré. Si nous parvenons à achever ce qu’il reste de la classe B, cet examen spécial s’arrête là.

Peu importe les capacités des combattants encore en lice, des élèves comme Sudou ou Hirata, une fois le VIP éliminé, toute résistance organisée s’effondrerait.

Shiraishi — …Excuse-moi. Shimazaki-kun appelle, dit Shiraishi en levant la radio. Son expression se crispa légèrement.

Quelque chose n’allait pas.

Shimazaki — Dans plusieurs zones de combat, la classe B semble prendre l’avantage. En conséquence, le nombre d’éliminations du côté de notre alliance augmente rapidement. Les affrontements sont particulièrement violents autour de F11.

J’avais espéré laisser la situation évoluer encore un peu d’elle-même, mais il semblait plus prudent d’intervenir, au moins partiellement.

Moi — Seulement si la classe A est éliminée en premier. Et si tu peux établir le contact, viens me retrouver après 15h.

Shimazaki — Compris. Et toi, Ayanokôji-kun, qu’est-ce que tu vas faire maintenant ?

Moi — Des ajustements.

Confiant Shiraishi aux soins de Yamamura, je me détournai et me mis en route vers F11, d’un pas calme, sans la moindre précipitation.

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