THE INSIPID prince t2 - Chapitre 2
Voyage vers un pays étranger
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Traduction : Moonkissed
Harmonisation : Raitei
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1
La forme du continent Vogel est parfois décrite comme celle d’un oiseau aux ailes déployées.
La terre qui s’étendait à gauche et à droite, combinée à celle qui dépassait légèrement au nord et au sud, ressemblait exactement aux ailes, à la tête et à la queue d’un oiseau.
Au centre du continent Vogel se trouve l’Empire Adraxia. L’endroit où Leo et moi avons été envoyés est situé à la queue.
Ce pays s’appelle le Grand-Duché de Rondine. C’est l’un des deux pays situés dans la partie arrière du continent.
— L’un des deux pays qui ont survécu à la période des guerres du Sud, hein…
Je lisais le document sur ce pays à bord d’un navire.
Il s’agissait d’une flotte impériale envoyée par Leo en tant qu’ambassadeur plénipotentiaire. Elle se composait de deux navires, chacun transportant des cadeaux pour Rondine.
Au cas où, Leo et moi étions sur des navires différents. Bon, la mer était relativement calme, il ne devrait rien arriver.
Mais il y a une personne qui tremblait sans cesse sur mon navire.
— Si tu trembles déjà autant sur une mer aussi calme, tu ne pourras visiter aucun autre pays, tu sais ?
— Je… Je ne veux même pas en visiter un seul…
Cette personne était Elna, qui se couvrait d’une couverture sur son lit. Pourquoi tremblait-elle autant et pourquoi était-elle ici ? Eh bien, c’est une longue histoire. Normalement, un ambassadeur plénipotentiaire serait escorté par un membre de l’ordre des chevaliers impériaux.
Si Elna est ici, c’est simplement parce qu’elle a été désignée. Il s’agit sans doute d’une manœuvre visant à séparer ceux qui nous soutiennent de la capitale impériale.
Mais je m’y attendais et j’avais déjà posté Lynfia auprès de Finne, donc tout devrait bien se passer.
Bon, envoyer une personne de la maison Brave qui sait manier l’épée sacrée loin de l’Empire est déjà un problème en soi, mais cela a aussi l’avantage de montrer à quel point nous sommes prêts à faire preuve de bonne volonté.
Finalement, mon père a accepté cette suggestion de l’envoyer avec nous, mais il avait sûrement déjà compris qu’il s’agissait d’un coup monté.
Soit dit en passant, une personne de la maison Brave capable d’utiliser l’épée sacrée est l’un des atouts militaires les plus importants de l’Empire. Envoyer une telle personne dans un autre pays réduit les options dont dispose l’Empire pour se défendre si d’autres nations décident de nous attaquer. C’est un problème. Un autre problème est que la maison Brave ne peut pas utiliser le pouvoir de l’épée sacrée en dehors du territoire de l’Empire sans la permission de l’empereur. Il s’agit d’une mesure de sécurité prise au cas où la maison Brave trahirait l’Empire, et qui a été acceptée par son premier chef.
Je ne me suis pas penché sur la question. Après tout, il est rare qu’un membre de la maison Brave quitte le territoire de l’Empire.
— Maudits soient-ils… ! Je n’oublierai jamais cette rancune… ! Je ne pardonnerai jamais à ces trois-là… !
— Tu n’es pas très convaincante quand tu trembles autant.
Et si elle tremble autant, c’est simplement parce qu’elle a peur de la mer.
Elna n’a aucun problème avec les bains, mais elle est du genre à devenir complètement inutile dans les rivières et l’océan. Je crois que c’est ce qu’on appelle l’aquaphobie. Pour Elna, qui est presque parfaite, on pourrait dire que c’est sa seule faiblesse. Même si Elna déteste perdre, c’est la seule faiblesse qu’elle n’a pas pu surmonter. Quand elle regardait la mer, elle commençait à avoir des nausées et des vertiges à cause de l’anxiété, et quand elle montait sur un bateau, son corps ne pouvait s’empêcher de trembler à cause d’une peur inexplicable. Si elle allait sur le pont maintenant, elle s’évanouirait probablement sous le choc.
— Mais bon, tu l’as bien caché jusqu’à présent, hein ? Je pensais que ça s’était déjà vu, tu sais.
— Une personne de la maison Brave qui peut utiliser l’épée sacrée ne quitte pas souvent l’Empire… Comme je sais que le territoire de l’Empire est principalement continental, j’ai désespérément invoqué l’épée sacrée quand j’avais douze ans… Je ne voulais pas monter sur un bateau après tout…
Elna versa une petite larme.
La première personne à avoir invoqué l’épée sacrée pour une raison aussi idiote était probablement Elna. Plutôt que cela, je souris en pensant à quel point ses efforts étaient désormais inutiles.
— Tu viens de sourire, hein… ? Pourquoi fais-tu cela alors que ton amie d’enfance tremble de peur… ?
— Si quelqu’un savait comment tu es devenue si effrayée par l’eau, il ferait la même chose. Surtout moi.
— A-Al, tu as aussi ta part de responsabilité là-dedans, n’est-ce pas… !? J’ai tellement peur maintenant parce que je t’ai vu te noyer, tu sais… !
Exactement, c’était quand j’avais environ huit ans. Je prenais un bain avec Elna, et à ce moment-là, j’ai dit quelque chose qui l’a énervée et elle m’a donné un coup violent. Après ça, je me suis évanoui et j’ai coulé dans la baignoire. J’ai failli me noyer.
Et quand ça s’est produit, elle a paniqué pour une raison quelconque et depuis, elle a peur de l’eau.
C’est la cause la plus absurde qui soit. Son absurdité serait inégalable, même par le plus tyrannique des tyrans.
— Tu subis simplement les conséquences de tes actes. Normalement, ce ne serait pas bizarre que ce soit moi qui finisse par avoir peur de l’eau, tu sais. C’est une punition divine, oui, clairement une punition divine.
— Uuuuuu… tu t’amuses trop…
Avant que je m’en rende compte, Elna était déjà en train de pleurer faiblement.
Sérieusement, si tu avais si peur, tu n’avais qu’à refuser la nomination dès le départ. Pourquoi es-tu venue avec moi ?
— Je pense que si tu en avais parlé à père, il t’aurait laissé peut-être tranquille.
— Ça, ça ferait scandale si les gens apprenaient que la fille de la maison Brave a peur de l’eau… ! D’ailleurs, si je lui disais que j’ai peur d’aller à la mer, j’aurais l’impression d’avoir perdu mon droit…
— Mais tu participes à quoi, sérieusement…
Alors que j’étais stupéfait par ses paroles, le bateau avait légèrement tangué. Ce n’était pas très fort, mais Elna semblait le ressentir comme un choc énorme.
— KYAAAAA !!?? Aïe !?
Elle roula sur son petit lit, se cogna la tête et se recroquevilla de douleur. Cette scène était absolument impossible à voir sur terre, donc ça me semblait plutôt rafraîchissant de la voir ainsi.
— Tu es vraiment nulle sur l’eau, hein. Si on était attaquées par des pirates, ce serait fini pour nous, non ?
— Ne me regarde pas comme ça… ! Si ça se gâte, je… ! KYAAAAA !!?? C’était violent, non ? Ça a fait un trou dans le bateau ?
— Si ça se gâte, tu seras complètement inutile. Je suppose que ça n’ira pas jusque-là, mais ce serait une autre histoire si un dragon marin apparaissait. La chose la plus effrayante en mer est le dragon marin, le roi des mers.
C’est un dragon qui s’est adapté à la mer et qui fait partie des monstres les plus redoutables qui sévissent dans les océans. Son horreur est plus forte que celle de son homologue terrestre. Après tout, d’innombrables marins ont péri lorsque leur navire a été coulé en pleine mer.
Des flottes de deux nations ennemies engagées dans une bataille navale ont parfois été coulées ensemble par lui. Naturellement, Elna devait également connaître cette histoire terrifiante.
Dès qu’elle entendit le mot « dragon marin », son visage prit une expression comme si son esprit était complètement brisé.
— Est-ce que je… vais mourir ici ?
— Tu ne vas pas mourir, idiote. Tu avais l’air d’une personne complètement différente. Est-ce là le visage d’un chevalier impérial ? Même si tu rencontres des obstacles dans ta mission, c’est toujours la mission que tu as acceptée, n’est-ce pas ?
— Mais…
— Aah…
Bon, je comprends qu’elle ne veuille pas montrer sa faiblesse. De plus, ce n’est pas comme si nous devions combattre quoi que ce soit au milieu de l’océan, et je ne peux pas imaginer un pirate attaquer délibérément une flotte aussi bien gardée.
Si nous arrivons à terre, Elna redeviendra elle-même. Arrêtons de la harceler pour l’instant.
Me sentant revigoré après avoir pris ma revanche, je jetai secrètement un sort autour d’Elna. C’est un sort qui la coupe du monde extérieur. Grâce à cela, les tremblements dont elle souffrait devraient s’atténuer un peu. Normalement, je ne pourrais pas l’utiliser sans qu’elle s’en aperçoive, mais cela devrait aller, car Elna n’est pas en mesure de remarquer le sort.
— Les tremblements se sont un peu calmés…
— Ils n’étaient pas si forts que ça au départ.
— Al, tu es trop insouciant… Que ferais-tu si le navire coulait ?
— Dans la longue histoire de l’Empire, il n’y a eu que deux incidents où un navire envoyé a coulé, tu sais.
— Mais rien ne garantit que ce ne sera pas la troisième fois aujourd’hui, n’est-ce pas… ?
Contrairement à d’habitude, elle était d’un pessimisme agaçant. Pourquoi as-tu peur de ce que j’ai dit pour te rassurer ?
Peu importe ce que je dis, ça ne sert à rien. Effrayons-la encore plus alors.
Alors que je pensais cela, j’entendis un coup discret à la porte.
Elna réagit de manière effrayante, même à ce simple bruit. Comme elle n’était pas en état d’ouvrir la porte, je le fis à sa place.
Quand je le fis, un chevalier d’âge moyen, subordonné d’Elna, entra.
— Entrez.
— Excusez-moi… Euh, où est le capitaine ?
— Elle… respire encore…
— Vous pensez qu’elle peut aller sur le pont ?
— Vous me dites de mourir… ? Je vais être emportée par le vent et me noyer, n’est-ce pas… !
