COTEY3 T5 - PROLOGUE

Le monologue d’Amasawa Ichika

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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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La liberté, qu’est-ce que c’est, au fond ?

Manger ce qu’on aime, aller où l’on veut et être avec les gens qu’on aime. Réfléchir par soi-même, prendre ses propres décisions, sans recevoir d’ordres de personne. Si on posait la question à quelqu’un d’ordinaire, c’est sûrement ce qu’il répondrait.

Dans ce cas, à présent, j’étais libre. Du moins, j’aurais dû l’être.

Coupée de la White Room, je n’avais plus besoin de suivre les ordres de Sensei. J’étais également libérée de ma mission de faire renvoyer Ayanokôji-senpai, et je pouvais décider moi-même de la façon dont je passerais mes années dans ce lycée, mais aussi de ce que je ferais après avoir obtenu mon diplôme. C’était, en tout cas, ce que je pensais encore peu de temps auparavant.

Mais Nanase-chan m’avait appris des choses qui me ramenaient à la réalité. Mon père, que je n’avais jamais rencontré depuis ma naissance. L’entreprise qu’il dirigeait était désormais acculée par le manque de fonds, et il existait apparemment, à l’étranger, des individus aux goûts particuliers prêts à payer cher pour de jeunes filles. Et mon père comptait me livrer à l’un d’entre eux.

Même si je n’étais plus d’aucune utilité à la White Room, il restait encore d’autres façons de m’utiliser. En somme, c’était sans doute aussi simple que ça. Quand je l’appris, je ris. Je me dis que c’était amusant. Pour une mauvaise plaisanterie, c’était plutôt bien trouvé.

Bien sûr, rien ne prouvait que tout ce que Nanase-chan m’avait raconté était vrai. Elle avait très bien pu me présenter des informations exagérées pour obtenir ma coopération. Mais maintenant que je les avais entendues, je ne pouvais plus affirmer que j’étais libre comme à l’époque où je ne savais rien.

Si je ne savais simplement pas quoi choisir, ce ne serait pas si grave.

Je pourrais hésiter autant que je le voudrais et prendre le temps de trouver ma réponse. Mais à présent, il ne me restait peut-être même plus le droit de choisir.

À peine avais-je cru être devenue libre qu’on m’apprenait que je ne l’avais jamais été.

C’était un peu cruel, non ?

Jusqu’au bout, Takuya n’avait pas réussi à s’en sortir. Plus que quiconque, il avait eu les yeux fixés sur Ayanokôji-senpai, avait cherché à le rattraper et n’avait cessé de vouloir le vaincre. Il avait sans doute cru faire ses propres choix, mais était-ce vraiment le cas ?

Il voulait être reconnu par Sensei, vaincre Ayanokôji-senpai et prouver sa supériorité. Dès l’instant où il s’était mis à le souhaiter, n’avait-il pas perdu de vue toute autre voie ? Jusqu’à récemment, j’avais sûrement été dans une situation semblable.

Mais contrairement à nous, qui avions été enchaînés dès le départ, certains avaient choisi de porter ces chaînes de leur plein gré. Alors, qu’en était-il de lui ?

Ishigami Kyô. Un garçon qui, sans avoir grandi dans la White Room, admirait Sensei et avait souhaité se tenir à ses côtés de sa propre initiative. D’après ce que Nanase-chan m’avait raconté, Ishigami-kun était différent de Takuya et de moi. Il ne se contentait pas de suivre les ordres qu’on lui donnait à une place qui lui avait été assignée dès sa naissance.

Il avait choisi Sensei de son plein gré.

Cela semblait être un choix tout à fait libre. Mais quelqu’un qui acceptait volontairement de porter des chaînes était-il plus libre que quelqu’un qu’on avait enchaîné sur ordre ? Ou bien s’était-il seulement laissé emprisonner de son plein gré dans quelque chose dont il était encore plus difficile de se libérer ?

Pour l’instant, je n’en savais rien. Et c’est justement ce qui éveillait ma curiosité. Nanase-chan disait qu’Ishigami-kun était dangereux et ne voulait pas qu’Ayanokôji-senpai retourne auprès de Sensei.

Ce sentiment, je pouvais le comprendre.

Si senpai retournait auprès de Sensei, il risquait de se retrouver coupé de tout ce qu’il avait obtenu dans ce lycée et de toutes les personnes qu’il y avait rencontrées. Alors, elle ne voulait pas qu’il y retourne. Elle voulait qu’il choisisse une autre voie. En soi, ce souhait n’avait sûrement rien de mal.

Mais dis-moi, Nanase-chan, est-ce vraiment à nous d’en décider ?

Retourner auprès de Sensei ou obtenir son diplôme dans ce lycée et emprunter une autre voie. Ou encore choisir de rester aux côtés de quelqu’un. Quelle que soit la réponse, le choix final ne revenait-il pas à Ayanokôji-senpai lui-même ?

Que Sensei décide de l’avenir de senpai sans lui demander son avis, ou que nous lui imposions un autre avenir sous prétexte que c’était pour son bien…

Était-ce vraiment si différent ?

Pour l’instant, en tout cas, je ne pouvais pas décider laquelle de ces deux attitudes était juste. Je n’avais donc pas non plus l’intention de prendre parti.

Ce que Nanase-chan cherchait à faire, ce qu’Ishigami-kun voulait protéger et la voie qu’il comptait emprunter. Et bien sûr, celle que finirait par choisir Ayanokôji-senpai, que j’aimais tant. Je voulais observer tout cela d’encore plus près.

Ensuite, je pourrais décider à mon tour de ce que je ferais. Et pas seulement en ce qui concernait senpai. Cela valait aussi pour mon propre avenir, dont un père dont je ne connaissais même pas le visage tentait de décider.

Pour l’instant, je ne savais toujours pas si j’étais vraiment libre. Malgré tout, décider si j’allais me laisser sagement livrer à quelqu’un…

Ça, je pouvais au moins le faire moi-même, non ?

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