— Tu crois qu’on est en pleine tempête ou quoi ? Il fait beau aujourd’hui. Sérieusement… bon, c’est comme tu le vois.
Lorsque je regardai le chevalier avec un air fatigué, celui-ci esquissa un sourire amer. Comme prévu, son subordonné direct semble être au courant de sa phobie. De toute façon, elle ne pouvait pas vraiment la cacher.
— Je vais juste faire mon rapport dans ce cas. Un navire du Grand-Duché d’Albatro demande à dialoguer. Pour l’instant, notre navire et celui du prince Leonard sont à l’ancre, mais que devons-nous faire ensuite ?
— Le Grand-Duché d’Albatro, c’est ça. Nous sommes donc déjà entrés dans leurs eaux territoriales.
Le Grand-Duché d’Albatro était un pays situé à côté du Grand-Duché de Rondine. C’était une nation maritime qui pratique un commerce maritime très développé. Ses relations avec l’Empire étaient tendues, car elle s’était alliée à un ennemi de l’Empire lors d’une guerre dans le passé.
À ce moment-là, demander un dialogue, cela signifie qu’ils ne veulent pas que nous nous rendions à Rondine, n’est-ce pas ? Plutôt qu’une discussion, il s’agit sûrement d’une inspection.
— D-demande aux chevaliers de rester dans leur chambre… Il ne faut pas les agiter…
— Je suis d’accord. Qu’en dit Leo ?
— Eh bien… Il semble que le prince Leonard ne se sente pas bien, alors il m’a envoyé ici pour demander conseil au capitaine.
— Haa… On n’a pas le choix alors. Je vais me faire passer pour Leo et leur parler.
Sur ces mots, je quittai la pièce en compagnie du chevalier d’âge moyen.
À côté du mien, le navire de Leo était ancré. Si je faisais signe que nous étions prêts à accepter le dialogue, les gens du Grand-Duché d’Albatro monteraient probablement à bord du navire.
Bon, comme ils n’auront pas examiné en détail l’envoyé de l’Empire, ça devrait aller.
Lorsque j’arrivai sur le navire voisin, je me dirigeai vers la cabine de Leo.
À l’intérieur, je trouvai Leo, le visage bleu. Comme prévu, je ne peux pas le laisser parler dans cet état.
— Yo, tu n’as pas l’air bien. Le mal de mer ?
— Oui… on dirait…
— Reprends-toi, tu n’es pas Elna, va.
— Désolé…
— Je vais prendre ta place pour l’instant. Va te reposer sur l’autre navire.
— Mais…
— Ça va, vas-y. Et, toi, dis-leur que le prince Arnold est malade.
— Mais si je dis ça, la réputation de Votre Altesse…
— Ça va. Ça ne changera rien après tout ce temps.
Après avoir dit cela au subordonné d’Elna, j’envoyai Leo sur le bateau voisin. Bien sûr, tout le monde autour pensait qu’il était le prince Arnold.
Restée seul, je me recoiffai, ajustait mes vêtements, puis sorti de la pièce avec une expression déterminée.
— Acceptez leur demande de dialogue. Préparez-vous.
— Oui, Votre Altesse.
C’est ainsi que je pris la place de Leo au milieu de la mer.
2
Trois navires de guerre Albatro s’approchaient de nous.
C’étaient des voiliers équipés de canons qui tiraient des balles magiques. Il s’agissait actuellement du dernier modèle de navires de guerre. Un combat rapproché était une chose, mais nous ne pourrions rien faire si nous étions engagés dans un combat à longue distance.
— Comme prévu, ils ne sont pas là pour nous attaquer, hein.
— Si c’était le cas, cela déclencherait une guerre.
— Merci de les avoir escortés. Comment vont les deux autres sur l’autre navire ?
— Ils sont encore sonné, Votre Altesse. S’ils étaient en compétition, il faudrait appeler un arbitre pour arrêter le match.
Après avoir escorté Leo jusqu’à mon navire, le chevalier d’âge moyen revint à mes côtés. Lui seul savait que nous avions échangé nos places, il serait donc utile qu’il reste avec moi.
— Eh bien, puisque je le remplace, suis-je considéré comme disqualifié ?
— Tant qu’ils ne le découvrent pas, tout va bien, répondit-il.
Il était tellement flexible que je ne pouvais pas l’imaginer travailler sous les ordres d’Elna. Je préférerais plutôt l’avoir comme subordonné.
— Je vois. Je vais donc devoir jouer le jeu jusqu’au bout.
— Permettez-moi de vous accompagner.
Sur ces mots, nous nous dirigeons vers les navires Albatro qui approchaient.
***
— Merci d’avoir accepté notre demande de dialogue, cher Ambassadeur.
La personne qui monta à bord de notre navire était une jeune fille aux cheveux châtain clair. Ses cheveux mi-longs flottaient légèrement dans le vent. Elle devait avoir environ 14 ou 15 ans. Ses yeux verts me regardaient avec intérêt. Je ne m’attendais pas à avoir affaire à une personne plus jeune ici, j’étais donc un peu surpris. Elle avait dû s’en rendre compte, car elle s’était immédiatement inclinée.
— Excusez mon impolitesse. Je m’appelle Evangelina di Albatro. Je suis la princesse du Grand-Duché d’Albatro. Appelez-moi Eva.
— Ah, Grande Sœur, attends-moi…
— L’idiot là-bas, c’est mon petit frère, Julio di Albatro.
Julio et Eva se ressemblaient comme deux gouttes d’eau. Ce n’était pas qu’Eva ait l’air masculine, mais c’est Julio qui avait l’air féminin. S’ils se tenaient côte à côte, je serais convaincu qu’ils sont frère et sœur. Eva était une belle fille, mais je sentais une forte volonté dans ses yeux. Julio, quant à lui, semblait timide et indécis. Si l’on me demandait lequel des deux est le plus féminin, je répondrais sans hésiter Julio, même si cela peut paraître impoli. Qui aurait cru que le prince et la princesse d’Albatro étaient jumeaux ? Mais que faisaient-ils donc sur notre navire ? Je m’inclinai gracieusement comme Leo l’aurait fait en retour, tout en pensant que j’avais bien fait de prendre la place de Leo, qui était malade, plutôt que du laisser se forcer à venir ici.
— Je me nomme Leonard Lakes Aadler. Je suis le huitième prince impérial d’Adrasia. Je me rends actuellement au grand-duché de Rondine, ayant été nommé ambassadeur plénipotentiaire auprès de ce pays au nom de notre empire. C’est pour moi un immense honneur de faire la connaissance de la princesse et du prince d’Albatro, ainsi que de poser les yeux sur cette flotte de navires appartenant à une nation de marins si renommée.
Avant notre départ, Albatro avait été informé que Leo avait été envoyé comme ambassadeur plénipotentiaire à Rondine.
Naturellement, ces deux-là devaient également être au courant.
C’est pourquoi leur demande de dialogue n’avait pas pour but de nous arrêter. S’ils voulaient nous arrêter, ils n’auraient qu’à nous barrer la route lorsque nous traverserions les eaux d’Albatro. Si Albatro nous autorisait délibérément à traverser son territoire puis changeait d’avis par la suite, il perdrait la confiance des autres pays.
Eva et Julio devaient donc être ici pour une autre raison.
— J’ai entendu une rumeur à votre sujet, prince Leonard. Lorsqu’un tsunami monstrueux a frappé l’Empire, vous avez gagné la loyauté des chevaliers et mené une attaque contre les monstres. Comme on pouvait s’y attendre d’un prince de l’Empire, vous possédez à la fois du courage et des talents militaires.
— Ce n’est pas vrai. Tout cela est dû aux efforts acharnés des chevaliers. D’ailleurs, si nous parlons de talent militaire, vous en possédez tous les deux aussi, n’est-ce pas ? Vos Altesses n’ont pas envoyé les navires de guerre juste pour me rencontrer, n’est-ce pas ?
En entendant cela, le regard d’Eva s’aiguisa légèrement tandis que l’expression de Julio devint timide. Comme prévu, ils avaient une autre raison de nous rendre visite.
Plutôt que d’agir contre nous, ils étaient ici dans un autre but et nous ne faisions que passer par hasard.
La question est de savoir quel objectif ce prince et cette princesse ont décidé d’atteindre. À en juger par leur comportement, ils ne semblaient pas très doués au combat.
Eva semblait avoir quelques connaissances en la matière, mais je ne percevais rien de tel chez Julio.
Il était peut-être même pire que moi avec une épée. Pourquoi avoir amené quelqu’un comme lui au combat ? Alors que je réfléchissais à la manière de les interroger davantage, Eva éleva la voix.
— Tu en as trop dit ! Idiot ! Sérieusement…
— D-Désolé, Grande Sœur…
— Haa… Votre Altesse Leonard. Si vous comprenez déjà autant, permettez-moi d’aller droit au but. Nous aimerions que vous changiez votre itinéraire. Nous ne vous empêcherons pas d’aller à Rondine, mais veuillez faire un détour autant que possible.
— Pouvez-vous me donner la raison ?
— … Je ne veux pas le dire si possible. Nous ne pouvons pas vous faire confiance, ni à vous ni à l’Empire.
— Je vois.
Pour pouvoir exprimer aussi clairement sa méfiance envers l’Empire, cette fille avait un caractère bien trempé.
Le Grand-Duché d’Albatro n’était qu’un pays faible comparé à l’Empire. Son commerce maritime était florissant, donc si l’Empire l’attaquait, d’autres pays deviendraient également ses alliés. Cependant, si l’Empire décidait du faire, nous avions assez de puissance pour l’écraser.
Albatro devait bien le savoir.
Même ainsi, si elle le formule ainsi, cela signifie que cela poserait un problème si nous l’apprenions.
Je regardai un peu autour de moi.
Alors.
— Changez de cap. Nous ferons un détour pour Rondine.
— V-Votre Altesse !? Si nous faisons cela, nous aurons plusieurs jours de retard sur le programme !
— Cela m’est égal. Nous avons suffisamment de nourriture et d’eau, et Rondine ne verra pas d’inconvénient à un petit retard.
— Mais !
— J’ai déjà pris ma décision. Cela vous convient-il ? Votre Altesse Eva.
Je ris intérieurement en voyant l’expression stupéfaite d’Eva.
Je vois. C’est donc ça la réaction que je peux obtenir quand j’agis comme Leo, hein. Est-ce que Leo agissait ainsi parce qu’il aimait voir une telle expression ?
La réaction d’Eva était très intéressante.
— … Comme on pouvait s’y attendre de quelqu’un qui participe activement à une guerre de succession. Vous êtes une personne très ouverte d’esprit. Nous vous sommes reconnaissants pour votre sage décision, Votre Altesse Leonard.
— M-Merci beaucoup.
— Maintenant, veuillez nous excuser.
— Ex, excusez-nous.
Leur mission accomplie, Eva et Julio retournèrent à leur vaisseau.
Au même moment, nous commençâmes à préparer notre propre départ. Je veux arrêter de jouer le rôle de Leo dès que possible, mais je ne peux rien faire de suspect, car ils vont nous surveiller pour voir si nous avons vraiment changé de cap.
Finalement, nous partions, moi toujours à la place de Leo.
Bon, ce n’est pas grave. S’il reste dans la cabine, il ne se fera pas remarquer et je n’aurai pas à faire le travail de Leo avant d’arriver à terre. Le problème, c’est l’objectif d’Albatro.
— Que veulent-ils exactement ?
— Je me pose également la question.
À la question du chevalier d’âge mûr, j’ai également penché la tête.
Honnêtement, je n’en ai aucune idée. Ils ont envoyé trois navires de guerre avec une princesse et un prince à bord. S’ils veulent se battre, la princesse et le prince ne sont pas nécessaires. Et s’ils ne veulent pas se battre, envoyer trois navires de guerre serait excessif.
Si je considère qu’il s’agit peut-être d’une reconnaissance militaire, cela serait plus convaincant. Si ces deux-là ont des capacités de reconnaissance, cela serait plausible.
Mais que recherchaient-ils ?
Cet endroit se trouvait dans le territoire du Grand-Duché d’Albatro et je n’avais entendu parler d’aucune flotte pirate importante.
Après avoir réfléchi un moment à la rencontre précédente, le navire a soudainement tremblé.
— QUE SE PASSE-T-IL ?
— AU RAPPORT ! NOUS SOMMES PRIS DANS UNE TEMPÊTE !
— Quoi ?
C’est fou.
Le temps était beau jusqu’à présent, d’où pouvait bien venir cette tempête ? Avec cette pensée en tête, je me suis précipité sur le pont.
Sur le pont, de violentes rafales et de hautes vagues s’abattaient sur le navire.
De plus, quand je regardai sur le côté, les choses prenaient une tournure inquiétante.
— Capitaine ! Nous nous éloignons du navire de mon frère !
— Pardonnez-moi ! Nous avons déjà assez à faire pour maintenir le navire à flot ! Nous ne pouvons pas les rattraper !
— Y a-t-il quelque chose que vous puissiez faire ?
— C’est impossible ! Ce n’est pas une tempête naturelle ! Elle est apparue soudainement sans aucun signe ! C’est certainement l’œuvre d’une sorte de monstre marin, Votre Altesse !
En entendant le cri du capitaine, je me souvins de ce que j’avais dit à Elna. Je lui avais parlé du dragon marin.
Une histoire qui circulait souvent à propos du Dragon des mers est qu’il peut couler un navire en provoquant une tempête sortie de nulle part. C’est exactement la situation dans laquelle nous nous trouvions actuellement.
L’attitude d’Albatro le confirmait également.
La princesse et le prince avaient amené trois navires de guerre et nous avaient ordonné de changer de cap. Était-il possible que le Grand-Duché d’Albatro savait qu’un Dragon des mers avait été aperçu près de cet endroit et soit venue enquêter ?
Si c’est le cas, ils n’auraient pas pu ne pas nous en informer. Albatro est une nation maritime prospère. Cependant, si la nouvelle se répandait qu’un dragon des mers rôdait dans leurs eaux, aucun pays n’oserait mettre les voiles vers leur territoire. Ce serait suicidaire.
Avec cela à l’esprit, j’ai immédiatement utilisé ma magie de détection. Je cherchai à déterminer l’ampleur de la tempête.
Une fois que j’ai su quelle était la force du vent, j’ai claqué la langue.
Cette tempête était énorme et nous étions à sa périphérie. En d’autres termes, son point d’origine n’était pas ici.
Peut-être que son centre se trouvait dans les eaux d’Albatro. Pire encore, notre navire était entraîné vers le centre.
Si cela continuait ainsi, dans le pire des cas, nous devrions combattre le Dragon des Mers au milieu de l’océan.
Épargnez-moi cela.
— Capitaine ! Sortez-nous de cette tempête !
— J’y suis !
Je pris donc la place de Leo dans la tempête déchaînée.
3
— Capitaine, où sommes-nous ?
Poursuivant mon rôle de Leo, je rendis visite au capitaine.
La tempête était passée, mais nous avions tout de même été pris dans les remous et séparés du navire à bord duquel se trouvait Leo. Cela faisait déjà un certain temps et le soleil commençait à se coucher.
La tempête était si violente qu’il n’aurait pas été étonnant que le navire chavire, mais comme il s’agissait d’un navire impérial avec à son bord des membres de la marine impériale entraînés, nous avions réussi à nous en sortir tant bien que mal.
— Nous sommes probablement dans les eaux du Grand-Duché d’Albatro. Nous n’avons pas chaviré, mais nous avons été considérablement déviés de notre route initiale. Il serait plus juste de dire que nous avons été tirés plutôt que déviés. Cette tempête n’était clairement pas normale.
— Si c’est le cas, était-elle causée par des monstres après tout ?
— Oui, sans aucun doute. Je navigue avec mon grand-père depuis sa génération, et cette tempête était exactement comme celle dont il m’a parlé, la tempête du dragon des mers.
— La tempête du dragon des mers… Qu’est-ce donc ?
— Comme son nom l’indique, c’est une tempête provoquée par un dragon des mers. C’est une tempête qui attire progressivement votre navire dans sa direction. Même si vous survivez à la tempête, vous serez confronté au dragon des mers. C’est comme une histoire de fantômes pour un marin. Après tout, le dragon des mers est l’un des monstres les plus puissants de la mer, en voir un signifierait que votre vie est finie, Votre Altesse.
Fumu, les caractéristiques de la tempête décrite dans l’histoire correspondent à celle que nous venons de vivre.
Peut-on donc supposer qu’il y a un dragon des mers dans cette région ? Si c’est le cas, cela va poser un gros problème.
Tout d’abord, les dragons sont des monstres qui répètent un cycle d’activité et de dormance. Leur période de dormance est généralement très longue. Il existe même un rapport faisant état d’un dragon qui serait resté en dormance pendant cent ans.
Une longue période de dormance et une courte période d’activité. Telle est la nature des créatures appelées dragons. Il en va de même pour le dragon des mers.
Je ne peux pas l’affirmer avec certitude sans consulter les archives, mais il semble que le dragon marin qui était en hibernation dans cette région soit redevenu actif. Le problème, c’est que le Grand-Duché d’Albatro est une nation maritime. Elle est assez éloignée de l’Empire, mais elle dispose d’un vaste réseau commercial avec d’autres pays. Imaginez les dégâts qu’un dragon marin pourrait causer s’il apparaissait sur son territoire.
Consciente de cela, Albatro avait dû commencer à enquêter secrètement, mais il semble qu’ils aient touché son écaille inversée[1], hein.
La cause de la tempête précédente était probablement Eva.
C’était ce genre de tempête, elle n’était donc probablement plus en vie. Pauvre fille.
— C’est vrai… alors il ne serait pas bon de rester ici trop longtemps. Mon frère et les autres doivent s’inquiéter pour nous aussi. Mettez immédiatement le cap sur Rondine.
— O, Oi ! Regardez ça !!
Lorsque j’ai donné mon ordre, l’un des marins a crié.
Avec un mauvais pressentiment, je regardai dans la direction qu’il indiquait et, comme pour répondre à mes attentes, l’épave d’un navire dérivait vers nous.
— Le navire du Grand-Duché, hein…
— On dirait bien. Ils ont dû être pris dans la tempête comme nous.
— C’est dommage…
J’étais sur le point de mettre fin à l’incident et d’ordonner aux marins de lever l’ancre, mais le chevalier d’âge mûr me murmura quelque chose à l’oreille.
— Votre Altesse… Le prince Leonard ordonnerait certainement une opération de sauvetage… !
— Nous n’avons pas le temps pour ça. Il pourrait y avoir un dragon marin qui rôde dans les parages, vous savez ? Normalement, nous devrions donner la priorité à quitter cet endroit, non… ?
— Je comprends, mais Votre Altesse doit continuer à se comporter comme le prince Leonard. Ce serait un scandale si l’on apprenait que l’ambassadeur envoyé dans un autre pays a été remplacé par son frère jumeau, n’est-ce pas… !
— Je sais, mais l’équipage est encore sous le choc de la tempête. Ils ne remarqueront pas un détail aussi insignifiant… !
— C’est justement parce qu’ils sont bouleversés que Votre Altesse doit se comporter comme le prince Leonard. S’ils apprennent la supercherie, ils paniqueront à coup sûr. Nous ne pourrons probablement pas les empêcher de parler, et nous ne savons pas ce qu’ils diront une fois arrivés à Rondine…
L’avis du chevalier d’âge mûr était plausible.
Oui, c’est plausible. Cependant, agir comme Leo signifie faire ce que je ne veux pas faire.
Dans ce cas, il n’y a aucun mérite à les sauver. Tout d’abord, le Grand-Duché d’Albatro n’était ni notre alliée ni une nation avec laquelle nous entretenons des liens étroits. Il était complètement idiot de sauver les survivants d’un tel pays dans une zone où un dragon marin pourrait se cacher.
Nous n’avions pas de temps à perdre non plus. Nous avions déjà perdu plusieurs jours à cause de la tempête. Lancer une opération de sauvetage ici retarderait certainement notre arrivée à Rondine. Peu importe que Leo arrive là-bas en premier. La raison est qu’il est désormais Arnold, et Arnold est un prince incompétent. S’il entamait seul des négociations avec Rondine, cela éveillerait certainement des soupçons.
Comme prévu, je veux me rendre à Rondine immédiatement. Même s’il a Elna à ses côtés, je crains que Leo ne soit pas capable de se comporter comme moi.
De plus, si nous commençons notre opération de sauvetage et trouvons des survivants, nous devrons nous arrêter à Albatro pour les livrer. Ce serait le scénario le plus problématique. Il est impossible qu’ils laissent partir sans rien faire le prince impérial qui connaît leur secret.
Si c’était moi, je retiendrais une telle personne jusqu’à ce que l’incident soit résolu. Si tel est le cas, Leo et moi devrions échanger nos places pendant longtemps.
Ce n’est pas bon du tout.
— Les survivants doivent être désespérés en ce moment, amenez-les ici rapidement.
— Regardez ! Quelqu’un s’accroche à l’épave ! Il est vivant !
— Qu’allez-vous faire ? Les abandonner ?
Le chevalier d’âge mûr posa la question dont il connaissait déjà la réponse. Si l’on en était déjà arrivé là, il n’y avait pas d’autre choix que de les aider.
Mais pourquoi tant de problèmes venaient-ils se mettre en travers de mon chemin ? Bon sang ! Si un dieu existe vraiment, je veux le maudire !
— Lancez-leur la corde ! Sauvez-les immédiatement ! Faites attention aux alentours, il y a peut-être d’autres survivants, cherchez-les !
Je donnai un ordre digne de Leo, le cœur rempli de nuages sombres.
Je veux m’enfuir et redevenir Arnold. Ce n’est pas que j’ai peur, si le Dragon des Mers apparaît, je le combattrai volontiers.
Mais si cela arrive, cela nous causera d’énormes problèmes. La situation deviendra probablement chaotique et je ne pourrai pas la gérer seul. Je dois éviter cela à tout prix.
Mais Leonard, étant quelqu’un de si bon, ne laisserait jamais passer cela.
— Nous avons secouru les survivants ! D’après eux, il semble qu’il y ait encore d’autres survivants, Votre Altesse !
Le rapport de l’équipage ramena mon esprit à la situation.
Un grand nombre de survivants signifiait que nous devions rester plus longtemps à cet endroit et que nous devions libérer plus d’espace pour les accueillir. De plus, nous devions calculer nos réserves de nourriture et d’eau.
— Albatro est-il le dieu de la peste ou quoi… !
— Faites attention à ce que vous dites… !
— Comme si je pouvais m’empêcher du dire… ! Argh, bon sang… ! C’est le pire… !
— Endurez-le, je vous en prie. Cela fera connaître la vertu du prince Leonard à l’avenir. Si les gens apprennent que vous avez sauvé les survivants dans une situation aussi dangereuse, Rondine applaudira votre geste et ne vous critiquera probablement pas non plus.
— Rondine et Albatro sont comme chien et chat, vous savez ? Ils se battent depuis longtemps pour le contrôle de la région sud. Pourquoi loueraient-ils quelqu’un qui a sauvé les habitants du pays rival…?
— Notre empire n’a rien à voir avec leur lutte dans le sud et nous sommes également un pays puissant. Tout ira bien si vous agissez avec dignité. Si Votre Altesse est déjà convaincue, alors prenez votre décision.
Poussé par le chevalier d’âge mûr, je poussai un énorme soupir, levai le visage, puis le baissai à nouveau et soupirai encore.
Aah, je ne veux plus faire ça. N’y a-t-il aucun moyen de s’en sortir sans nuire à la réputation de Leo ?
Non, il n’y en a pas. Si c’était Leo, il les aiderait sans hésiter. Même s’il doit tout abandonner pour le faire.
S’il était du genre à réfléchir à ce que ses actions lui rapporteraient avant d’agir, il aurait pu devenir empereur sans mon aide.
C’est exactement pour cela qu’il méritait qu’on l’aide, mais c’est justement à cause de sa personnalité trop gentille et de sa réputation que je suis si amer face à la situation actuelle.
— Capitaine. Sauvez les survivants.
— Vous avez perdu la tête ? Il y a peut-être un dragon marin qui rôde dans les parages, vous savez ! Si nous sommes attaqués pendant les opérations de sauvetage, nous serons sans défense et les monstres viendront se jeter sur nos cadavres ! Même les monstres autres que le dragon des mers constituent toujours une menace pour nous, Votre Altesse.
— La tempête est déjà passée. Le dragon des mers doit être satisfait pour l’instant. De plus, les monstres normaux ne s’aventurent pas près de l’habitat d’un monstre puissant. Notre seul adversaire est le dragon des mers. Je pense que nous devrions être en sécurité pendant quelques jours.
— Mais le soleil est sur le point de se coucher ! Il sera dangereux de poursuivre notre opération de sauvetage dans l’obscurité ! Si nous utilisons de la lumière pour éclairer les environs, nous risquons d’attirer le dragon des mers vers nous !
— Même ainsi, nous continuerons à les sauver autant que possible. Je veux que vous décidiez de notre cap en fonction des informations fournies par les survivants. Je suis désolé, capitaine. C’est un ordre en tant qu’ambassadeur. Utilisez tout ce que nous avons et sauvez les survivants d’Albatro. N’en laissez aucun derrière vous.
— J’ai entendu la rumeur, mais vous êtes vraiment une bonne personne, Votre Altesse. Je ne peux pas approuver votre ordre en tant que capitaine qui doit prendre soin de son navire, mais si c’est un ordre de votre part, je n’ai pas le choix. Allons les sauver.
Le capitaine se résigna et céda.
Je comprends ses sentiments. Je suis d’accord avec vous, c’est ridicule. Cependant, c’est Leo.
Il n’y a pas d’autre solution, alors ne me regardez pas avec ces yeux réprobateurs.
Ainsi, en route vers Rondine, nous avons commencé une opération de sauvetage en mer, où un dragon marin pouvait sévir, une action trop stupide pour être comprise.
4
— TOUT LE MONDE… TENEZ BON… ON VA S’EN SORTIR !…
Julio criait tout en s’agrippant au petit canot de sauvetage. Sa gorge commençait à lui faire mal à force de répéter sans cesse la même chose. Mais il continuait à crier, car il estimait que c’était son devoir.
Des dizaines de membres de son équipage flottaient autour de Julio. Ils donnaient la priorité aux blessés et les chargeaient dans le petit bateau, tandis que d’autres s’accrochaient au bateau ou aux débris de ce qui avait été leur navire.
— Votre Altesse… vous devez monter dans le bateau…
— Je vais bien… Je vais encore bien…
Julio dit cela, mais en réalité, il n’avait plus beaucoup d’énergie non plus. Cela faisait déjà plus de dix heures que leurs navires avaient coulé et qu’ils avaient été jetés à la mer. Ils avaient survécu à une nuit d’enfer, tremblant de peur et de froid, mais toujours aucun signe de secours.
Personne n’aurait pu imaginer une telle situation.
Ils avaient été informés que le Dragon des mers avait peut-être ressuscité, alors Eva et Julio avaient décidé d’enquêter. Ils avaient pris trois navires de guerre avec eux par mesure de précaution, mais ce n’était pas parce qu’ils voulaient combattre le Dragon des mers eux-mêmes, c’était simplement par souci de prudence.
Confirmer si le Dragon des mers avait ressuscité ou non, c’était ce que leur père leur avait demandé de faire. Il les avait choisis pour cette mission parce qu’ils pouvaient tous deux utiliser une magie innée qui leur permettait de manipuler le son. Pour eux, explorer la mer n’était qu’une simple formalité.
Si ce plan comportait une erreur, c’était que le Dragon des mers suive le son qu’ils émettaient et attaque leurs navires. Ils finirent par toucher son écaille inversée.
Le Dragon des mers invoqua une tempête et détruisit tous leurs navires, mais heureusement, il battit en retraite une fois leur flotte détruite. Cela dit, la situation ne s’améliora pas pour autant.
— Uwaaaa !! ?? Un monstre !? Un monstre vient de toucher mes pieds !?
— Calme-toi ! Ce n’est qu’un poisson !
Les membres d’équipage survivants étaient en proie à la peur.
La peur de mourir. La peur que les secours n’arrivent jamais. La peur de mourir de froid. Et la peur que des monstres marins viennent les dévorer.
Combinant toutes ces peurs, les survivants étaient épuisés et appauvris. Pourtant, Julio continuait à crier.
— Les secours vont arriver… ! Pensez à votre famille… ! Nous allons survivre… !
Julio continuait à encourager les survivants avec ces mots. C’étaient les mots qu’il se répétait sans cesse.
Cependant, Julio n’était pas quelqu’un qui faisait cela d’habitude. Non, il était quelqu’un qui ne pouvait pas faire cela.
Il n’était pas quelqu’un qui s’imposait. Même s’il était prince, il n’était pas quelqu’un qui pouvait se comporter comme une personne importante.
C’était Eva qui avait toujours tiré Julio vers l’avant. Mais Eva était actuellement endormie sur le bateau.
Quand ils avaient été jetés à la mer, elle avait perdu connaissance en le protégeant et s’était écrasée sur la surface de l’eau.
Depuis lors, Julio agissait comme Eva. À la fois à cause de la sœur qui se trouvait devant ses yeux et pour survivre.
Le sens des responsabilités qui s’était développé en raison de la situation d’urgence avait poussé Julio à se comporter comme un prince.
Malgré cela, peu importe à quel point Julio les encourageait, cela ne suffisait pas.
— De l’aide ?… Les secours n’arriveront jamais… Il faut plus d’une journée pour arriver ici, même s’ils partent cette nuit, vous savez… ?
L’un des membres de l’équipage laissa échapper un faible gémissement.
C’était ce que tout le monde pensait ici.
Le bateau de sauvetage d’Albatro n’arriverait probablement pas à temps. Malgré tout, Julio gardait espoir.
— Vu l’ampleur de la tempête, il ne serait pas étonnant que le navire de l’Empire ait également été pris dans la tempête… Le prince Leonard viendra certainement nous aider…
— L’Empire nous sauver ? Nous avons prêté main-forte à leur nation ennemie… Nous avons fait fortune sur leur sang… Ils ne risqueront pas leur vie pour nous rechercher dans des eaux aussi dangereuses…
— Le prince Leonard a la réputation d’être une personne gentille qui n’abandonne pas ceux qui sont en difficulté… Tout ira bien ! Je suis sûr qu’il viendra nous aider !
— Dans une situation comme celle-ci, même un allié pourrait nous abandonner, je me demande s’il viendra vraiment…
— Si je survivais à la tempête, je dirais immédiatement adieu à cet endroit… Qui voudrait rester dans une mer où sévit un dragon des mers…
Tout le monde…
Le cœur de tout le monde était brisé.
C’était la même chose pour Julio. En regardant Eva, il réussit à paraître fort, mais ses forces physiques et mentales avaient atteint leurs limites.
Au départ, les capacités physiques de Julio étaient bien inférieures à celles des autres membres de l’équipage. Après tout, il était le premier à abandonner en temps normal.
Malgré tout, Julio continuait de s’accrocher au bateau par la seule force de sa volonté. Cependant, cette volonté tenace s’épuisait peu à peu sous l’effet du moral déprimé qui régnait autour de lui.
Cela ne servait peut-être plus à rien.
Alors que cette pensée lui traversait l’esprit, il aperçut quelque chose au loin.
C’était un navire.
— C’est, c’est un bateau… ! IL Y A UN BATEAU LÀ-BAS… !!
— Ah !! Nous sommes sauvés ! H-É ! H—É !!
Son esprit épuisé se réveilla.
Tout le monde criait et agitait les bras pour attirer l’attention du bateau. Ils continuèrent ainsi pendant un moment, mais quelqu’un murmura.
— C’est, c’est un bateau impérial…
Cela suffit pour qu’ils cessent d’agiter les drapeaux. Le drapeau qui flottait était celui de l’empire.
D’après son apparence, il s’agissait de l’un des deux navires impériaux qu’ils avaient rencontrés la veille. Le fait qu’ils soient là signifiait qu’ils avaient également été pris dans la tempête.
Et leur présence ici signifiait qu’ils avaient été considérablement éloignés de leur route initiale. Tout le monde ici savait que leur destination était Rondine.
Allaient-ils prendre le temps de les secourir alors qu’ils étaient déjà en retard ?
De plus, le Dragon des mers rôdait dans les parages, et ils ne savaient pas quand ils seraient à nouveau attaqués.
Il y avait toutes sortes de raisons pour qu’ils ne les aident pas. Puis, le navire impérial avait tourné sa proue.
Le désespoir envahit Julio.
Cependant, une voix parvint aux oreilles de Julio. Une voix amplifiée par un outil magique.
— Je suis le huitième prince de l’Empire, Leonard Lakes Adler. Mon navire est actuellement en train de secourir les survivants du Grand-Duché d’Albatro. Nous vous sauverons un par un, mais ceux qui ont encore des forces doivent nager jusqu’à notre navire. Si vous ne pouvez pas, veuillez tenir bon encore un peu. Nous vous sauverons, c’est promis.
En entendant cette voix, des larmes coulèrent naturellement des yeux de Julio. Cependant, il les essuya immédiatement.
— ALLONS-Y, TOUT LE MONDE ! SURVEILLEZ LES BLESSÉS !
— O-Oui, monsieur !
— Allons-y ! Nous y sommes presque !
Julio et les autres survivants se précipitèrent vers le navire impérial situé à une certaine distance.
***
Al, qui jouait le rôle de Leo, raccrocha l’amplificateur de voix magique et expira.
— Ce serait génial si le sauvetage devenait plus facile grâce à ça.
— Que cela ait été difficile ou non, la plupart des survivants que vous avez aidés jusqu’à présent n’ont pas pu se relever seuls. Ils ont dérivé pendant longtemps, je pense que c’était inévitable, Votre Altesse.
— Je le sais… Capitaine ! Ne laissez que le personnel minimum pour la surveillance et concentrez les efforts de l’équipage sur les opérations de sauvetage !
— Encore une fois… !? Que feriez-vous si le dragon des mers apparaissait ?
— Tout serait fini s’il nous repérait. Plutôt que de monter la garde, il vaudrait mieux concentrer nos efforts et terminer le sauvetage le plus rapidement possible.
— Et les autres monstres ?
— Il n’y a pas de monstres à proximité. Après tout, aucun monstre ne s’aventurerait dans une zone où un Dragon des Mers vient de passer.
Sur ces mots, Al partit aider au sauvetage.
Parce que c’est ce que Leo aurait fait. Al aurait préféré rester en arrière pour observer la situation et donner des ordres, mais il se dit qu’il était Leo à présent et rejoignit l’opération.
À ce moment-là, les marins venaient de hisser un groupe de quatre ou cinq personnes qui se blottissaient les unes contre les autres. Elles tremblaient toutes de froid, alors Al leur avait donné les couvertures prévues pour les survivants.
— Vous avez bien fait. Tout va bien maintenant.
— Merci, merci…
En regardant les survivants qui pleuraient tout en exprimant leur gratitude, je me suis rendu compte à quel point leur expérience avait été horrible et terrifiante.
Pendant ce temps, un nouveau rapport était arrivé.
— Plusieurs survivants ont été repérés à bâbord ! Ils sont cinquante !
— Cinquante ! Nous n’avons pas assez de place pour autant de monde !
Nous avions déjà secouru des dizaines de survivants, si nous en ajoutions cinquante de plus, nous n’aurions pas assez de place pour les accueillir. À l’origine, notre équipage comptait moins d’une centaine de personnes. Il était impossible d’accueillir cinquante personnes de plus sur ce navire.
C’est pourquoi Al fut contraint de prendre une décision. Il devait choisir ce qu’il allait sacrifier.
— Que comptez-vous faire, Votre Altesse ? Il y a beaucoup plus de survivants que prévu.
— Eh bien, je m’y attendais un peu… Ils ont trois navires, alors que nous n’en avons qu’un. S’il y avait beaucoup de chanceux, ce résultat était prévisible.
— Alors, avez-vous déjà réfléchi à une contre-mesure ? demanda le chevalier d’âge moyen avec impatience.
En réponse, Al prit un air dégoûté, comme s’il venait de croquer un ver. Pour Al, c’était la pire décision qu’il pouvait prendre. Mais il devait le faire.
— Jetez tout ce qui se trouve dans la cale, à l’exception de nos réserves de nourriture.
— … Y compris nos cadeaux pour Rondine ?
— Oui, tout.
Comme prévu, même le chevalier d’âge moyen resta sans voix.
Ce navire appartenait à l’origine à Leo, donc les objets qu’il transportait avaient plus de valeur que ceux du navire sur lequel Al se trouvait. À l’intérieur, il y avait les dernières armes et des trésors en or et en argent qui devaient être remis à Rondine.
Al décida de jeter à la mer tous ces trésors qui avaient suffisamment de valeur pour permettre à une personne de vivre toute sa vie.
— Est-ce vraiment une bonne idée ? Faire une chose pareille ?
— Il n’y a pas d’autre solution. Avec autant de survivants, nous ne pouvons pas nous rendre à Rondine avec le peu de provisions qui nous reste. Nous n’avons pas assez de nourriture ni d’eau. En d’autres termes, nous devions aller à Albatro pour nous réapprovisionner. À ce stade, cela causerait un retard considérable à notre mission. De plus, un dragon marin rôde dans les parages. Je ne sais pas quand nous pourrons arriver à Rondine. Malgré tout, j’ai décidé de les sauver. La seule chose qui me reste à protéger, c’est la réputation de Leo. C’est pourquoi, quoi qu’il m’en coûte, je dois sauver les survivants. C’est absolu. Ne te lamente pas sur les trésors, sauve leur vie. Je ne laisserai personne mourir maintenant. C’est compris ?
— C-Compris…
Voyant la détermination dans les yeux d’Al, le chevalier d’âge mûr hésita un instant.
Il était impressionné par lui.
Tout en étant surpris, le chevalier d’âge mûr se souvint de ce jour-là. Le jour où Al avait cassé le bracelet d’Elna.
Elna participait au festival de chasse aux chevaliers pour Al. Pour Elna, faire quelque chose qui pourrait disqualifier Al était inacceptable. C’est pourquoi Al l’avait fait lui-même pour qu’elle puisse agir librement.
C’était un geste magnifique.
Ce n’était pas un comportement que l’on aurait pu imaginer de la part de l’homme connu du grand public comme le prince terne.
Et maintenant, son rôle de Leo était plus que parfait. Ses instructions étaient également précises.
— Vous êtes donc un faucon compétent après tout…
— Tu as dit quelque chose ?
— Ce n’est rien. Laissez les chevaliers impériaux s’occuper de décharger les marchandises.
— Oui, je vous laisse faire. Tout le monde, reprenez le sauvetage ! Sauvez tous ceux qui peuvent l’être ! J’en prends toute la responsabilité !
Tout en donnant ses instructions, Al aperçut le groupe de survivants qui approchait.
Il y avait un petit bateau avec des blessés à bord, et Al put apercevoir Eva parmi eux. Il pouvait également voir la silhouette de Julio à proximité.
— Le prince et la princesse sont donc sains et saufs… Nous avons désormais plus de monde pour négocier avec le roi.
Avec cette pensée en tête, Al lança une échelle de corde vers Julio qui s’approchait. Cependant, Julio n’essaya pas de l’attraper.
— Prince Julio ! Accrochez-vous !
— Occupez-vous d’abord des blessés !
Tout en disant cela, Julio désigna les blessés sur le bateau.
Il faudrait du temps pour secourir les blessés qui ne pouvaient pas grimper tout seuls.
Cela retarderait le sauvetage de Julio et de son équipage, mais ils voulaient quand même que nous donnions la priorité aux blessés.
— Compris ! Attendez-nous un peu !
Nous avons commencé à secourir les blessés à un rythme rapide.
Les membres de l’équipage descendirent sur le bateau et transportèrent les blessés un par un jusqu’au navire. Pendant ce temps, de plus en plus de survivants provenant d’autres endroits furent secourus.
Après avoir hissé tous les blessés, y compris Eva, à bord, Al lança une corde à Julio.
C’est peut-être à cause du soulagement qu’il ressentait, mais dès que Julio attrapa la corde, il perdit toutes ses forces.
Son esprit avait atteint ses limites.
— Prince Julio !?
Voyant Julio sombrer lentement tout en perdant connaissance, Al réagit immédiatement. Il plongea comme il l’avait fait pour sauver Finne.
Ce n’était pas un geste calculé, il l’avait fait par instinct.
Al sauta dans la mer où le Dragon des Mers pouvait se cacher et souleva Julio qui était en train de couler.
Cette fois, ce sont les membres de l’Empire qui paniquaient.
— Votre Altesse !?
— Le prince a sauté !
Même si les membres d’équipage descendaient dans le petit bateau pour secourir les blessés, personne ne sautait dans la mer. Même si on leur disait qu’il n’y avait ni monstre ni dragon marin dans les environs, ils avaient toujours peur.
Dans ces conditions, le prince qu’ils étaient censés protéger avait sauté.
Après avoir vu cela, les membres de l’équipage impérial se décidèrent et commencèrent à sauter dans la mer pour poursuivre le sauvetage.
— Donnez-moi une corde !
— Tenez !
C’était le chevalier d’âge moyen qui me l’avait lancée.
J’enroulai la corde autour du corps inconscient de Julio et lui demandai de la tirer. Après cela, Al grimpa à l’échelle de corde.
Là, une main lui fut tendue.
Il l’a saisie et vit le chevalier d’âge mûr avec une expression étonnée sur le visage.
— Merci.
— Ce n’est pas grave, j’ai l’habitude de vous sortir de l’eau.
— Quoi ? Que veux-tu dire ?
— Ce n’est pas étonnant que vous ne vous souveniez pas de moi, vous étiez inconscient à ce moment-là.
— Mais de quoi parles-tu ?
— C’est moi qui vous ai sorti de l’eau quand vous vous êtes presque noyé au manoir des Braves. J’étais à l’origine un chevalier au service de la maison Brave.
— … Sérieusement ?
— Oui, dès que le capitaine est devenu chevalier impérial, j’ai moi aussi rejoint l’ordre. Je n’aurais jamais pensé que je ressortirais Votre Altesse de l’eau après être devenu chevalier impérial moi-même.
— Tu ne peux pas dire que j’ai fait ça exprès ? La première fois, j’ai été frappé, et la deuxième fois, je l’ai fait pour sauver quelqu’un, d’accord ? Je ne pense pas déranger qui que ce soit.
— Bien sûr, c’est exactement comme vous le dites.
Voyant le sourire sur son visage, Al soupira.
La raison pour laquelle Al n’avait pas exprimé honnêtement sa gratitude est parce qu’il était un membre de la maison Brave.
Au bout d’un moment, Al remarqua quelque chose.
— À propos, je ne connais pas encore votre nom. Comment t’appelles-tu ?
— Je suis le commandant adjoint du troisième corps de chevaliers, Marc Tyber, à votre service.
— Je vois… J’espère que notre relation restera aussi brève que possible, Marc. — D’accord. Ce serait formidable.
Nous exprimons tous deux ce vœu pieux.
Après tout, il serait impossible de mettre fin à notre relation dans cette situation.
Par la suite, sans laisser aucun survivant derrière lui, Al arrêta son navire de temps en temps pour secourir les naufragés qui se trouvaient encore en mer.
Après avoir secouru plus de quatre-vingts survivants au total, leur navire mit le cap sur Albatro, la plus grande ville portuaire du pays.
5
Alors que Al jouait le rôle de Leo.
Leo essayait désespérément de se faire passer pour Al.
— Prince Arnold. Le capitaine demande s’il est vraiment possible de ne pas rechercher le navire du prince Leonard ?
— Encore ça. C’est Leo, il s’en occupera lui-même. Maintenez le cap. Je me sens mal. Ne m’embêtez pas avec des questions inutiles. C’est pénible.
— Oui, Votre Altesse… tout ce que vous voudrez.
Leo poussa un énorme soupir alors que le chevalier s’éloignait de sa chambre.
Il y avait tout de même une personne qui donnait l’impression que son imitation était mauvaise.
— Je donne 50/100. Al ne ferait jamais ça de cette manière.
— C’est tellement difficile… murmura Leo en tournant les yeux vers Elna.
Contrairement au navire d’Al qui avait été pris dans la tempête, leur navire avait réussi à s’échapper avant d’être entraîné.
Néanmoins, Elna était en pleine panique à cause de toutes les secousses. Jusqu’à ce que les secousses se calment, elle n’avait même pas remarqué que Leo avait pris la place d’Al.
Cependant, après l’avoir remarqué, elle avait joué le rôle de conseillère auprès de Leo. La barrière érigée par Al était toujours en place, elle n’était donc pas trop affectée par les petites secousses habituelles du bateau.
— Pour l’instant, essayons de traverser ça sans nous faire repérer. Si les gens apprennent que vous avez échangé vos places, ça va faire un scandale.
— Oui… Je dois rester calme… Je me demande si mon frère va bien ?
— Al ira bien. Marc est avec lui et il est très fiable dans ce genre de situation. Le problème, c’est toi.
— C’est vrai… Je ne sais pas du tout imiter mon frère…
— Heureusement, peu de gens connaissent Al personnellement. Tout ira bien tant que tu feras quelque chose qu’il ferait.
— Quelque chose que mon frère ferait, c’est quoi ? Et Elna, même si tu portes des cuissards, je ne pense pas que ce soit une bonne idée de faire ça devant moi, tu sais.
Leo mot en garde Elna qui posait sa jambe sur le lit.
De là où Leo était assis, l’angle lui permettait de voir sous la jupe d’Elna. Bien sûr, Elna ne s’en souciait pas beaucoup puisque ses sous-vêtements étaient cachés sous ses cuissards.
— C’est là que vous n’êtes pas pareils. Si c’était Al, il ne dirait jamais une chose pareille.
— Mais tu avais l’air trop vulnérable. Tu ferais mieux de ne pas faire ça.
— Oui, oui, je ferai attention. Mais vraiment, Al ne dirait jamais ça, d’accord ? Tu te ferais repérer immédiatement si tu baissais ta garde juste parce que tu parles avec moi, tu sais ?
— Même si tu dis ça… alors si c’était mon frère, qu’est-ce qu’il dirait ?
— C’est vrai… Quelque chose comme [tu as oublié de mettre tes cuissards] ou [alors c’est blanc aujourd’hui, hein], je pense. En tout cas, il dirait quelque chose pour me faire réagir, puis il en rirait, j’imagine.
— Quelque chose comme ça, je ne peux pas le dire…
Il s’imaginait probablement en train du dire, Leo rougit et détourna les yeux.
Ça va être un sérieux problème, pensa Elna.
Al, qui avait l’habitude d’agir comme Leo, et Leo, qui n’y était pas habitué. La grande différence entre eux résidait dans leur sens de la distance et leur façon de réagir face aux femmes. Al savait s’adapter à son interlocuteur, tandis que Leo restait toujours poli tout en gardant une certaine distance.
C’était un véritable obstacle pour Leo lorsqu’il devait se comporter comme Al.
— Même si c’est facile pour Al de devenir Leo, c’est difficile pour Leo de devenir Al, hein… Vous êtes tous les deux des princes, mais comment avez-vous pu grandir de manière si différente…
— Mon frère aime sa liberté et, au fond, il s’amuse autant qu’il veut. Il passait toute la journée hors du château, mais il revenait toujours en pleurant pour une raison ou une autre.
— C’est juste que je l’aidais parce qu’il se faisait toujours tabasser !
— Je sais. Elna a toujours pris soin de Mon frère, n’est-ce pas ?
— … Mais il trouve ça pénible. Aah~
Elna soupira.
Récemment, elle avait eu le sentiment qu’elle ne pouvait pas rester les bras croisés.
Après ne l’avoir pas vu depuis longtemps, elle voulait faire quelque chose pour améliorer la réputation d’Al, c’est pourquoi elle s’était inscrite au festival de chasse aux chevaliers. Mais il avait fini par être disqualifié. Alors qu’Elna avait du mal à décider quoi faire, il s’était disqualifié lui-même par inadvertance. Tout s’était retourné contre elle.
Et cette fois, elle était venue dans l’espoir de pouvoir aider un peu, mais elle n’avait finalement rien pu faire. Elle s’était enfermée dans sa chambre lorsque la situation d’urgence était survenue. Même s’il lui disait qu’elle le ralentissait, elle ne pouvait pas le nier.
Elna pensait que c’était une bonne chose qu’Al travaille dur pour faire de Leo un empereur. Cependant, Elna voulait qu’Al soit évalué de la même manière que Leo.
Elna savait que c’était différent de ce que voulait Al et que cela allait faire échouer son plan.
Malgré tout, Elna ne voulait pas qu’Al ait une réputation aussi injuste.
Cependant, elle avait récemment commencé à penser que ce n’était que son égoïsme.
Al se moquait de sa réputation. Au contraire, il faisait tout pour la détériorer tout en améliorant celle de Leo. Pour Al, les actions d’Elna n’étaient rien d’autre qu’une nuisance.
Elle se disait que c’est pour cette raison que Leo se moquait d’elle.
— Eh bien, c’est probablement ce qu’il pense.
— Uu…
— Mais je pense qu’il ne te considère pas comme une nuisance, tu sais. Depuis qu’Elna est arrivée, Mon frère semble heureux et je pense que tu lui as donné de l’espace pour respirer. Au fond, je pense qu’il compte sur toi, tu sais.
— Vraiment… ?
— Je te le garantis.
— Mais…
— Mais ?
— … il a quand même embauché cette aventurière alors que j’étais là.
Voulant se plaindre, Elna marmonna d’un air amer.
Elle hésitait à le dire ou non, mais elle décida de se lancer puisque l’occasion se présentait.
Comprenant immédiatement qu’elle parlait de Lynfia, Leo sourit.
— Elle travaille avec nous pour sauver son village. Mon frère ne l’a pas engagée parce qu’il pensait que tu avais mal fait ton travail ou quoi que ce soit d’autre, tu sais.
— Je sais bien… mais il ne peut pas me dire quoi que ce soit pour faire suite à ça ? Je pensais que je ferais de mon mieux pour lui là-bas.
En tant que membre de la maison Brave, Elna ne pouvait pas s’impliquer directement dans les conflits politiques.
Elle était irritée par ces restrictions. Pour Elna, protéger Finne était une occasion rare d’aider Al et Leo. Si Finne était prise pour cible, elle pourrait prétexter que l’Empereur serait bouleversé s’il lui arrivait quelque chose, et ils pourraient même utiliser cette excuse pour porter un coup à leur adversaire.
Malgré cela, c’est Al qui avait fini par être pris pour cible et il avait été sauvé par un aventurier. Cet aventurier agissait désormais comme garde du corps de Finne, ce qui était censé être le travail d’Elna.
Honnêtement, Elna ne trouvait pas cela drôle du tout. Même lorsqu’elle avait envisagé la possibilité de devoir quitter Finne pour sa mission, elle n’avait toujours pas trouvé cela drôle.
— Tu boudes ?
— JE NE BOUDE PAS ! JE SUIS EN COLÈRE !
— Je vois. Mais tu sais, n’est-ce pas parce que Mon frère voulait qu’Elna vienne avec lui qu’il a engagé Lynfia ? Ce serait dangereux de laisser Finne seule, non ? On a laissé Sebas avec elle au cas où.
— Pourquoi es-tu si positif, Leo… Je comprends ce que pense Al. Il pense que plutôt qu’une escorte qui a du mal à se déplacer comme moi, il vaudrait mieux engager une aventurière intelligente qui peut se déplacer librement comme escorte, tu comprends. Oui, je l’ai félicitée. Elle est intelligente.
Leo était sur le point de dire « Tu es intelligente toi-même, non Elna ? », mais il ravala ses mots.
Certes, Elna était très douée pour apprendre. Il pouvait dire qu’elle avait toujours été meilleure que lui depuis leur enfance. Cependant, le mot « intelligente » qu’Elna venait d’utiliser n’avait pas ce sens. Elle faisait référence à la capacité de tromper quelqu’un ou de lire dans les pensées, l’intelligence nécessaire à la lutte politique. Elna elle-même savait qu’elle ne possédait pas cette qualité. On pourrait dire que ce n’était pas dans sa nature, donc elle ne voulait pas l’apprendre.
Si quelqu’un de la maison Brave apprenait quelque chose comme ça, cela menacerait les nobles et les membres de la royauté influents. La maison Brave ne devait être qu’une épée. C’était la position fondamentale de la maison Brave.
C’est pourquoi la maison Brave n’avait pas le pouvoir de survivre dans une capitale rongée par des querelles secrètes. C’est à l’extérieur plutôt qu’à l’intérieur que le pouvoir de la maison Brave devait être utilisé.
— Elna a ses propres qualités. Je pense que tu peux aider Mon frère dans ce domaine où tu excelles, non ? Est-ce que ça te convainc ?
— Je comprends, mais je ne peux toujours pas l’accepter… Protéger Finne était censé être mon travail…
— Comme toujours, tu détestes vraiment perdre, n’est-ce pas ? Mais Lynfia ne veut probablement pas rivaliser avec toi, tu sais. De plus, ton rôle ne chevauche pas le sien. Notre faction est inférieure aux autres. Nos alliés sont peu nombreux. Et beaucoup de gens nous prennent pour cible. Je peux me défendre, mais Finne et Mon frère ne le peuvent pas. Ils doivent s’assurer le soutien de personnes capables de les protéger en tant qu’alliés. Je pense qu’il a pris cette décision en se basant là-dessus, et si Elna a les mains libres, je pense que Mon frère comptera sur toi, tu sais.
— C’est vraiment le cas ? Al semble pourtant déterminé à continuer de me traiter comme une nuisance…
— Non, il ne le fera pas. Tu es vraiment têtu, hein ? Prenons un exemple : en ce moment, la seule personne sur qui je peux compter, c’est Elna, n’est-ce pas ? S’il te plaît, ne boude plus et donne-moi quelques conseils. Que dois-je faire quand je rencontrerai le roi de Rondine ?
— Sérieusement, Leo, tu es vraiment… Bon, puisque Al connaît aussi les règles élémentaires de la politesse, tu peux le saluer normalement. Mais ne dis rien de superflu, d’accord ? Pas de flatterie, tu dois vraiment limiter tes salutations au strict minimum, d’accord ?
— Hum, je comprends.
Ainsi, leur navire faisait route vers Rondine.
Ils ne savaient pas qu’Al s’était mis dans une situation désastreuse en se faisant passer pour Leo.
6
— Votre Altesse. Nous avons trop de personnes dans un état critique ici. Nous ne pouvons pas faire grand-chose… rapporta le vieux médecin du navire.
Nous avons réussi tant bien que mal à atteindre la capitale d’Albatro, mais beaucoup de survivants qui ont dérivé en mer pendant longtemps ont commencé à tomber malades.
Certains d’entre eux étaient déjà blessés avant d’être jetés à la mer et leur état s’était aggravé.
Je pourrais utiliser ma magie de guérison, mais je ne pourrais soigner que leurs blessures.
Les maladies et autres anomalies internes dépassent mes compétences.
— Je comprends. Faites tout votre possible pour les maintenir en vie.
— Bien sûr, je ferai de mon mieux, mais… je ne peux rien garantir.
— Je comprends… Je suis désolé de vous imposer ce fardeau.
— Non, ce n’est rien comparé à ce que vous avez à endurer, Votre Altesse.
Le médecin du navire dit cela et quitta la pièce.
En le regardant, je claquai bruyamment la langue. Voyant cela, Marc me sourit.
— On ne peut rien faire de plus. Nous n’avons pas d’autre choix que de leur laisser le soin de s’en occuper.
— Ne te contente pas de dire qu’on ne peut rien faire. Je te l’ai dit, je ne laisserai mourir personne qui est encore en vie.
— Mais… nous avons nos limites. Il serait impossible de tous les sauver.
— Ce serait impossible si tu abandonnais, mais si tu n’abandonnes pas, nous pouvons encore faire quelque chose. La plupart des choses dans ce monde ont été conçues pour fonctionner. Comparé à la population mondiale, ce ne sont que quelques vies. Si elles ne peuvent pas être sauvées, alors ce monde est injuste. De plus, nous en avons déjà payé le prix.
Je me souvenais du trésor que j’avais jeté. Ah, quel gâchis. J’aurais pu faire tellement de choses avec ça.
C’était vraiment du gaspillage. J’avais dit à Marc de ne pas avoir de regrets, mais moi-même, j’y étais encore attaché.
Les survivants en valaient-ils la peine ? Non, ils n’en valaient pas la peine. Les aider n’avait apporté aucun bénéfice à l’Empire et cela n’en valait pas la peine pour Leo non plus, car si cela n’apportait aucun bénéfice à l’Empire, personne n’apprécierait son travail.
Malgré tout, je les ai aidés. Je les ai aidés tout en subissant ces pertes. J’ai acheté leur vie avec une grande quantité de trésors. Si tel est le cas, alors leur vie m’appartient. Comme si j’allais les laisser mourir sans rien faire.
— C’est presque l’heure. Je monte sur le pont.
— Oui, il est temps que nous soyons pris dans leur ligne défensive.
Au moment où Marc prononça ces mots, une voix nous parvint.
Cette voix était mêlée de bruits, caractéristiques d’une voix amplifiée par un outil magique.
— Navire impérial en approche. Indiquez votre objectif. Nous n’avons pas été informés de votre arrivée. Je répète. Indiquez votre objectif. Notre pays n’a pas été informé de votre arrivée.
C’était la flotte navale qui protégeait leur capitale.
Ils n’avaient aucune information sur l’arrivée d’un navire impérial, ils voulaient donc probablement en savoir le plus possible.
Le fait qu’ils n’aient pas immédiatement ouvert le feu était prévisible de la part de la marine d’Albatro. C’est vraiment utile qu’ils soient si bien entraînés.
Je me suis levé sur le pont et j’ai pris l’amplificateur de voix.
— Je m’appelle Leonard Lakes Adler, huitième prince de l’Empire. En route vers Rondine, j’ai trouvé les navires de votre pays victimes d’accidents maritimes. Nous avons secouru environ 80 survivants, dont votre prince et votre princesse. J’aimerais obtenir la permission d’entrer dans le port.
Les navires de guerre qui se trouvaient à quelque distance étaient visiblement agités.
Ils savaient que les trois navires de guerre qu’ils avaient envoyés n’étaient pas revenus et qu’Eva et Julio se trouvaient à bord.
Pendant ce temps, nous continuions à avancer vers le port.
Plus vite nous y arriverions, plus vite les survivants pourraient recevoir des soins professionnels.
— Nous comprenons l’objectif de votre navire. Pour des raisons de sécurité, nous voulons confirmer qu’il y a bien des survivants à bord. Veuillez arrêter votre navire.
— Compris. Nous avons également quelques survivants gravement malades. Ils ont besoin d’être soignés immédiatement. Je veux les transférer sur votre navire afin qu’ils puissent recevoir des soins professionnels dès leur arrivée au port.
— Nous aimerions bien, mais selon nos règles, personne à bord de votre navire ne peut entrer dans le port sans autorisation. Nous vous demandons d’attendre l’accord de Sa Majesté le roi.
Pourquoi prennent-ils autant de temps ?
Je jetai involontairement un regard noir au navire qui s’approchait. Ce n’est pas le moment de se méfier d’un espion.
Julio et Eva sont également présents. Ils devraient simplement confirmer l’identité des membres d’équipage !
— Où sont la princesse et le prince ?
— Ils n’ont pas encore ouvert les yeux…
— Tss !
Si l’un d’eux était réveillé, il y aurait eu un moyen d’obtenir la permission d’entrer dans le port sans attendre le roi. Mais s’ils étaient toujours inconscients, il n’y avait pas d’autre solution.
Dois-je simplement attendre ici que l’autorisation soit accordée ?
Combien de temps leur faut-il pour arriver au port depuis leur château ? Combien de temps faudra-t-il au roi pour rendre sa décision ? Et serons-nous en mesure d’amener les malades au port à temps ?
Même si c’est une course contre la montre, les procédures compliquées nous ralentissent.
— C’est leur problème maintenant. Peu importe ce que nous faisons à ce stade. Nous les avons amenés jusqu’ici, donc toute la responsabilité leur incombe.
— Ce n’est pas vrai… ! C’était leur responsabilité depuis le début ! J’ai déjà pris des risques pour ces gens, donc je m’occuperai d’eux jusqu’au bout !
Je dis cela à Marc tout en serrant fermement le récepteur vocal.
Si nous continuions de force, la marine albatro n’aurait d’autre choix que de nous attaquer. Devais-je attendre qu’ils viennent, après tout ?
— Acceptez ma demande, je vous en prie. Certains mourront s’ils ne reçoivent pas de soins immédiats. Ils ont réussi à survivre à cette mer infernale. Vous seul pouvez leur sauver la vie. Emmenez-les au port sans attendre l’autorisation.
— … Je ne saurais vous remercier assez d’être prêt à aller si loin pour mes compatriotes. Cependant, les règles sont les règles. Aucun navire ne peut entrer dans le port sans autorisation, même si ce navire transporte des membres de notre famille royale, nous devons attendre la décision de Sa Majesté.
— Qui est le capitaine de votre navire… ?
— C’est moi, Votre Altesse.
— … Capitaine. J’ai sacrifié beaucoup de choses pour sauver leur vie. J’ai risqué la vie de mon peuple pour les sauver. Non, nous risquons encore notre vie en ce moment même. Je n’ai agi ainsi que pour une seule raison. Je ne veux pas qu’ils meurent. Quelqu’un qui a passé sa vie en mer comme vous devrait comprendre à quel point il est terrifiant d’être à la dérive en mer. Je vous en prie, prenez une sage décision.
En entendant mes paroles, le capitaine mit du temps à répondre.
Leur navire s’approchait lentement, mais ils hésitaient probablement. Alors.
— … Votre Altesse. Deux de mes fils se trouvaient à bord des navires qui ont pris la mer il y a quelques jours. J’espère sincèrement qu’ils sont encore en vie. Mais… je suis un soldat. Quoi qu’il arrive, je ne peux pas aller à l’encontre du protocole. Je vous prie de me pardonner.
— Ce maudit imbécile… !
— Votre Altesse. C’est bon. Nous avons déjà…
Furieux, je jetai le combiné.
Lorsque Marc tenta de me réprimander, le médecin poussa un cri.
— Votre Altesse ! Leur état !
Il avait empiré.
Dès que je m’en rendis compte, je pris immédiatement une décision.
— Capitaine ! Entrez dans le port !
— Oui… ? Que dites-vous, Votre Altesse ? Nous n’avons toujours pas reçu leur autorisation, n’est-ce pas ?
— Je le sais. Mais si nous ne pouvons pas prodiguer rapidement des soins spécialisés à ces personnes, leur état va empirer.
— Attendez, attendez ! Même si nous faisons cela, le Grand-Duché ne nous en sera pas reconnaissant, vous le savez bien ! Ce sont leurs règles et c’est leur pays ! Nous devons obéir à leurs ordres !
— Si vous suivez leurs règles, des gens vont mourir.
— Pas la princesse et le prince ! Ce ne sont que des marins sans valeur politique ! Vous êtes prêts à ignorer leur avertissement et à entrer dans le port sans autorisation ! Nous ne pourrons pas nous plaindre si nous sommes coulés, vous comprenez ?
— Tant que nous avons la princesse et le prince avec nous, ils ne nous couleront pas. Pour l’instant, je vais sauver la vie de ceux qui se trouvent devant moi avec tous les moyens dont je dispose. Je ne changerai pas mes ordres. Entrez dans le port.
En entendant ma décision, tout le monde se tut.
Une seule personne, Marc, me fit face et élève la voix.
— Vous allez trop loin… ! Le prince Leonard ne ferait jamais une chose pareille… ! Non, le prince Leonard ne serait pas capable d’agir avec autant de force… !
— Oui, c’est vrai. Et alors… ?
— Alors pourquoi… ?
— C’est une bonne occasion. Je vais impressionner beaucoup de gens à la place de Leo. Leonard Lakes Adler est un homme qui ne revient pas sur sa décision. Ce n’est pas simplement un type naïf. Même si c’est une décision que Leo n’a pas pu prendre lui-même, cette réputation changera la façon dont les gens le perçoivent.
— Si vous faites une chose pareille, le prince Leonard sera obligé de prendre une décision bien plus difficile un jour… !
— Ce n’est pas grave. C’est mon petit frère. Il n’y a rien que je puisse faire qu’il ne puisse faire.
Je déclarai et le pressai du regard.
Je me tournai vers le capitaine silencieux qui se tenait derrière Marc. Le capitaine avait une expression compliquée sur le visage.
— Avez-vous compris… ? Votre Altesse. Certes, ils pourraient ouvrir le feu sur nous, mais tout sera fini une fois que nous aurons pénétré dans le port. Nous ne pourrons pas nous échapper.
— Je le sais.
— Vous serez dans la pire position parmi nous ! Si nous continuons, vous serez sûrement arrêté pour entrée illégale, vous le savez ! Nous devrions simplement demander de la nourriture et de l’eau, puis nous diriger vers Rondine ! Il n’est pas nécessaire que Votre Altesse risque sa vie pour quelques personnes, n’est-ce pas ?
— Même s’il ne s’agit que de quelques vies pour nous, ce sont des êtres chers pour leur famille. Ma décision est prise. Une fois que je les aurai sauvés, je ne les abandonnerai jamais. Si nous les abandonnons ici, tous les risques pris par notre équipage auront été vains.
— … Votre Altesse se bat pour le trône, n’est-ce pas ? Si votre adversaire utilise cela contre vous, vous serez encore plus loin du trône, n’est-ce pas ?
— J’y penserai le moment venu. Veuillez suivre mes ordres, capitaine. C’est votre navire. L’équipage vous a confié sa vie. Ne m’obligez pas à vous retirer la barre.
Le capitaine réfléchit un instant.
Puis il éclata soudainement de rire et m’adressa un sourire rafraîchissant.
— Je vous prenais pour un prince naïf. Mais… vous ne semblez pas être comme ça. Vous savez, je commence à vous apprécier un peu. TOUT LE MONDE À SON POSTE ! PRÉPAREZ-VOUS À ENTRER DANS LE PORT ! NOUS Y ALLONS !
L’équipage se conforma à la décision du capitaine.
Les voiles déployées, j’interpellai le navire princier alors que nous commençons à avancer.
— Attendez une minute ! Votre Altesse ! Que faites-vous ?
— Nous entrons dans le port. Nous n’avons plus le temps de discuter.
— Nous ne pouvons pas vous laisser faire ça ! Si vous entrez illégalement dans le port, même si Leurs Altesses sont à bord, nous coulerons votre navire !
Après avoir déclaré cela, le navire du Grand-Duché tourna sa proue et se mit à nous faire face.
Ils pointèrent leurs canons magiques vers notre navire. Au même moment, des sirènes retentirent dans tout le port, signalant une situation d’urgence.
Des navires de guerre surgirent du port les uns après les autres.
Pendant ce temps, le capitaine fit une proposition tout en tenant la barre.
— Votre Altesse ! J’ai un plan !
— Lequel ?
— Nous allons hisser le drapeau blanc.
À ces mots, tous les membres de l’équipage avaient eu l’air surpris. Cependant, seul le capitaine semblait ravi.
Je souris à cette proposition. Qui aurait cru qu’un marin comme lui proposerait une telle chose ?
— Vous savez bien que la marine impériale n’a jamais hissé le drapeau blanc, n’est-ce pas ?
— Bien sûr. Nous serons le premier navire mémorable à le faire.
— Certes, ils ne tireront pas sur un navire battant pavillon blanc, mais est-ce vraiment nécessaire ?
— Si autant de navires sont sortis, il doit y avoir beaucoup de capitaines stupides parmi eux. Soyons prudents et préparons quelques excuses pour eux. En tant que capitaine moi-même, je sais très bien à quel point ils sont amers à propos de cela.
— Je vois… alors passez-moi le drapeau blanc. Je ferai ce que je peux.
Puis, avec le consentement de l’équipage, je hissai le drapeau blanc. Les navires du Grand-Duché furent pris par surprise. L’Empire était un pays très puissant. Même s’il ne s’agit que d’un seul navire, le fait qu’un navire impérial hisse le drapeau blanc devant le Grand-Duché était un incident majeur.
Pour leur porter le coup de grâce, je réglai le volume de l’amplificateur de voix au maximum et m’adressai aux personnes présentes dans le port derrière eux.
— À tous ceux qui se trouvent dans le port. Je suis Leonard Lakes Adler, le huitième prince de l’Empire. Mon navire transporte actuellement les survivants des navires du Grand-Duché qui ont eu un accident. En raison de la détérioration de l’état de certains survivants, nous allons entrer illégalement dans le port. Cependant, mon navire n’a aucune intention de vous faire du mal. S’il y a des médecins dans le port, j’ai besoin de votre coopération. Pour les autres, je vous demande de préparer des boissons chaudes et de la nourriture si vous le pouvez. Ils ont vécu l’enfer. Aidez-moi, je vous en prie. Et à tous les capitaines de la marine du Grand-Duché. En ce moment même, la vie de vos frères d’armes est entre vos mains. Nous attendons votre sage décision, capitaines de la marine du Grand-Duché.
En entendant ma voix, le port s’agita.
Au même moment, les navires qui tentaient de nous barrer la route cessèrent d’avancer.
Puis, en naviguant lentement entre les différents navires du Grand-Duché, nous entrâmes dans le port de leur capitale.
— TRANSPORTEZ LES BLESSÉS EN PREMIER ! DÉPÊCHEZ-VOUS !
Après avoir entendu mes instructions, l’équipage transporta les blessés. De nombreuses personnes se rassemblèrent dans le port pour les aider.
C’était tout naturel. Après tout, il s’agissait de leurs familles.
— DÉPÊCHEZ-VOUS ! IL FAUT UN ENDROIT BIEN ÉQUIPÉ !
— J’ai tout ce qu’il faut à ma clinique ! Par ici !
— Des boissons chaudes par ici ! Nous avons aussi de la nourriture !
À mesure que les survivants quittaient le navire, ils se retrouvaient entourés de repas chauds. Nous leur avions donné à manger à bord, mais la nourriture chaude qu’ils mangeaient à terre allait également réchauffer leur cœur.
Tout le monde mangeait en pleurant.
— Nous avons franchi la première étape, mais… nous sommes désormais prisonniers de guerre, n’est-ce pas ?
— Oui. Après tout, nous avons hissé le drapeau blanc.
Tout en entendant le bruit de plusieurs sabots de chevaux frappant le sol au loin, je levai les yeux vers le ciel. Un ambassadeur plénipotentiaire devenu prisonnier de guerre, c’était du jamais vu. Cependant, c’était à nous de décider si cela allait mal tourner ou non.
— Allons-y. Nous devons informer le roi au sujet du Dragon des mers. Il espère probablement la même chose que nous.
[1]L’écaille inversée du dragon est une expression figurative pour désigner quelque chose qu’il ne faut pas toucher.